INTRODUCTION
out n'est-il pas dit sur la monnaie après tant de travaux publiés ? Et ne s’expose-t-on pas à « venir trop tard » en glanant le dernier un domaine d’où « les anciens et les habiles d’entre les modernes » tirérent déjà si abondante moisson ? Je ne le pense pas. Ni les dissertations d’Aristote, de Bodin, de Montesquieu, de Newton, sur les questions monétaires, ni leurs noms, n'en imposèrent à la critique économique postérieure. La bibliographie accumulée depuis une cinquantaine d'années - - quelque immense qu’elle soit — ne doit pas décourager davantage un effort nouveau. Certes, il y a grande apparence que M. Levasseur, que Stanley Jevons, Shaw, Laveleye, que les professeurs Walras, Tullio-Martello, Bourguin, que M. de Foville ont, à des points de vue bien différents, dit sur la monnaie toutes les choses essentielles. Mais les travaux de ces maîtres, poursuivis sans discipline commune, aboutissant à des conclusions souvent disparates, laissent subsister une tâche importante. Il reste à intégrer tant d'efforts épars, à instituer une étude synthétique et compréhensive de la monnaie, à réaliser, en un mot, pour la province monétaire, l’organisation scientifique de l'Economie politique.
ESrAre
Le Jivre que voici y tâchera — sans d’ailleurs se flatter d'y parvenir — par l'application, en matière économique, des principes généraux de la connaissance et de la méthode qui ont, en ce siècle, réglé la marche et fait la fortune des sciences dites expérimentales. Non pas que l’idée soit nouvelle — il n’est peut-être pas un économiste contemporain qui ne s’en réclame -—— mais il semble que l’on a jusqu'ici demandé à l'exemple des autres sciences, bien plutôt des raisons de décider et de choisir entre différents modes de raisonner, qu'une conception d'ensemble attribuant à chacun d'eux sa place légitime, déterminant leur but commun et s’efforçant de les y faire concourir. La véritable méthode scientifique n’exclut aucune forme de recher- : che, pas plus, par exemple, les formules analytiques de M. Walras que les observations descriptives deJevons ou les statistiques de M. de Foville: elle fait à chacuuesa part. Parmi toutes les différentes démarches vers la vérité scientifique, il n’en est pas de vaine, pour peu qu’on en comprenne les ressources, qu'on en mesure la portée. Aucune antinomie ne peut persister entre elles. Toutes sont, au contraire, solidaires et se hâtent, par des voies opposées mais nécessaires, vers un concours final. A nous d’en saisir les connexions et l'unité, et d’en tirer la direction générale pour chaque partie comme pour le tout. Là où la fausse science - le mot est d’un économiste (*)- ne manque jamais de trouver des oppositions, la vraie science arrive toujours à l'identité.
Notre tâche préliminaire sera d'emprunter aux sciences de la nature ces principes d'ordre et d'harmonie
() Fr. Bastiat.