‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 59 sur 107 · LA RÉCAPITULATION : POINT DE VUE PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

LA RÉCAPITULATION : POINT DE VUE PHILOSOPHIQUE

I1 s’est élevé dans notre race un homme qui la résume, un homme qui rassemble en lui toutes les générations antérieures et toutes celles qui paraîtront jusqu’à la fin des temps. L'espèce humaine est ramassée, concentrée dans une personnalité centrale, celle de Jésus-Christ. Jésus-Christ est l’incarnation du Verbe, il est aussi l'incarnation de la race. Il réunit dans sa personne la totalité de l’espèce humaine. Adam est un homme, il est aussi l'humanité. Jésus-Christ est un homme en même temps qu'il est l'humanité. Il est à la fois un individu et l'espèce tout entière. Il est une récapitulation.

Les passages sont trop nombreux pour être cités, car l’idée de récapitulation intervient à tout coup dans la chaîne du raisonnement; il suffit de rappeler les plus décisifs. D’abord (III, 18, 1), déjà cité précédemment (p. 84, note). Après avoir rappelé la parole du Christ déclarant qu'il sera demandé compte au peuple d'Israël du sang de tous les prophètes, depuis Abel jusqu’à Zacharie, Irénée montre le Christ comme le représentant de tous les justes dont le sang a été versé : Recapitulationem effusionis Sanguinis ab initio omnium justorum et prophetarum in semetipsum futuram indicans, et exquisitionem sanguinis ipsorum per semetipsum (V, 14, 1). Le Christ réunit tout en sa personne, il a pris le nom de Fils de l’homme pour bien faire voir qu'il est le représentant de l'humanité : Omnia ergo recapitulans recapitulatus est... Dominus semetipsum Filium hominis confitetur, principalem hominem illum, ex quo

ca quae secundum mulierem est plasmatio, facta est, in semetipsum Recapitulans (V, 21, 1). 11 résume l'humanité de tous les âges : recapitulans enim universum hominem in se ab initio usque ad finem (V, 23, 2).

Jésus-Christ rattache à son point de départ le terme final du développement de notre race : initium fini conjungebat (IV, 34, 4); ce que le premier homme portait en germe, à l’état de virtualité, est devenu une réalité et pas pour Jésus seulement mais aussi pour la race humaine : in fine Verbum Patris et Spiritus Dei, adunitus antiquae substantiae plasmationis Adae, viventem et perfectum efficit hominem (V, 1, 3). Tout ce qui appartenait primitivement à l’essence et à la destination divine de l’homme est rassemblé dans l’histoire et dans la personne de Jésus-Christ.

Puisque Christ résume l'humanité, le bienfait de son œuvre salutaire doit s’appliquer à tous les hommes sans exception. Certains passages permettent de conclure logiquement à un salut universel : Quapropter et per omnem venit aetatem, omntbus restituens eam, quae est ad Deum communionem (II, 18, 7). Christ est venu pour tous les hommes, quel que soit le temps où ils ont vécu, et il rétablit leur relation avec Dieu. Il est le représentant de la race humaine depuis Adam, il est au même titre le représentant d'Adam. Par conséquent Adam doit participer au salut. Cette pensée est si importante qu'Irénée y revient à plusieurs reprises.

Adam n'est pas seulement un individu, c’est un type, une collectivité; Adam, c'est l'humanité. Il est capital qu'Adam soit sauvé. Son salut est le gage du salut de la race, sa perdition montrerait l’inanité de l’œuvre du Christ. Dans leurs tableaux du crucifiement, les peintres du moyen âge mettaient au pied de la croix un crâne, celui d'Adam, à cause de la légende qui veut que la croix du Christ ait été plantée sur le tombeau d'Adam et que le sang du Sauveur ait coulé sur les ossements du premier homme : idée sublime, touchant symbole, dont nous ignorons l'origine, et qui représente bien la conception du Père de l'Eglise dont nous étudions la pensée.

Irénée engage toute une polémique afin de prouver le salut d'Adam, I] fait un grief à Saturnin, à Marcion et à Tatien de ne

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