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moment aussi, on indiciue deux autres classifications qui paraissent avoir une valeur plus générale même. Nous ne connaissons d'ailleurs toutes ces variétés que pour les draps, mais rien ne s'oppose à leur emploi également pour les tiretaines.
L'espèce la plus grande était « le drap » proprement dit, appelé le plus souvent à la fin du xiv*" siècle « drap de ourdure ». Sa longueur, dans les draps ordinaires, pouvait varier de 1 5 à 42 aunes, dans les draps légers, de 221 à 44 ; les proportions étaient en somme à peu près les mêmes. La largeur présentait, et assez naturellement, des différences beaucoup moins considérables ; elle ne descendait jamais au-dessous de 2 aunes et ne montait tjue très rarement un peu au-dessus de 3. Aux draps s'opposaient les « demi-draps », qui en différaient uniquement par leur longueur; elle était, bien entendu, exactement moitié moindre. On sait qu'on pouvait tisser deux demi-draps accolés et séparés tout à la fois par une « entrebate ». Entre les deux espèces extrêmes s'en plaçait une intermédiaire : chronologiquement, les « couvertures », puis les « pièces ». Les premières avaient toujours 34 aunes de long, soit environ les deux tiers de la longueur des plus grandes étoffes auxquelles on les comparait au xiii"" siècle; la largeur était un peu moindre également de deux portées, soit 1600 fils, au lieu de 1960 au maximum. Qu'^^nl Ji
la « pièce », sa longueur, en principe, se rapprochait beaucoup de celle de la couverture ; en l'ait, à l'inverse de cette dernière, elle était assez variable. Si la même étoffe est en rapport avec les draps ou les demi-draps, sa longueur monte également aux deux tiers environ de la longueur des premiers, soit 32 par exemple, au lieu de 40 ou de 20. D'autres fois, les pièces sont nommées d'une façon isolée en quelque sorte, sans que des étoffes plus longues et plus courtes soient indiquées. On fait des pièces depuis 1 6 aunes, et les foi^ains paraissent avoir le droit d'en fabriquer de 20 ou 25 aunes, qui avaient donc exactement un quart ou un tiers de plus que les précédentes. Il était possible d'ailleurs que, dans ce cas, le drap proprement dit n'existât point, et, en somme, « pièce » pouvait avoir deux sens : pièce d'un drap ou petit drap ; elle avait une valeur relative ou absolue. Quant à la largeur, en principe, elle était la même, lorsque le drap existait, que celle de ce dernier, mais elle pouvait être un peu moindre. De toutes façons, ses largeurs extrêmes ne différaient pas de celles des draps.
Il pouvait donc exister quatre grandeurs différentes d'une même espèce d'étoffe, mais, en fait, il n'est nullement dit qu'on les fabriquait toujours toutes concurremment. Au reste, nous l'avons remarqué, on ne connaît au xiii" siècle que les draps et les couvertures, et si, dans la période
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suivante, les quatre types se rencontrent, les couvertures mentionnées une unique fois sont sans doute sans importance : peut-être les pièces leur succédèrent-elles, sinon en droit, mais en réalité. En tout cas, draps, pièces et demi-draps paraissent bien avoir été confectionnés en même temps pour plusieurs variétés de tissus.
Ces ditlerences n'avaient cependant qu'une valeur secondaire par rapport aux deux suivantes, qui, non seulement, étaient beaucoup plus générales, mais dont tout au moins la première pouvait englober les précédentes et les réduire à n'être plus qu'une partie d'elle-même. A la fin du XIV® siècle, on semble, en effet, distinguer la « grande » de la « petite » draperie. C'est très probablement encore une question de dimensions qui les sépare, bien que la rareté des renseignements sur certains points ne permette pas toujours d'arriver à des conclusions bien nettes. Néanmoins, ces deux dénominations contraires, l'opposition qu'on parait établir entre les deux catégories réelles correspondantes, et qui justifie cette double appellation, autorisent à conjecturer cjue si grands et petits draps pouvaient être fabriqués dans les mêmes espèces, et pour chacune d'entre elles dans des types de grandeurs distinctes, draps, demi-draps et pièces, pour une même espèce, les dimensions des grands draps devaient être, et tout naturellement, plus considérables. Mais on ignore quels étaient leurs rap-
ports exacts, car il ne nous est pas resté d'exemples permettant des comparaisons utiles. La seule indication que nous ayons pour les farauds draps leur attribue une longueur de 42 aunes; le demi-drap de grand drap, ayant un poids moitié moindre dans l'exemple en question, avait sans doute également des' dimensions inférieures de moitié. Il est d'ailleurs fort probable qu'il existait des « grands draps » de diverses longueurs et largeurs, suivant les espèces, puisque cette même variété se reti'ouve dans la « petite draperie » . Celle-ci renferme des tissus de diverses espèces, et pour chacun, des draps « de ourdure » de 40 aunes et des « demi-draps » de 20 ou de 24 aunes, ces derniers évidemment d'un autre type; il existait aussi des « pièces » « de petits draps » de 32 aunes, dont nous avons déjà parlé. La largeur de tous ces tissus variait peu. On ne saurait malheureusement être beaucoup plus précis.
Enfin, en 1403, on sépare les draps de « la grande » et de « la petite façon » . Si ce terme de « façonnage » parait montrer que le façonnage ou l'apprêt en général, et en particulier le foulage, devaient avoir un rôle dans cette dilférence, les questions de dimensions n'étaient sans doute pas négligeables. Il s'agit évidemment moins de la longueur, pour la(|uelle une certaine confusion semble exister, car on mentionne des draps de la petite façon qui ont 40 aunes, alors que des
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draps des deux variétés en ont les uns et les autres 18, que de la largeur; en effet, l'unique disposition que nous connaissions à ce second point de vue attribue aux étoiles de la grande façon 1 800 fils et aux secondes 1 400 à 1 500 seulement. Il existe à cet égard, entre les deux séries de draps, un rapport à peu près semblable à celui que l'on a constaté au xiif siècle entre les draps proprement dits et les couvertures.
L'apprêt, nous l'avons dit, était une cause de dilférence pour cette espèce de tissus. En général, on sait qu'il avait peu d'importance. Le seul exemple d'action du foulage même est justement celui que nous venons de citer; il semble, en effet, et sans (|ue l'on puisse préciser, que cette manipulation durait moins longtemps au sujet des draps de la petite façon. Pour le lainage, la différence se manifestait aussi dans la durée plus ou moins considérable employée à parer dos draps selon leur prix, assez naturellement plus ou moins élevé; le « drap desous 6 mars », on le sait, était laine en deux jours ou en trois au plus par exception ; celui « ki volt 6 mars et plus » ne pouvait pas l'être en moins de trois. Ces indications, si brèves soient-elles, semblent bien confirmer ce que nous avons déjà remarqué, que l'apprêt ne créait pas de différences, mais les consacrait; en d'autres termes, on ne croit pas (ju'une même espèce de drap puisse être foulée ou parée de façons distinctes, de manière à engen-
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drer d'autres variétés, mais à chaque variété aurait été expressément réservé un mode d'apprêt particulier.
Si, de toutes ces causes de différences, certaines, comme les précédentes ou comme les rapports de la chaîne et de la trame, étaient liées à tel genre d'étolfes, la plupart étaient « libres » et pouvaient se combiner en toute facilité les unes avec les autres. En principe, il était possible (|u'il existât autant de types d'une étolïe particulière qu'il y avait de raisons quelconques de distinction entre les étoffes en général. Une laine et d'une nature déterminée pouvait être ointe ou sèche ou entrer dans une étolfe « adouchie » ; le cardage, le peignage, le filage la transformaient différemment sans que l'on puisse d'ailleurs préciser les résultats; la laine pouvait aussi rester de couleur naturelle ou être teinte telle quelle ou en étoffe. Dans certains cas, les rapports mutuels d'origine des deux parties de l'étoffe étaient variables. Le tissu était un drap plein ou une diquedune, un roié ou une omple, et il ne manquait pas d'espèces de roiés. Chacune de ces variétés pouvait avoir (juatre dimensions différentes, et chacune de ces dernières être de la grandeur de la petite ou de la grande draperie. De même, un deniidrap était conlectionné en autant de genres de laine (ju'il existait de variétés naturelles de matières premières; pour chacune d'entre elles, toutes les combinaisons des manipulations inter-
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venaient à leur tour ainsi que les différences essentielles qui leur étaient relatives; de plus, les variétés successives pouvaient être pleines ou diquedunées, roiées ou non, être un grand ou un petit demi-drap. Il n'en était pas autrement pour les moles. Le genre de la draperie légère comprenait plusieurs espèces, et entre autres les biflès; celles-ci pouvaient être ointes, bastardes ou de moles, naines ou non, roiées ou non; et, parmi les biffes roiées, il en existait, on le sait, un certain nombre de variétés produites en particulier par le peignage. Et ainsi de suite. Les combinaisons étaient donc certainement fort nombreuses.
Conclusion.
Les remarques précédentes ne peuvent peutêtre pas conduire à des conclusions bien précises. Absolument, en effet, pour quelque raison que ce soit, il n'a pas toujours été possible de leur donner toute la netteté désirable, et, relativement, comme l'histoire de la techniciue à cette époque demeure à faire presque tout entière encore, aucun rapprochement n'est réalisable, alors (|ue seules des comparaisons permettraient de mettre en lumière la valeur propre de la technique douaisienne. Quoi qu'il en soit, on |)eut examinei" brièvement les opérations successives de la faljiication. Le nombre des métiers qui s'occupaient des manipulations |)irliniinaires, et {|ui ne devait
pas être moindre de six, ferait croire que ces opérations étaient exécutées avec un soin particulier, bien que la concision des règlements ne nous permette pas toujours, on le sait, de les distinguer suffisamment, et en particulier de préciser Tutilisalion des diverses parties de la matière produites par le peignage ou le cardage. On porterait volontiers une appréciation aussi favorable sur l'ourdissage et le tissage (|ui, avec des combinaisons de chaînes et de trames dilVérentes et par des distinctions de dimensions assez nombreuses, aboutissaient à de multiples variétés d'étoifes. L'examen de l'apprêt laisserait peutêtre une autre impression : il présente évidemment toutes les parties essentielles, et certaines, comme le foulage, semblent même être détaillées avec soin; mais, a moins d'une absence de documentation, il ne paraît presque jamais comprendi'c ni la repétition des opérations en vue d'un perfectionnenn'nt, ni des mani|)ulations de moindre importance destinées à enlever les petits défauts du drap. Il faudrait en outre savoir la valeur technique réelle des opérations telles que le foulage ou le lainage. Sur la teinture, enfin, et par comparaison à l'apprêt, nous avons égalemeï)t peu d'indications, et le nombre des vîUMétés de couleurs qui nous sont données est plutôt restreint. On ne doit pas évidemment exagérer l'importance de ces remartjues. On observera cependant, toul en se gardant de jugements
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à priori et de rapprochements hasardés, que les conclusions précédentes s'accorderaient assez bien avec le fait connu que la perfection relative de l'apprêt et même de la teinture des draps flamands avait déterminé les Florentins à venir chercher aux foires de Champagne les étoffes qui y arrivaient de la Flandre simplement tissées et à les emporter en Italie, où ils les achevaient et peut-être même les teignaient. On sait en effet que ces deux parties de la fabrication, la teinturerie et l'apprêt, très perfectionnées à Florence, faisaient réellement la supériorité des étoffes de cette ville^ Au moins l'hypothèse précédente paraitelle être permise.
On peut également se demander si la technique subit d'un siècle à l'autre des changements. Le KiY*^ siècle, en vue sans doute de remédier à la décadence, a créé des espèces particulières de draps proprement dits, et c'a été là sa seule innovation. Pour le reste, il semble s'être borné à continuer l'époque précédente.