MANUEL OPÉRATOIRE
1° Les reins employés doivent être, autant que possible, frais. Schweigger-Seidel recommande de prendre les reins d’animaux tués la veille. Les reins durcis par l’alcool peuvent encore servir, à moins que le séjour dans ce liquide n’ait été trop long. Dans ce cas, il peut être avantageux de plonger l’organe pendant quelque temps dans l’eau. Les reins durcis par l’acide chromique ne peuvent pas être employés. Les organes d’animaux de petite taille sont plus favorables que ceux des grands; leur tissu connectif est moins abondant et paraît moins résistant. En second lieu, ce n’est que sur eux qu’on peut isoler les canalicules dans une longueur suffisante pour reconnaître leurs connexions. Les reins des jeunes animaux sont préférables à ceux des vieux. Néanmoins je n’ai pas réussi sur des embryons. J’ai atteint mon but chez la souris, la taupe, la chauvesouris. Les reins d’enfants nouveau-nés sont très-recommandables; les reins d’adultes le sont moins. Un rein tout entier peut être soumis à l’action de l’acide, mais il est préférable de le réduire préalablement en petits fragments. Des reins injectés peuvent également servir.
2° On a successivement expérimenté différents liquides:
l'acide acétique a été employé par Molescholt, l’acide sulfurique par Meyerstein, et enfin l’acide chlorhydrique a été recommandé par Henle, Schweigger-Seidel et Roth. Le liquide le plus favorable est l’acide chlorhydrique. J’ai employé l’acide concentré de nos pharmacies, dont la densité est de 1200. Schweigger-Seidel emploie un acide d’une densité un peu moindre (1120). Un acide faible agit lentement, un acide trop fort attaque les canalicules. Une certaine quantité d’acide est versée dans une petite capsule ou un verre à montre et on y plonge de petites portions de rein; le tout doit êLre placé à l’abri de la poussière répandue dans l’air.
3° Durée de la macération. Pour les organes frais, Schweigger- Seidel recommande une macération de 15 à 20 heures. Pour les organes durcis par l’alcool, il faut une macération plus longue, de 20 à 24 heures et môme 36 heures. Une macération trop longue attaque les canalicules.
Que produit cette macération? Elle ramollit le tissu connectif, le rend plus friable et finit par le dissoudre. La disparition du tissu ne se fait néanmoins que très-tard. Il suffit, dans les premiers jours qui suivent la macération , de neutraliser l’acide, pour qu’immédiatement le fragment de substance rénale reprenne sa consistance normale, ce qui prouve que le tissu con-
nectif existe encore. Les vaisseaux sanguins subissent aussi l’action de l’acide, mais à un moindre degré. Il est inexact de dire, comme Henle, qu’ils sont complètement dissous. Les parois des canalicules urinifères résistent; tantôt leur épithélium est attaqué, les éléments cellulaires perdent leur forme et sont réduits en une masse granuleuse; tantôt les noyaux et môme les contours des cellules peuvent rester intacts. L’action de l’acide est plus marquée sur l’écorce que sur la moelle. Cela s’explique par la différence de développement du stroma. La chaleur favorise l’action de l’acide.
L’effet obtenu par la macération n’est pas toujours le même ; il varie par suite de circonstances encore mal déterminées. Dans certains cas, au lieu de se dissoudre, le tissu cellulaire se change en une substance résinoïde très-tenace; dans d’autres, il ne subit aucune influence. Cela tient-il à des altérations pathologiques du tissu? je ne saurais le dire. Quelquefois les canalieules deviennent cassants ou bien ils s’attaquent rapidement.
4° Le séjour dans l’acide étant jugé suffisant, on retire l’objet du liquide. Il faut alors avoir soin, par des lavages réitérés, d’enlever minutieusement tout l’acide retenu dans les préparations. Ce temps de l’opération est long, et exige beaucoup de soins. Il n’est pas rare de reconnaître un certain temps après une première série de lavages que la liqueur qui contient les préparations est redevenue acide; il faut alors recommencer les lavages une seconde et quelquefois même une troisième et une quatrième fois. Un séjour de plusieurs jours dons l’eau distillée achève la dissolution du tissu connectif; sans aucun doute c’est l’acide retenu dans la préparation qui continue son action. J’ai pensé pouvoir arrêter à volonté l’effet chimique par l’addition d’un alcali, mais je n’ai pas tardé à voir que ce moyen ne peut servir : l’acide n’est pas seulement neutralisé, mais son effet est annulé. Enlever tout l’acide est trèsimportant dans le cas où l’on veut conserver plus longtemps la préparation.
5° Le tissu cellulaire dissous, comment isoler les canalicules ? Ce temps de la préparation est très-minutieux et exige une grande patience. L’éraillement de la pièce macérée avec des aiguilles, l’agitation dans l’eau ne peuvent servir : les canalicules se cassent, se déchirent. De longs tâtonnements m’ont conduit à opérer de la manière suivante. Les fragments de rein se trouvant dans une petite capsule ou un verre de montre, j’en relire un à laide d’une petite baguette de verre; le maintenant
au bout de la baguette, je le trempe plusieurs fois (deux ou trois) dans une goutte d’eau placée sur une plaque porte-objet. Cette simple immersion suffit pour en détacher un certain nombre de canalicules, qui restent retenus dans la goutte d’eau. Si ce sont des faisceaux de canalicules qui se trouvent sur le porteobjet, on peut les séparer avec une fine aiguille ou en imprimant de légères secousses à la goutte d’eau; la plupart du temps cependant on ne produit que des déchirures, et il vaut infiniment mieux recommencer une autre préparation. Malgré toutes les précautions qu’on puisse prendre, les insuccès sont toujours nombreux.
6° Les canalicules ainsi isolés doivent être examinés au microscope sans couvre-objet; celui-ci écrase les tubes urinifères, les déchire, ou bien, dans des cas moins défavorables, les aplatit les uns sur les autres, au point que l’on ne distingue plus ce qui est anastomose ou entre-croisement de canalicules. Il est, en outre, très-avantageux de pouvoir, pendant l’examen microscopique, imprimer de légers mouvements à un canalicule, notamment quand il s’agit de reconnaître une superposition de deux canaux, chose impossible s’il y a un couvre-objet. Dans l’examen de pareilles pièces, il faut avoir grand soin de distinguer nettement les déchirures et les terminaisons naturelles; les juxla-positions, superpositions et les anastomoses des canalicules; ce n’est parfois qu’avec beaucoup de peine qu’on y parvient.
7° La pièce examinée, je conseille fortement de prendre immédiatement le dessin des canalicules; car la conservation des préparations est chose difficile, et bien souvent les meilleures d’entre elles se perdent. Pour conserver une préparation, il faut s’assurer, avant tout, de l’absence complète de réaction acide du liquide qui la renferme, sans quoi l’on est exposé à voir peu à peu la pièce se dissoudre. Si le liquide est encore
acide, on peut le neutraliser par une goutte de carbonate d’ammoniaque étendu. Il faut cependant ne pas oublier que les alcalis dissolvent aussi les éléments anatomiques. Si donc la préparation est rendue alcaline, on retombe dans le même inconvénient. Il est très-avantageux de colorer par le carmin les préparations à conserver; les canalicules isolés attirent trèsfacilement cette substance et semblent acquérir ainsi un peu plus de solidité.
Le meilleur liquide conservateur est l’eau glycérinée. L’emploi de l’eau ou de l’eau sucrée est moins avantageux. L’alcool ne m’a pas rendu les services que je lui demandais.
La préparation doit être conservée dans une cellule , parce qu’elle ne supporte aucune pression. Les cellules que j’ai employées consistent en une simple couche de bitume de Judée , interposée entre le porte-objet et le couvre-objet.
D’après ce qui vient d’être dit, il est facile de comprendre que la préparation et la conservation des canalicules isolés est difficile et que, malgré toutes les précautions prises, on est toujours exposé à en perdre un certain nombre et parfois de trcsprécieuses.