PRÉFACE
Fruit de plusieurs années de recherches, de méditations et d'études, Touvrage que je publie est encore bien imparfait. Aussi est-ce ayec une véritable crainte que je le confie à Tappréciation des hommes de la science. Cet état d'anxiété, j'ai voulu le constater en tête même de l'ouvrage. Le titre d! Essai est un appel sincère à l'équitable indulgence de la critique. Cette préface n'a d'autre but que d'invoquer cette indulgence. Je crois donc pouvoir me dispenser d'indiquer ici la pensée et le plan de l'ouvrage. J'ai consacré à ces deux objets un chapitre spécial. Je ne peux que renvoyer le lecteur à ce chapitre (1). Mais je dois dire, dès à présent, que Y Introduction
(1) Voyez le chapitre I*' delà Symbolique.
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forme avec la Symbolique un tout, ud ensemble indivisible. L'étude de la Symbolique, sans celle de Y Introduction , ne serait pas pour le lecteur une suffisante initiation à la connaissance de Touvrage. Je dois ajouter que ce livre, quoique entrepris dans une pensée toute scientifique, n'est pas étranger absolument à la pratique du Droit. Je me suis étudié à conduire mes recherches jusqu'aux usages et jusqu'aux lois écrites qui gouvernent encore aujourd'hui la France (1). Sous ce rapport, je peux dire, avec une entière confiance, que l'étude des Symboles juridiques demeure encore pour nous pleine d'intérêt.
(i) F'oyez à la note 0, page 592, à la fin da volume, le sommaire des lois, ordonnances, règlemenis et arrêts rendus depuis 1789 jusqu'à nos jours, cités dans le cours de TouTrage, avec Tindication des pages où ces documents sont cités.
INTRODUCTION
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Quelle que soit la manière de compter et de caractériser les époques dont se compose l'âge du Monde ; qu'on les appelle ftge divin, âge héroïque^ âge humain, avec Jean-Baptiste Vico et les anciens Égyptiens ; qu'on les nomme règne des familles du ciel, des familles de la terre et des familles des hommes, comme font les Chinois; ou qu'on préfère le système de Varron, et qu'on donne avec lui à ces diverses périodes le nom de temps obscurs, temps incertains ou fabuleux, et temps certains ou historiques, la science s'accorde à reconnaître trois grandes époques qui servent à diviser Tâge du Monde antique.
On peut aisément concevoir par la pensée une séparation précise entre les deux premiers âges;
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mais Tapplication est loin de donner la même exactitude. Ce qui est obscur touche^ en effet, de bien près à ce qui est incertain. La fable est souvent mêlée à rhistoire. La chronologie, qui a, comme dit Plutarque, ses terres inconnues, aussi bien que la géographie, la chronologie ta plus scrupuleuse ne peut guère échapper à une confusion de temps qu'une perspective aussi lointaine rend inévitable. Sans contester la vérité des trois grandes périodes admises par Varron et acceptées par la science, on doit reconnaître, ce me semble, que la limite des temps fabuleux et des temps historiques, comme celle des temps obscurs et des temps incertains, est presque toujours indéterminée, insaisissable, indécise. Il en est ainsi des deux premiers âges de Vico. L'époque historique elle-même, dans tous les pays, est à peine éclairée, dans ses commencements, par une lumière pâle et vacillante, qui projette longtemps encore sur les événements, sur les institutions et sur les hommes, une assez grande incertitude, et qui contribue, par cela même, à les. élever ou aies embellir aux yeux de la postérité. Car dans cette lueur vague et crépusculaire que la distance et le temps laissent à leur suite, il y a une poésie des plus saisissante^.
La vie particulière des nations est l'image de celle du Monde. Les trois époques, avec les caractères qui distinguent chacune d'elles, se manifestent à peu près dans l'âge de chaque peuple, où elles se retrouvent dans le même ordre et avec des effets presque analogues.
POÉSIE DU ittorr primitif. ih
Cette situation du genre humain, qui embrasse les deux premières époques et dont l'ombre couvre une partie de la troisième, on peut l'appeler Tàge poéti-* que du Monde. Cet âge a, chez toutes les nations, un Droit qui reflète assez fidèlement Tétat des mœurs et de la langue (1). Le Droit a, par conséquent, son âge poétique aussi bien que le genre humain, âge d'ignorance et de barbarie, où Tinstinct étouffe la raison, où l'imagination domine Tintelligence, où les sensations du corps absorbent les perceptions de l'esprit.
C'est sur cet âge primitif du Droit, dans le Monde en général et plus particulièrement chez quelques nations» que je me propose de jeter ici un rapide coup d'œil pour servir à préparer l'exposition des règles qui président à la connaissance des symboles juridiques.
Au point de vue exclusivement métaphysique et en faisant abstraction d'ailleurs de la révélation, qui sert si heureusement à expliquer la grande énigme de la formation du langage (2) , on peut dire que le mystérieux problème de cette création trouve la solution la plus raisonnable et la plus admissible dans le système qui accorde à l'homme la faculté innée de la parole se développant graduellement, comme ses
(1) Cf. Vico, Scienza nuova, lib. IV, inpr.
Ci) M. de Bonald a dit : c II est nécessaire que rhomme pense sa parole avant de parler sa pensée; ce qui veut dire qu*il est nécessaire que l'homme sache la parole avant de parle?, proposition évidente et qui exclut toute idée d'invention de la parole par rhomme. » Législation prùnUive^ Disc, prélim. — ^oy. aussi liv. I, ch. I du même ouvrage.