HISTORIQUE
Certes, les ouvriers aux carrières, les tailleurs de pierre, les casseurs de cailloux, les cantonniers, les polisseurs d'armes à la meule n’ont pas attendu que le nom de stlicose fût créé, pour s ‘apercevoir qu'ils étaient particulièrement sujets à des troubles de l'appareil respiratoire, et que dans leurs métiers on était plutôt malade « de la poitrine » que de telle autre partie du corps. Ils n’ont pas non plus manqué d'établir un lien entre les poussières qu’ils respirent durant leur travail et Faffection dont ils souffrent généralement puisqu'on retrouve le nom de « cailloute » pour la désigner, dès le xvI siècle dans le centre de la France, terme qui en dit assez long sur l’étiologie présumée de cette maladie.
D'ailleurs dès 1649, DIEMERKAEK reconnaissait la présence de poussières de pierre dans des poumons de sujets autopsiés. WEPFER, en 1678, constatait la « phtisie » des ouvriers qui travaillent la pierre à meule ; puis au
De
n Tan
(ais PORT
début du xvur' siècle, en 1703 RAMAZZINI notait « que les ouvriers qui travaillent la pierre sont atteints de maladies particulières. » « provenant du fait qu’ils absorbent en respirant les fragments de pierre, fragments anguleux, pointus, qui sautent sous le choc de leur marteau et qui rendent les ouvriers asthmatiqges ou phtisiques ». Et même avant ces dates, l’attention des médecins était souvent attirée vers cette variété d’affection pulmonaire qu’ils nommaient tantôt « phtisie » ou « mal de Saint-Roch », tantôt aussi € asthma pulverulentorum ».
Il n’était toutefois pas souvent question des mineurs, qui pourtant ont fourni aux cliniciens du xx° siècle le plus grand nombre de leurs observations sur la silicose — et auxquels il nous semble maintenant que soit invariablement attaché le terme de silicose. On ne reconnut chez eux, officiellement, si l’on peut dire, que beaucoup plus tard l’existence d’un mal spécial, que le chirurgien belge GoBERT décrivit en 1827 sous le nom « d’asthme des charbonniers ». Le cas de l’ouvrier LETEUL qu’il
- relate est tout à fait caractéristique, sa description se
borne toutefois à quelques remarques cliniques. Ce sont des praticiens anglais (GRÉGORY, CHRISTIAN, etc.) qui pratiquèrent les premières autopsies de mineurs.
Mais, dans le cas de LETEUL comme dans ceux rapportés par les médecins anglais cités plus haut, il s’agit seulement de poussières de charbon. Du moins sont-ce seulement ces poussières qui intéressent ces chercheurs.
C’est ainsi que par la suite la première place dans le chapitre des pneumokonioses est occupée par l’anthracose. Il est évident que l’anthracose une fois décelée, offrait beaucoup plus d’observations que la cailloute existant dans des professions qui occupent beaucoup moins de travailleurs que les mines.
L’attention ne sera de nouveau ramenée sur la silicose que plus tard, lorsqu’on sera allé plus avant dans l'étude de l’anthracose et en particulier de son étiologie ; ou plus exactement, on retrouvera, pourrait-on dire, la silicose, derrière l’image de l’anthracose et des penumokonioses minérales en général.
A rechercher à travers les écrits scientifiques et médicaux de ce dernier siècle, ce qui constitue l’histoire des pneumokonioses, on aperçoit bien en effet cette phase très longue durant laquelle après avoir été notée quelquefois comme nous Pavons dit plus haut, la silicose tombe dans un oubli à peu près total. Alors que l’anthracose devient au contraire le sujet de recherches et de controverses passionnées.
Nous voyons par exemple à 30 années de distance, deux attaques vigoureuses contre l’opinion classiquement reçue de l’origine respiratoire des pigments noirs du poumon de l’adulte : celle de TROUSSEAU, suivi en cela par ViLLARET et MONERET (Thèse de ViILLARET, 1862. Citée par RAJAONAH, thèse de 1898, Paris), celle de JOUSSET, 1928, voulant donner aux pigments noirs : l’un, une origine digestive; l’autre, une originé sanguine.
LE Set
Il n’est guère question jusqu’au xx° siècle de silicose (sous des noms comme : phtisie, calicose, chalicose) que dans des observations relatées, pour la simple curiosité du fait, semble-t-il et assez peu fréquentes.
Cet état de chose doit pouvoir à notre avis s’expliquer, par une raison fort simple que nous énoncerons volontiers sous forme d’une boutade en disant que : « Si lon parlait peu de silicose c’est que la silicose se voyait peu fréquemment. »
Et la silicose était rare, pour les motifs suivants :
1° Jusqu'an xx° siècle, la grande industrie n’est pas encore apparue, et avec elle la production en grand, des poussières; par conséquent, le nombre des cas possibles de pneumokonioses est restreint, il se borne à compter les quelques ouvriers de la pierre, spécialisés, ou les aiguiseurs.
2° Lorsque la grande industrie apparaît, lorsque les entreprises métallurgiques embauchent des milliers de mineurs, lorsque en général le nombre des ouvriers spécialisés croit, et avec eux sans doute le nombre de cas de silicose, il faut bien dire que leur santé n’entre pas pour beaucoup dans les soucis de ceux qui les emploient et les médecins ne lui accordent pas l’intérêt qu’on leur voit lui donner aujourd’hui. (Ceci est vrai, surtout, pour le cas des mineurs, qui, fort longtemps dans l’histoire de la société, constituent une classe de travailleurs misérables, aux mœurs à peine humaines et dans laquelle om naît, on meurt, on souffre ignoré.)
DFA
Et nul ne cherche à dépister ce que nous appelons : :
-« Les maladies professionnelles > (qui, d’abord, n’ont] pas
encore eu le temps de se manifester avec assez d’ampleur pour frapper les esprits). Aussi, la silicose, dont nous
verrons que le diagnostic est assez malaisé parfois, dissi-
mulée qu'elle est sous les déhors d’affections assez banales, passe, en général, inaperçue Jlorsqu” elle existe, carla notion de maladies professionnelles.n’est pas présente encore à l'esprit des praticiens.
Mais voyons comment, après cette Sériode de vie
cachée (car la silicose existait 1), jusqu ’aûx environs de
1890-1900, la silicose prend tout à Coup une existence de qu en plus affirmée. eau FEV
: Nous avons vu que si la seose était peu étudiée avant 4860, t'est que l’esprit des médecins n’était pas orienté vers «lle. Sous quelle influence les médecins
furentls donc amenés à diriger leurs recherches sur ce point de la pathologie ?
C'est aux environs de 1900 que la one de plus
en plus grande des affections pulmonaires chez les
mineurs — Ja « phtisie des mineurs », véritable fléau — vient alarmer les médecins anglais. Il n’est pas
étonnant que ce soient particulièrement les médecins
anglais qui aient fait les premiers pas dans l’étude de la
silicose, puisque :
1° L’Angleterre est de loin le premier pays minier. 2° Elle possède, en outre, en Afrique du Sud, des exploitations de mines d’or, qui prenaient à cette époque
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D une extension énorme et occupaient dés milliers de.tra- 4 vailleurs. vs ei RUN Or, vers cette. époque, Le eu terti dés mineurs en : Angleterre et en Afrique commença à ressentir l'action malfaisante des poussières inhalées. La phtisie ñt des “ravages si grands que les propriétaires des mines, puis ile gouvernement anglais, furent, émus. (Ce fut surtout dans les mines d’or africaines que sévit la silicose en ivéritable fléau, c car les filons se trouvent noyés dans des roches, siliceuses, qu’il faut réduire en poudre pour trouver Je minerai.) Et cela à tel: point qu’au début du |Xx° siècle une mission anglaise est envoyée en Afrique du Sud pour étudier la « Miner’ s Phtisis ». C est la « Miner’s - Phtisis Commission » de 1902.
Cette mission ne cesse, depuis cette époque, de poursuivre ses recherches avec MAVROGORDATO, IRVINÉ, JoHx- : SON, STEWART, ORENSTEIN, principalement dans le Wit :watersrand. Elle avait pour objectif de « s’enquérir du * degré d'extension de la miner’s phtisis, d’en déterminer les causes et de trouver des mesures curatives et prophy- Jactiques à y opposer ».
En feuilletant les rapports annuels de cette commission, on assiste à la genèse de la notion de silicose. De
« miner’s phlisis », l'affection pulmonaire des mineurs du Witwatersrand devient vers 1912 la « silicosis » et IRVINÉ, JoansoN et STEWART font entrer officiellement ce nom dans la nomenclature médicale, en mars 1916, dans 1 leur : General Report of the Miner's Phtisis Preve ntion