‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 5 sur 107 · L'ÉPOQUE ET LE MILIEU · texte numérisé non relu

L'ÉPOQUE ET LE MILIEU

Le siècle où a vécu Irénée renferme la partie la plus obscure de l’histoire ecclésiastique, celle qui va de l'an 120 à l'an 150. Cette période forme un vrai hiatus, une lacune dans l’enchainement des faits et des doctrines; la partie qui précède est vaguement éclairée, celle qui suit l’est davantage, ici nous nous trouvons dans des ténèbres à peu près complètes. Qu'on regarde l'Occident ou l'Orient, l'Italie, l'Afrique ou l’Asie-Mineure, on n'aperçoit rien, aucune voix ne s'élève de la chrétienté pour rendre témoignage de ce qui s’y passe, aucune du moins n'est parvenue jusqu’à nous. Avant et après on rencontre des martyrs, on trouve des documents plus ou moins nombreux, plus ou moins précis, plus ou moins dignes de foi, mais enfin on trouve quelque chose; dans cette durée d’une génération, c’est le vide et le silence presque absolus. Entre Ignace d'Antioche et justin Martyr nous avons tout au plus de vagues lueurs, de lointaines allusions; il faut arriver au milieu du second siècle pour entendre des témoignages qui nous renseignent sur l’activité intérieure et extérieure de l’Église.

Si on la compare au temps d’Adrien et d’Antonin l'époque d’Irénée nous apparaît dans une lumière très satisfaisante. Nous ne sommes pas au clair sur tout, mais nous sommes fixés sur les points importants. La vie de l'Église, au dedans et au dehors, nous est suffisamment connue. Effort de la pensée religieuse, progrès de l’organisation ecclésiastique et luttes contre les hérétiques, conquêtes sur le monde paien : voilà le bilan de son

activité pendant le dernier quart du second siècle. Sans avoir aucunement la prétention de faire, même en raccourci, l'histoire de cette période, il est nécessaire de poser quelques jalons pour orienter ce travail, il est également nécessaire d'indiquer les plus hautes cimes.

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