‹ Essai sur la statistique générale de la BelgiqueChapitre 14 sur 328 · COUP-D'OBIL SDR L'HISTOIRE DE6 BELGES · texte numérisé non relu

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locales et aux privilèges sortis des luttes de la féodalité, ne comprenaient pas encore, comme ils l'ont appris depuis, la forme de gouvernement concentrée si favorable à la formation des nationalités. 11 s'établit un comité insurrectionnel en 1788, les Autrichiens furent battus et expulsés du pays, un congrès national fut établi, mais l'on s'aperçut bientôt que les chefs ne prenaient à cœur que les intérêts du clergé et de la noblesse; de déplorables excès témoignèrent du mécontentement du peuple et, Joseph II étant mort en 1790, les Autrichiens rentrèrent la même année en possession de nos provinces.

La Belgique, à peine remise des secousses de la révolution brabançonne, est entraînée dans le mouvement politique qui, parti de la France, ébranla l'Europe. Dumouriez, vainqueur à la bataille de Jemmapes (1792), soumet la partie méridionale du pays à la République française; Pichcgru fait la conquête de la Hollande. Cependant les Autrichiens, commandés par le Prince de Saxe-Cobourg , gagnent la bataille de Ncerwinden près de Landcn sur Dumouriez (18-22 mars 1795), forcent les Français à évacuer la Belgique, et s'emparent même de Condé, de Valcnciennes, du Quesnoi, de Landrecies. Dans la campagne suivante, le Prince de Cobourg est battu par le général Jourdan dans les plaines de Fleurus (26 mai 1794); la Belgique, avec le pays de Liège détaché du cercle de Westphalie, devenue partie intégrante de la République, puis de l'Empire, est divisée en neuf déparlements et incorporée S la France par la loi du 9 vendémiaire an IV ( 1 er octobre 1795), confirmée par le traité de paix conclu à Campo-Formio le 17 octobre 1797. La Belgique fut ainsi associée pendant plus de vingt ans aux destinées de la France. Dans la grande armée, les Belges se distinguèrent par leur bravoure; Napoléon les appelait ses meilleurs soldats.

Après la chute de Napoléon, les provinces belges, qui reprirent à peu près leur ancienne division politique, formèrent, avec les provinces bataves, un seul et même État sous la dénomination de Royaume des Pays-Bas; cette réunion de la Belgique et de la Hollande fut arrêtée par la convention de Londres du 21 juillet 1814, et les limites du nouveau Royaume furent fixées par le traité de Vienne du 8 juin 1815. Les deux

nations ne purent sympathiser, divisées qu'elles étaient de mœurs, de langage, de religion, d'intérêts. A ces causes vinrent se joindre encore d'autres ferments de discorde : la loi fondamentale du 24 août 1815 attribua aux provinces hollandaises un nombre de députés aux États- Généraux égal à celui des provinces belges qui formaient les deux tiers de la population du Royaume; lors du vote de ce pacte social, les notables belges absents furent comptés comme ayant donné un vote approbatif; l'empiétement du pouvoir exécutif sur le domaine législatif; la préférence accordée aux Hollandais sur les Belges pour occuper les emplois civils et militaires; la fixation en Hollande du siège de la plupart des grands établissements; la proscription de la langue française et l'introduction de l'idiome hollandais dans les affaires publiques, dans les débats judiciaires, dans l'instruction publique; l'orthodoxie du clergé catholique froissée par l'obligation imposée aux étudiants en théologie de fréquenter le collège philosophique qui avait été créé à Louvain ; les entraves mises à la presse et à l'enseignement dans tous les degrés; l'abolition du jury pour le jugement des affaires criminelles; la non responsabilité ministérielle; l'amovibilité des juges; la création d'impôts odieux tels que la mouture et l'abattage; la dette publique et les recettes destinées à l'amortir gérées par un corps à part, nommé syndicat d'amortissement, dont les opérations se faisaient dans les ténèbres, sans contrôle comme sans publicité. La dette inscrite, portant intérêt, provenait presque tout entière de la Hollande seule et s'élevait à un milliard 665 millions de francs; une autre dette tout-à-fait hollandaise, déclarée nulle par Napoléon en 1810, fut admise pour les deux tiers, montant à deux milliards 426 millions de francs, à faire partie de la dette inscrite à mesure que cette dernière serait diminuée par les rachats annuels. La Belgique se trouvait ainsi entraînée dans un gouffre de quatre milliards, somme énorme, dont elle ne devait rien ou presque rien, et qu'on fit cependant peser sur elle comme sur la Hollande. Ces griefs excitèrent la nation belge au mécontentement qui, grandissant sans cesse, se manifesta avec énergie en 1829 et 1850 dans les journaux de l'opposition, dont plusieurs des rédacteurs furent mis en jugement, incarcérés ou bannis. Les esprits

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s'irritèrent de plus en plus; il ne fallut qu'une étincelle pour que l'explosion éclatât.

Un mois après que l'insurrection de Paris eut mis la dynastie de juillet sur le trône de France, Bruxelles donna le signal de la révolution qui devait secouer le joug que la Sainte Alliance des Rois avait imposé à la Belgique. Des préparatifs avaient été faits pour célébrer l'anniversaire de la naissance du Roi des Pays-Bas, le 24 août 1830. La veille, on avait remarqué à quelques coins de rue de Bruxelles un placard portant ces mots : Lundi feu d'artifice, mardi illumination, mercredi révolution. Le mercredi 25, l'exaltation produite par la représentation de la Muette de Portici au théâtre de la Monnaie, porta la foule vers la demeure du rédacteur du journal ministériel le National, qui fut dévastée. Le lendemain 26, le peuple incendie et dévaste les hôtels du Ministre de la justice et du Directeur de la police qui s'étaient rendus odieux aux Belges; les troupes sont repoussées, et le drapeau brabançon, aux couleurs rouge, jaune et noire, est arboré à l'hôtel-de-ville. Le mouvement insurrectionnel continue les jours suivants jusqu'aux combats des quatre journées livrés les 23 , 24 , 25 et 26 septembre aux troupes hollandaises qui avaient pris position au parc. Les Hollandais évacuent Bruxelles le 27 et sont poursuivis par les volontaires belges. Toutes les provinces et

toutes les villes, à l'exception des forteresses de Maestricht et de Luxembourg, adhèrent à la révolution. Un Gouvernement provisoire, qui s'était constitué à Bruxelles le 26 septembre, proclame, le 4 octobre, l'indépendance de la Belgique et décrète la convocation d'un Congrès national, composé de 200 membres élus directement par les citoyens. Un mois après, le 4 novembre, les plénipotentiaires des cinq grandes puissances de l'Europe, réunis en conférence à Londres, à la demande du Roi des Pays-Bas, tiennent leur première séance et proposent à la Belgique et à la Hollande la conclusion d'un armistice. Le Congrès national s'assemble à Bruxelles le 10 novembre; proclame, le 18, l'indépendance de la Belgique; décide, le 22, que la forme du gouvernement sera la monarchie représentative et héréditaire; prononce, le 24, l'exclusion à perpétuité de la dynastie des Pays- Bas de tout pouvoir en Belgique; décrète la constitution le 7 février 1831, et nomme, le 24, un Régent en attendant que le Roi soit élu. Le Gouvernement provisoire résigne ses pouvoirs le lendemain 25. Le 4 juin, en séance du Congrès, le Prince Léopold de Saxe-Cobourg est élu Roi des Belges; il est inauguré à Bruxelles le 21 juillet suivant et prête solennellement le serment exigé par l'article 80 de la Constitution.

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