Euripitle, Iphigénie A Aulis, V
embrasser tes enfants ? Tu n'en auras pas le droit. Qui d'entre eux lèvera môme les yeux sur toi, qui auras immolé leur sœur de propos délibéré? As-tu déjà songé à tout cela? Ou bien as-tu seulement à cœur de te promener, le sceptre en main, et de commander l'armée? — V(Mci le ianf^age que tu devrais tenir aux Grecs : « Vous « voulez faire voile pour la Phrygic; que le sort désigne «■ celui d<Mit l'enfant doit mourir ! » Voilà qui était juste, et n<jn que ta fille fût choisie entre toutes et livrée aux Grecs pour être leur victime. — Ou bien encore il fallait que Ménclas immolât llermione, la fille pour la mère; c'était son alTaire à lui. iMais maintenant c'est moi, la iidèle épouse, qui serai privée de mon enfant, tandis que celle qui a failli, à Sparte, sous le toit domestique, jouira de son bonheur. — Réponds-moi si je n'ai pas raison; mais si ce que j'ai dit est juste, ne tue pas ta fille et la mienne, et tu seras sensé '. »
Où trouver une dialectique plus riche, plus variée, plus agile? C'est à l'école de Protagoras ^ qu'Euripide avait appris cet art ingénieux de féconder un sujet, et dans son fond en le retournant sous toutes ses faces, et dans sa forme en renouvelant chaque argument au moment où il semble épuisé. Qu'on mette en regard de cette dialectique, si fertile en ressources, l'argumentation indigente et monotone d'Hérodote, on mesurera du coup les progrès accomplis, en moins d'une génération, par l'éloquence grecque grâce à l'éristique.
1. Voir M. Li'cliner, Euripides rhetorum discipiilus, Progr. Ansbacli, 1874. filass, l. l.
2. liti tradition atteste, en efïet, des rapports personnels entre il! diuleclieien et le poète. D'après Diogène Laerce {IX, 54), c'est dans la maison d'Kiiripide que Protaj^oras aurait lu son Traité des Dieux. Cf. encore Diogène Laerce, IX, 55.