Lysias, Meurtre d'Eraloslhène
4. Démosthène, Ambassade, •^21 sq. Cf. C. Aphohos, III, 22-24.
l'accusé peut être regardé comme le coupable : les mobiles qui l'ont poussé sont la haine, le désir de la vengeance, la crainte d'un procès qui le menaçait. — Le rhéteur latin dit encore : « L'accusé affaiblira le soupçon de préméditation en montrant qu'il n'avait nul intérêt à commettre le délit, ou qu'il en avait peu, ou que d'autres en avaient un plus grand, ou un égal, ou qu'il devait en résulter plus de mal que de bien, de sorte que l'avantage qu'oit prétend qu'il recherchait n'était point comparable au dommage qu'il a éprouvé ou au danger qu'il court présentement » (De invent., II, 8). Rapprochez de ce précepte les arguments qu'Antiphon prête à l'accusé dans la première Tétralogie : « Et ceux qui, tout autant que moi , haïssaient la victime (il y en avait beaucoup), n'est-il pas vraisemblable qu'ils l'ont, plutôt que moi, fait disparaître? Pour eux en effet il était évident que les soupçons se porteraient sur moi, tandis que moi, je savais fort bien que je serais accusé à leur place... Comment, d'autre part, je ne regardais pas le danger que je cours maintenant comme moins grand, mais devais au contraire le considérer comme cent fois plus grand, à moins d'être insensé, je vous le montrerai. Si je perdais le procès qui m'était intenté, je savais que je serais dépossédé de mon bien, mais je conservais la vie, et je n'étais pas banni de la cité... Maintenant, au contraire, si je suis condamné et meurs, je laisserai à mes enfants la honte et l'infamie. Si je suis exilé, j'errerai en mendiant, vieux et sans patrie, sur la terre étrangère » (Ibid., gj. — Outre les mobiles psychologiques du délit, les rhéteurs veulent enfin qu'on en étudie les circonstances matérielles : lieu, temps, occasion, possibilité. Dans le lieu, disent-ils, on fera ressortir la commodité qu'il offrait; dans le temps, la durée; dans l'occasion, l'opportunité;
dans la possibilité, les moyens d'exécution (De invent., I, 26-27)'. Toutes ces circonstances sont en effet, on s'en souvient, l'objet d'un examen détaillé dans le discours Sur le meurtre d'il érodès; et il nous a paru même qu'il y avait là un cadre tout fait, plutôt qu'un développement tiré du fond môme de la cause. En somme donc, toute cette série de rapprochements ne permet guère de douter que dès le temps d'Antiphon, peut-être môme de Corax, la rhétorique n'eût déterminé les divers lieux de l'état de conjecture.
Elle connaissait également l'état de qualité. Nous avons vu que, dans cet état, les rhéteurs conseillaient à l'accusé, pour atténuer la gravité du fait, de le présenter non comme un crime (ii8iV^;j.a), mais comme une imprudence (âi^.âpTifi[Aa), ou un accident (dttûx'oiJ.a) " : c'est la figure qu'ils appellent îxf,'vt;)[;.r,. Or cette distinction est déjà formulée, non seulement par Démosthène dans un passage très connu du discours Sur la Couronne^, mais encore à maintes reprises par Antiphon lui-même'*.
Telles sont les conclusions que suggère l'étude des textes. Elles peuvent être fortifiées encore par deux témoignages historiques : i" Quintilien nous apprend qu'on attribuait l'invention du terme technique c-ia-.ç (état de cause), soit à Nausicratès, élève d'Isocrate, soit- à un certain Zopyros, rhéteur du troisième siècle av. J.-C. -\ Avec ces deux rhéteurs nous touchons, comme on voit,