CONCLUSIONS PHYSIOLOGIQUES
Nous avons vu plus haut que le système glandulaire du rein se compose de deux parties bien distinctes: l’une constituée par des tubes droits ramifiés, l’autre par des canalicules qui y font suite et se prolongent jusqu’aux glomérules.
Tout le monde est d’accord pour reconnaître que les tubes de Bellini sont des canaux conducteurs. Un épithélium tel que celui qu’ils présentent, c’est-à-dire pavimenteux dans la partie ramifiée des canalicules, tendant à devenir cylindrique dans les troncs, se rencontre dans les canaux excréteurs des glandes.
Les tubes corticaux, au contraire, tubes à épithélium de cellules polyédriques fortement granulées, remplissent certainement un rôle physiologique plus important. Les physiologistes allemands leur attribuent un pouvoir sécréteur spécial. Schweigger-Seidel1 et déjà Wittich2 font remarquer que les cellules épithéliales des canaux contournés présentent souvent, meme dons les reins normaux, une infiltration graisseuse prononcée, circonstance qui indiquerait selon eux un travail intra-cellulaire très-actif. Kollmann3 va jusqu’à admettre une fonte de ces cellules et pense qu’elle est suivie d’une régénération épithéliale comme dans d’autres glandes. Sur des reins frais, je n’ai jamais rencontré l’infiltration graisseuse observée par ces auteurs. Par contre, dans mes préparations obtenues par la macération acide, j’ai fréquemment vu les éléments cellulaires remplis de gouttelettes graisseuses et quelquefois entièrement dissociés en graisse. Or c’est précisément sur de telles préparations que Schweigger-Seidel a fait ses observations. Il est donc permis de regarder les dépôts graisseux intra-cellulaires comme des productions artificielles , nullement physiologiques, et la composition même des cellules ne prouve aucunement qu’il se passe en elles un travail de sécrétion.
D’autre part, on soit que la pression sanguine est beaucoup plus faible dans le réseau capillaire que dans le glomérule, et qu’une partie des liquides du sang s’échappe du glomérule et passe dans le canal urinifère; dès lors la pression des liquides que celui-ci contient doit nécessairement se rapprocher de la pression inlra-glomérulaire et être supérieure à la pression intra-capillaire. Le mouvement du liquide se produira donc du canalicule vers le système capillaire, et les cellules épithé-
1 Sclnveigger-Seidel, loc. cil., p. 18.
- Wittich, Virchow' s Archiv , t. X, p. 35b.
:1 Kollmann, loc. cit ., p. 120.
liales des eanalicules, au lieu de sécréter, reprendront certains produits du contenu des eanalicules pour les rendre au sang. M. Küss, professeur de physiologie à la faculté de médecine de Strasbourg, enseigne depuis de longues années, que ce qui transsude par le glomérule est du sérum, et que les cellules épithéliales du tube urinifère reprennent l’albumine de ce sérum. Il est facile de voir, d’après ces quelques mots de physiologie, que la structure du rein, quoique très-compliquée d’après les recherches modernes, répond encore en tout point à la théorie de M. Küss sur la sécrétion rénale.
Pourquoi maintenant les tubes glandulaires ont-ils un trajet si long et si compliqué? Pourquoi ce luxe de canaux? N’est-ce pas là une disposition destinée à retenir aussi longtemps que possible le liquide contenu dans les tubes contournés et à faciliter la résorption opérée par l’épithélium? S’il ne s’agissait que d’une simple excrétion de produits sécrétés par l’épithélium glandulaire, cette disposition serait inutile.
Enfin, il est permis de se demander si les différents segments du canalicule n’ont pas des propriétés physiologiques différentes. Le problème est difficile à résoudre, mais non pas insoluble. En effet, nous avons vu qu’on renconlre parfois les anses infiltrées de graisse ou remplies de quelques autres produits , quand les tubes contournés sont parfaitement sains. Il n’est donc pas impossible, en comparant les analyses des urines de malades albuminuriques et polyuriques et les résultats fournis à l’autopsie par l’examen microscopique de leurs reins, de trouver une solution à la question.
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