‹ Essai sur la technique de l'industrie textile a Douai aux 13e et 14e siècles (1229-1403)Chapitre 8 sur 9 · DE L INDDSTRIE TEXTILE A DOUAI · texte numérisé non relu

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« une viese ostille ù sus on tist laignes-dras » . Ce tissu était, par ses divers sous-genres et espèces, de beaucoup le plus répandu, et c'est en somme plutôt sa technique que nous avons étudiée.

En second lieu venaient les « tiretaines ». La composition nous en est clairement connue; si la trame était de laine, la chaine était de lin ou de chanvre. Elles formaient donc des tissus mixtes. Leur technique paraissait être en général, sauf pour l'ourdissage, absolument identique à celle des draps proprement dits. Mais elles devaient constituer plutôt des tissus inférieurs aux précédents.

Enfin, il existait des toiles, mais nous en ignorons absolument, nous l'avons dit, la fabrication. Il n'y a cependant guère de doute que les toiles ne fussent faites en lin ou en chanvre, de façon à former, comme les draps et par opposition aux tiretaines, des tissus purs.

h) Sous-genres d'étoffes.

On ne saurait préciser s'il se rencontrait des variétés de lins ou de chanvres, mais il en existait certainement pour les laines, et nous en avons déjà signalé. Elles pouvaient être d'origines ou de qualités diverses; il en résultait naturellement des sous-genres de draps, qui portaient même des noms différents.

Nous ignorons si au xin'' siècle on séparait

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expressément les laines de provenances diverses en vue d'en taire des variétés d'une même étoffe; mais en 1403, on le sait, les emplois de la laine « nostrée » et de la laine « enj^lesque » sont absolument distincts, et il est tout à t'ait interdit d'utiliser les deux variétés dans une même exploitation. La défense s'appliquait sans doute à tous les métiers sans exception et même aux entrepreneurs drapiers; aussi ne pouvait-on « delaissier les draperies, soit l'une, soit l'autre », sans en informer auparavant l'office compétent. Il semble d'ailleurs qu'il était possible de fabriquer avec chacune de ces deux laines tous les f^enres d'étoffes. Du moins le contraire n'est-il pas indicjué, et on en possède un exemple pour les draps dits « brunettes » ; mais ce fjui montre clairement que l'emploi de ces deux matières premières nettement séparées entraînait à son tour la confection de deux genres de tissus bien distincts, c'est qu'on scellait différemment les « brunettes » faites de laine indigène et celles de laine anglaise.

D'autre part, la nature propre des laines considérée indépendamment de leur origine locale entraînait également l'existence de genres divers de draps. Tout d'abord, l'espèce même des animaux pouvait jouer un rôle. La laine des agneaux, et en particulier, croirait-on, des agneaux de Champagne, servait à la tîn du xiv® siècle à fabriquer les draps dits « aignelins » ; c'étaient sans doute des étoffes inférieures, car on défendait de

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mêler leur hiine avec de la laine « ointe et pignie » , et peut-être, par consé(|uent, se contentait-on de la carder sans l'oindre. Elle se mélangeait aussi avec une sorte de laine dite « entredeus », que l'on ne saurait exactement définir, afin d'obtenir une autre espèce d'aignelins. On peut maintenant mentionner la « legiere draperie ». Elle formait certainement, comme son nom l'indique, une sorte de draperie mince, c'est-à-dire inférieure ou commune. Aussi ce devait être la composition qui caractérisait avant tout ces étofïes, car les manipulations n'auraient pu qu'aboutir à améliorer la matière première et non à la rendre de qualité moins bonne. On ne saurait cependant préciser la nature générale de la laine qui servait à la fabrication des tissus en question, pas plus que les côtés particuliers de leurs variétés qui entraînaient à leur tour l'existence de genres spéciaux d'étoffes. On distinguait en effet la laine « de biffe », la laine « traiele », la laine de « buriel ». La première servait à faire « les biffes » , qui comptaient d'assez nombreuses espèces, comme nous le verrons, et « les menues » ; la cause de leur distinction nous reste absolument inconnue. En laine traiele se fabriquaient « les draps de corde ». La laine buriel était utilisée pour confectionner les étoffes de ce nom; c'était évidemment un genre de tissus à la fois particulier et ordinaire, car on ne pouvait employer sa matière première pour les draps proprement dits; dans le métier à tisser,

on mentionne également, on s'en souvient, des « lames de buriel » spéciales, qui sont les moins chères; il semble enfin que le teinturier qui s'occupait de ces tissus ne devait pas en teindre d'autres. On ne saurait malheureusement préciser davantage.

On rapprocherait volontiers de la légère draperie, la saietterie; mais on n'a sur les saies qu'un unique renseignement qui date de 1305. Elles devaient être toutes blanches, la trame ne pouvant avoir d'autre couleur que par exception.

C'étaient donc en somme des étoffes non teintes. La couleur naturelle de la laine intervenait également dans deux autres genres de tissus. Les draps « caignict » se composaient de « blanque ou noire laine » sans teinture. Dans les « grises », la chaîne seule était « burghye », sans que l'on puisse définir cette expression, mais la trame était de laine blanche ou noire, « telle que li beste le porte »,

On doit se contenter d'énumérer certaines étoffes, telles que « les camelins, les cotes, les robes, les surcots » ; sans doute étaient-ce des genres proprement dits de draps, mais tout renseignement à leur sujet fait défaut. Cette absence complète d'indications parait être cependant une preuve de l'importance très minime de leur fabrication.

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cj Espèces de tissus.

D'une façon générale, il semble qu'au moins certaines des manipulations antérieures à l'apprêt avaient un rôle essentiel dans la « différenciation » des draps et des tiretaines. L'apprêt au contraire dans l'ensemble ne parait pas avoir eu grande importance. Sans doute la durée du foulage ou du lainage était variable, le prix du tondage changeait, de part et d'autre, selon les étoffes, et il convient de tenir compte de ces distinctions, mais, outre qu'elles sont peu considérables, elles n'ont pas de valeur propre ni spontanée, elles ne séparent pas réellement le tissu, elles n'affectent pas expressément sa nature, elles sont simplement la conséquence des opérations antérieures auxquelles elles sont liées. En d'autres termes, on peut dire que telle manipulation préliminaire ou telle forme d'ourdissage étant données, telle durée de foulage ou de lainage, tel prix de tondage s'ensuivront nécessairement; mais ce n'est aucune de ces opérations qui déterminera l'espèce du tissu, à l'inverse des manipulations du début.

Tout d'abord, on ignore si le battage avait une inlluence, mais, en cas affirmatif, elle ne devait pas être bien grande. Le « flocon », qui était peut-être, on le sait, ce qui tombait sous la claye pendant le travail, ne pouvait être employé. Il n'existait à cette défense qu'une exception pour

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les « tiretaines de flocons », qui s'opposaient aux ordinaires. Leur composition n'était d'ailleurs pas indiquée; mais, puisque la partie essentielle, la chaîne, était en chanvre ou en lin, c'était dans la trame au contraire en laine que devaient entrer les flocons. L'utilisation de ces derniers indiquait évidemment une qualité inférieure d'étolfes.

Beaucoup plus essentielle que le battage était la question du drouissage, de l'existence ou de l'absence de ointure. En principe, sinon le drap entier, au moins, nous le savons, la chaîne devait être « ointe et pinie ». On avait ainsi une des grandes divisions de la draperie, la draperie « ointe et pinie ». 11 existait une variété intermédiaire, dont la nature nous est au contraire bien connue; c'étaient, nous l'avons indiqué déjà, les «adouchies», dont Testain était sec et la trame ointe. On obtenait ainsi une étoffe «c bastarde », qualificatif donné dans la « legiere draperie » à une espèce particulière du genre des biffes, dont « la traime soit ointe et li estains de moles ». Ce dernier terme mérite de ne pas passer inaperçu, car on l'employait pour désigner, au point de vue qui nous occupe, une troisième et dernière espèce d'étoffe. Il existait en effet des draps « de seque traime et de seq estain » ; c'étaient les « molles » : ils s'opposaient donc absolument à la draperie « ointe et pinie » .

Le cardage et le peignage eux-mêmes ne semblent pas avoir eu une importance particulière

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sur les espèces de draps, au moins d'une façon directe. En 1352, cependant, on parait ordonner ou plutôt renouveler une ancienne ordonnance spécifiant que les draps, n'ayant pas subi l'épreuve préparatoire du mordant ou teints avec une couleur unique, ne doivent pas être cardés; on en conclurait qu'ils devaient être peignés en vue d'une fabrication supérieure. Ces tissus, qui paraissent être de « grands draps », s'opposent à de « petits draps », soit ordinaires, soit en laine d'aignelins, dans lesquels la trame était au contraire cardée. A côté du cardage, le peignage produisait peut-être, nous l'avons dit, ce qu'on appelait parfois des « piesnes » ; mais rien n'est en somme moins certain. On les employait dans la confection des biffes, et il en existait de plusieurs « manières », qui donnaient lieu à des espèces différentes de ce genre d'étoffes. On distinguait en effet les « biffes de piesnes naius » des « piesnes de rainebort » et des « piesnes taints en laines » . Les premières étaient faites de « laine de biffe » ; peut-être comme le nom de « naius » l'indiquerait, la chaîne était-elle de même qualité que la trame, en était-elle « sakie » ; les secondes étaient au contraire en « laine traiele », et on ne pouvait les mélanger aux premières, mais il est impossible d'émettre la moindre hypothèse au sujet de ce terme de « rainebors ». Quant à la valeur technique des dernières, des « piesnes taints en laine », elle se comprend parfaitement et n'intéresse que la teinture.

Le filage ne parait avoir aucun rôle au point de vue de la fabrication des lils distincts par des instruments dilïérents. Cependant, on pouvait utiliser des « remanans de filés », sans doute des résidus de ral)rication ; ils servaient à faire des étoffes non pas absolument, mais relativement spéciales, des a pièces » ou des « couvertures », c'est-à-dire des tissus courts. On le comprend facilement, semble-t-il, puisque des restes de fils ne pouvaient (|ue malaisément avoir la longueur des fils ordinaires.

Nous n'avons pas ici à nous occuper des variétés de couleurs produites par la teinture. Deux cas cependant méritent un examen en raison de leur importance fondamentale. On sait que les tissus pouvaient être teints ou blancs. Or, au xiii" siècle tout au moins, l'ourdissage et les dimensions de chaque variété étaient différents. Dans les draps blancs, « se on vieit », on peut tirer la chaîne de la trame, donc, facultativement, composer toute l'étoffe en trame; pour les draps teints, cette extraction « doit » se faire; elle serait donc au contraire obligatoire. Il est vrai que dans les deux cas, si la trame manque, on peut la remplacer par de la chaîne; on spécifie de plus pour les draps blancs, et il est possible que ce soit sousentendu pour les autres, que cette chaîne « doit être trais de la trame » ; on aboutit ainsi, nous l'avons remarqué, à confectionner toute l'étoffe en trame; il est d'ailleurs bien indiqué que ce n'est qu'un pis aller. Il n'en reste pas moins vrai qu'en

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droit tout au moins les compositions des draps blancs ou teints étaient différentes. Un principe analogue s'observe au sujet des dimensions ; tandis que les premières étoffes avaient dix portées, les secondes n'en renfermaient que huit, soit respectivement ! 960 et 1 GOO fils ; aussi les unes étaient d'un quartier plus large « en i^os », leur longueur restant d'ailleurs la même. Les raisons de ces différences ne s'aperçoivent pas bien clairement, et peut-être les secondes surtout, relatives aux dimensions, étaient-elles de simples distinctions destinées à empêcher la confusion des étoffes ; un tissu blanc ne devait pas être composé comme un tissu teint, et rien de plus.

En second lieu, les draps teints pouvaient l'être avant ou après le tissage. Dans le premier cas, on nommait probablement ce genre de tissus, nous l'avons remarqué, des « teints en laine » ou « en filet ». C'étaient sans doute des étoffes inférieures, que l'on paraît opposer aux « bons draps de haulte halle », et elles ne seraient pas en effet des draps oints et peignés, mais des « moles ». Ce qui le confirmerait indirectement, c'est que ce sont les seuls tissus que les forains peuvent importer. On fait dans ce genre des draps et des biffes.

Jusqu'ici, les variétés décrites, sans être négligeables, ne sont pas très nombreuses. Mais l'ourdissage avait beaucoup d'importance. Les questions qu'il entraînait, on le sait, étaient de deux sortes : la composition du tissu, ses dimensions; d'une

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part, le rapport de la chaîne et de la trame ; de l'autre, le nombre et la longeur des fils de la chaîne. En premier lieu, les deux parties Fondamentales du drap avaient diflérents rapports bien déterminés et que nous avons dt^à indiqués; il suffira donc de les énumérer rapidement, en désignant cette fois à quelle espèce de draps chacun était lié. On sait qu'en principe la chaîne et la trame étaient de compositions distinctes. En fait, il pouvait être interdit de « tirer » l'une de l'autre : on avait ainsi la saietterie. Au contraire, on pouvait avoir cette faculté, mais, on le sait, dans des conditions nettement spécifiées. On en jouissait, nous venons de le voir, pour les draps proprement dits, à l'égard des draps blancs, par opposition aux draps teints, et, dans la draperie légère, pour les biffes; ce qui, au sujet de ce dernier genre, le montre aussi clairement que possible, c'est (|ue, selon qu'on faisait ou non usage de cette facilité, on mettait une « enseigne » différente au tissu : la première espèce était dite « biffes nayues de traime et d'estain, dont li estains soit sakiés de le traime ». Si enfin cette facilité se transformait en obligation, on avait au xuf siècle, par opposition aux précédents, les draps teints, au xiv" les « petits draps », qui étaient peut-être les contraires des « grands draps ».

La situation inverse, la faculté ou l'obligation de « sackier » la trame de la chaîne, se produisait

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également. Dans les draps, blancs ou teints, pour lesquels la chaine pouvait ou devait être tirée de la trame, on était autorisé, uniquement si la trame manquait, à prendre, selon certaines conditions, de la chaine. En 1357, au contraire, on mentionne une espèce de draps dans laquelle la trame « doit » être extraite de la chaine : ce sont les « plains draps » qui paraissent s'opposer aux « petits » où, on le sait, l'obligation inverse existe. Si des draps on passe aux biffes, la même prescription se retrouve au sujet des biffes dites « roiiés » qui s'opposent aux ordinaires : que dans les premières « li traime soit de l'estain » !

C'était également l'ourdissage ou le montage de la chaîne sur le métier qui amenait la distinction des « pleins draps » et des « diquedunes ». Elle ne nous est connue d'ailleurs que pendant la seconde moitié du xiv'' siècle et uniquement pour les draps. Les pleins draps sont en somme les ordinaires, quel que soit leur genre ou leur espèce; les diquedunes sont, dit-on d'une façon expresse, « de autel longheur et largeur » que les précédents, ont donc exactement les mêmes dimensions : aucun doute n'est possible sur ce point. Mais si encore on ne mentionne aucune différence pour leur trame, la chaîne a une centaine de fils de moins en moyenne ; aussi le tissu qui présente, nous le répétons, la même largeur qu'un tissu de plein drap, est, pour une dimension identique, moins seiré et plus lâche, ou mieux encore, est

moins « plein », si bien que, pour une égale longueur de 20 aunes environ, le poids de la diquedune est inférieur de 2 livres. La distinction entre les deux espèces porte donc uniquement sur la chaîne et sur le poids ; elle est pour ainsi dire intérieure et non visible, et comme en somme elle est peu considérable, on parle des « dicjuedunes de teulx draps », indiquant bien ainsi que cette étotîe n'est qu'une simple variété de l'étoffe de la même espèce pleine. Pleins draps comme diquedunes peuvent d'ailleurs être confectionnés en différentes espèces, mais leurs rapports ne cessent d'être les mêmes, et le second tissu vis-à-vis du premier demeure toujours une étoffe inférieure.

On peut mentionner ici une variété de tissus, dont on ne saurait malheureusement donner de définition exacte, et l'ignorance où nous sommes à son sujet est d'autant plus regrettable (|ue l'étoffe en question paraissait avoir une assez grande importance industrielle : c'est le « roie ». La connaissance relative que nous en avons vient presque uniquement des règlements relatifs à la draperie légère. Au xiii'' siècle, on le mentionne très fréquemment à côté des couvertures et des tiretaines, comme s'il avait eu la même valeur technique que les autres étoffes. Sa manipulation, dans ses grandes lignes, ne parait rien présenter de particulier, en ce sens que nous le voyons également ourdir, tisser, parer, fouler, tendre et au besoin teindre. Mais, bien entendu.

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il ne peut plus en être de même si l'on entre dans les détails, et, à certains égards, il devient possible de préciser sa confection. Tout d'abord, il existe plusieurs variétés de roiés, et l'examen de certaines d'entre elles, qui forment une sorte de groupe ou de famille, paraissant se rattacher aux biffes, montre que toutes n'avaient pas la même composition. L'une est faite avec de la laine de biffe, l'autre en laine traiele, une troisième par de la laine non désignée, mais « sans ointure » . Ainsi l'espèce de la matière première ou sa manipulation peuvent différer, bien qu'on paraisse toujours utiliser de la « laine legiere » ; mais, puisque les compositions de certains au moins des roiés n'étaient pas toujours identiques lorsqu'il s'agissait cependant de variétés voisines, à plus forte raison devait-il en être de même à l'égard de variétés plus ou moins éloignées. Le tissage offrait peut-être aussi un côté spécial : on parle, mais uniquement par hasard, et sans entrer dans aucun détail, du « pas de roie », ce qui indiquerait, croirait-on, l'existence d'une chaîne particulière. Enfin, le roié une fois tissé, on pouvait y distinguer deux parties, le tissu proprement dit et le roie. On interdit en effet de teindre l'étoffe dite « buriel » en écorce ou en guède, en jaune probablement ou en bleu, « por couvrir le roie », en vue de faire passer le tissu en question, observe-t-on, pour un véritable drap; le fabricant voulait sans doute faire disparaître sous la couleur

ce qu'on appelle « le roie », afin d'assimiler le buriel, qui était un drap inférieur, à une étoile de meilleure qualité. De même, dans les bifies dites « roies », la trame devait être de la chaîne, « fors li roie » ; cette prescription semblait donc ne pas être obligatoire pour ce roiè, qui, en apparence tout au moins, constituait une partie séparée. De ces manipulations diverses résultent certaines conséquences. D'une façon générale, on parle par deux fois de « dras entiers » ou plus spécialement de « dras moles », qui ne sont pas autre chose, nous l'avons vu, (|ue des draps secs, « roies ne omples ». On parait ainsi opposer l'une à l'autre ces deux dernières catégories de draps, et la seconde, d'après l'expression employée, devait se composer de tissus simples ou unis. Si l'on veut être plus précis, il existait, on le sait, plusieurs variétés de roiès se ramenant à la légère draperie ou aux tiretaines. Des premières, certaines sont nommées par les règlements dans des conditions telles que, tantôt elles paraissent être un genre spécial des tissus communs, tantôt une simple espèce de biffes, qui comprend à son tour plusieurs variétés. Ainsi on mentionne les « billes roies » , dont la composition ne nous est pas connue, les « roies de piesnes naius » faits en laine de biffe, et, au contraire, les roiés sans ointure et les « roies de piesnes de rainebors », confectionnés tous deux en « laine traiele ». Il est d'autant plus difficile d'arriver à une explication pré-

cise au sujet de ces tissus que nous ignorons les valeurs exactes et de ces sortes de laines et des termes de « piesnes » ou de « rainebors ». Nous avons déjà mentionné aussi des « buriaus roies », sur lesquels d'ailleurs tout renseignement fait défaut. Dans un autre genre très général d'étoffes, il existait des « tiretaines de flocons roies », évidemment distinctes, sinon des tiretaines de flocons simples que nous ne connaissons pas, mais des tiretaines ordinaires sans flocons.

Quoique les indications précédentes ne permettent pas d'aboutir à des conclusions bien nettes, il semble que le terme lui-même de « roies », l'opposition générale entre les tissus où il apparaît et les étolYes « omples » ou unies, la double composition qui paraît bien exister dans ces mêmes « roies » autorisent peut-être à les considérer comme des étoffes « rayées » , Mais il resterait à déterminer la nature de cette rayure. On peut presque affirmer, semble-t-ii, que la teinture n'y jouait aucun rôle, car il n'est jamais mentionné de couleurs distinctes. Si donc on laisse de côté cette origine, une seule reste possible, c'est que les roiés étaient composés de deux lairjes distinctes, celle du tissu en général, celle de la partic; dite « roie » en particulier. Mais il importe de préciser davantage, car cette seconde laine pouvait être différente de l'autre, par nature ou par manipulation, d'où il serait résulté, suivant les cas, un genre ou simplemenl une espèce de tissu,

un drap ou une biffe. Or, la première hypothèse est peu probable; si la laine dite « roie » était par essence une matière première spéciale, elle devrait entraîner l'existence d'étoffes de roies purs et simples, mais nous n'en avons jamais vu en somme d'exemples; il n'est au contraire t'ait mention que de roiés de billes, de buriaux ou de tiretaines. En outre, si dans les « roiés de piesnes de rainebors », qui doivent être laits en laine traiele, on peut supposer que la chaîne était de laine de biffe, et la trame, qui serait probablement la partie dite « roie », de laine traiele, que pourraient être des « roies de piesnes naius » , qui ne sont au contraire (|u'en laine de biffe'? On aurait donc biffe sur biffe, composition qui serait en quelque sorte absolument inutile; ou du moins elle ne pourrait se comprendre que si, toute l'étoffe étant d'une même laine, ces deux parties, la biffe, d'une part, le roié, de l'autre, avaient subi chacune une manipulation particulière. Et de même pour les autres espèces de roiés. Il semble donc que le « roie » n'était pas une matière première particulière, mais simplement une matière ayant subi un traitement distinct (|ue nous ne pouvons d'ailleurs définir. Rien en outre ne prouve mieux sa diversité d'origine brute que l'existence de roiés en laine traiele, de biffe, etc. Seulement,

1. On sait que la chaîne y est tirée de la trame; voy. ci-dessus, p. 61.

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ces laines quelconques étaient soumises à une manipulation unique.

Au reste, malgré sa diversité possible de nature, le roié, dans tous les cas où l'on peut s'en rendre compte, et certainement dans tous sans exception, était d'essence intérieure; il n'apparaît en effet que dans la draperie légère ou dans une espèce de tiretaine qui n'en était sans doute pas la meilleure qualité. Il est enfin probable que, puisque toutes ces étoffes n'étaient que partiellement composées de « roie », celui-ci constituait l'élément le moins important, c'est-à-dire la trame. Par exemple, dans les tiretaines ordinaires, la chaîne était de chanvre ou de lin, la trame de laine; dans les tiretaines de flocons roiés, la chaîne, dont nous ne connaissons pas d'ailleurs la composition, ne devait pas être modifiée, sinon l'étoffe en question aurait perdu de sa nature essentielle, et puisque le roié était à priori une laine, il ne pouvait entrer forcément encore que dans la composition de la trame. On objectera que toute l'étoffe pouvait être roié; cette hypothèse ne semble pas admissible, puisque, nous l'avons dit, certains exemples montrent que le roié constituait seulement une partie spéciale de l'étoffe, même reconnaissable à première inspection. En résumé, ce que l'on peut dire de plus précis sur les roiés, c'est qu'ils formaient des étoffes qui, au moins pour les draps, étaient d'une seule qualité de laine, mais manipulée de deux façons différentes.

Il reste à examiner les distinctions résultant des dimensions. A cet égard, il existait mi double principe. Une même espèce d'étoffe, nous ne disons pas un même t;enre, car ce tiernier avait un caractère trop jj;énéral, pouvait être tissée en sous-espèces, pourrait-on dire, de dimensions différentes. De plus, chacune de ces dernières avait des dimensions déterminées, non seulement par rapport aux autres, mais à ré<j;ard des autres variétés correspondantes des autres espèces : elles différaient entre elles et elles difl'éraient d'une espèce k une autre. Il existait ainsi une double relation intérieure et extérieure en (juelque sorte. Ces dimensions étaient un nouveau caractère s'ajoutant aux traits précédents. Il n'y a j)as, semble-t-il, à donner de ces distinctions des raisons proprement techniques : la cause devait en être simplement commerciale et avait pour but tout à la fois de caractériser et de différencier extérieurement les diverses variétés de tissus. Énumérer toutes ces dimensions n'aurait (|u'un intérêt médiocre : il importe simplement de montrer en quelles sous- espèces diverses de grandeurs distinctes une même espèce pouvait être tissée. Au xiii'' siècle, on ne connaissait que la séparation en di\'ips et en couvertures ; ces dernières ne sont plus, en somme, mentionnées au XIV®. Ce n'est (ju'en 1298 (|u'apparaissent les « pièces ». Enfin, il faut descendre jusqu'en 1 38Î) pour trouver des « demi-draps ». A ce dernier

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