Aristote, Rhétorique, III, i6, 1417 A-B
Jl n'a pas l'intention de revenir plus tard sur la question d'illégalité; ce qu'il veut, c'est, faute de bonnes raisons, remplir son discours de développements étrangers qui vous feront oublier l'objet de l'accusation. » 4" Quant à cet art délicat d'assortir à l'âge, à la condition, au caractère des personnages le langage qu'on leur prête (■rfi:.^}, peut-on douter que depuis Lysias il ne tînt une grande place dans la rhétorique judiciaire ' ? Il y a dans la Rhétorique d'Aristote quelques fines observations qui peuvent nous donner une idée de ce qu'était l'enseignement des rhéteurs sur ce point : « La narration, dit Aristote, doit être éthique. » Et il énumère quelques-uns des moyens de lui conférer ce caractère. De quelque action qu'il s'agisse, mettre en lumière le mobile moral qui l'a inspirée; car un mobile honnête révèle un caractère de même nature, et inversement. — Relater les particularités extérieures qui accompagnent le caractère et en sont par conséquent les signes. Ex. : « Il continuait sa marche tout en me répondant. » Car c'est une marque de grossièreté et de mauvaise éducation que de ne pas s'arrêter pour répondre. — Parler le langage du cœur plutôt que celui de la raison, de façon à se donner l'apparence d'un homme de bien plutôt que d'un habile homme : «Voilà ce que je voulais; c'était mon intention bien arrêtée; s'il ne m'en revenait aucun profit, du moins était-ce honnête. •» Car l'habile homme vise au profit, l'honnête homme au bien. — Noter les signes extérieurs de la passion, ou communs à toute l'humanité, ou particuliers à l'adversaire ou à soi-même : « II s'éloigna en me jetant un regard de travers. — Il sifflait et faisait claquer ses doigts. » Tout cela est persuasif, ajoute Aristote, parce que ce sont des signes connus d'un état d'âme non