COUP'D'OHII. SUR L'HISTOIRE DES BELGES
de Limbourg; le Marquisat d'Anvers; la Seigneurie de Malincs; la Principauté de Liège; le Comté d'Artois; le Tournaisis; le Cambrésis; puis au Nord, la Hollande, la Zélande, la Gueldre, Zutphen, Groninguc, la Frise et l'Over-Yssel. La Flandre, qui avait été gouvernée primitivement par des Comtes forestiers (Wald-Graven) , devint célèbre par l'industrie et l'opulence de ses habitants. En 1383, elle passa, par le mariage de la fille de Louis de Maele, Comte de Flandre, avec Philippe-lc-llardi, au Duché de Bourgogne, qui réunit successivement tous les pays que nous venons de nommer, à l'exception de celui de Liège qui continua à relever de l'Empire d'Allemagne.
Les Belges avaient pris une part glorieuse aux expéditions guerrières entreprises pour la délivrance de la Terre-Sainte : le premier Roi que les Croises élurent pour occuper le trône de Jérusalem, à la fin du XI e siècle, fut un Brabançon, Godefroid de Bouillon, né à Baisy près de Genappe; un des chefs de la seconde Croisade fut Thierry, Comte de Flandre; Olhon de Trazegnies et Jacques d'Avesncs se distinguèrent dans la troisième Croisade, et à la quatrième Baudouin, Comte de Flandre et de Hainaut, monta sur le trône impérial de Constantinoplc, dans les premières années du XIII e siècle. Ces relations de l'Occident avec l'Orient minèrent profondément l'édifice féodal : les idées d'industrie et de commerce quo les Flamands rapportèrent de leurs voyages, furent mises en pratique, et l'on vit bientôt des villes telles que Ypres, Bruges, Gand, devenir l'entrepôt de l'Italie et de la Ligue hanséa tique, tandis que partout s'établissaient de riches manufactures de draps, de toiles et d'une foule d'autres produits; lorsque plus tard (1420) Philippc-lc-Bon institua à Bruges l'ordre de la Toison d'Or, on croit que ce fut pour perpétuer le souvenir de l'opulence de cette ville, alors VÊlape des laines d'Espagne; après la découverte de l'Amérique à la fin du XV e siècle, le port de Bruges perdit son importance et Anvers devint l'entrepôt du monde. Avec un tel développement de la production nationale naquit l'esprit d'indépendance; les Flamands et leurs voisins des autres provinces voulant la liberté, s'assemblèrent en corps de métiers qui nommaient leurs juges et leurs magistrats municipaux; ces espèces de républiques au sein même de la féodalité, prirent le nom de Communes qui eurent le beffroi
pour principal attribut, comme le clocher était l'attribut du Clergé et le château -fort celui de la Noblesse. C'est de la Belgique qu'est parti le mouvement qui produisit l'affranchissement des communes : Gand, Tournai, Vilvorde, eurent leurs chartes dès le Xlh siècle; Louvain, Mons, Namur, Diest, Bruxelles, Bruges , Luxembourg, Anvers, Ypres, au XIII e ; Malincs au XIV e , etc.
Les États de Philippe-le-Hardi passèrent successivement à Jean-sans-Peur, à Philippe-le-Bon qui les agrandit considérablement, et à Charles- Ic-Téméraire qui fut le dernier prince de la Maison de Bourgogne. Marie, fille unique du Téméraire, apporta les riches provinces belges en dot à l'Empereur Maximilien I er qui les réunit à ses autres États d'Allemagne sous le titre de Cercle de Bourgogne (1479). Le fils de Marie de Bourgogne, Philippe-le-Bel, hérita de ses États, et les laissa lui-même à son fils Charles-Quint, né à Gand le 24 février 1500; l'Empereur Maximilien nomma sa fille Marguerite d'Autriche au gouvernement des Pays-Bas pendant la minorité de Charles-Quint, qui régna lui-même sur les provinces belgiques dès qu'il eut atteint sa quinzième année. Bientôt après, la monarchie espagnole échut à Charles-Quint par la mort de son aïeul maternel, Ferdinand V dit le Catholique (1516) et, après la mort de Maximilien I er (janvier 1519), il succède à l'Empire d'Allemagne que lui disputait son rival François I er , Roi de France. Sous le sceptre de Charles-Quint, qui sut respecter les privilèges et immunités des Belges, on vit s'étendre la réforme religieuse dont Luther plaidait la cause en Allemagne. Ce prince mourut le 21 septembre 1558 au couvent de Saint-Just dans TEstramadure, où il s'était retiré après avoir mis son fils Philippe II en possession de la souveraineté des Pays-Bas ( octobre 1555), puis du trône d'Espagne (janvier 1556) et résigné, dans la même année, l'Empire d'Allemagne entre les mains de son frère Ferdinand.
Si Charles-Quint rendit son administration supportable aux Belges, il n'en fut pas de même sous les persécutions religieuses de Philippe II qui, après avoir installé comme Régente des Pays-Bas sa sœur naturelle, Marguerite, Duchesse de Parme, lui donna pour Ministre le Cardinal de Cranvclle dont le fanatisme sanguinaire prétendit étouffer la réforme par les cruautés de
GOUP-D'CBII. SUR I-'BIRTOIRE DïîS IHil.GES.
l'inquisition. Exaspérées par tant de malheurs accumulés sur elles, les provinces belges et bataves se liguèrent contre leurs oppresseurs : les principaux seigneurs et bourgeois jurent, à Bruxelles, de mourir pour la défense de leur indépendance civile et religieuse. Irrité de tant de résistance, Philippe II révoque Marguerite et Granvelle, et envoie (1567) contre les révoltés une armée espagnole sous la conduite du Duc dTAlbe, personnage féroce, qui s'est vanté d'avoir, dans l'espace de trois années, envoyé au dernier supplice 18,600 victimes pour la cause de la religion! Plus de cent mille Flamands (ce mot était synonyme de Belges ) portèrent leur industrie en Angleterre et en Saxe. Les nobles Comtes d'Egmont et de Horn furent les premiers qui rougirent de leur sang (juin 1568) leséehafauds que le Duc d'Albe avait fait dresser. A la vue de ces atrocités, des proscriptions, des émigrations, des impôts énormes dont le pays fut accablé, la Nation indignée se soulève : Guillaume-le-Taciturne, Prince d'Orange, devint le chef d'une confédération qui se forma contre le joug espagnol; il voit se grossir autour de lui une troupe de fugitifs dans le plus entier dénuement, ravageant les campagnes et harcelant la marine espagnole à l'aide de frêles embarcations, d'où est venu le nom de gueux des bois et des mers qui leur fut donné par les courtisans espagnols. Le Prince d'Orange, après quelques alternatives de succès et de revers, finit par jeter les bases d'un gouvernement indépendant : les gueux, assemblés à Dordrecht, se donnent le Prince pour chef avec le titre de Stadhouder (1572). La persévérante résistance des révoltés découragea le Duc d'Albe qui sollicita son rappel. Louis de Zuniga y Requesens, nommé pour le remplacer, continua la guerre et mourut à Bruxelles en 1576, sans avoir pu calmer la révolte. Don Juan d'Autriche, autre enfant naturel de Charles-Quint, fut envoyé dans les Pays-Bas en novembre 1576, et remporta une victoire sur les troupes protestantes dans la plaino de Gembloux (31 décembre 1577). Le Prince d'Orange avait décrété à Gand (8 novembre 1576) un acte connu sous lo nom de Pacification de Gand, garantissant aux provinces la liberté de conscience; Don Juan ratifia cet acte et congédia les troupes espagnoles qui, avant de quitter le pays, pillèrent Macstricht, le pays de Wacs, Grammont, Alost et Anvers dont le sac
dura trois jours et fut appelé la furie espagnole. Don Juan ayant violé ce traité qui lui défendait de garder auprès de lui des soldats étrangers, les Flamands nomment Gouverneur-général du Brabant le Prince d'Orange qui conclut, le 51 janvier 1579, deux ans après la Pacification de Gand qui se trouvait ainsi rompue, la célèbre Union d'Utrccht, loi fondamentale de la République des Provinces-Unies, composée de la Hollande, la Zélande, la Gueldre, Zutpben, Groningue, la Frise et l'Over-Yssel. Le Prince d'Orange, dont la tétc avait été mise à prix, fut tué d'un coup de feu à Delft, le 10 juillet 1584, par un Franc- Comtois, Balthasar Gérard, qui fut pris et écartelé; Philippe H accorda, par reconnaissance, à la famille de cet assassin des lettres de noblesse que Louis XIV, devenu maître de la Franche- Comté, refusa de reconnaître. Le Stadhoudérat passa dans les mains de Maurice de Nassau, fds de l'infortuné Prince d'Orange. Durant l'administration d'Alexandre Farnèse, Duc de Parme, qui avait succédé à Don Juan , les États du pays, assemblés à Anvers, prononcèrent, le 26 juillet 1581, la déchéance de Philippe II de tous ses droits sur la Belgique, et déférèrent la souveraineté des Pays-Bas au Duc (FAlencon , frère de Henri III, roi de France; ce prince, à la tétc d'une troupe française, fit son entrée à Anvers, obtint peu de succès et mourut en 1583. Après la mort du Duc de Parme, arrivée le 2 décembre 1592, plusieurs généraux espagnols furent successivement nommés gouverneurs du pays et, en 1598, année même de la mort de Philippe II, ce monarque fanatique et cruel pensa intéresser la maison d'Autriche dans la lutte, en mariant sa fille Isabelle-Claire-Eugénie à l'Archiduc Albert d'Autriche et en lui donnant en dot la souveraineté des Pays-Bas.
La douceur de l'administration des Infants Albert et Isabelle répara les maux que le pays avait soufferts sous lo gouvernement de Philippe IL Albert tenta de faire rentrer les Provinces-Unies sous le joug espagnol ; mais il fut vaincu près de Nieuport par Maurice de Nassau, et alla faire le siège d'Ostcnde qui ne se rendit qu'après avoir résisté plus de trois années. A la mort de l'Archiduc Albert (1621), la souveraineté des Pays-Bas revint au roi d'Espagne, Philippe IV, oncle de l'Infante Isabelle qui n'eut que le titre de Gouvernante et mourut en 1633.
coup-d'obil sun l'histoire des bei.«e«.
L'Espagne voyant que toutes les puissances soutenaient la nouvelle république des Provinces- Unies, consentit enfin à en reconnaître l'indépendance, et signa le traité de Munster (24 octobre 16i8) qui mit fin, dans les Pays-Bas, à ces sanglantes guerres de religion du XVI 0 siècle. — Ce même siècle, chose étonnante! fut celui de la renaissance des lettres et des arts parmi nous; c'est lui qui a fourni le plus riche contingent à la galerie des grands hommes de la Belgique. Il a vu naître : Justc-Lipse, Daniel Ueinsius, Bonavenlure Vulcanius, célèbres philologues; Jean Drusius, savant orientaliste; Vesale, créateur de l'anatomie humaine; Van Helmont, illustre médecin; Charles Clusius, savant botaniste; Ortclius et Mcrcator, créateurs de la géographie moderne; les historiens Gramayc et Lemire; Jean Philipson Slcidan, autre historien que l'Allemagne protestante appelle son Tile-Live; le poète Jean Boch, surnommé le Virgile bclgique; le jurisconsulte Oudeghersl; François Gomarus, célèbre théologien protestant, chef de la secte des gomaristes; Jansénins, eveque (TYpres, dont le livre Augustinus, attaque après sa mort, fut défendu par l'illustre école de Port-Royal; le jésuite Jean Bollandus, fondateur des Acla Sanctorum; les imprimeurs Plantin et Morclus; Rubens, le plus célèbre peintre de l'école flamande; Van Dyck, Jordaenset Téuiers le vieux, élèves de Rubens; François Duquesnoy, grand sculpteur; Lambert Lombart, peintre et architecte; Orlandus Lassus, musicien fameux, émule de Palestrina; Augier de Busbecq, diplomate habile; le Comte de Lannoy, vainqueur de François 1 er à la bataille de Pavie; les infortunés Comtes d'Egmont et de Horn, que nous avons vus mourir sur l'échafaud ; Jean de T'Serclaes, comte de Tilly, et l'infatigable et actif Ernest de Mansfeld, ces deux grands capitaines de la guerre de trente ans; Jean de Werth, autre soldat fameux dont le nom a été illustré en France par les chansons populaires comme le fut depuis celui de Marlborough , etc.
La France, qui convoitait les provinces restées sous la domination de l'Espagne, obtint, par le traité des Pyrénées (7 novembre 1659) plusieurs villes de la Flandre, du Hainaut et du Luxembourg, et par celui d'Aix-la-Chapelle (2 mai 1668) presque toute la Flandre française. Ces conquêtes ne satisfirent point l'ambition de Louis XiV : souffrant impatiemment l'existence de la Répu-
blique des Provinces-Unies, il forme le projet de s'en rendre maître; mais, réduit à ses propres forces, il est obligé d'y renoncer, et tourne de nouveau ses armes contre les Pays-Bas espagnols où il s'empare de la Franche-Comté, du Cambrésis et d'une partie de la Flandre, possessions qui lui furent garanties par le traité de Nimègue (17 septembre 1678). Le traite de Ryswick (20 septembre 1697) força la France à rendre les conquêtes qu'elle avait faites depuis le traite de Nimègue, lui garantissant les possessions qu'elle avait antérieurement à ce traité. Une ligue formée contre la France entame de nouvelles guerres dont les Pays-Bas devinrent encore le théâtre, et qui se terminèrent par le traité d'Utrecht (H avril 1715) : la Franche-Comté, la Flandre française et une partie du Hainaut restèrent à la France; toutes les autres possessions de l'Espagne dans les Pays-Bas furent transférées à l'Empereur d'Allemagne , Charles VI , et la République des Provinces-Unies, dans la vue d'opposer une barrière aux envahissements de la France, obtint, par le traité de la Barrière (15 novembre 1715) le droit de tenir seule garnison à Namur, Tournai, Menin, Warnclon, Ypres et le fort de Knocke , et d'occuper Ruremonde conjointement avec les Autrichiens; l'occupation de ces places par les Hollandais ne cessa qu'en 1782, sous le règne de Joseph II.
L'article U du traité de Munster (1618) avait prononcé la fermeture de l'Escaut; ce fut la ruine du port d'Anvers et le fondement de la prospérité du port d'Amsterdam, qui devint parla la première ville commerçante de l'Europe. L'Empereur Charles VI, voulant relever le commerce maritime de la Belgique, créa, le 19 décembre 1722, la compagnie d'Ostende, au capital de six millions de florins; mais le commerce de la Hollande, qui souffrait beaucoup de la concurrence des Belges aux Indes, parvint à faire suspendre la compagnie d'Ostende en 1727, et à la faire supprimer un peu plus tard. La Bclgique ne fil alors que végéter jusqu'au règne de Marie-Thérèse qui, vu les temps et les lieux, a fait beaucoup pour l'agriculture, le commerce, l'industrie, les arts et les sciences. Après elle, son fils, l'Empereur Joseph II, tenta d'introduire dans les institutions du pays des réformes empreintes, pour la plupart, de l'idée d'unité monarchique; à cette ( épojpic les Belges ,trop attachés aux franchises