‹ Essai sur la rédemption [microform]Chapitre 26 sur 51 · Ibid., p. li · texte numérisé non relu

Ibid., p. li

a. Ibid., p. 75.

12. A la doctrine de Sabatier s'apparente celle d'Eugène Ménégoz, mais on peut estimer que Ménégoz exagère le point de vue de Sabatier lorsqu'il fait, comme les Sociniens, de la parabole de l'Enfant Prodigue, la clé de la dogmatique chrétienne.

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Est-ce à dire que nous ayons là une explication satisfaisante du mystère ?

Tout d'abord, il semble que Sabatier aille un peu loin, lorsqu'il critique l'application du mot de sacrifice à la mort de Jésus.

Y a-t-il là vraiment une métaphore dont personne n'est dupe? Est-ce l'écharpe d'Iris, ou la course de Phœhé?

Si les anciens sacrifices ont disparu partout où les hommes ont reconnu le sacrifice du Christ, quelle est la métaphore qui aurait un tel pouvoir ?

Si le Christ a eu l'intention de s'offrir lui-même pour le salut des hommes, cette oblation du Sauveur souffrant et mourant ne peut-elle être considérée comme un sacrifice, et n'est-il pas juste de dire avec saint Augustin que « le sacrifice visible est le sacrement du sacrifice invisible » ? Le mot de sacrifice enveloppe l'idée de l'offrande faite à Dieu d'un être ou d'une chose oii l'on attache du prix, et qu'on retranche à l'usage profane par la destruction. Mais est-ce la destruction qui constitue l'essentiel du sacrifice? N'est-ce pas bien plutôt l'intention de consacrer cet objet à Dieu ; et, lorsqu'il s'agit d'un être vivant, qui s'offre luimême, cette intention d'appartenir à Dieu, dans la vie et dans la mort, ne peut- elle être qualifiée

de sacrifice? Le sacrifice rituel, finalement, serait bien plutôt un symbole, le véritable sacrifice étant l'acte par lequel l'homme se consacre à Dieu. Refusera-t-on à la mort du Christ le nom de sacrifice, parce que, -de cette obligation, il est lui-même le sacrificateur ? Et, finalement, n'est-ce pas son acte, plutôt que le geste rituel du Papou, qui donne à la notion de sacrifice son véritable contenu ?

Voyons maintenant ce qu'a d'insuffisant, à la considérer elle-même, la théorie de Sabatier.

Il n'y a pas lieu, semble-t-il, de regretter l'élimination presque totale de l'élément juridique par lequel se trouvait surchargée et compromise la doctrine traditionnelle de la Rédemption. On ne peut pas non plus adresser à Sabatier le reproche que Frommel adresse à la doctrine de Kant, qu'il taxe .à juste droit d'individualisme incoercihle et réfractaire à toute solidarité effective.

Il est une autre critique que Frommel adresse aux théories morales de l'expiation, à savoir, que la justification y suppose la sanctification réalisée, et qu'ainsi, au lieu de se placer au début de la vie nouvelle du croyant, ce qui est le point de vue de l'Evangile de la Réforme, elle ne fait que couronner l'ensemble, ce qui est proprement le point de vue catholique.

Est-il juste de faire cette critique à Sabatier ? Je ne le crois pas.

Sabatier affirme la nécessité de la repentance, et que celle-ci détruit le péché.

Mais peut-on parler, à ce propos, de sanctification? C'est dans l'acte initial de la repentance que se trouve incluse la justification du pécheur.

Certainement, Sabatier n'aurait pas admis que l'homme fût justifié par le sacrifice de Jésus avant même qu'il y eût en lui les premières manifestations de la repentance ; et, par là, sans doute, il ne reconnaissait pas à l'œuvre rédemptrice un caractère d'objectivité aussi net que l'auraient fait les réformateurs. Mais Sabatier. affirme que le sacrifice de Jésus crée en l'homme la foi justifiante, et c'est bien l'essentiel de la doctrine évangélique.

Ge n'est donc pas de ce côté qu'il faut chercher l'insuffisance de la théorie de Sabatier. On a pu lui reprocher plus justement de méconnaître le caractère unique de la Rédemption, devenue, d'après lui, un fait purement humain. Mais surtout, cette théorie fait une place insuffisante à l'idée de solidarité. En s 'interdisant toute hypothèse métaphysique, elle se refuse à voir dans l'espèce humaine la bénéficiaire de l'œuvre rédemptrice. De là un rétrécissement de la portée du sacrifice du Christ. Et quand Sabatier déclare qu'il n'y a pas d'autre expiation que la repentance, on voit très bien pourquoi il conçoit les choses ainsi. Mais on se demande si le Christ les concevait de

la même manière, s'il n'a pas cru expressément que les souffrances des justes en général, que ses souffrances à lui en particulier, étaient une expiation consentie pour le salut des pécheurs. Qu'il faille achever les souffrances du Christ, cela est très beau et très vrai. Mais il ne faudrait pas, tout de iriême, que les souffrances du disciple fussent mises sur le même niveau que les souïïrances du Maître.

Sans doute, il ne saurait y avoir de satisfaction véritable accordée à Dieu que s'il y a repentance. Mais la mort du Christ n'a produit cette repentance, historiquement, que parce qu'on y a vu une expiation, et il y a là un fait dont les doctrines modernes de la Rédemption ne peuvent pas ne pas tenir compte. Sabatier lui-même déborde les limites de sa théorie lorsqu'il écrit : « Nous prononçons sur nous la sentence de mort qui est tombée sur lui" ». Comment cela ? S'agit-il de la condamnation portée par Caïphe? On ne voit pas bien commeiit elle pourrait produire en nous autre chose qu'un sentiment d'amour, d'indignation, de sympathie, de pitié. Qu'est-ce que cette sentence, d'ailleurs, a à voir avec notre indignité? S'il n'y a plus de sacrifice offert, si nous sommes simplement en présence d'un crime judiciaire, nous pou-

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