‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 67 sur 107 · RÉALISATION DE LA DESTINÉE PRIMITIVE DE L'HOMME · texte numérisé non relu

RÉALISATION DE LA DESTINÉE PRIMITIVE DE L'HOMME

Irénée est un optimiste, aussi bien dans sa conception du monde que dans sa notion du péché. A ses yeux, le monde n’est pas foncièrement mauvais, la nature humaine, quoique déchue, n'est pas privée de tout bien; elle n’a pas besoin d’une régénération complète et radicale, il ne lui faut que recouvrer ce qu’elle a perdu : la ressemblance avec Dieu (V, 16, 2). C’est en cela que consiste le salut qui n'est autre chose que le rétablissement de la nature primitive de l’homme : homines, si diligentiam percipiant, et velut insertionem accipientes verbum Dei, in pristinam veniunt hominis naturam, eam quae secundum imaginem el similitudinem facta est Dei (V, 10, 1).

L'homme créé à l'image de Dieu n’était pas parfait dès l'origine; une virtualité était déposée en lui et ce germe devait se développer. Il a été créé enfant, moralement aussi bien que physiquement, vémeos yao %v, (cf. sic nideëiv S 12). Il doit dépasser l’état d'enfance pour arriver à la pleine stature spirituelle, ce développement se produit grâce à l'Évangile. La venue du Christ a une valeur pédagogique indépendante de sa valeur rédemptrice : TAËE Toùs hjLAs, OÙY We adTOs hOdvato, dAN We Huet AÔTOY ideiv Advvaue0x, (IV,38, 1). Dès le début, Dieu aurait pu donner à l’homme la perfection, mais celui-ci aurait été incapable de la posséder ; si jeune et si débile il ne pouvait ni la saisir ni la garder : oùtws xat tv aoyiv 6 pèv 0eûç duvards Tv ddbvar ro Tédetov Th dvhowme, Exeïvos Ô Gore yeyovws, dddvaros Av Aube adt, À rai A26%Y ywotou, À 4 wO1o2; xarasyeiy (IV, 38, 2). Le Fils de Dieu devient semblable à l'homme, suvevnniatav, coimfantiatum est, c’est-à-dire enfant, imparfait, tellement que l’homme imparfait et enfant peut entrer en communion avec la divinité et s’abreuver à la source de la perfection. L'œuvre divine s'accomplit en deux fois, la

rédemption est le complément, l'achèvement de la création. Cette pensée se retrouve dans l'explication de la guérison de l'aveugle-né (V, 15, 3).

Adam avait été créé à l’image de Dieu; la ressemblance est l'équivalent de la perfection, réswv, il devait l'obtenir par l'Esprit de Dieu (V, 6, 1). L'image de Dieu est dans l'être psychique, animalis; la ressemblance est dans l'être spirituel, mais la désobéissance primitive a écarté cette ressemblance qui doit être établie et rétablie par l'œuvre du Christ. Celui-ci possède la nature divine non en puissance mais en acte, elle est sa propriété personnelle et indéfectible et il grave chez l’homme en traits indélébiles la ressemblance évanouie : #2} si ôpotws Bebalus xatéotros, ouvetoponusous tv ävowrov 7 door Ilaroi (V, 16, 2). C’est ainsi qu’en Christ s’est réalisé ce qui, chez l'homme, existait à l’état embryonnaire, la faculté de ressembler à Dieu. Cette pensée suppose l’unité de la nature divine et de la nature humaine.

Certains passages font supposer que l'homme, créé enfant, arrive à la perfection par un développement naturel dont les phases sont indiquées (IV, 38, 3 et 4); d’autres, et ce sont de beaucoup les plus nombreux, enseignent que ce qui a été perdu en Adam est rétabli par l’œuvre du Christ. Malgré quelques inconséquences c'est bien la pensée de notre auteur, pensée qui se résume dans le passage suivant : Fabricator enim universorum Dei Verbum, qui et ab initio plasmavit hominem, a malitia inveniens labefactatum suum plasma omni modo curavit : hoc quidem et secundum unumquodque membrum, sicut et in suo plasmate est; hoc autem et in semel totum sanum el integrum redintegravit hominem, perfecium eum sibi praeparans ad resurrectionem. Et quam enim caussam habebat carnis membra curare et restituere in pristinum characterem, si non habebant salvari, quae ab illo curata fuerant?.… Vita enim per curationem, incorruptela autem per vitam efficitur. Qui igitur curationem confert, hic et vitam; et qui vitam, hic et incorruptela circumdat plasma suum (V, 12,6). Nous arrivons donc à l'idée de la vie : perdue par le péché d'Adam, elle est retrouvée par l’incarnation et par l'obéissance du Christ; l'homme peut désormais contempler Dieu, être en communion avec lui, ce qui est

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