TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE IV
pas l’admettre : Contradicunt quoque ejus saluti, qui primus plasmatus est... Tatiano quodam primo hanc introducente blasphemiam. (1, 28, 1}. Ce salut est nécessaire, c’est un acte de justice ; du moment qu'il est accordé à d’autres créatures, il est imposé par la place qu'occupe Adam dans le plan divin. La ruine définitive du premier homme serait illogique et incompréhensible : Necesse ergo fuit, Dominum ad perditam ovem venientem, et tantae dispositionis recapitulationem facientem, et suum plasma requirentem, illum ipsum hominem salvare, qui factus Juerat secundum imaginem et similitudinem ejus, id est, Adam (III, 23, 1). Quum autem salvetur homo, oportet salvari eum qui prior formatus est homo. Quoniam nimis irrationabile.est, illum quidem, qui vehementer ab inimico laesus est, et prior captivitatem passus est, dicere non eripi ab eo qui vicerit inimicum; ereptos vero filius ejus, quos in eadem captivitate generavit (IT, 23, 2). Ne pas croire au salut d'Adam, c’est presque du manichéisme, c'est ne pas croire au salut de l’humanité : Sÿ autem 1lla non est inventa (ovis quae perierat, Adam) adhuc possidetur in perditione omnis hominis generatio (III, 23, 8).
Cette insistance montre combien l’idée d'unité, de solidarité dans l'espèce, pénètre profondément l'esprit d'Irénée. Il lui est impossible de séparer la descendance de son auteur, de distinguer entre le ruisseau et la source. Son esprit est synthétique, et de plus formé par la culture platonicienne; l’espèce prime l'individu et le salut de l'espèce devrait entraîner logiquement le salut de tous les individus ; il ne va pas jusque-là, mais se contente de postuler le salut du premier représentant de l'espèce, de celui qui en est à la fois le type et le fondateur.
Cette conception mystique est pleine de grandeur et de poésie; dans la chaine de l'humanité a été inséré un anneau divin qui relève toute cette chaîne tombée dans la boue. Le premier anneau, celui par qui elle eût dû rester accrochée au Dieu vivant, demeurera-t-il gisant dans la mort tandis que les autres bénéficieront du relèvement? S'il en est qui le pensent, Irénée leur adresse cet avertissement : Sic et hi, qui contradicunt salut: Adae, nihil proficiunt, nisi hoc, quod semetipsos haereticos et apostatas faciunt veritatis et advocatos se serpentis et mortis
ostendunt (III, 23, 8).
En tant que penseur et philosophe religieux, [rénée aurait dû conclure avec de telles prémisses au rétablissement final ou au salut de toute l'humanité; l'instinct ecclésiastique, la règle de foi, la tradition, l’évêque enfin, l’'empêchent d'aboutir à la conclusion logique; ceux qui n’adhèrent pas à l’enseignement de l'Eglise s’exposent à mourir en état de damnation.
OS