‹ Essai sur la statistique générale de la Belgique, composé sur des documents publics et particuliers (volume 2)Chapitre 12 sur 299 · SECONDE BELGIQUE · texte numérisé non relu

SECONDE BELGIQUE

Les Nerviens, capitale Bavay, plus tard Tournai et Cambrai (Flandre occidentale, llainaut et partie Sud-Est du département du Nord), étaient une nation de guerriers la plus redoutée entre les Belges; ils ne combattaient qu’à pied, reje-

taient le vin et toutes les délicatesses de la vie qui tendent à énerver, sc renfermaient dans leurs forêts imprenables, et tenaient dans leur dépendance plusieurs tribus de la rôle de la Seconde Belgique, qui pour cela portait le nom de ATrrricanus Traclus (depuis l'embouchure de la Seine à celle de la Meuse).

Les Marins, partie du Ras-dc-Calais (Térouane, Boulogne).

Les A( ré baie s (Arras); leur Roi Comius est célèbre dans les Commentaires de César.

Les Ambianois, capitale Amiens, où César tint une assemblée des États de la Gaule. A l'Est des Ambianois étaient les Véromanducns , dont la capitale était Augusta Yeromanduorum (aujourd'hui Saint-Quentin, ou suivant d'autres Vermand, à deux lieues Nord-Ouest de cette ville).

Les Detlovaques (Beauvais), étaient les plu* puissants d’entre les Belges; ils pouvaient mettre cent mille hommes sur pied.

Les Suessonnais (Soissons) vivaient avec les Rémois sous des lois et des chefs communs.

Les Rémois (Reims), peuple druidique, avaient pour clients les. Carnutes dont les villes étaient Chartres et Dreux où l'on croit que les druides tenaient tous les ans leur assemblée générale; les Rémois et les Camulcs rendirent de grands services à César dans la conquête des Gaules. Les Catalauncs ( (Châlons-sur-Marne) formaient une dépendance des Rémois.

D’autres peuplades, qui faisaient aussi partie de la Belgique, en furent détachées par les Romains pour entrer dans la composition de la Germanie Inférieure. Ce sont ;

Les Bataves (partie de la Hollande), sauvages habitants des lies formées par les deux bras du Rhin, la Meuse et la mer; vaste marais en trecoupé de terres presque flottantes.

Les Ménapiens (Gueldre).

Les Tojcandres (Campinc).

Les Eburont (Liège) qui, détruits par César, dont ils avaient massacré une légion, furent remplacés par les Tongrcs.

Les Adualiques (pays de Namur).

Les Conduises (Condroz dans le pays de Liège), et leurs voisins du Sud appelés Pœmaniens ou Phœmanient (Famennc).

Le successeur du conquérant des Gaules , Auguste, qui avait établi la nouvelle division du

COIT’-DVkIL SLR L'HISTOIRE DES BELGES.

pays, on obligea les habitants k se servir des lois romaines, sous l'autorité de préfets envoyés de la métropole. Sous le règne des Césars, la Belgique se couvrit de ces belles voies romaines, dont les restes commandent encore aujourd'hui notre admiration; des villes furent fondées ou embellies, comme Soissons, SMJuentin, Senlis; un canal fut creusé pour joindre la Meuse au Rhin, et les Belges, quoiqu’asservis, purent se policcr par le contact de leurs vainqueurs bien plus avancés qu'eux en civilisation ; ils embrassèrent aussi avec empressement le christianisme, auquel la plupart d’entre eux étaient convertis lors de l'invasion des Allemands, des Goths , des Bourguignons et des Franks, peuples germaniques dont les noms étaient restés inconnus jusque vers le milieu du troisième siècle, et qui, avec d’autres hordes étrangères, parcoururent dans tous les sens le monde romain , se heurtèrent entre eux, se renversèrent, sc confondirent et, embrassant la religion chrétienne, finirent par démembrer totalement le grand empire et poser les fondements des monarchies modernes.

Dans ('histoire de ces invasions, celle des Franks importe le plus à notre sujet, parce que ce furent eux qui, de tous les barbares venus d'au-delà du Rhin, envahirent nos contrées et s’y fixèrent.

Entre l'Océan, le Rhin, le Main et l'Elbe, habitaient des tribus germaines connues du temps de César sous le nom de Saliens, Sicambrcs , Chamaves, Bruclèrcs, Frisons, Teuctères, Coites, Chérusques, Usipèlcs, Cauques. Effrayées par les succès de César dans les Gaules, ces tribus formèrent, sous le nom de Franks, une confédération pour se protéger contre les Romains; les plus anciennes d'entre elles dont l'histoire fasse mention, furent les Cauques sur les rives de la mer du Nord, et les Cottes entre le Main et le Weser, vivant l’une et l'autre sous une constitution civile et militaire assez avancée, et connues dès le premier siècle après Jésus-Christ. Profitant des agitations auxquelles l'empire était livré à la fin du troisième siècle et au commencement du quatrième, les Franks passèrent le Rhin au Nord : l’Empereur Probus trouva les Franks Saliens établis dans la presqu'île batave, qu’ils échangèrent contre d’autres possessions à l'embouchure de la Mer Noire; mais bientôt après, le désir de revoir leur patrie leur fit prendre la

résolution de s’emparer des croisières romaines pour retourner vers les Pays-Bas par la Mer Noire, la Mer Égée, la Méditerranée et le Grand Océan. En même temps les Franks continuèrent leurs émigrations; refoules de la rive droite du Rhin par les Saxons, ils vinrent par hordes nombreuses s'établir dans le Nord de la Gaule, et furent bien accueillis par les indigènes fatigués du joug de Rome. Les pays qu'occupèrent ces étrangers reçurent le nom de Francia et formèrent la monarchie française dont Clodion, chef des Saliens, fut un des premiers Rois (le troisième suivant Grégoire de Tours). Clodion, après avoir fait la conquête de Tournai, de Cambrai et d’Amiens, fixa sa résidence dans cette dernière ville. Son fils et successeur, Mérovéc, qui a donné son nom à la première race des Rois de France, se vit en possession de ChÛlons-sur-Mamc, du Yermandois, de l'Artois, du Cambrésis, de Tournai, de Senlis, du Beauvoisis, de l'Amicnnois, de Boulogne, d'une partie de l'Ile-de-France et du pays qui plus tard fut appelé la Normaudic. Childéric, fils de Mérovéc et père de Clovis, établit* le siège de ses Étals à Tournai, où son tombeau fut découvert en 1655. A l'avènement de Clovis, l'an 481 , les Romains se trouvaient encore maîtres du territoire de Soissons, gardé par Siagrius, fils d'Aétius. Clovis battit le général romain qu'il fil mettre à mort, s’empara du Soissonnais, de la ville de Paris, de la Tongric, et remporta 6ur les Allemands, à Tolbiac au Sud- Ouest de Cologne, une victoire complète, après laquelle il sc fit baptiser par saint llenii, et transféra sa résidence à Paris. Clovis, vainqueur des Romains et maître de la Gaule, ne dédaigna cependant pas de porter le litre cl les insignes de patricien romain qui lui furent envoyés par Anastase, Empereur d'Orient; un autre Anastase, Pape, qualifia Clovis de fils de l'Église, titre que ses successeurs ont conservé.

Comme on vient de le voir, la Belgique, habitée par un mélange de peuples d’origine gauloise et germanique, fut le berceau de la France. Cette nouvelle monarchie n'était, jusqu’à Clovis, guère autre que la Belgique elle-même avec un nom différent; Tournai en était en dernier lieu la capitale. Après la mort de Clovis en 511, la France subit des démembrements si nombreux et si divers, qu’il devient presqu’impossiblc de déterminer l’étendue des nouveaux

COUF-D'<EIL su» l'histoire oe» relues

Royaumes qui en furent formés : les États de Clovis, partagés entre ses quatre fils qui en formèrent les Royaumes de Paris, Soissons, Orléans, Austrasie, furent réunis par Clotaire I er , dont les quaire fils se les partagèrent de nouveau en 562. Clotaire II en effectua la réunion une seconde fois, et après lui commença la décadence de l'autorité royale, en 628; c'était le règne des Rois fainéants et des Maires du palais. En 658, la France est divisée en Ncuslrie, entre la Meuse et la Loire, et en Austrasie depuis la Meuse jusqu'au Rhin; l'ancienne Belgique était comprise dans l'Austrasie qui eut MeU pour capitale. Ici une famille du pays de Liège fut, comme par droit héréditaire, en possession de la dignité de Maire du palais, ou d'intendant de la maison du Roi. Pépin, de Landen, étant mort dans cette charge en 640, Grimoald, son fils, lui succède et meurt assassiné. Pépin, d'Ilcrstal, guerrier cl grand propriétaire, prend le titre de Roi et confère au Pape le pouvoir temporel; mort à Jupille, il laisse la couronne 5 son fils naturel, Charles dit le Martel, dont le fils Pépin, dit le Bref, réunissant sous le même sceptre les deux Royaumes de Neuslric et d' Austrasie, fut élu Roi des Franks : le plus beau titre de Pepin-le-Bref à la reconnaissance de la postérité est d'avoir donné le jour à Charlemagne qui devint la tige de la seconde race des Rois de F rance.

Charlemagne éteudit les frontières de la France de l'Elbe à Bénévcnt, et de l'Ébre aux bords du Raab en Hongrie. II fit le plus souvent sa résidence à Aix-la-Chapelle, à Worms, à Paderborn, d'où il pot observer et repousser les incursions des Saxons, auxquels il fit une guerre terrible qui dura trente-trois ans; il les soumit totalement et les fit transporter pour la plupart dans les contrées belgiqucs. Il avait rétabli sur le trône pontifical Léon lit qui, par reconnaissance, le couronna Auguste et Empereur d'Oecident, l'an 800. Pendant son séjour en Italie, Charlemagne s'était voué au culte des lettres, et à son retour en France, il établit des écoles, fonda des académies et l’université de Paris. Il fit aussi les lois connues sous le nom de Capitulaires, un des plus beaux monuments de législation ancienne. Dans les dernières années d’un règne si brillant, les Normands, descendus de la Suède et du Danemarck, infestèrent les côtes de France dont la marine, quoiqu'assez puissante pour son temps,

ne put cependant réprimer le ravages de ces pirates, qui se fixèrent en 811 dans la province nommée depuis Normandie. Charlemagne mourut le 28 janvier 8 U.

la? puissant Empire d'Oecident ne put se soutenir dans les mains débiles du fils de Charlemagne, Louis-lc-Débonnaire , cl des fils de oc dernier : le trône s'écroule, l'ordre fait place à l'anarchie , les Normands pénètrent jusqu’à Anvers, enfin l'Empire est démembré. Par le traité de Verdun ( 1 1 août 843) conclu entre l'Empereur Lothaire et ses deux frères Louis-lc-Gcrmanique et Charles-le-Cliauve , il reçoit, outre l'Italie, la Provence, la Franche-Comté et le Lyonnais, la vaste étendue de pays qu’on appela la Lotharingie, comprise entre le Rhône, la Saône, le Rhin, la Meuse et l'Escaut.

La Belgique, ainsi incorporée à l'Empire de Lothaire, est bientôt réduite à des proportions mesquines, divisée en une infinité de seigneuries indépendantes, sans lien politique, sans nom commun, le nom si glorieux de Belgique étant presqu'oublié et ne se trouvant plus que dans les traditions. Ce fut là l'œuvre de la féodalité. Charlemagne et ses successeurs avaient accordé aux officiers nommés pour commander dans les provinces, des domaines ni bénéfice ; on désignait ainsi les terres dont le Prince s'était réservé la disposition. Feu à peu ces gouverneurs de province, qui portaient le titre de Duc, de Comte, de Marquis, de Baron, s'approprièrent les terres de leur souverain et les convertirent en alleux, c'est-à-dire qu'ils fireut tourner à leur profit les droits féodaux qui les grevaient; ceux à qui des terres féodahs avaient été cédées à perpétuité s'appelaient leuttct ou fidèles. Les propriétés féodales portèrent le nom de fiefs, cl l'on appela vassaux les sujets des seigneurs Chaque seigneur se fit souverain dans ses Etals et affermit sa puissance à mesure que l'autorité royale était abaissée sans pouvoir et sans force. L'histoire de ce temps est celle des fiefs et arrière-fiefs, véritable chaos impossible à débrouiller cl qui continue jusqu'au montent où des donations, des alliances, des conquêtes imposeront à ces diverses seigneuries la suzeraineté d'une couronne plus puissante.

Les fiefs qui se formèrent alors en Belgique, étaient les Comtés de Flandre, de llainaut, de Namur, de Luxembourg; les Duchés de Brabant,

COUP-D'aBIL St K L’BISTOin» DIS IUILCC8.

île Limbourg; le Marquisat d'Anvers; la Seigneurie de Halincs; la Principauté de Liège; le Comté d'Artois; le Toumaisis; le Cambrésis; puis au Nord, la llollandc, la Zélande, la Gueldrc, Zutphen, Croningue, la Frise et l'Ovcr-Ysscl. La Flandre, i[ui avait été gouvernée primitivement par des Comtes forestiers (Wald-Graven), devint célèbre par l'industrie et l'opulence de ses habitants. En 1583, elle passa, par le mariage de la fille de Louis de Maele, Comte de Flandre, avec Philippe-le-llardi, an Duché de Bourgogne, qui réunit successivement tous les pays que nous venons de nommer, à l'exception de celui de Liège qui continua à relever de l'Empire d’Allemagne.

Les Belges avaient pris une part glorieuse aux expéditions guerrières entreprises pour la délivrance de la Terre-Sainte : le premier Roi que les Croisés élurent pour occuper le trône de Jérusalem , à la fin du XI e siècle, fut un Brabançon, Godcfroid de Bouillon, né à Baisy près de Gcnappc; uu des chefs de la seconde Croisade fut Thierry, Comte de Flandre; Olhon de Trazegnies et Jacques d'Avcsnes sc distinguèrent dans la troisième Croisade, et à la quatrième Baudouin, Comte de Flandre et de ilainaut, monta sur le trône impérial de Constantinople, dans les premières années du XIII" siècle. Ces relations de l'Oecident avec l'Orient minèrent profondément l'édifice féodal : les idées d'industrie et de commerce que les Flamands rapportèrent de leurs voyages, furent mises en pratique, et l'on vit bientôt des villes telles que Ypres, Bruges, Gand, devenir l’entrepôt de l'Italie et de la Ligue hanséatique, tandis que partout s'établissaient de riches manufactures de draps, de toiles cl d’une foule d’autres produits; lorsque plus tard (1129) Philippc-le-Bon institua à Bruges l’ordre de la Toison d’Or, on croit que ce fut pour perpétuer le souvenir de l'opulence de cette ville, alors Y Étape des laines d'Espagne; après la découverte de l'Amérique à la fin du XV e siècle, le port de Bruges perdit son importance cl Anvers devint l'entrepôt du monde. Avec un tel développement de la production nationale naquit l'esprit d’indépendance; les Flamands et leurs voisins des autres provinces voulant la liberté, s'assemblèrent en corps de métiers qui nommaient leurs juges et leurs magistrats municipaux; ces espèces de républiques an sein même de la féodalité, prirent le uom de Communes qui eurent le belTroi

pour principal attribut, comme le clocher était l’attribut du Clergé et le château- fort celui de la Noblesse. C'est de la Belgique qu'est parti le mouvement qui produisit l'affranchissement des communes : Gand, Tournai, Vilvordc, eurent leurs chartes dès le XII e siècle; Louvain, Mons, Namur, Diest, Bruxelles, Bruges , Luxembourg, Anvers, Y'pres, au XIII e ; Matines au XIV e , etc.

Les États de lMiilippc-lc-lIardi passèrent successivement à Jean-sans-Peur, à l’hilippc-le-Bon qui les agrandit considérablement, et à Charles- Ic-Téméraire qui fut le dernier prince de la Maisou de Bourgogne. Marie, fille unique du Téméraire, apporta les riches provinces belges en dot à l'Empereur Maximilien I er qui les réunit à ses autres États d'Allemagne sous le titre de Cercle de Bourgogne ( U79). Le fils de Marie de Bourgogne, Philippc-lc-Bcl, hérita de scs États, et les laissa lui-mémc à son fils Charles-Quint, né ii Gand le 2i février 1500; l'Empereur Maximilien nomma sa fille Marguerite d'Autriche au gouvernement des Pays-Bas pendant la minorité de Charles-Quint, qui régna lui-méme sur les provinces bclgiqucs dès qu'il eut atteint sa quinzième année. Bientôt après, la monarchie espagnole échut à Charles-Quint par la mort de son aïeul maternel, Ferdinand V dit le Catholique (1510) et, après la mort de Maximilien I er (janvier 1519), il succède à l'Empire d'Allemagne que lui disputait son rival François I er , Roi de France. Sous le sceptre de Charles-Quint, qui sut respecter les privilèges et immunités des Belges, on vil s’étendre la réforme religieuse dont Luther plaidait la cause en Allemagne. Ce prince mourut le 21 septembre 1558 au couvent de Saint-Just dans l'Estramadurc, où il s'était retiré après avoir mis son fils Philippe H en possession de la souveraineté des Pays-Bas (octobre 1555), puis du trône d'Espagne (janvier 1556) cl résigné, dans la même année, l'Empire d'Allemagne entre les mains de son frère Ferdinand.

Si Charles-Quint rendit son administration supportable aux Belges, il n'en fut pas de même sous les persécutions religieuses de Philippe II qui, après avoir installé comme Régente des Pays-Bas sa sœur naturelle, Marguerite, Duchesse de Parme, lui donna pour Ministre le Cardinal de Granvcllc dont le fanatisme sanguinaire prétendit étouffer la réforme par les cruautés de

COCP-D’OEII. s en i . 'histoire des belges.

l'inquisition. Exaspérées par tant de malheurs accumulés sur elles, les provinces belges et ba tares se liguèrent contre leurs oppresseurs : les principaux seigneurs et bourgeois jurent, à Bruxelles, de mourir pour la défense de leur indépendance civile et religieuse. Irrité de tant de résistance, Philippe H révoque Marguerite et Granvellc, et envoie (1507) contre les révoltés une armée espagnole sous la conduite du Duc d*Albe, personnage féroce, qui s’est vanté d’avoir, dans l’espace de trois années, envoyé au dernier snpplicc 18,600 victimes pour la cause de la religion ! Plus de cent mille Flamands (ce mot était synonyme de Belges) portèrent leur industrie en Angleterre et en Saxe. Les nobles Comtes «TEgmont et de Horn furent les premiers qui rougirent de leur sang (juin 1568) les échafauds que le Duc d*Albe avait fait dresser. À la vue de ces atrocités, des proscriptions, des émigrations, des impôts énormes dont le pays fut accablé, la Nation indignée se soulève : Guillaume-le-Taciturne, Prince d’Orangc, devint le chef d’une confédération qui se forma contre le joug espagnol; il voit se grossir autour de lui une troupe de fugitifs dans le plus entier dénuement, ravageant les campagnes et harcelant la marine espagnole à l’aide de frêles embarcations, d'où est venu le nom de gueux des bois et des mers qui leur fut donné par les courtisans espagnols. Le Prince d’Orangc, après quelques alternatives de succès et de revers, finit par jeter les bases d'un gouvernement indépendant : les gueux, assemblés à Dordrecht, se donnent le Prince pour chef avec le titre de Stadhouder (1572). La persévérante résistance des révoltés découragea le Duc d’Albe qui sollicita son rappel. Louis de Zuniga y Requesens, nommé pour le remplacer, continua la guerre et mourut à Bruxelles en 1576, sans avoir pu calmer la révolte. Don Juan d'Autriche, autre enfant naturel de Charles-Quinl, fut envoyé dans les Pays-Bas en novembre 1576, et remporta une victoire sur les troupes protestantes dans la plaine de Gembloux (51 décembre 1577). Le Prince d'Orange avait décrété h Gand (8 novembre 1576) un acte connu sous le nom de Pacification de Gand, garantissant aux provinces la liberté de conscience; Don Juan ratifia cet acte et congédia les troupes espagnoles qui, avant de quitter le pays, pillèrent Maeslricht, le pays de W ara, Gram mont, Ainsi et Anvers dont le sac

dura trois Jours et fut appelé la furie apagnolc. Don Juan ayant violé ce traité qui lui défendait de garder auprès de lui des soldats étrangers, les Flamands nomment Gouverneur-général du Brabant le Prince d'Orange qui conclut, le 31 janvier IS79, doux ans après la Pacification de Gand qui se trouvait ainsi rompue, la célèbre Union dTtrccht, loi fondamentale de la République des Provinces-Unies, composée de la Hollande, la Zélande, la Gueldre, Zutphen, Groningue, la Frise et l'Over-Yssel. Le Prince d'Orange, dont la tête avait été mise 5 pris , fut tué d'un coup de feu a Délit, le 10 juillet 1384, par un Franc- Comtois , Balthasar Gérard , qui fut pris et écartelé ; Philippe II accorda , par reconnaissance, à la famille de cet assassin des lettres de noblesse que Louis XIV, devenu maître de la Franche- Comté, refusa de reconnaître. Le Stadhoudéral passa dans les mains de Maurice de Nassau, Gis de l'infortuné Prince d'Orange. Durant l’administration d'Alexandre Farncse, Duc de Parme, qui avait succédé à Don Juan, les États du pays, assemblés à Anvers, prononcèrent, le 26 juillet 1381, la déchéance de Philippe II de tous ses droits sur la Belgique, et déférèrent la souveraineté des Pays-Bas au DuojTAIençon, frère de Henri III, roi de France; «grince, 3 la tête d'une troupe française, Dl son entrée 3 Anvers, obtint peu de succès et mourut en 1585. Après la mort du Duc de Parme, arrivée le 2 décembre 1592, plusieurs généraux espagnols furent successivement nommés gouverneurs du pays et, en 1598, année même de la mort de Philippe II, ce monarque fanatique et cruel pensa intéresser la maison d'Autriche dans la lutte, en mariant sa fille Isabolle-Clairc-Eugénic 3 l'Archiduc Albert d'Aulriuhe et en lui donnant en dot la souveraineté des Pays-Bas.

La douceur de l'administration dra Infants Albert et Isabelle répara Ira maux que le pays avait soufTerts 60 us le gouvernement de Philippe II. Albert tenta de faire rentrer les Provinees-Unies sous le joug espagnol ; mais il fut vaincu près de Nienport par Maurice de Nassau, et alla faire le siège d'Ostende qui ne se rendit qu'après avoir résisté plus de trois années. A la mort de l’Archiduc Albert (1621), la souveraineté des Pays-Bas revint au roi d'Espagne, Philippe IV, oncle de l’Infante Isabelle qui n'eut que le titre de Gouvernante et mourut en 1655.

covp-D'am. su i.’hisioi»* des belges.

L'Espagne voyant que toutes les puissances soutenaient la nouvelle république des Provinecs- Uuies, consentit enfin 1 en reconnaître l'indépendance, et signa le traité de Munster (24 octobre 1G18) qui mit fin, dans les Pays-Bas, 4 ces sanglantes guerres de religion du XVI 11 siècle. — Ce même siècle, chose étonnante! fut celui de la renaissance des lettres et des arts parmi nous; c'est lui qui a fourni le plus riche contingent à la galerie des grands hommes de la Belgique. Il a vu naître : Juslc-Lipse, Daniel lleinsius, llonavenlurc Vulcanius, célèbres philologues; Jean Drusius, savant orientaliste; Vesale, créateur de l'anatomie humaine; Vau Helmonl, illustre médecin; Charles Clusius, savant botaniste; Ortelius et Mercator, créateurs de la géographie moderne; les historiens Gramaye et Lemire; Jean Philipson Sleidan, autre historien que l'Allemagne protestante appelle son Tilc-Live; le poète Jean Boch, surnommé le Virgile bclgique; le jurisconsulte Oudegherst; François Gomarus, célèbre théologien protestant , chef de la secte des gomaristes; Jansénius, évêque d'Ypres, dont le livre Auguslinus, attaqué après sa mort, fut défendu par l'illustre école de Port-Royal ; le jésuite Jean Bollandus, fondateur des Acta Sanclorum; les imprimeurs Planlin et Mordus; Rubens, le plus célèbre peintre de l’école flamande; Van Dyck, Jordaensct Tcniers le vieux, élèves de Rubens; François Duqucsnoy, grand sculpteur; Lambert Lombart, peintre et architecte; Orlandus Lassus, musicien fameux, émule de Palestrina; Augier de Busbecq, diplomate habile; le Comte de Lannoy, vainqueur de François I” à la bataille de Pavic; les infortunés Comtes d'Egmont et de llorn, que nous avons vus mourir sur l'échafaud; Jean de TSerclaes, comte de Tilly, et l'infatigable et actif Ernest de Mansfcld, ces deux grands capitaines de la guerre de trente ans; Jean de YVerth, autre soldat fameux dont le nom a été illustré en France par les chansons populaires comme le fut depuis celui de Marlborough, etc.

La France, qui convoitait les provinces restées sous la domination de l'Espagne, obtint, par le traité des Pyrénées (7 novembre 1C59) plusieurs villes de la Flandre, du llainaul et du Luxembourg, et par celui d'Aix-la-Chapelle (2 mai 16G8) presque toute la Flandre française. Ces conquêtes ne satisfirent point l'ambition de Louis XIV : souffrant impatiemment l'existence de la Répu-

blique des Provinccs-llnie*, il forme le projet de s'en rendre maître; mais, réduit il ses propres forces, il est obligé d'y renoncer, et tourne de nouveau ses armes contre les Pays-Bas espagnols où il s'empare de la Franche-Comté, du Cainbrésis et d'une partie de la Flandre, possessions qui lui furent garanties par le traité de Nimègue (17 septembre iU78). Le traité de Ryswick (20 septembre 1697 (.força la* France à rendre les conquêtes qu'elle avait faites depuis le traité de Nimègue, lui garantissant les possessions qu'elle avait antérieurement à ce traité, line ligue formée contre la France entante de nouvelles guerres dont les Pays-Bas devinrent encore le théâtre, et qui se terminèrent par le traité d'IItrechl (11 avril 1715) : la Franche-Comté, la Flandre française et une partie du Hainant restèrent à la France; toutes les autres possessions de l’Espagne dans les Pays-Bas furent transférées à l'Empereur d'Allemagne, Charles VI, et la République des Provinccs-Unics, dans la vue d'opposer une barrière aux envahissements de la France, obtint, par lo traité de la Barrière (15 novembre 1715) le droit de tenir seule garnison à Namur, Tournai, Menin, Warneton, Ypres et le fort de Knocfce , et d'occuper Ruremonde conjointement avec les Autrichiens; l'occupation de ces places par les Hollandais ne cessa qu'en 1782, sous le règne de Joseph II.

L'article i l du traité de Munster (1018) avait prononcé la fermeture de l'Escaut; ce fut la ruine du port d'Anvers et le fondement de la prospérité du port d'Amsterdam, qui devint par là la première ville commerçante de l'Europe. L'Empereur Charles VI, voulant relever le commerce maritime de la Belgique, créa, le 19 décembre 1722, la compagnie d'Oslendc, au capital de six millions de florins; mais lu commerce de la Hollande , qui souffrait beaucoup de la concurrence des Belges aux Indes, parvint à faire suspendre la compagnie d'Oslcnde en 1727, et à la faire supprimer un peu plus tard. La Belgique ne fit alors que végéter jusqu'au règne de Marie-Thérèse qui, vu les temps et les lieux, a fait beaucoup pour l'agriculture, le commerce, l'industrie, les arts et les sciences. Après elle, son fils, l'Eiupcreur Joseph II, tenta d'introduire dans les institutions du pays des réformes empreintes, pour la plupart, de l'idée d'unité monarchique ; à celle époque les Belges , trop attachés aux franchises

COVP-D'URII. SCR L’HISTOIRE DES BELGES.

locales et aux privilèges sortis des luttes de la féodalité, ne comprenaient pas encore, comme ils l'ont appris depuis, la forme de gouvernement concentrée si favorable à la formation des nationalités. Il s'établit un comité insurrectionnel en {788, les Autrichiens furent battus et expulsés du pays, un congrès national fut établi, mais l'on s'aperçut bientôt que les chefs ne prenaient à cœur que les intérêts du clergé et de la noblesse; de déplorables excès témoignèrent du mécontentement du peuple et, Joseph II étant mort en 1780, les Autrichiens rentrèrent la même année en possession de nos provinces.

La Belgique, h peine remise des secousses de la révolution brabançonne, est entraînée dans le mouvement politique qui, parti de la France, ébranla l'Europe. Dumouricz, vainqueur à la bataille de Jemmapes ( 1 792 ) , soumet la partie méridionale du pays à la République française; Pichegni fait la conquête de la Hollande. Cependant les Autrichiens, commandés par le Prince de Saxe-Cobourg , gagnent la bataille de Neerwinden près de 1 .a mien sur Dumouricz (18-33 mars 1703), forcent les Français à évacuer la Rclgique, cl s'emparent même de Condé, de Valenciennes, du Qucsnoi, de Landrccies. Dans la campagne suivante, le Prince de Cobourg est battu par le général Jourdan dans les plaines de Fleurus (36 mai 1791); la Belgique, avec le pays de Liège détaché du cercle de Westphalie. devenue partie intégrante de la République, puis de l'F.mpire, est divisée en neuf départements et incorporée à la France par la loi du 9 vendémiaire an IV ( I" octobre 1793), confirmée par le traité de paix conclu à Campo-Formio le 17 octobre 1797. I.a Belgique fut ainsi associée pendant plus de vingt ans aux destinées de la France. Dans la grande armée, les Belges se distinguèrent par leur bravoure; Napoléon les appelait ses meilleurs soldats.

Après la chute de' Napoléon, les provinces belges, qui reprirent à peu près leur ancienne division politique , formèrent, avec les provinces lia Laves, un seul et même État sous la dénomination de Royaume des Pays-Bas; cctté réunion de la Belgique cl de la Hollande fut arrêtée par la convention de Londres du il juillet 18LI, et les limites du nouveau Royaume furent fixées par le traité de Vienne du 8 juin 1813. Les deux

nations ne purent sympathiser, divisées qu'elles étaient de mœurs, de langage, de religion, d'intérêts. A ces causes vinrent se joindre encore d'autres ferments de discorde : la loi fondamentale du 31 août 1813 attribua aux provinces hollandaises un nombre de députés aux États- Généraux égal A celui des provinces belges qui formaient les deux tiers de la population du Royaume; lors du vote de ce pacte social, les notables belges absents furent comptés comme ayant donné un vote approbatif; l'empiétement du pouvoir exécutif sur le domaine législatif; la préférence accordée aux Hollandais sur les Belges pour occuper les emplois civils et militaires ; Ut fixation en Hollande du siège de la plupart des grands établissements; la proscription de la langue française et l'introduction de i'idiômc hollandais dans les affaires publiques, dans les débats judiciaires, dans l'instruction publique; l'orthodoxie du clergé catholique froissée par l'obligation imposée aux étudiants en tbéologie de fréquenter le collège philosophique qui avait été créé à Louvain; les entraves mises à la presse et à l'enseignement dans tous les degrés; l'abolition du jury pour le jugement des affaires criminelles; la non responsabilité ministérielle; l'amovibilité des juges; la création d'impôts odieux tels que la moulure et l'abattage ; U dette publique et It^s recettes destinées à l'amortir gérées par un corps h part, nommé syndicat d'amortissement, dont les opérations se faisaient dans les ténèbres, sans contrôle comme sans publicité. La dette inscrite, portant intérêt, provenait presque tout entière de la Hollande seule et s'élevait à un milliard 093 millions de francs; une autre dette tout-ù-fait hollandaise , déclarée nulle par Napoléon en 1810, fut admise pour les deux tiers, montant à deux milliards 130 millions de francs, à faire partie de la dette inscrite à mesure que celte dernière serait diminuée par les rachats annuels. La Belgique se trouvait ainsi entraînée dans un gouffre de quatre milliards, somme énorme, dont clic ne devait rien ou prrsquc rien, et qu'on fit cependant peser sur elle comme sur la Hollande. Ces griefs excitèrent la nation belge au mécontentement qui, grandissant sans cesse, se manifesta avec énergie en 1839 et 1850 dans les journaux de l'opposition, dont plusieurs des rédacteurs furent mis en jugement, incarcérés ou bannis. Les esprits

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