ÉCONOMIE DE LA NARRATION
La plupart des rhéteurs de l'époque romaine se posent à propos de la narration les trois questions suivantes : 1° La narration est-elle toujours nécessaire? 2" Quelle place lui revient dans l'ordre du discours? 3" Quelle doit être l'économie de ses parties? Ce sont là des difficultés qu'avaient dû nécessairement trancher aussi les rhéteurs grecs du cinquième et du quatrième siècle avant J.-C.
I. Peut-être quelques-uns de ceux-ci enseignaient-ils déjà que la narration est toujours nécessaire. Ne serait-ce pas à ces pédants que répond Aristote, lorsqu'il prend la peine de remarquer qu'en tout sujet bien connu de l'auditoire, un récit détaillé serait hors de saison^? L'auteur de la Rhétorique à Alexandre dit dans le même
1. Fragm. 4 et 6 de la T^/vr, , éd. Beiiseler-Blass (1888), t. II, p. 275.
2. Aristote, Rhétorique, III, 13, p. 1414 B. Ibid., III, 16, p. 1416 B. Fraf/m, 4 et 6 de la tf/vr, dans l'édition Benseler-Blass, t. II, p. 275. Cf. L. Spengel, Z\tva^ioy7] te/vGv, p. 160-1.
3. Aristote, Rhétorique, III, 16. p. 1416 B : oit Se li; [ilv Yvwptiiou; (se. r.pi^Ui) àvatiiij.'VTÎaxstv /.. t. X.
sens : « Si les faits sont peu nombreux et bien connus des juges, on en rattachera l'exposé à l'exorde, pour éviter que la narration, placée isolément, ne paraisse trop courte'. » — 11 va de soi encore, selon une autre observation d'Aristote, que dans les défenses la narration peut être plus brève que dans les accusations; les faits ayant déjà été exposés par l'adversaire, il suffit alors de revenir sur ceux où il y a désaccord ^ Mais ce sont là, en somme, des règles d'expérience et de bon sens sur lesquelles il ne vaut pas la peine de s'attarder.
2. Plus intéressante est la seconde question. Non pas qu'elle donne lieu à beaucoup de controverses. La place normale de la narration, c'est évidemment entre l'exorde, qui a pour objet de lui gagner la bienveillante attention des juges, et la preuve, à laquelle elle sert de fondement. Et telle est, en effet, sa place dans la plupart de nos plaidoyers. — Pourtant ce n'est pas une règle absolue : chez Antiphon, par exemple, la narration ne vient d'ordinaire qu'en troisième rang, après l'exorde et la -ps/.a- Taax£urj3. Nous avons vu aussi que Théodoros mettait avant la narration proprement dite une prénarration, ou ■xpsîiriXfiî'-ç ^ De quelque nom qu'on appelle cet élément intercalaire, il ne. disparut pas, du reste, de l'usage après Antiphon et Théodoros. Mais la rhétorique du quatrième siècle le ra\a avec raison du nombre des parties permanentes du discours, pour en restreindre l'emploi à certains cas exceptionnels. On le trouve assez souvent chez Isée, chez Démosthènc, chez Ilypéride, et en général