HISTORIQUE
Les premières notions sur la structure du rein remontent au
dix-septième et au dix-huitième siècle. Malpighi, en 1659, découvrit les granulations corticales et les décrivit comme acini glandulaires. Bellini, dans une série de travaux publiés de 1662 à 1666, exposa que les stries de la substance médullaire sont constituées par autant de tubes ou canaux { tubes de Bellini). Ferrein, en 1749, étudia les canaux flexueux corticaux, et leur indiqua comme origine les granulations de Malpighi; il constata en outre que les tubes de Bellini sont formés, non pas par un seul tube, mais par un grand nombre de petits conduits disposés et réunis sous forme de cônes allongés ou pyramides. Le nom de pyramides de Ferrein remplaça dès lors celui de tubes de Bellini. En 1828 Huschke rapporta les granulations de Malpighi au système vasculaire et déclara quelles sont constituées par un amas de petits vaisseaux. Cette structure fut
vérifiée par Müller, mais le grand physiologiste de 1830 nia la connexion des glomérules avec les tubes corticaux. Ceux-ci, qu’il indiqua comme étant bien plus nombreux que ne l’avait pensé Ferrein, n’aboutissent pas, selon lui, aux glomérules, mais se terminent en culs-de-sac. Tous les anatomistes furent d'accord pour déclarer inexacte l’idée de Müller.
La discussion recommença en 1842. A cette époque Bowman reconnut la véritable terminaison des tubes contournés, terminaison en capsule entourant le glomérule. Ludwig la constata chez les reptiles, Müller chez les myxinoïdes, Ilyrll, Weber, Biddcr la nièrent. Il se passa quelque temps jusqu’à ce que tous les anatomistes fussent convaincus; mais finalement ils reconnurent tous la théorie de Bowman, et considérèrent le rein comme formé par une réunion de canalicules, commençant sur les papilles, se ramifiant dans la substance médullaire, devenant tubes contournés dans la substance corticale et aboutissant à un renflement capsulaire enveloppant le glomérule.
Celte structure est généralement admise jusqu’en 1862. A celte époque Henle, professeur d’anatomie à Gœltingen, entreprend une nouvelle étude minutieuse du rein et découvre un système de canalicules complètement ignorés jusqu’alors. Parlant de cette découverte fort intéressante, il émet des idées toutes nouvelles sur la structure et la physiologie de cet organe. Ilenle publia ses observations dans plusieurs recueils scientifiques1. En France nous en trouvons un exposé fort succinct dans les Archives de médecine 2 et dans le Traité d'anatomie de MM. Cruvellhier et G. Sée3.
1 Ilenle, Nachrichtenvon der G. A. Univers! tut za Gôtlingen , 1 862, nos 1-7. Zur Anatomie der Niere. — Abhandlungen der kônigl. Gesetlscha/t der JVissenschaften zu Gôltingen , 1862, t. X, p. 223. Zur Anatomie der Niere. — Zeitschrift fur ration. Meclic ., 1863 , 3° série, t. XIX.
2 Mare Sée, Structure du rein. Arch. gin. de méd ., 5° série. t.V, p. 176, 1865.
3 Cruveilliier et G. Sée, Anatomie descriptive , 4e édit., 1866.
Structure du rem , d’après Henle.
Dans chacune des substances rénales, Henle décrit deux espèces de canalicules différant par le trajet, le calibre, la structure et les fonctions physiologiques.
Dans la substance médullaire, les uns, à diamètre plus large, s’ouvrent sur le sommet des papilles. Ce sont les tubes de Bel - Uni; Henle les nomme canaux ouverts ( offene Kanalchen). Les autres, plus étroits, parallèles aux premiers, se terminent à des distances variables de la surface papillaire, en se réunissant deux à deux par des anses. De là le nom de canalicules à anses ( schlcifenfürmige Kanalchen ) que leur donne Henle. Vers le sommet de la papille les deux espèces de canalicules diffèrent complètement par leur structure. Les tubes de Bellini ont une menfbrane propre, mince, apparaissant avec un contour unique, tapissée par une simple couche de cellules cylindriques. La membrane propre des tubes étroits est plus épaisse; elle est à double contour, l’épithélium est pavimenteux. Vers la base de la pyramide les différences s’effacent peu à peu. Les tubes de Bellini diminuent de diamètre, leurs cellules épithéliales s’aplatissent; les tubes en anse au contraire s’élargissent et leurs éléments épithéliaux se développent. Dans la coyche-limile la distinction entre les deux classes de tubes devient impossible.
Dans la substance corticale les deux sortes de canalicules se retrouvent. Henle décrit 'l°des tubes étroits à parois minces s’anastomosant entre eux et offrant un épithélium de cellules pavimenteuses, peu développées, à contenu clair et à noyaux plus ou moins saillants, et2°des canaux plus larges, fortementcontournés, à membrane propre épaisse et remplis par une masse finement granulée, dans laquelle on distingue difficilement des éléments celluleux; ces derniers aboutissent aux capsules deBowman.
Pour trouver les rapports qui existent entre ces divers canalicules, Henle injecte des reins par l’uretère. Les résultats obtenus lui démontrent que les canalicules ouverts, arrivés dans l’écorce, parcourent les prolongements deFerrein, s’y ramifient et se terminent aux tubes fins corticaux. Ceux-ci forment des anastomoses en arcades à convexité tournée vers la surface de l’organe. De ces anastomoses parlent des canaux marchant vers la périphérie et se réunissant bientôt pour former une deuxième série d’arcades. De là, des branches terminales plus fines encore s’irradient dans toutes les directions. Celles qui naissent de la convexité des arcades montent vers la périphérie; quelques-unes d’entre elles retournent vers la moelle. D’autres ont dès le début un trajet récurrent plus ou moins ondulé et se recourbent plus tard pour revenir vers la périphérie. Toutes ces branches forment, par de nombreuses anastomoses, un réseau {réseau cortical) surtout développé vers la surface de l’organe. Les tubes granulés de l’écorce (canalicules contournés) remplissent par leurs circonvolutions les mailles du réseau cortical. Ils se continuent avec les tubes en anse de la substance médullaire. Celte connexion, dit Henle, n’est pas basée sur des faits aussi certains que celle du premier système de tubes. Cependant elle est prouvée par l’identité de l’épilhélinm des deux sortes de canaux «et par l’observation directe de quelques tubes étroits se continuant dans l'écorce avec des tubes ondulés. De plus, on ne peut y démontrer aucune autre terminaison.
Henle ne constate pas de communication entre les deux systèmes de canaux. «L’hypothèse la plus vraisemblable, dit-il, «de la réunion des tubes en anse avec les canaux droits est « facilement rejetée. En effet, les canalicules étroits restent tou- « jours dans les intervalles laissés par les tubes droits; ils leur « sont parallèles et ne s’anastomosent point avec eux.» L’injection par l’uretère remplit le réseau cortical, mais jamais les
canicules en anse ni les canaux contournés. Ilenle ne constata pas sur des canalicules isolés le passage d’un canalicule injecté à un autre qui ne 1 est pas, et pense qu’on ne peut lui faire l’objection que l’injection n’aurait pas pénétré assez loin. Si l’on rencontre parfois des canaux contournés injectés, Ilenle l’attribue à des déchirures produites sur les canaux étroits et à l’irruption de l’injection dans les canalicules larges. Il s’explique de la même manière comment les injections poussées par Bowman et Gerlach dans 1 uretère des vertébrés inférieurs auraient pénétré jusque dans les capsules de Bowman. De plus, il pose l’hypothèse que chez ces animaux le rein pourrait être construit sur un type différent; que chez eux, un seul et même canalicule remplirait les fonctions dévolues à deux organes séparés chez les vertébrés supérieurs.
Pour Ilenle le rein est donc une glande renfermant deux systèmes de canalicules enlacés les uns dans les autres. Les canalicules du premier ordre sont munis d’un épithélium cylindrique; ils commencent au sommet de la papille, se ramifient et sederminent dans la substance corticale par un réseau. Les canalicules du deuxième système naissent dans l’écorce aux capsules des glomérules, sont contournés, deviennent rectilignes en entrant dans la moelle, se rétrécissent et s’anastomosent deux à deux en formant des anses. Leur épithélium est très-développé et granulé dans la substance corticale; il devient transparent dans la substance médullaire.
Des faits aussi surprenants, et en désaccord complet avec les opinions généralement admises, éveillent aussitôt l’attention des anatomistes allemands. De toutes parts on se met à l’œuvre pour contrôler les assertions de l’illustre professeur de Gœttingen. De nombreuses objections lui sont faites; malgré cela il persiste dans son opinion, et dans la dernière édition de son anatomie il décrit encore avec beaucoup de détails la structure du rein telle qu’il l’a établie en 1863.
Le premier micrographe qui ait fait une étude consciencieuse des travaux de Henle est Kôlliker. Dans son Traité d’hisloloyie de 1863 1 il reconnaît l’exactitude d’un grand nombre des observations de Ilenle, mais en rejette les conclusions. Pour Kôlliker, les tubes droits des pyramides se continuent avec les tubes contournés. Il le démontre par des injections pratiquées d’après un procédé de Hyrll et consistant à pousser une injection par l’artère rénale, de manière à rompre les glomérules, et à la faire passer dans les canaux urinifères. Kôlliker remplit ainsi les tubes corticaux et un certain nombre de tubes droits sans la moindre extravasation. En même temps il constate d une manière directe la continuité des tubes droits avec les tubes contournés. Les réseaux décrits par Ilenle, comme étant fournis par les tubes urinifères, n’existent pas selon lui. Kôlliker dit bien qu’en injectant les tubes droits par l’uretère, on injecte des réseaux corticaux, mais des réseaux sanguins. Il ajoute que l’on sait depuis Bowman, et Ilenle rappelle même le fait, qu’une injection poussée par l’uretère passe très-facilement des canalicules glandulaires dans le système capillaire sans extravasation appréciable. L’examen direct de la substance corticale ne lui révèle aucune anastomose entre les canalicules urinifères. De plus , sur des reins injectés il ne découvre sur les coupes les plus fines aucune trace d’une deuxième espèce de canalicules non injectés. Dans les pyramides, dit Kôlliker, les tubes étroits anastomosés en anse existent. Ce sont des canalicules urinifères; leur membrane propre et leur épithélium le prouvent. Kôlliker constate ces tubes chez l’homme et le porc; il pense que chez le lapin Ilenle a pris pour tels des anses vasculaires, et que les canalicules en anse, contrairement à ce que prétend Henle, se continuent avec les tubes corticaux. Les injections
1 Kôlliker, Tlandbuch der Gewebelehre des Menschen , 4° édit., 1863 , p. 320.
par Tarière démontrent le fait à l’auteur; des tubes cordeaux elles pénètrent dans les anses. Comme d’autre part il est prouvé que les canaux corticaux se continuent avec les tubes droits, Kolliker admet, pour expliquer la présence des anses, que certains tubes corticaux, avant de se réunir aux tubes droits, décrivent des inflexions, les unes courtes, les autres longues, descendant plus ou moins dans les pyramides. Il essaie de prouver sa théorie par l’embryologie. Les reins de 1 homme, dit-il, au troisième mois de la vie intra-utérine, se composent uniquement de canaux flexueux; quand les tubes droits se forment et refoulent les canalicules contournés, quelques-uns d’entre eux peuvent conserver leur position initiale et former plus lard les anses de Henle.
Ilenle répond à Kolliker dans le journal intitulé Zeitschrift fur ralionelle Medicin *, et lui reproche de ne pas avoir su faire la distinction entre le réseau sanguin et le réseau glandulaire de la substance corticale. Les deux diffèrent par le trajet et la structure des canaux qui les constituent. Le docteur Ehlers, cité par Henle, réussit à les injecter en couleur différente sur un rein de porc. D’autre part Henle critique vivement Kolliker d’avoir rejeté le résultat de ses injections faites par l’uretère, en prétendant qu’elles avaient déterminé des déchirures et ne pouvaient servir pour (démontrer la continuité entre les tubes droits et le réseau cortical; et luimême emploie, pour prouver la continuité entre les tubes contournés et les tubes droits, un procédé d’injection où les ruptures sont la règle.
Pour prouver l’existence des tubes en anse dans les reins de lapin et autres animaux, où Kolliker n’admet que des anses
1 Dericht iiber die Forlsc/iritte der Anatomie im Ja/ire 1SG2 , von Dr Henle, in Zeitschrift fiir ralionelle Medicin von Ilenle und Pfeufer, 3e série, t. XIX p. 113.
vasculaires, Henle injecte par l'artère rénale une solution gela lineuse de carmin : la gélatine transsude à travers le glomérule, le carmin y est retenu. Il montre de cette manière, dans la substance médullaire, des anses vasculaires injectées en rouge, à côté des tubes de Henle remplis de gélatine incolore.
Frey1 cherche à prouver la continuité des canalicules droits jusqu’aux glomérules à l’aide d’injections faites par l’uretère. Il réussit, chez les poissons et les reptiles, à pousser l’injection jusqu’aux capsules de Bowman. Il échoue complètement chez les oiseaux et les mammifères. Selon lui, les injections de Kôllifcer et Ilyrtl méritent à juste litre le reproche que leur fait ITenle. Rien ne prouve, dit-il, qu’il n’v ait de déchirure que sur les glomérules et qu’il ne s’en fasse point sur les canalicules.
Dans un mémoire intitulé De l’injection du rein chez les vertébrés, Ilyrtl2 déclare avoir réussi chez les poissons cyprinoïdes et les reptiles à injecter les canalicules urinifères depuis l’uretère jusqu’aux capsules de Bowman; il n’obtint jamais ce résultat chez les mammifères. D’autre part il fait observer que dans la substance médullaire il existe un nombre considérable d’anses vasculaires, qui rappellent les tubes en anse de , Henle et qui peuvent être le point de départ d’observations erronées.
Lusohka 3 considère les tubes en anse comme des appendices appartenant aux tubes contournés et établissant des anastomoses entre eux. L’auteur, n’indique pas les raisons qui lui font admettre cette opinion; il rejette la théorie de Henle comme antiphysiologique.
' H. Frey, Das Mikroskop und die mikroskopischt Teclinik , 1863, p 306.
- Sitzungsberichl der kaiserl. Akadimie der TVissensdiaflen , t. X L V 1 1 , p. 146. U cher die I/ijeclionen der JVirbelthicrnieren und deren Ergebnis.se , von Prof. Ilyrtl.
3 H. Lusohka, Die Anatomie des ?nenschlichen Bauches , 1863, p. 299.
Les travaux de Krause1 se rapprochent de ceux de llenlc. L’auteur constate dans les pyramides les deux espèces de canalicules et admet la terminaison des tubes ouverts à un réseau cortical; ses observations portent sur des reins d’homme, de cheval, de chien, de lapin et de bœuf.
Ludwig2, dans une communication écrite faite à llenle en août 1863 et publiée dans le journal de Henle, relate les résultats d’une série de recherches qu’il entreprit avec le docteur Zawarykin de Saint-Pétersbourg. En novembre 1863, ces deux observateurs présentent à l’Académie des’ sciences de Vienne un mémoire3 complet sur l’anatomie du rein chez le porc. Expérimentant un procédé particulier d’injection et la macération par les acides , ils arrivent aux conclusions suivantes: dans la substance médullaire les tubes droits ont le trajet indiqué par Henle ; dans la substance corticale ils se ramifient une seconde fois en plusieurs branches irrégulièrement contournées; chacune d’elles aboutit à un tube plus fin descendant dans la moelle pour former une anse de Henle et se continuant par son intermédiaire avec les tubes corticaux proprement dits. Ludwig et Zawarykin expliquent les réseaux corticaux vus par Henle et Krause, par des entre-croisements nombreux de tubes d’un calibre et d’une direction variables. Les réseaux obtenus par une injection de l’uretère sont des réseaux sanguins ou lymphatiques. La continuité entre les tubes droits et les anses de Henle est démontrée pour eux: 1° par leurs injections, qui de l’uretère ont pénétré jusqu’aux glomérules; 2° par les injections obte-
1 Nachrichten von der G. A. Universitàt und der kônigl. Gesellscha/t der JVissenscliaflen zu Güllingen , 1863 , n° 18.
2 Zeitschr.f. ration. Medicin von Henle und Pfcufcr, 3° série, t. XX, p. 185. Lieber den Zusammenliang der verziveigten Kanâle Henle’ s mit den gewundenen Schlâuchen der Nierenrinde , von Zawarykin und C. Ludwig.
3 Silzungsberichte der Afcademic der IVissenschaften , t. XLY1II. Zur Anatomie der Niere , von C. Ludwig und Th. Zawarykin.
nues au moyen de leur procédé spécial. Ce procédé consiste à injecter les canaux glandulaires par l’artère rénale, non pas en produisant une rupture du glomérule, mais en employant une substance capable de transsuder des capillaires de Malpighi dans la capsule de Bowman. La masse chemine facilement jusqu’aux pores papillaires, sans occasionner de déchirure. Le doute n’est plus permis, disent les auteurs, quand on étudie les canalicules sur des reins macérés. Ils n’ont pu suivre le trajet complet d’un canalicule, mais ils ont pu voir des parties plus ou moins longues , dont la combinaison permet de composer le trajet du canalicule, depuis son origine jusqu’à sa terminaison. Les belles figures qui accompagnent le mémoire de Ludwig et Zawarykin ne représentent que le résultat de leurs injections et non celui de la macération par les acides.
Colberg1 reprend l'étude du rein par les injections. Ses recherches portent sur des reins d’homme, de mammifères, d’oiseaux et surtout sur des reins d’embryons. Chez le porc il obtint une injection des capsules glomérulaires. D’après lui les deux espèces de canaux décrits par llenle existent, mais ne forment pas deux systèmes distincts. Les anses sont des prolongements que les tubes contournés envoient dans la substance médullaire avant de se jeter dans les tubes droits. Ceux-ci peuvent aboutir directement à des capsules.
Chrzonszczewski, en 1 863 2, publie les résultats d’une première série de recherches. Il a poussé une injection dans les canaux contournés et jusque dans les capsules. Les tubes droits aboutissent donc aux capsules. En outre Chrzonszczewski admet qu’un certain nombre d’entre eux se terminent à des réseaux; d’autres en simples culs-de-sac.
1 Cenlralblatt f. die medicin. IP'issenschaflen , 1863, n°s 48 et 49.
2 Cenlralblatt f. die medicin. JVissenschaflen , 1863 , il0 48.
Les tubes en anse, dit l’auteur, sont des vaisseaux sanguins ; ce n’est que dans le voisinage de la substance corticale qu’il existe des anses à épithélium granulé, c’est-à-dire des anses urinifères. Chrzonszczewski arrive à ce résultat en employant une nouvelle méthode d’injection : l’injection physiologique. Il injecte du carmin dans le système veineux d’un animal vivant, et peut obtenir à volonté, soit une injection des canalicules, soit une injection du système vasculaire. La structure du rein devient ainsi très-complexe.
Voyant qu’à l’aide des injections on n’arrivait à aucun résultat satisfaisant, Schweigger-Seidel reprend l’étude du rein par la macération dans les acides. En novembre 1863 L il rend compte de ses premières recherches. Il nie le réseau anastomotique périphérique et admet des anses urinifères dans la pyramide et la papille. Les tubes droits et les anses sont réunis dans l’écorce par des canaux particuliers, qu’il nomme canaux ou pièces intermédiaires ( Schaltstücke ). L’importance du procédé d’observation de Schweigger-Seidel est méconnue; les anatomistes continuent à étudier le rein à l’aide des injections.
Max Schullze et Odhenius (1864) 2 injectent les anses et les canaux contournés chez le porc et le cheval. Sur des embryons de bœuf ils remplissent les capsules. Leurs observations se rapprochent de celles de Ludwig et Zawarykin.
Presque en môme temps paraît le mémoire de Kollmann L’auteur entreprend une critique très-sévère des observations de Ilenle. Se basant sur ses injections il déclare que les tubes
* Cenlralblattf. die medicin. Wissaischaften , 1863, n° 53.
• Sitzung der mcderrheinischen Gesellsch.f. Nadir- u. Ueilkunde, 1 3. Januar 1864 ( Berliner klin. Wochcnschr ., 1864, n° 10).
3 Zeitsc/ir. f. wissinschaftl. Zoologie von v. Sicbold und Kollikor, t. XIV, p. 1 12. Zur Anatomie der Niere , 1864.
droits arrivés dans la substance corticale se ramifient sans former de réseaux et passent rapidement à l’état de tubes contournés. Sur certains reins, injectés avec la matière de Gerlach , Kollmann rencontre des réseaux analogues à ceux que figure Ilenle. Il fait remarquer que la masse gélatineuse, au lieu de former un cylindre et de remplir exactement la cavité des tubes, se coagule très-irrégulièrement; Tantôt elle détache l’épithélium, tantôt elle passe entre lui et la membrane propre. Les réseaux de Ilenle ne sont pas, pour Kollmann, des réseaux sanguins comme le veut Kôlliker, mais des réseaux simulés par des tubes corticaux mal injectés, passant les uns sur les autres. Kollmann isole des tubes à épithélium clair et d’autres à épithélium foncé remplis tous deux par la même matière à injection ; parfois celle-ci avait pénétré jusqu’aux capsules. Il admet donc la continuité des tubes droits et des canaux contournés. En outre il trouve des portions de canalicules dans lesquelles il voit le passage de l’épithélium clair à l’épithélium granulé; quelquefois l’injection s’arrêtait exactement à l’endroit où l’épithélium devenait granulé. Il en conclut que l’épithélium peut arrêter l’injection et explique ainsi les nombreux résultats négatifs des auteurs.
Quant aux tubes de Ilenle, Kollmann les constate chez tous les animaux qu’il examine. Il les voit difficilement sur le lapin, lâchement sur le chien. Il les rencontre surtout vers la base de la pyramide; les uns, et ce sont les plus nombreux, ont de l’épithélium transparent, les autres, de l’épithélium granulé. Les différences de diamètre de ces tubes lui paraissent artificielles. L’épithélium peut être exprimé, soit par l’élasticité naturelle des parois, soit par l’effet des réactifs, et le canal se rétracte sur lui-même. Kollmann admet que les canaux contournés sont trop nombreux pour pouvoir tous se placer dans la substance corticale. Il pense donc que les plus voisins de la couche
limite plongent dans la moelle et y forment des anses. Le mémoire de Kollmann , manquant à peu près complètement de figures , ne résout aucun problème de la discussion.
Roth1 (1864) emploie la macération par l’acide chlorhydrique; ses observations se rapprochent de celles de Schweigger- Seidel. Elles démontrent que chez le mouton les canaux contournés descendent dan£ la moelle, s’amincissent, décrivent des anses, puis remontent vers l’écorce et aboutissent à un canal particulier appelé canal de réunion ( Verbindungskanal ); les tubes droits suivent dans l’écorce une direction parfaitement rectiligne, ne s’anastomosent ni se bifurquent, mais reçoivent les canaux de réunion. Parfois la macération lui permet d’isoler un tube de réunion en continuité, d’une part avec un tube droit, d’autre part avec un tube de Renie.
Dans une thèse soutenue à Halle (1864), Steudener2 vérifie les résultats de Roth sur le porc , le mouton , le chat, le lapin, le rat, la souris.
Hertz3 4 reconnaît l’existence des tubes que Roth appelle canaux de réunion , mais les considère comme des parties accessoires et les nomme circonvolutions secondaires (. Nebemuindun gen ) des canalicules.
Chrzonszczewski1 ayant continué ses recherches sur des reins injectés physiologiquement , publie un grand mémoire dans les Archives de Virchow de l’année 1864.
L’auteur expose avec de nombreux détails les idées déjà men-
1 Schweizerische Zcitsclirijlf. lleilkunde , t. III, p. 1. Untersuchungen über die Driisensubslcinz der Nierc , von M. Roth.
-Steudener, Nonnidla de pcniliore renum structura cl physiologica et pathologica. Ilalis 1 864.
3 Die Driisensubstanz der Mere. Crei/stvaldermedicinisc/ie JOcilrcige, 1864, t. III, p. 93.
4 Clirzonszczewski , Zitr Anatomie der Mere. Virchow’ s Archiv. n° 66 , t. XXXII, p. 162.
tionnées en 1863, et attaque fortement ses prédécesseurs. Il décrit aux tubes médullaires trois espèces de terminaisons : 1° terminaison en un réseau plus riche et plus serré que celui que Ilenle figure, et surtout développé chez l’homme, le veau, le porc. Il s’étend longuement sur les difficultés de préparation de ce réseau ; 2° terminaison en cul-de-sac , passant très-facilement inaperçu; 3° terminaison aux tubes contournés et aux capsules. Ces deux organes peuvent être injectés par l’uretère. Pour Chrzonszczewski la plupart des canaux de Ilenle sont des anses vasculaires; ceux de la base de la pyramide sont seuls des canalicules urinifôres , seuls ils sont injectables par l’uretère. D’après lui, la macération dans l’acide chlorhydrique ne peut servir pour distinguer les deux espèces d’anses, les vaisseaux sanguins résistant à faction de l’acide aussi longtemps que les canaux urinaires; de plus l’acide altère profondément et dissout même les cellules épithéliales des tubes urinifères.
Slein *, dans une courte notice, insérée dans le Centralblatt für die medicinischen Wissenscliaften , déclare qu’il n’a jamais pu injecter les tubes urinifères plus loin que les pyramides corticales ; il admet néanmoins que les tubes contournés se continuent avec les tubes droits par l’intermédiaire des anses de Ilenle.
Schweigger-Seidel 2 (1865), dans un mémoire très-estimé, expose avec beaucoup de détails les résultats auxquels il est arrivé en employant la méthode d’isolement des canalicules, résultats déjà relatés en partie en novembre 1863. Ses recherches portent sur les reins de petits mammifères (souris et taupe). Schweigger-Seidel étudie avec attention les tubes de
1 Stein , Zur Anatomie der Niere. Centralblatt für die medicin. Wissenschaflen, nos 43 et 48 (1864).
s Schweigger-Seidel , Die Niere des Menschen und der Sauge (hier e in ihretn feineren Bau. Halle 1863.
Henle • il les trouve composés d’une portion large et d une portion étroite; l'anse porte tantôt sur l’une, tantôt sur l’autre des deux parties. La partie étroite vient des canaux corticaux , la portion élargie aboutit à un tube irrégulier par sa forme et son trajet appelé partie intermédiaire (Schaltstücfc). Ce tube réunit les anses aux tubes droits des pyramides de Ferrein. Les descriptions de Schweigger-Seidel sont assez complexes, mais accompagnées de nombreuses figures. Entre autres Schweigger- Seidel représente deux préparations obtenues , l'une sur un rein de taupe, l’autre sur un rein de cochon d’Inde, préparations, où canal contourné, anse , Schallstück et tube droit sont en continuité. Il lui semble que tous les canalicules portent des anses, et que les auteurs, tels que Kollmann et Ludwtg qut admettent une réunion directe des tubes droits avec les tubes contournés, ont pris les tubes intermédiaires pour dos canaux
circonvolulés. Société des
Stein1, presque en meme temps, pieseme aux
sciences naturelles de Giessen un mémoire publie dans le joui -
nal de Würzbourg, et dans lequel il admet que
entre les deux systèmes de canalicules se fait par un reseat .
plus des glomérules qu’il appelle granulations rendes , pat eut
dans les pyramides, se rétrécissant et formant des anses, arriver les branches ascendantes dans l’ecorce, y “"stl uer U" réseau anastomotique d’où sortent les tubes * ^ cherches de Stein ont été faites sur des rein . d — ^ surtout de chats. Quelques observations on etc P .
reins d’embryons. Les procèdes de prépara i°n ^ dépas l’injection et la macération. Les injections
, memrn-und Blutioege der Sâug'MemUre. H'ilrzburgcr meiiomche
Zeitschrift , 1 865.
sèrent jamais les anses. Les résultats obtenus par la macération ne sont démontrés par aucune figure.
Frey1, dans son Manuel d’histologie de 1865, résume les travaux faits par ses devanciers et les vérifie en partie, soit par la méthode par isolement, soit par les injections. Ces dernières, dit-il, pénètrent difficilement plus loin que les tubes ascendants des anses et très-rarement jusqu’aux tubes contournés et aux capsules.
En décembre 1865, Ilenle 2 publie une nouvelle édition de son anatomie; malgré les nombreux travaux qui parlent contre sa manière de voir, il ne modifie nullement sa description de la structure du rein. A la p. 309 ii dit que les résultats de Frey et de Hyrtl confirment sa théorie, et met en doute les injections de Ludwig et Zawarykin ; à la p. 315 il déclare encore que jamais sur des pièces macérées il n’a constaté de continuité entre les deux systèmes des canalicules.
Les travaux de Roth et de Schweigger-Seidel ne sont nullement mentionnés dans son exposé. Ce nest qu’au dernier alinéa de la préface que Ilenle cite Schweigger-Seidel comme ayant constaté une continuité entre les tubes en anse et les tubes droits.
L’année 1866 ne fournit aucun travail nouveau sur la question. L’étude du rein paraît abandonnée pour quelque temps.
L’édition de 1867 du Traité d’histologie de Frey3 traite avec détail des travaux faits sur le rein ; mais l’auteur ne cite aucune observation personnelle.
•Frey, Das Mikroskop und die mikroskopische Technik , 2e édit., 1865 , p. 289.
s Ilenle, Ilandbuck der syslematischcn Anatomie des Menschen , l. Il, p. 295, 1866.
3 Frey, tJandbuch dir Histologie und Histochemie des Menschen , 2e édit., 1. 86 , p. 566.
Kôlliker1, dans un ouvrage tout récent, s’étend longuement sur la structure du rein. Ses observations sont faites sur le porc et le chien; elles se rapprochent de celles de Schweigger- < Seidel. Il décrit aux canalicules deux portions bien distinctes: a) une portion sécrétante ( absondernder Theil ), constituée par 1° la capsule, 2° le canal contourné, 3° l’anse de Henle, composée d’une partie rétrécie et d’une partie élargie dont la structure rappelle celle du tube contourné; b) une partie excrétante [ausfùhrender Theil), formée par 1° un tube étroit qui continue la branche montante de l’anse, 2° le canal anastomotique, canal contourné, anguleux, se jetant avec plusieurs autres semblables dans 3° le tube de Bellini. Kôlliker démontre la continuité des deux systèmes, par l’élude de cana • licules isolés, et surtout par les injections faites par l’uretère sur le porc, le chien, le mouton, le cheval et le lapin. Les anses de Henle sont assez facilement injectées, les tubes contournés; les capsules le sont au contraire très-difficilement. Kôlliker ne constate ni anastomoses, ni réseaux formés par les tubes droits corticaux.
Rindowsky2 répète les observations de Chrzonszczewski. Il déclare comme lui que les canalicules droits se terminent en culde-sac, à des capsules et à des réseaux. Il dit également que les canaux contournés peuvent être injectée par l’uretère, qu'ils communiquent avec les tubes droits par des anses contenues dans la moitié supérieure de la pyramide; celles de la papille étant fournies par les vaisseaux.
Tous ces travaux, si nombreux depuis 1862, sont à peu près ignorés en France. Nous avons cité plus haut le résumé des re-
1 Kôlliker, Handbuch cler Geioebelehre , 5° édit., 1867.
2 Rindowsky, Zur Kenntniss der Ilarnkanàtchen. Charkow, 1868, in Archhi f. path. Anal, raid Physiologie , von R. Virchow, 1867, t. XLl, p. 278.
cherches de Henle, qui se trouve dans les Archives de médecine , et dans le Traité d’anatomie de MM. Cruveilhier et G. Sée. Quelques autres mémoires sont analysés par M. le professeur agrégé Beaunis dans la Gazette médicale de Paris. Tout récemment le résultat des observations de Roth et de Schweigger- Seidel a été publié dans le Traité d’anatomie descriptive de MM. les professeurs agrégés Beaunis et Bouchard.
Les Traités d'histologie de MM. Fort et Pouchet, publiés en 1863, époque où la théorie de Ilenle avait à peine paru, ne parlent pas des tubes fins des pyramides; rappelons cependant que M. Fort décrit aux tubes droits plusieurs terminaisons, qui sont : des anastomoses, des culs-de-sac et des capsules, c’està-dire absolument les mêmes que celles que Chrzonszczewski reconnaît deux ans plus tard.
Le seul travail original qui ait paru en France est celui de M. Sucquet1. M. Sucquet, dans un mémoire intitulé : D’une circulation du sang spéciale au rein , simplifie singulièrement la partie glandulaire du rein. Pour lui, les tubes droits sont seuls des canalicules urinifères se terminant dans l’écorce par des ramifications.