‹ Essai Sur La Représentation Proportionnelle De La Majorité Et Des MinoritésChapitre 1 sur 101 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

La représentation proportionnelle de la majorité et des .minorités a pour but d'attribuer à chaque parti un nombre de représentants mathématiquement proportionnel à son importance numérique. Elle est fondée en raison et a tout le poids et toute la valeur d’un principe de droit constitutionnel (1); elle est si juste dans son principe, si bienfaisante dans ses résultats, que, née à peine d’hier, elle a déjà été législativement discutée dans plus de soixante Etats et est appliquée dans plus de trente (2); grâce à la diversité des systèmes proposés, elle est susceplible partout d’une application immédiate, chez les peuples civilisés par des procédés savants atteignant presque la perfection absolue, chez les nations peu éclairées par des procédés simples en raison de leur imperfection même (3); et cependant elle est en France presque inconnue du grand public. Il se fait autour d'elle cette conspiration du silence, qu’expliquent seules linertie et l'indifférence que nous apportons trop souvent à l’étude des idées neuves, lorsqu'elles sont largement pénétrées

(1) CF. infra ch. I.

(2) Cf. infra ch. II.

(3) Cf. infra ch, III,

pare

d’un esprit de modération et de tolérance, lorsqu'elles ont simplement pour elles le charme souriant et la grâce souveraine des conceptions nobles et belles qui ne font appel à aucune haine, à aucun exclusivisme, à aucune passion, lorsqu’enfin elles sont également éloignées du maintien de la sainte routine, d’une part, et de l’autre, des innovations tapageuses, des bouleversements profonds et des révolutions brutales. |

Et pourtant quelle nation plus que la France devrait se passionner pour là théorie de la représentation proportionnelle et lappliquer? Ce qui a fait sortir la représentation proportionnelle du domaine spéculatif, ce qui lui a donné la vie, c’est que, négligeant la question de principe, nos démocraties contemporaines ont vu en elle un procédé pratique pouvant servir de remède aux maux dont elles souffrent. Le malaise est général, tout le monde le constate, et la cause, plus généralement ignorée, n’est autre que la fausseté de la représentation. Or, pour ce qui est de la France, certains Statisticiens soutiennent que la Chambre entière ne représente que 43,9 ‘/, des électeurs : une décision prise à la majorité n’est done couverte que par les 22 0}, du corps électoral, et ce tant pour cent déjà dérisoire tombe à 11 °/, si l’on se contente du quorum. Je crois ces chiffres inexacts. On peut admettre que la Chambre représente la majorité du pays, environ 60 °/. Mais il n’en est pas moins vrai que la majorité parlementaire correspond à une minorité d’électeurs : 30 4, 15 °/, si l’on se contente du quorum (1). Ainsi en France la majorité parlementaire n'est pas la majorité du pays, et le pouvoir est aux mains d'une minorité.

(1) CE infra ch. I, sect. 11, $ 2, art. 2, II et III. .

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Une représentation aussi profondément faussée exige de toute nécessité une réforme. Et il importe de faire connaître cette fausseté de la représentation : ce sont là des choses qui choquent tellement le bon sens et l’équité, qu'il suffit d'en être averti pour avoir la volonté d'y porter remède. Quand on est en possession de la vérité, disait Gœthe, il ne faut point se lasser de la répéter; l'erreur ne se lasse pas d'affirmer. Peut-être l’heure semblera-t-elle mal choisie pour cette affirmation de la vérité. Mais je suis de ceux qui croient fermement qu'aucun effort individuel, si faible soit-il dans son intensité, n’est jamais perdu, — et c’est la seule excuse de cet ouvrage. Lorsque l’on à pour soi la raison et la justice, on ne parle jamais en vain. Les Italiens expriment celte idée par un délicieux proverbe : Se sono rose, fioriranno. Même si le champ paraît inculte et le sol infertile, semons à pleines mains : si c’est du bon grain et non de l’ivraie, si ce sont des fleurs et non des épines, — si ce sont des roses, — elles fleuriront.

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