‹ Essai sur la Théorie générale de la MonnaieChapitre 24 sur 82 · I. — La mesure de la valeur · texte numérisé non relu

I. — La mesure de la valeur

29. Le numéraire est-il susceptible de fournir en outre une commune mesure des valeurs? Présentée sous cette forme classique, la question parait mal posée et l’on s'explique que parmi tant d'efforts consacrés à l’éclaircir beaucoup soient restés vains (*).

Avant de discuter sur la mesure de la valeur, il conviendrait de se mettre d'accord sur le sens précis à attribuer à ce mot, si tant est qu’il puisse aujourd’hui en avoir un. Les Economistes, avant de créer une langue technique commune, ont du emprunter au langage ordinaire des termes comme celui de valeur, dont le sens, pareil à l’effigie des anciennes monnaies, s'était peu à peu effacé par l’usage. A cette dénomination vague correspondit d’'abord une notion non moins flottante, de laquelle l’analyse économique réussit à dégager progressivement certains éléments précis. Longtemps on entendit par valeur aussi bien une grandeur qu’un rapport, choses pourtant bien différentes ; longtemps on confondit la valeur des produits avec leur taux d'échange. Jevons introduisit dans la science ce terme nouveau que nous préférons remplacer par celui de prix, aussi bien lorsqu'il s’agit de deux marchandises quelconques que lorsqu'il s’agit de l’échange d’une marchandise et du numéraire.

En un autre sens, la valeur, considérée comme une grandeur, se ramifia elle-même et donna naissance à la double notion de coût de production et d'utilité. On peut suivre les premiers progrès de cette différentiation bipartite

() « Les Economistes ont beaucoup discuté sur la mesure de la valeur. On a attaché à cette matière plus d'importance qu'elle n'en méritait et ce qu’on a écrit à ce sujet n’a pas peu contribué à justifier l’accusation de logomachie portée avec exagération mais non sans motif contre les théories des Economistes, » J.-Stuart-Mill.

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