La Doctrine de l'Expiation, p. 64 et suiv
de penser enfin évangéliquement les réalités évangéliques ? ,
Il écarte, pour finir, le conflit prétendu entre la justice et la miséricorde de Dieu. Ce n'est pas de la métaphysique, c'est pure mythologie.
Et c'est là qu'il appuie sa construction. L'idée du Dieu-Père en sera le centre. En lui, justice et bonté se confondent, le repentir et la foi étant d'ailleurs le commencement de la destruction du péché. L'antithèse de la colère et de la grâce de Dieu, chez Paul, n'est qu'apparente. Toutes deux se fondent ensemble dans l'idée supérieure de la justice de Dieu, laquelle est non seulement punissante, mais justifiante. La cause de la rémission des péchés, selon. l'Evangile, c'est la miséricorde de Dieu ; la condition de la rémission des péchés, et la seule, c'est la repentance. En faisant intervenir une expiation, on croit demander plus, on demande moins. La justice de Dieu ne saurait se contenter d'un châtiment ; elle ne sera satisfaite que du repentir. Dieu n'a pas eu besoin d'être réconcilié avec l'homme ; c'est l'homme qui avait besoin d'être réconcilié avec Dieu. Le Christ, voulant produire dans l'humanité la repentance, a ajouté à tous les efforts de sa vie sainte sa souffrance et sa mort, de façon à toucher les cœurs que ses bienfaits n'auraient pas encore émus. Sa Passion est le plus puissant appel que l'humanité ait jamais entendue, et aussi le plus efficace.
Jésus ne peut produire en nous la repentance que si un lien se crée entre Jui et nous. Ce lien se constitue par l'amour et la confiance. Amour de Jésus pour la pauvre humanité dégradée, confiance de l'humanité en Jésus. Son amour nous fait sentir notre indignité ; nous communions pleinement à ses souffrances. Nous prononçons sur nous la sentence de mort qui est tombée sur lui. Moralement, nous mourons avec lui ; et, si la mort est l'expiation de nos péchés, cette expiation s'achève en nous au pied de la croix.
Nous avons donc affaire exclusivement à des réalités de l'ordre moral.
Les développements de Sabatier annoncent la théorie solidariste. Il rappelle « cette loi universelle, cette loi de l'univers des esprits en formation sur la terre, en vertu de laquelle ceux qui aiment souffrent du fait de leur amour. Nous portons les fardeaux les uns des autres, et les forts ont un fardeau plus lourd, pour que les faibles soient moins accablés par le leur ! )),^
Ce n'est pas tout. La croix n'est pas une misère quelconque, mais la part de souffrance qu'implique tout acte de dévouement, et c'est en ce sens qu'elle est un instrument de rédemption. C'est pourquoi les souffrances des justes agissent de la