‹ Essai sur la statistique générale de la BelgiqueChapitre 20 sur 328 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

HAMTAMS.

Population en général. — Races. — Langues. — Caractère national. — Religions. — Population absolue et relative. — Population par villes, par arrondissements administratifs, et par arrondissements et cantons judiciaires. — Division de la population sous le rapport de l'âge, du sexe, de lclat-civil et de l'habitation. — Naissances, décès, mariages et divorces. — Enfants illégitimes. — Enfants trouvés et abandonnés. — Durée de la vie, centenaires. — Vaccinations. — Sourds-muets. — Aveugles. — Aliénés. — Epidémies. — Sinistres ou accidents : noyés, suicides. — Paupérisme. — Prostitution. — Conditions sociales. — Patentés.

La Belgique d'aujourd'hui compte près de quatre millions de citoyens sur son territoire.

Races. Ils appartiennent à trois souches principales : la souche germanique, qui comprend les Flamands et les Allemands; la souche grécolatine, à laquelle appartiennent les Wallons; la souche sémitique, qui ne comprend que les Juifs. Les Flamands, qui parlent en général un dialecte de la langue néerlandaise, se trouvent au Nord d'une limite qu'on tracerait de Lille (France) à Néau (Prusse) en passant par Celles, Ellezelles, Lcssines et Ath (Hainaut); Braine-Lalleud, Waterloo, Wavre et Jodoigne (Brabant); Hannut, Waremme, Visé et Henri -Chapelle (Liège). La partie située au Midi de celte ligne, y compris les endroits qui viennent d'être nommés, est habitée par les Wallons, qui parlent le français ou un dialecte de cette langue, et dont la limite s'arrête à Vieilsalm, Houffalize, Bastogne, Fauxvillers, Étalle et Virton, dans le Luxembourg. A l'Est de cette dernière limite, se trouvent les Allemands, Saxons d'origine, qui parlent un idiome particulier dont on ne trouve l'analogue que dans quelques contrées de Transylvanie; le bon ou haut allemand est parlé dans quelques localités du Limbourg, qui avoisinent la Prusse. Ainsi, les provinces des deux Flandres, d'Anvers, de Limbourg, et les arrondissements de Bruxelles et de Louvain dans le Brabant, sont flamands; la province de Hainaut, l'arrondissement de Nivelles dans le Brabant, les provinces de Naraur et de Liège , et la partie occidentale du Luxembourg, sont français; et la partie

orientale du Luxembourg est allemande. — La langue française est la langue usitée dans les affaires publiques et dans les classes aisées; parmi les populations flamandes et allemandes, toutes les personnes instruites , ainsi que beaucoup de personnes dans la classe moyenne, parlent ou comprennent le français.

Caractèri^ national. Pour tracer une bonne caractéristique des Belges, nous ne saurions faire mieux que de citer les jugements portés sur eux à différentes époques de leur histoire.

César (1). c Horum omnium forlissimi sunt Itelgae. » (Les Belges sont les plus vaillants des Gaulois.)

Jean Vanhaulhem (4). < Le Belge, naturellement généreux, sait braver le malheur et mépriser la vie. Si l'on veut le traiter eu esclave, il est prompt à se roidir, à se soulever et à se venger; mais si on le gouverne en peuple libre, selon les lois, avec justice et douceur, il n'est point de nation plus fidèlement attachée à ses souverains. >

Strada (3). < Cactcrùm haec in universum gcnli propria, si genio Mis suo uli liesat : odisse fraudes, alque ex fide, quà ipsi digni, alios aeslimare. 1 (C'est le propre en général de cette nation, d'avoir les fraudes en haine, d'es-

(i) Comment, de bello gallko, lib. I, cap. 1.

(s) Chancelier de Brabant, dans sa harangue à l'Empereur Maximilien, quand il alla à la tète de la Députation des Etals de Brabant, l'inviter à se rendre aux Pays-Bas.

(s) De bello belgico , lib. I.

IllMTAKTS.

limer les autres par la fidélité dont elle fait elle-même une profession exacte.)

Marguerite, Duchesse de Parme (1). « Mali apud Ilclgas lerrore vencralio comparatur. »

( La terreur est un mauvais moyen pour s'attacher les Beiges).

Schiller (a). « MU dem fruchlbarstcn Génie zu neuen Erfindunycn verbanden sic cin gliickliclies Talent, frcmdc und schon vorhandene zu verbessern. » (A l'esprit le plus fécond en inventions, ce peuple allie le talent le plus heureux pour profiter des inventious étrangères et les perfectionner.)

L'abbé Dulaurens (s). < Les Brabançons en général, ainsi que les Flamands, leurs voisins, sont le peuple le plus sot, le plus vain, le plus superstitieux de toute l'Europe. Pendant que l'on voit s'élever de temps en temps chez les autres nations, même en Espagne, quelque génie sublime, soit dans la littérature, les arts ou la philosophie, ces animaux belgiqucs croupissent encore dans une léthargie, dans une indolence qui fait honte à l'humanité. Les prétendus beaux esprits qui se trouvent parmi eux ne sont que de pitoyables bavards que le plus ^etit philosophe crotté qui court les rues de Paris mettrait à quia. Si le hasard vient à y produire quelque plante qui promette quelque bon fruit, la superstition rétouffe aussitôt... » Et en parlant de l'université de Louvain : « Au lieu de donner à ses élèves des principes qui puissent élever leur esprit, au moins jusqu'au sens commun, elle n'est qu'un cloaque d'inepties et d'absurdités, un réceptacle de mille subtilités scolastiqucs et ridicules, où un jeune homme qui aurait les moindres dispositions eu y arrivant, se pervertit le jugement sans ressource. » Pour Anvers : < Tout ce qui y

(i) Dans Stracla, ouvrage cité, liv. VI.

(«} Gcschichte des Àbfalls der vereinigten Nicderlande.

(s) Il nous en coûte do devoir emprunter une citation ù un pareil auteur, malgré que nous y soyous encouragé par l'exemple d'une de nos sommités littéraires (dans liull. de VÂr.ad. de Drux., année 1859, 1" partie, pag. 107, et Annuaire de la liilAioUièque Royale de Iklyùjue, 18-iO, p. 85.) Notre répugnance doit fléchir devant celte considération, que les amis «le la vérité ne nous pardonneraient pas d'avoir passé sous silence un témoignage qui, pour le fond, rend assez fidèlement, qiioiqu'en termes peu mesurés, l'état de décadence où étaient chez nous les sciences et les arts au XVHT* siècle. Ce qu'en va lire o été public en 176U

respire ne mérite pas d'étro vu; ce qui peut seul y intéresser un galant homme, ce sont les peintures exquises que l'on y voit des Rubens, des Van Dyck, des Jordaens, de ces peintres admirables qui, après avoir illustré leur siècle et leur patrie, ont fait place à un las de misérables barbouilleurs, à des rapetasscurs de vieilles croûtes, à d'indignes charlatans, qui trompent impunément le trop crédule étranger, en lui vendant de mauvaises copies ou quelque enseigne à bière pour des tableaux originaux. >

Nous avons bàle d'arriver à la fin de ce siècle, où commence l'ère nouvelle qui a produit la haute civilisation et la splendeur de la Belgique de nos jours.

Le Général Dumouriez (t). « Parcourez l'histoire des Pays-Bas, vous trouverez que le peuple de la Belgique est bon, franc et brave. »

Lefebvre de Nantes (s). < La Belgique est le pays le plus riche et le plus cultivé de tous les pays de l'Europe. Elle renferme généralement des hommes éclairés et instruits. Le peuple des campagnes est plus moral et plus éclairé dans ces pays que celui des nôtres. La bonne foi, la probité et tous les rapports sociaux y sont parfaitement observés. Il est ami des lois justes autant qu'il est impatient des institutions arbitraires... En agriculture comme en administration les Belges sont nos maîtres. »

Moniteur universel (5). « Heureux Belges! tout ce qui est utile , tout ce qui est beau , est avidement saisi par votre ingénieuse activité. Votre agriculture est la plus soignée du monde; votre industrie est toujours croissante; continuez et vous atteindrez au plus haut degré de prospérité et de splendeur. >

Moniteur universel (4). c Aucune province d'Europe n'offre une population plus nombreuse, plus industrieuse, plus aisée peut-être que celle qui occupe le territoire des Belges successivement réuni à la France. — Le génie patient, l'honnêteté, le bon sens de ces peuples, expliquent celte prospérité et sont autant de garants du succès de ce qu'ils entreprennent dans les

(0 Dans sa lettre du 12 mars 1793, adressée à la Convention nationale.

(s) Dans la séance de la Convention du 9 vendémiaire an IV.

(s) De l'an XI, n« 347.

(*) Du 28 Germinal an XIII.

HABITANTS

arts, Je commerce et l'industrie. — Dès avant le XV e siècle, ils étaient presque les seuls fabricants distingués et les plus riches négociants connus, si l'on en excepte ceux d'Italie avec lesquels ils entretenaient un grand commerce. C'est à l'émigration d'un grand nombre d'entre eux pendant la guerre qu'ils eurent avec f Espagne , que sont dus les premiers établissements des fabriques d'étoffes qui se formèrent alors en Angleterre, en France et dans plusieurs États de la Saxe. — Un caractère particulier des Belges, et qui sert a expliquer la population et l'industrie remarquables de leur contrée, c'est l'esprit de ressource locale, si l'on peut parler ainsi, qui leur fait trouver dans les lieux de résidence, les moyens de prospérité ou d'aisance que d'autres aiment à aller chercher au loin. >

De Pradt (i). < Voulez-vous un peuple bon, franc, hospitalier, laborieux, économe, ami de l'ordre et de la régularité, vous le trouvez dans le Belge.... Le Belge fut longtemps le premier peuple manufacturier du monde. Dans les arts, il a joui de plusieurs siècles d'aînesse sur l'Angleterre elle-même; son école de peinture occupe le second rang parmi celles de l'Europe, et quelquefois elle fit craindre une rivale à Rome.... Le Belge est très-religieux. L'attachement à la religion catholique empêcha la Belgique de faire cause commune avec la Hollande (a). »

Religions. La grande majorité des Belges professe la religion catholique; on compte dans le pays peu de Protestants et encore moins d'Israélites. Voici leur distribution au 1« janvier 1857 (3).

Culles

Gatholiq.

Protest.

Israël it

non

déclarés.

Brabant.

Flandre occid. .

Flandre orient.

Hainaut . . . .

Liège» * . . . • Linibourg. . . .

Luxembourg. .

(1) De la Bdgiqm depuù 1789j«»çi» , en 1794; 2* édition, Brux., 1820.

(s) Ces dernières paroles , écrites pour faire allusion aux événements du XVI* siècle, sont une sorte de prophétie de ce qui devait arriver en 1830.

{») Non compris les villes de Maestricht et de Luxcm-

Poroi.ATiON. La population On Royaume a suivi la progression ci-après indiquée pendant cinq années à>partir de 1854 (<).

La population des différentes provinces, en 1815, 1829 et 1858, était comme suit :

bourg au pouvoir des Hollandais. — Le document que nous donnons ici est officiel. — Voy. aussi les Cultes au cliap. V.

(0 Les chiffres des provinces de Limbourg et de Luxembourg ne comprennent pas la population des villes de Maestricht avec S'-Pierrc, et de Luxembourg. Population de Maestricht avant 1830, 21,675; idem de Si-Pierre, au 4«» janvier 1851 , 679. Population de Luxembourg, au l" janvier 1830, 11,242.

(s) Le chiffre de 1838 ne comprend pas la population de Maestricht avec la commune de S'-Pierre.

(3) Egalement non compris la ville de Luxembourg.

(4) Pour l'exactitude de la différence de ces deux province? , on a fait entrer dans les calculs la population de Maestricht avec S'-Pi erre, et celle de Luxembourg.

HABITANTS

Ainsi, dans l'espace de 23 ans, la population du Royaume a subi un accroissement de près d'un million d'habitants, faisant une moyenne annuelle de 40,889, ou de 47,402 par année pour la période de 1815 à 1829 (14 ans) et de 27,026 pour celle de 1829 à 1838 (9 ans). Ce résultat est dû aux augmentations annuelles des

naissances (î) , ainsi qu'aux excédants des naissances sur les décès et de ceux qui se sont établis dans le Royaume sur ceux qui l'ont quitté. Le tableau ci-après présente le détail de l'accroissement de la population du Royaume Dénudant cinq années à partir de 1834 (a).

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