DE LA RELATION ENTRE LA FAUTE DE L'HOMME ET L ŒUVRE DE CHRIST
L'homme est un être moral, doué d’une volonté libre, qui quelquefois semble conquérir le salut par ses propres efforts, nobis ipsis attribuens salutem (IV, 14, 1), et le plus souvent est racheté de la mort par Jésus-Christ.
Quel rapport existe-t-il entre les souffrances et la mort de Christ d’un côté et le péché de l’homme de l’autre? Certains y voient une expiation substitutive, d’autres un acte de solidarité, d’autres le suprême exemple d’abnégation; Irénée y trouve autre chose, la mort du Sauveur est libératrice, elle arrache l’homme au pouvoir du diable.
Ce pouvoir s'exerce par la mort, signe et résumé de la domination du prince des ténèbres : Primum enim possessionis ejus (serpentis) vas Adam factus est, quem et tenebat sub sua potestate, hoc est, praevaricationem inique inferens et, et per occasionem immortalitatis, mortificationem faciens in eum (IT, 23, 1). L'homme, vaincu par le démon, demeure dans la servitude : non solum vicit hominem, sed et detinebat eum sub sua potestate MN.650:4)
Le diable a exercé son pouvoir sur Jésus qui est bien mort
réellement et non en apparence, ce que soutiennent les gnostiques. Comme Jésus a toujours parfaitement obéï, il n'offre pas au tentateur la même prise que le reste de l'humanité, il ne peut demeurer sous le coup de cette défaite momentanée, brise la puissance de la mort et en même temps du diable. L'ambition du démon l’a perdu. Il croyait faire passer Jésus par la mort et l'y tenir comme les autres hommes, il s’est trompé; bien plus, il a du même coup perdu son pouvoir sur l'humanité. Cette conception paraît étrange, il semble bien qu’elle se dégage du texte déja été NVPNT PT)
Le séducteur avait complètement acquis la domination sur nous et contre nature nous a fait siens. C’est un acte d’usurpation. Le Verbe de Dieu a racheté ce qui, en bonne justice, lui appartenait, non avec violence, mais par persuasion, secundum suadelam. On a pensé que cette persuasion s'était exercée à l'égard du diable, Christ s'étant offert comme rançon et sa mort étant donnée en dédommagement du salut de l'humanité. Dieu ne voulait pas employer la violence, mais, quoique le diable fût dans son tort, il usa de persuasion. Cette manière de comprendre serait bien mythologique et nous transporterait en pleine fantasmagorie paiïenne.
Le mot suadela peut désigner la persuasion exercée par le diable sur l’homme, il serait raisonnable de comprendre ainsi : quoique le diable ait usé de ruse et de violence vis-à-vis de Dieu et qu'il lui ait ravi son bien, Dieu n’a pas voulu user de violence vis-à-vis du diable comme ç'eût été son droit, il a voulu regagner l’homme par la persuasion. Il faut relever cette différence que la persuasion du diable a été fallacieuse et mortelle, tandis que la persuasion divine a été salutaire et légitime.
Dans tout cela on ne trouve pas grand’chose qui rappelle la notion paulinienne touchant les souffrances et la mort de Christ. Christ n'est pas mort à notre place, il a payé notre rançon et cette rançon tombe entre les mains du diable qui détenait l’humanité dans les chaînes. On n'aperçoit pas bien le lien moral
qui peut exister entre le péché de l'homme et la mort de Jésus- Chrisr.