‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 70 sur 107 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

BÉPPROPRIATION" DU: SALUT

Par quel moyen l’homme est-il sauvé, comment entre-t-il en possession du salut? Cette question s’est posée pressante depuis le jour de la Pentecôte : les églises et les prédicateurs ont cherché à y répondre plus que les symboles et les confessions de foi. Ceux qui les ont élaborés ont cherché avant tout à établir un corps de doctrine logique et cohérent. Les théologiens ont eu des préoccupations philosophiques et intellectuelles plus que parénétiques, ils n’ont pas visé avant tout les âmes affamées de salut, sauf — et cette réserve est d'importance — dans les périodes créatrices. Mais les périodes créatrices sont courtes et suivies de longs espaces pendant lesquels l'Église se contente de s'organiser, de s’administrer et de vivre.

I1 ne faut donc pas fous attendre à trouver chez [rénée des indications bien nombreuses ni bien explicites sur l’appropriation du salut. Préoccupé avant tout de montrer où se trouve le salut et en quoi il consiste, notre auteur n'apporte que de passagères allusions sur le chemin à suivre pour l'obtenir.

Le problème ne se posait pas pour lui comme il se pose pour nous. A la suite de la Réformation et de tout le mouvement philosophique moderne, nous considérons le salut comme un bien intérieur ; pour les écrivains catholiques du rm siècle le salut était sans doute un bien intérieur, mais avant tout un fait extérieur qui dépendait de la relation avec l'Église. L'Église est un organisme visible qui a son clergé, ses enseignements et qui englobe certaines âmes. Le moyen d’être sauvé c’est d'appartenir à l'Église. Telle est la pensée d’Irénée.

Cependant l'Évangile accorde une telle importance aux dispositions intérieures qu’il serait bien étonnant que ce point fût complètement passé sous silence. Mais les données sont vagues et peu nombreuses.

La chose essentielle, capitale, c’est d’avoir une croyance correcte et de posséder la saine doctrine : Superfluus autem et inutilis adventus Domini parebit, si quidem venit permissurus et servaturus uniuscujusque olim insitam de Deo opinionem. (NT, 12, 6). Ceux qui n'ont pas cette croyance correcte se séparent de l'Église et se privent par là même du salut.

Dans ces conditions, s'approprier le salut, c’est adhérer purement et simplement à la doctrine de l'Église. Jésus-Christ est sans doute le chemin, la vérité et la vie, mais Jésus-Christ parle dans l'Église et sa voix ne retentit que là.

Certains passages semblent battre en brèche cette manière de voir et l’excluent bien réellement si on entire les conclusions logiques : ce sont ceux qui disent que Jésus-Christ est mort pour nous. Nous n’y voyons pas apparaître le rattachement à l'Église comme la condition indispensable du bénéfice de sa mort ; l'œuvre de Christ est considérée en soi, objectivement, et cependant cette idée se trouve toujours présente dans la pensée de notre auteur : si Christ est l’auteur du salut, l'Église est la dispensatrice de son bienfait.

L'on peut trouver dans Irénée-trois moyens d'appropriation du salut : le salut par la foi, le salut par les œuvres et le salut par le rite. Ces trois moyens ne sont pas exclusifs l’un de l'autre, n'opèrent que dans l'Église et avec son concours.

El SALUT PAR: LA "FOI,

La doctrine paulinienne, si effacée qu'elle soit, a pourtant laissé quelques traces; nous trouvons diverses mentions de la foi comme moyen de salut.

Le salut est une science, une connaissance, la vraie gnose possédée non par les hérétiques, mais par l'Église : la foi aussi

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