‹ Essai sur la Théorie générale de la MonnaieChapitre 25 sur 82 · RUES · texte numérisé non relu

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à travers les œuvres d'Adam Smith, Ricardo, J.-B. Say. Le coût de production et l'utilité devaient à leur tour passer au crible de l'analyse. On discute encore sur les facteurs précis du premier. Quant à l'utilité, les écoles contemporaines ont réussi à la résoudre en ses éléments infinitésimaux : l'intensité du besoin et la quantité consommée. Quelle signification peut avoir conservé le mot de valeur au terme de cette évolution? Les uns persistent à l'employer pour désigner simplement certains prix (*), d’autres le coût de production plus ou moins arbitrairement restreint (*), d’autres encore l'utilité ou sa composante, l'intensité du besoin (*“**). L'emploi simultané d'un même terme pour désigner des éléments différents, d’ailleurs parfaitement définis et dénommés suffit à le condamner. On a pu longtemps parler de valeur, comme les anciens parlaient de corps lourds et de corps légers mais à ces termes, encore en usage dans le langage ordinaire, la science a substitué la notion précise de poids spécifique, comme elle nous a fourni celle de prix, de coût de production, d'intensité du besoin, etc. Ilest vrai que l’on a tenté de trouver au mot de valeur un sens nouveau ou plutôt de lui restaurer une signification ancienne en définissant la valeur, la puissance d’achat ou l’échangeabilité des choses (***"*). Mais voyez dans quel cercle

() « ... La valeur est un simple rapport ; le rapport de deux quantités échangées... C’est une pure relation qui dépend de l'opinion, de l’appréciation des hommes. ..». M. Bourguin. — La Mesure de la Valeur et la Monnaie, page 20.

(”) « La valeur d’une marchandise est déterminée par le quantum du travail dépensé pendant sa production... Les marchandises en tant que valeur sont du travail matérialisé... » Karl Marx. Le Capital. Ch. 1.

(7) « La valeur qui est l'idée maîtresse de la science économique ne désigne donc rien de plus qu’un fait très simple en lui-même, le fait qu'une chose est plus ou moins désirée... La valeur c’est la désirabilité ». Ch. Gide Zbidem. P. 55.

(7) J. Stuart-Mill. — Économie Politique. I. Liv. I. Ch. I. S.2:

c'est s’enfermer : les choses s’échangent parce qu'elles ont de la valeur, c’est-à-dire de l’'échangeabilité et si elles possèdent cette précieuse propriété c’est évidemment parce qu'elles s'échangent. En vérité, n'est-ce pas un peu renouveler Monsieur Purgon dont l’opium fait dormir parce qu'il a la vertu dormitive ?

L'expression de valeur, aujourd'hui vide de tout contenu, nous paraît donc appelée à disparaître du vocabulaire scientifique. On ne peut que souhaiter de voir tarir cette inépuisable source de malentendus. M. Léon Walras laisse encore subsister dans les formules de son Économie pure le symbole d’une valeur qu’un simple facteur de proportionnalité sépare des quantités échangées, mais elle n'y joue aucun rôle essentiel. Il n’y a aucun dommage appréciable à négliger, comme nous l'avons fait au cours du précédent chapitre, cet élément parasite et à envisager l'équilibre économique dans son ensemble sans même prononcer le mot de valeur.

30. Ilne saurait donc être ici question d’une commune mesure, ni même d’une mesure quelconque de la valeur. L'énoncé du problème doit être élargi et modifié : avant de rechercher à quelles conditions le numéraire est susceptible de fournir une unité commune il importe de déterminer la grandeur mesurée et comment elle se mesure.

Considérons l'échange de deux marchandises (B) et (C) effectué par un individu (1) sur un marché à l’état d'équilibre. Les formules générales précédemment établies (40) nous fournissent l'expression du prix

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Si nous prenons garde à la signification des dérivées e1b(q'i) €É G1e(q'1e) nous tirons de la formule précédente cette conclusion : à l’état d'équilibre le prit de deux marchandises l’une en l'autre est égal au rapport des intensités du besoin survivant à l'échange de ces deux marchandises chez tout individu considéré. Nous retrouvons et confirmons ainsi l’heureuse formule de M. G. de Malinari : ce qui décide de la proportion dans laquelle les produits ou les services sont échangés, autrement dit de leur prix, c’est l'intensité comparée des besoins (*). Un certain prix d'équilibre pr. étant donné, les quantités échangées se déterminent de telle sorte que, l'échange effectué, l’intensité du besoin de (B) et l'intensité du besoin de (C) subsistant chez chaque échangeur soient dans le rapport commun p,,.. Pour décider des quantités qu'il échangera, chaque individu compare mentalement les intensités du besoin restant, correspondant à chaque valeur possible de ces quantités et s'arrête à celle qui donne au rapport des intensités une valeur égale au prix. La sanction de l’échange assure à cette comparaison une très grande précision, en même temps qu'elle en fournit par le prix l'expression numérique (‘). En ce sens

() G. de Molinari. — Notions fondamentales d'Économie politique.P. 165.

(") — « ... L'idée de valeur ne suppose rien de plus qu'une préférence accordée à une chose sur une autre, une comparaison, une balance, une lutte entre deux désirs. Donc cette idée n’est pas nécessairement liée à l’échange. Robinson certes avait ses préférences. J'avoue cependant qu’elles étaient à l’état latent et que les conditions de sa vie isolée n'étaient pas propres à les révéler aux autres ni même à luimême... Tout au plus aurait-il pu les classer grossièrement en deux ou trois catégories... Reconnaissons cependant que dans la vie sociale c'est presque uniquement l'échange qui fait surgir l’idée de la valeur du for intérieur où elle sommeillait pour ainsi dire, qui provoque la comparaison et force nos préférences à s'affirmer et à se préciser. »

Ch. Gide. — Principes d'économie politique, 4° édition, p. 58 et suiv,

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on peut dire que l'échange compare entre eux l'intensité de deux besoins différents comme la balance compare deux poids ou mieux comme un photomètre compare l'intensité de deux sources lumineuses : la grandeur mesurée par ce dernier appareil présente le même caractère subjectif, et soulève, quant au choix d’une commune unité de mesure, des difficultés analogues.

34. Tout nombre qui exprime le rapport de deux grandeurs mesure l’une si l’on prend l’autre comme unité. Si l’on a, par exemple, entre les grandeurs A, B et le

: A RU Deals nombre K la relation Fe — K on dira indifféremment

que le rapport de À à B est K ou que le nombre K mesure la grandeur À si l’on prend pour unité la grandeur B. Il s’en suit qu'à l’état d'équilibre de l'échange, le prix d’une marchandise (B) en une marchandise (C) mesure pour tout échangeur l'intensité du besoin restant de (B) si l’on choisit comme unité l'intensité du besoin restant de (C). En particulier,si nous considérons le prix en un numéraire (A) de (m--1) marchandises (B) (C) (D).....l’expression de ces prix prend à l’état d'équilibre et pour chaque individu la forme suivante :

& a ©1b('15b) ne Pase(Q'10) re P1,a(Q'134) Piym(Q'1,m) bia, (RE oi DES dissem: TETE P ? OisalQ'isa) DisalQ ie) CPE PET) Prsa(Q'isa)

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Les prix d'équilibre mesurent pour chaque individu l'intensité du besoin restant de chaque marchandise par rapport à l'intensité du besoin restant de la marchandise numéraire prise pour unité.

Cette unité présente deux caractères importants: 1° elle est strictement individuelle en ce sens que n'ayant aucun moyen de comparer l'intensité du besoin éprouvé envers la

marchandise (A) par un individu (2) à l'intensité du besoin éprouvé envers la même marchandise par l'individu (1), nous ne pouvons comparer les mesures rapportées à la première aux mesures rapportées à la seconde; elles forment deux groupes absolument indépendants ; 2° l’intensité du besoin éprouvé par un individu (1) envers la marchandise numéraire (A) varie elle-même avec la quantité possédée de ce numéraire. Si cette quantité a varié d'un état économique à un autre, les prix d'équilibre de ces deux états rapportés, pour un même individu, à des unités différentes se trouvent également former deux groupes de mesures incomparables et indépendantes.

32. Comment relier ces mesures les unes aux autres ? À quelles conditions le numéraire peut-il fournir aux besoins d’un même individu dans des états différents et aux besoins d'individus différents une unité commune ? Telle est Ia forme nouvelle et précise sous laquelle se pose pour nous le problème de la mesure des valeurs.

Considérons un individu (1) dans deux états d'équilibre différents (Det (I). Nous aurons, pour l'individu considéré, dans chacun de ces états économiques, les séries respectives de relations:

O1.p(Q») OiselQe) Pi,m(Qm) Ï) pa = — Cr ee nas MES À Î | PiyalQa) P Dial Ya) l Oisa(Qa)

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Dans l'état (1) les prix Pix Pea-.., mesurent les intensités du besoin subsistant envers les marchandises (B) (C) (D) ..., par rapport à l'intensité du besoin subsistant envers le numéraire, g:(q4). Dans l’état (IT) les PrIX Din, Pa... mesurent les intensités du besoin

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subsistant envers les mêmes marchandises, par rapport à Pintensité du besoin subsistant envers le numéraire, Sisal'a). Si la marchandise numéraire est la même, les intensités du besoin subsistant à son égard chez l'individu (1) sont en général différentes, et dans ce cas, les mesures dans l’état (1) ne sont pas comparables aux mesures dans l'état (11). C'est comme si l’on rapportait l'intensité de certaines sources lumineuses à la lampe Carcel, brûlant 42 grammes d'huile à l'heure et l'intensité de certaines autres à la même lampe brûlant 50 grammes d'huile dans le même temps. La même difficulté se présenterait avec une seule et identique unité d'intensité si elle se trouvait seulement placée,dans les deux cas, à des distances différentes de l'écran. Les mesures les plus précises n’y échappent pas davantage. Le mètre ne constitue pas la même unité de longueur à O0 et à 100 degrés, ni le kilogramme la même unité de poids sous deux latitudes différentes.

Dans toutes ces mesures physiques on a deux sortes de moyens pour résoudre le problème d'identification. Dans certains cas, il est possible de comparer entre elles les deux unités partiellement disparates par des mesures directes basées sur des procédés différents. C’est ainsi que l’on ramène le poids du kilogramme sous différentes latitudes à son poids sous l’une d'elles, non pas au moyen de la balance qui ne serait d'aucun secours mais au moyen du pendule. De même on compare le carcel brûlant à l'heure des quantités différentes d'huile épurée au moyen d'un microphotomètre à diaphragme variable. Mais ces différents moyens ont cet inconvénient commun d'obliger, dans chaque cas et pour chaque unité considérée, à une nouvelle opération de mesure directe comportant d'inévitables erreurs expérimentales. Si l’on connaissait, d'une part la loi qui lie la variation de poids du kilogramme à la variation de latitude, d'autre part la loi qui lie l’inten-

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sité lumineuse du carcel à la quantité horaire d'huile brûlée, un simple calcul permettrait sans mesure nouvelle de rapporter toutes les valeurs du poids du kilogramme ou de l'intensité du carcel à l’une d'elles, en fonction de la latitude ou de la quantité horaire d'huile brûlée. Nous ne possédons pas de pareilles lois en ce qui concerne Îa variation du kilogramme avec la latitude ou celle du carcel avec la quantité de combustible et force est encore de recourir à des mesures directes pour comparer les différentes déterminations de ces unités.

Il est d’autres unités pour lesquelles la découverte d'une loi de variation précise nous a affranchis de ces opérations répétées, en leur substituant la pure et simple application d’une formule générale. Les longueurs d’un mètre de platine à deux températures différentes sont proportionnelles aux binômes respectifs de dilatation. Cette loi simple permet de ramener toutes les longueurs du mètre à sa longueur à 0 degré arbitrairement choisie. En photométrie encore, si l’on considère pour la lampe carcel non plus la variation du combustible brûlé mais la variation de sa distance à l’écran du photomètre, la loi de Kepler permet d'en déduire la variation d'’intensité lumineuse : à éclairement égal les intensités de deux

sources différentes sont proportionnelles aux carrés de leurs distances à l'écran.

83. S'agissant de l'intensité du besoin de la marchandise numéraire, survivant à l’échange, chez un individu déterminé, 1l ne saurait être question de ramener par des mesures directes ses différentes valeurs à l’une d'elles, Nous ne connaissons qu'un procédé de mesure applicable à l'intensité des différents besoins, l'échange; or, il ne saurait s'effectuer, sur un même marché, aucun échange d'une marchandise contre elle-même, a fortiori s'il s’agit

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de marchés successifs et bien distincts. Parfois ceux auxquels la fortune a souri se laissent aller à formuler des regrets comme celui-ci: « Je donnerais aujourd'hui cent mille francs pour en avoir eu la dixième partie il y a trente ans. » Et l'on en peut apparemment conclure que l’intensité du besoin de numéraire est devenu pour eux dix fois plus petite. Mais le caractère approximatif et hypothétique de ce souhait, dépourvu de toute sanction, ne lui permet pas de servir de base à une mesure précise. L’échange est en quelque sorte une opération instantanée qui ne permet pas plus de revenir en arrière que d'anticiper sur un marché économique futur.

Dans l'impossibilité de recourir à une mesure directe, nous sommes conduits -— pour relier à l’une d'elles les valeurs de l'intensité du besoin de numéraire survivant, pour un même individu, aux différentes quantités possédées — à essayer de l’autre moyen que nous suggère la mesure des grandeurs physiques. Cherchons à unir par une loi précise les variations de cette intensité à celles des quantités possédées correspondantes. Le raisonnement ne nous fournit aucune loi de ce genre. Le numéraire est pour nous une marchandise quelconque arbitrairement choisie; or, en l'absence de toute donnée rationnelle nous avons dû laisser indéterminée ‘pour toute marchandise la relation qui lie le besoin survivant à la quantité consommée ou possédée et nous contenter pour l’exprimer de la notation symbolique :

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Il s’agit de préciser maintenant cette formule en ce qui concerne la marchandise numéraire. L'expérience sans autre précision possible — ne nous fournit qu’une indication très générale mais importante, résultant de cette notion de simple bon sens que plus on possède de numéraire moins le besoin que l’on en éprouve est intense. L'intensité

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