‹ Essai sur la rhétorique grecque avant AristoteChapitre 4 sur 224 · Voy. p · texte numérisé non relu

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lien nous apprend que celte Iriple prescriplion remonte à Isocrate'. Mais il ne suffirait pas de constater qu'il y a dans les traités de basse époque des parties primitives. Où trouverons-nous le crilériuni nécessaire jjour les reconnaître, pour séparer de l'ivraie le bon grain? Voici la règle principale que j'ai suivie. Lorsque tel ou tel précepte de la rhétorique classique, qui nous est parvenu isolément, se répète dans les traités plus récents, et y fait partie intégrante d'un corps de doctrine qui lui donne tout son sens, je me suis cru en droit d'attribuer à la doctrine entière une date aussi reculée qu'à ce précepte lui-môme. Il va de soi que, si cette coïncidence s'étend à deux ou plusieurs détails, le critérium gagne encore en valeur. Far ce moyen j'ai restitué presque dans leur intégrité plusieurs chapitres de la rhétorique grec- (jue, telle (ju'on l'enseignait au quatrième siècle avant Jésus-Christ. Reprenons pour exemple le chapitre de la narration. Chez Quintilien, aussi bien que dans le de Inventione de Gicéron ou dans la Rhétorique à Hérenniiis , l'énoncé des trois (jualités nécessaires à la narration est suivi d'une longue liste de moyens — moyens d'être bref, d'être clair, d'être persuasif — sans lesquels cette théorie resterait en effet vaine et dépourvue d'intérêt pratique. N'ai-je pas eu raison dès lors d'admettre qu'il y avait déjà dans les manuels antérieurs à Aristote des listes de ce genre*?

On voit assez par ces brèves observations quel précieux parti on peut tirer des deux sources indirectes nég-ligées par Speng-el. Je suis le premier à reconnaître qu'elles sont d'un usage très délicat, périlleux même. Il y faudrait infiniment de prudence, de tact, de sag-acité. En quelle mesure ai-je réussi? C'est au lecteur d'en juger.

11 ne me reste plus qu'à dire un mot du plan de cet ouvrage. Il comprend deux parties. Dans l'une j'ai essayé de retracer le développement de la rhétorique, et spécialement de la rhétorique judiciaire chez les Grecs depuis les origines jusqu'à Aristote'. On m'y reprocherait à bon droit plus d'une lacune*, si je ne prévenais immédiatement que mon ambition n'a pas été d'écrire une histoire complète et continue de la période que je viens d'indiquer, mais simplement d'éclaircir quelques-

i. En me bornant presque à la rhétorique judiciaire, je n'ai fait que suivre l'exemple même des anciens rhéteurs qui traitaient de ce genre avec une prédilection marquée et pour ainsi dire à l'exclusion des deux autres (Aristote, Rhélor., I, 1; Isocrate, Sophisl., 19). Le fait s'explique aisément, du reste. Le genre judiciaire était celui qui intéressait le plus grand nombre de personnes. De plus, il présente des conditions fixes, grâce auxquelles il était relativement facile de le réduire en règles.

2. C'est ainsi que j'ai passé presque sous silence Thrasymachos de Chalcédoine, Théodoros de Byzance, Alcidamas, et d'autres (F. Blass, Die atlisch. BeredsamJi., I, 240 sq., 259 sq.; H, 317 sq.). Le motif, c'est qu'aucun de ces écrivains n'a été un initiateur : ce sont, pour me servir d'un mot de Denys d'Halicarnasse (Dinarch.,

s. init.), des isî-tuoTa^ twv eOpjiiÉmwv et non des EOf£Ta\ tSiou -/apaxTripo;. Peut-être cependant faut-il fnire exception pour Thrasymachos. Mais sur ce rhéteur l'étude si complète de F. Blass ne me laissait rien à dire; voyez aussi sur le même quelques courtes mais pénétrantes observations de A. Groiset, Hisl. de In LUI. grecq., TV, p. 415 sq.

unes des pliases essentielles de celle hisloii-e, représenlées par les noms de Gorax, de Prolag-oras, de Goig-ias, d'Anliphon, d'Isocrale. Dans la seconde partie qui, bien <ju'indépendanle de la première, en esl cependant le complément naturel, je me suis etlbrcé de reconstituer les matières d'une rhëtorique yrecque du quatrième siècle avant Jésus-Christ. On aura de la sorte un tableau d'ensemble des enseig-nemenls de la rhétorique à celle date.

Ai-je besoin de déclarer (jue j'ai consulté pour écrire cet Essai à peu près tout ce qui avait été publié antérieurement, à ma connaissance, soit sur l'ensemble, soit sur quelque partie de mon sujet? On en trouvera dans les notes au bas des pag-es l'indication exacte. Mais, sans méconnaître ce que je dois à mes devanciers, j'ai le droit de dire que mon livre est avant tout le fruit d'une étude personnelle et directe des textes anciens.

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