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procèdent plus de l'arbitraire, ce sont les conséquences logiques d’un déterminisme inéluctable. Evidemment les lois de cet enchainement ne reçoivent leur application complète que si la décision initiale demeure constante, mais cette précarité leur est commune avec toutes les autres lois scientifiques. Il n’est pas de loi physique qui ne se ramène à cette forme schématique : «Si À, B, C... sont donnés, D et E se présenteront dans tel rapport. » La même nécessité conditionnelle gouverne les phénomènes économiques et ceux de la nature.
On ne saurait pas davantage arguer, contre l'existence de lois économiques, de ce qu'il n’en est pas une dont l’action ne paraisse paralysée dans un très grand nombre de cas. Lorsqu'un professeur de mécanique énonce qu'un corps abandonné à lui-même avec une certaine vitesse continuera indéfiniment de se mouvoir avec la même vitesse, personne ne songe à lui objecter qu’en aucun cas cette loi ne paraît vérifiée. On comprend que la loi subsiste malgré les circonstances particulières, les frottements qui viennent modifier le résultat visible. De même des lois économiques peuvent exister en dépit de toutes apparences contraires : si leur action ne rencontrait aussi des frottements, des perturbations secondaires, elles seraient sans doute moins difficiles à trouver, mais il n’y a là aucune présomption contre leur existence.
Ajoutons que le déterminisme économique reste, comme le déterminisme scientifique, indémontrable en toute rigueur. La seule réponse à faire à ceux qui persisteraient dans des scrupules injustifiés, est celle de d'Alembert à un débutant que scandalisait l’apparente
inexatitude du calcul infinitésimal : « Allez de l'avant, la foi vous viendra. »
Le monde économique étant soumis au même déterminisme que le monde matériel, ses lois ne peuvent être découvertes que par les mêmes méthodes — non certes par les mêmes procédés pratiques mais d'après les mêmes principes (*). Pour dégager des phénomènes particuliers les rapports généraux, pour unir le fait à l'idée, l'analyse et la syntèse fournissent à l’économiste, comme au physicien, une double série de ressources qui, loin de s'opposer, se complètent réciproquement (*). L'une part des réalités économiques pour en induire progressivement les lois nécessaires et permanentes. L'autre suspend la chaine de ses déductions aux données idéales que lui fournit une primordiale abstraction et s'efforce d'aboutir — aussi bien par d’incessantes modifications de son point de départ que par l'emploi de procédés de raisonnement perfectionnés -—- à des résultats que confirment l'expérience ou les lois empiriques antérieurement découvertes. L’immense carrière à parcourir est comme circulaire ; l'analyse prend à droite, la syntèse à gauche : certain jour, lointain encore, verra concourir leurs progrès simultanément accomplis.
Pour en hâter la venue, l'Economie politique doit adopter délibérément une division analogue à celle de la Mécanique ou de la Physique, séparer nettement les recherches analytiques ou expérimentales des recher-
() Herbert Spencer. — Introduction à l'Elude de la Science sociale. — Ch. 1, P. 7
() V. Pareto. — Giornale degli Economisti. — Mars 1900.— P. 219.
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ches synthétiques ou rationnelles. Il va sans dire que les deux méthodes ont entre elles des rapports nombreux et nécessaires, mais C’est en exagérer singulièrement la portée que fonder sur eux la notion d’une science « déduetive concrète» progressant par l'union indissoluble du raisonnement et de l'expérience. L'Economie politique à pu, comme la plupart des autres sciences, devoir à ce mélange ses premières conquêtes. Au point où l'ont portée tant de récents travaux, elle doit, comme elles, prendre conscience d’une différentiation devenue nécessaire. Pour l'avoir trop longtemps méconnu, que de fois n'a-t-on pas vu l'interprétation expérimentale faussée par l'application de théories hatives ou incomplètes —- l'essor de la théorie rationnelle paralysé par l’extrême complication de données expérimentales que l'instrument logique le plus parfait est impuissant à suivre. Laissons donc se développer, sans entraves ni confusion, d’une part le travail scientifique de l'analyse, l'Économique expérimentale, d'autre part, l’œuvre également nécessaire de la syntèse, «l'Economie pure » ou Economique rationnelle et tâchons de jalonner la route propre de chacunes d'elles.
La première opération de l'analyse économique, c'est l'observation pure et simple qui embrasse l'ensemble des phénomènes, définit leurs caractères généraux et les répartit en familles naturelles. Cette classification qualitative ne saurait suffire à la découverte de lois ou de rapports précis: il est indispensable de soumettre les propriétés de chaque groupe à des déterminations quantitatives rigoureuses. C’est la seconde étape de l'Economique expérimentale; elle soulève de grosses difficultés. La mesure d’une
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grandeur suppose la connaissance de trois éléments essentiels, la grandeur à mesurer, une grandeur de même espèce choisie pour unité et un nombre exprimant le résultat de leur comparaison. Or, il se trouve qu'en matière économique ces éléments paraissent exclure alternativement toute détermination
précise. Tantôt -__ s'agissant, par exemple, de mesurer le stock monétaire d’une nation -- la grandeur à D
mesurer et l'unité de mesure sont bien définis, mais la diffusion des phénomènes dans le temps et l’espace rend presque impossible la comparaison du mesurant au mesuré, la détermination du nombre exact qui en exprimerait le résultat. Il faut se contenter d’approximations, faussées encore, le plus souvent, par la triple influence de l'intérêt personnel des idées préconçues et des passions de parti. C’est assez montrer qu'il n’y a pas en statistique — comme l'observe judicieusement M. Liesse (*) -- « des causes d’erreur fixes, comme l’est, par exemple, en physique celle de l'aberration de réfrangibilité des lentilles. Cet instrument d’'observation physique modifié peut devenir achromatique, c'està-dire dégagé de ses causes d'erreur, par suite d’une correction connue, d’un perfectionnement déterminé. L’instrument de mesure sociale, la statistique, comporte, au contraire, des corrections beaucoup plus complexes et surtout très variables. » — Tantôt — si l’on considère la valeur d’une marchandise sur certain marché —- la mercuriale en fournit une expression numérique précise, mais l'incertitude porte sur les autres éléments de
()André Liesse. — Nouveau dictionnaire d'Economie polilique.— Art. Méthode.
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la mesure, la grandeur mesurée et l'unité servant de dénominateur. Cette difficulté n’est pas la seule que soulèvent les cas de ce genre. Même en limitant les recherches aux frontières d’un pays, une marchandise présente au même instant mille valeurs différentes. Est-il légitime d’en considérer la moyenne ? Comment la calculer pour qu’elle soit la caractéristique univoque d’un état économique déterminé ? Autant de questions inévitables qu’il faut résoudre pour arriver à la quantification nécessaire des phénomènes économiques.On ne supplée pas à la précision des données par leur nombre. S'il faut des chiffres pour en induire des rapports précis, un encombrement de chiffres inexacts ou sans signification rigoureuse ne peut que faire obstacle à la généralisation vers laquelle l'analyse s'achemine pas à pas. L'induction expérimentale qui fait saillir d’un cas particulier, habilement choisi ou provoqué, une loi générale ne dispose pas en Économie politique des mêmes ressources que dans les sciences de la nature. Il est impossible à l’économiste de provoquer un phénomène artificiel dont il modifie à son gré toutes les circonstances. L'expérience proprement dite lui est interdite ou plutôt la seule qu'il puisse interroger, sans d’ailleurs agir directement sur elle, c’est l’éternelle expérience que poursuivent les hommes et les peuples en quête de richesses. Il s’en suit que, réduit à discerner au milieu des complications de la vie économique les lois dont elle ne montre que les conflits, les forces dont on n'aperçoit que la résultante, l’'économiste se trouve le plus souvent en face d’un problême quasi-insoluble. Considérons comme exemple un phénomène que l’on sache mesurer. Soit of l'axe des temps, 0q l’axe des
quantités. Si l’on pouvait agir sur le phénomène de manière à en éliminer tous les accidents accessoires, on obtiendrait sans doute une courbe simple comme &, D, €, dont la formule relativement facile à calculer exprimerait Ja loi générale du phénomène
considéré. Si méme les anomalies qu’il présente dans le cours ordinaire de l’activité économique se répartissaient en ondulations régulières, de faible amplitude, de part et d'autre d’une telle courbe on arriverait encore sans trop de peine à déterminer celle-ci, au moyen du graphique, a, b, ce, d, e...., des données observées. Mais, le plus souvent, l’inextricable complexité d'actions et de réactions concourantes, la composition des lois à découvrir en une résultante unique font parcourir à cette résultante une courbe à longues et amples périodes, comme A, B, C, dont il est extrêmement difficile de déterminer analytiquement l'orientation et les composantes. L'art expérimental consiste alors à trouver dans la vie économique, historique ou coutemporaine, telles circonstances où la nature, faisant les frais de l'expérience, élimine d’ellemême les causes d’apparentes irrégularités et ramène le phénomène observé à l’une des formes simples qui en laissent apercevoir la loi principale. L'aventure des
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assignats à permis ainsi de fonder expérimentalement en matière de papier monnaie les deux principes de la mutuelle dépendance de la valeur et de la quantité émise et du dédoublement nécessaire des prix.
Souvent empéêchée de découvrir les premières lois empiriques, l'analyse économique ne saurait prétendre, quant à présent, à des généralisations d’un ordre plus élevé. Par là s'affirme, plus impérieuse encore qu'en loute autre matière, la nécessité de recourir simultanément à la synthèse qui va, par une marche inverse, du simple au complexe, des composantes à la résultante.
Toute étude rationnelle d’un ensemble de phénomènes naturels Commence, nous l'avons vu, par une opération d’abstraction. Il faut forger les chaînons premiers qui supporteront le système des déductions, définir les êtres de raison sur lesquels portera le raisonnement. Un traité de mécanique rationnelle s'ouvre par les définitions de point matériel, de force, d'accélération, de masse et par l'énoncé des principes d'inertie, d'indépendance des effets des forces, d'égalité de l’action et de la réaction. De même, la première tâche de l'Economique rationnelle est de définir les éléments et les liaisons de sa construction déductive. Ainsi s'introduit, en premier lieu, la notion abstraite de l’homo œconomicus, consommateur et producteur de richesses, agissant invariablement dans le sens de son intérêt le mieux compris. Il ne faut pas regretter avec Wolowski (*) que l’homme, qui est en réalité une variable, devienne provisoirement pour l’économiste une
(©) Wolowski. — Introduction aux principes d'Economie politique de Roscher. — P, LV.
constante. C’est un artifice scientifique légitime et fécond que fixer pour un temps certaines données changeantes, quitte à leur rendre par la suite leur variabilité propre. Les autres éléments, produits, services, capitaux, etc... étant à leur tour définis, les principes des différents systèmes économiques possibles — libre concurrence, monopoles privés, monopoles collectifs — s'expriment en formules également abstraites et précises (*). Toutes ces données présentent deux caractères communs. Cesont d’aborddes êtres ou des milieux irréels des créations simples de la raison. Pour enfermer les réalités dans le moule étroit de nos définitions, il faut sacrifier la plupart des déterminations, des formes sensibles et complexes, sous lesquelles elles nous apparaissent. Jamais dans la nature nous n’avons observé de points matériels, saisi de rayons lumineux, pesé d’atomes. Jamais, dans la vie, nous n'avons rencontré l’homo œconomicus ou la libre concurrence absolue. Nous les créons par abstraction pour la commodité du raisonnement. Pourtant si ces symboles, accessibles à nos moyens logiques, ne sont pas adéquats au réel, il s’en inspirent, traduisant autant qu'il est en nous ses formes générales et s’en rapprochent par des précisions successives. L'intérêt individuel n’est pas le seul, mais il est le principal moteur de la vie économique, la libre concurrence plus ou moins étendue, sa condition la plus commune. On aurait donc tort de méconnaître que l'étude abstraite de leurs combinaisons logiques nous fait avancer dans la connaissance des manifestations
() Vilfredo Pareto. — Cours d'Economie polilique. — Tome H. — P. 400.
concrètes de l’activité économique. Notons d’ailleurs qu'il ne serait pas illégitime de raisonner sur des conceptions purement imaginaires, de construire, par exemple, la théorie d'un collectivisme absolu, à condition de n’en espérer rien de plus que ce qu’on a appelé le plaisir du risque intellectuel (*). De même des curiosités mathématiques comme les géométries non enclidiennes de Riemann et de Lowatchewski restent en soi absolument irréprochables. La géométrie d'Enclide garde pourtant l'immense avantage de nous conduire à la connaissance des relations de forme des corps réels, dans la mesure, au moins, où nous l'avons pu vérifier jusqu'ici (*).
Les éléments et les principes de la vie économique théorique étant posés et définis, il s’agit d'en déduire les lois de ses diverses manifestations. Ici s’introduit l'usage de l'analyse mathématique qui rencontre des préventions aussi tenaces qu’injustifiées. L'emploi qui en est fait s'impose cependant par nécessité pratique; la logique ordinaire avee son expression verbale n'est un instrument ni assez souple ni assez délicat pour s'adapter à toutes les complexités de la machine économique même simplifiée. « Pourquoi s’obstiner à exprimer très péniblement et très incorrectement, comme l'a fait souvent Ricardo, comme le fait à chaque instant J. Stuart-Mill dans ses Principes d'Economie politique, en se servant de la langue usuelle, des choses
() M. Güyau.— Esquisse d'une morale sans obligation ni sanclion.— P:161:
(”) H. Poincaré. — Sur les Géométries non euclidiennes. — Revue: générale des sciences. — Année 1891. — P. 773.
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qui dans la langue des mathématiques peuvent s’'énoncer en bien moins de mots d’une façon plus exacte et plus claire (*).» L'analyse mathématique ne prétend pas «tout nombrer, tout réduire en chiffres précis », elle a, au contraire, l’immense avantage de laisser indéterminées les grandeurs auxquelles elle applique les ressources d’une logique perfectionnée. Il est très exact, comme l'ont observé tour à tour MM.Liesse et Edgeworth (*), qu'elle ne nous a permis de résoudre jusqu'ici que des problèmes statiques. Les équations de Jevons ou de M. Walras définissent certains états d'équilibre sans nous renseigner sur la voie par laquelle ils sont atteints. Mais déjà l’on entrevoit l'application en Economie politique d’un principe analogue à celui de d’Alembert permettant de ramener les problèmes de la dynamique à ceux de la statique (**). Faut-il s'arrêter à la difficulté en apparence plus grave que soulève l'introduction dans les formules mathématiques de certaines grandeurs — rareté, utilité, ophélimité etc... — dont il n'apparaît pas que les unités soient rigoureusement définies. Nous ne la croyons pas insurmontable. D'une part, si les unités des grandeurs considérées n’ont pas toujours été suffisamment précisées, il ne semble pas impossible d'y parvenir. D'autre part, dans
() L. Walras. — Eléments d'Economie politique pure. — P. 52
(‘) A. Liesse. — Nouveau Diction. d'Economie politique. — Art. Méthode.
F. Y. Edgeworth. — La théorie mathémalique de l'offre et de la demande et le coût de production. — Revue d'Economie politique. — Année 1891 P. 10
() Vilfredo-Pareto. — Cours d'Economie politique — Tome Il.
— 586. — Note 1.
un tout récent travail (*, M. Vilfredo Pareto, a pu éliminer, au moins en apparence, tous ces éléments discutables et reconstruire le système entier des équations de l’équilibre économique sans y recourir. Ces équations, avec les rapports généraux qu'elles expriment, conservent donc, en tout état de cause, leur valeur logique.
La construction déductive n’est pas le dernier mot de la méthode rationnelle. Après lavoir réalisée, il reste à la confronter avec les faits dela vie économique, non pas pour l'imposer à ceux-ci, comme on la souvent reproché aux économistes mathématiciens, mais pour la corriger elle-même, pour en modifier les données premières, pour l'adapter par approximations successives aux réalités qu’il lui sera d’ailleurs toujours impossible d’épouser étroitement. Les formules obtenues ne tiennent compte des effets prohibitifs ni de la loi, ni de la morale, ni des monopoles nécessaires, tous éléments perturbateurs à introduire tour à tour. Après ceux-là, nous en apercevrons d’autres, et d’autres encore, indéfiniment : les formules scientifiques, inpuissantes à embrasser jamais la vie tout entière, ne peuvent exprimer, quelle que soit leur plasticité, que des lois générales. S'il est, par là, rendu assez difficile de vérifier, par l'expérience directe, les résultats de la synthèse rationnelle, celle-ci trouvera sa justification, le plus souvent, dans son accord avec les lois empiriques de l'Economique expérimentale qui résument en
formules générales un grand nombres d'expériences.
() C'est un Traité d'Economie pure, encore inédit, dont le Giornale degli Economisti a publié quelques extraits en Mars et Juin 1900.
Il ne semble pas nécessaire de réfuter, après les explications précédentes, certaines objections d’ordre général, formulées contre l'emploi de la méthode synthétique en économie politique. On a beaucoup plaisanté sur ce fait que l'Économie pure déduit par des calculs longs et compliqués la loi de l'offre et de la demande, loi que chacun peut observer immédiatement. « Les gens qui se livrent à cette critique, reprend M. Vilfredo Pareto (*), oublient évidemment que pour unir l'idée au fait, il est indispensable de déduire les conséquences de l’idée pour les comparer au fait. Leurs critiques s'appliquent bien mieux encore à l’Astronomie qu'à l'Economie pure. Il suffit de regarder en l'air pour voir où se trouve un astre, tandis que les astronomes
se donnent la peine -__ pourquoi ne pas la proclamer superflue - - de déterminer la position de cet astre au
moyen de calculs bien autrement longs et compliqués que ceux de l'Economie pure ». Les données économiques, a-t-on dit encore, sont trop complexes pour comporter une étude de théorie pure. Comme si ce n’était pas précisément le cas, en présence de pareilles données, de recourir aux simplifications rationnelles! La vérité, c'est que l'Économie pure se justifie d'elle-même en se constituant chaque jour plus largement. Inaugurée en France par Cournot, renouvelée simultanément par Jevons, Gossen et M. Léon Walras, elle a conquis, depuis irente ans, sinon en France au moins à l'étranger, une pleïade de disciples, MM. Marshall, Edgeworth, Wicksteed en Angleterre, Launhardt, Lehr en Allemagne, Aus-
C) Giornale degli Economisti. Mars 1900. P. 235.
Thèse 3
pitz, Lieben en Autriche, Wicksell en Suède, Pantaleoni, Barone en Italie, Pareto en Suisse, Clark, Gidding, Irving Fisher aux Etats-Unis. Leurs travaux catalogués par ce dernier forment déjà une véritable bibliothèque et les résultats obtenus ne sont pas quoi qu'on ait pu dire - négligeables. Quand elle n'aurait réussi qu'à mettre en pleine lumière la mutuelle dépendance des phénomènes économiques et à fournir ainsi une réfutation péremptoire de tous les sophismes qui la méconnaissent (*) c'en serait encore assez, indépendamment de toutes raisons logiques, pour lui valoir une place légitime à côté de l’'Économique expérimentale. Concédons avec Spencer (*)que la science exacte n'est qu'une moitié de Ia science mais retenons que c'en est une indispensable moitié.
Les principes précédemment rappelés déterminent naturellement les limites et le plan de notre étude monétaire.
Toutes questions d'art ou de politique économiques en seront rigoureusement exclues. S'il est vrai que la science s'achève en devenant la conseillère du progrès, ce n'est ni son unique objet, ni même son objet principal. I y aurait présomption et péril à ne point borner
() Walras. Eléments d'Economie polilique pure. — 30e, 31° et 32° Lecons sur les théories anglaises du prix. du fermage, du salaire et de l'intérêt.
(”) H. Spencer. Introduction à l’élude de La science sociale. P. 47.
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notre excursion au domaine exclusivement scientifique.
Dans ces limites, nous ferons une part égale aux recherches synthétiques ou rationnelles et aux recherches analytiques ou expérimentales. Loin de s'opposer, dans leurs démarches parallèles, elles concourent au même but et peuvent déjà sur bien des points se tendre la main.
L'étude rationnelle des phénomènes monétaires — limitée en l'état actuel aux questions d'équilibre. trouvera sa base logique dans la statique générale des systèmes économiques telle qu'elle résulte des remarquables travaux de MM. Léon Walraset Vilfredo Pareto. Elle comprendra trois parties consacrées aux trois fonctions essentielles de la monnaie, la fonction de numéraire, la fonction de circulation, la fonction d'épargne. Sur la plupart des points la théorie rationnelle était faite : il n'y avait qu'à reprendre des éléments dès maintenant acquis. Notre effort personnel a surtout porté sur la difficulté essentielle que recèle toute interprétation mathématique des sensations ou des besoins humains : la définition d’une unité. L'obstacle était sérieux. Dans ses plus récents travaux, M. V. Pareto n'a cru pouvoir mieux faire que de le tourner. Nous avons tenté de l’aborder de front.
L'étude expérimentale de la monnaie encore qu'aucune loi n’ait été, peut-être, consacrée par une adhésion unanime est depuis longtemps constituée dans ses parties essentielles. Pour remonter des phénomènes à leurs connexions générales et nécessaires, nous n'avons eu qu'à résumer d'excellentes études descriptives, à accorder aux procédés statistiques de mesure la place qui leur revient, à tenter enfin d'obtenir, par l'emploi
op
des procédés graphiques,une expression plus saisissante des mouvements naturels de la circulation monétaire.
La science ainsi ramenée à sa charpente logique devient singulièrement plus compréhensive et plus nette. On saisit mieux désormais l'utilité propre de tant de travaux épars et disparates avec les liens profonds qui les unissent. C’est un cadre harmonieux où chacun d'eux trouve sa place nécessaire. Tracer ce cadre n’est sans doute pas ajouter beaucoup au bagage commun. Toute cette belle construction logique n’est peut-être, suivant le mot de Descartes, qu’un peu de cuivre et de verre que nous prenons pour de l'or et du diamant. En matière scientifique, pourrait-on même prétendre,on n’arien dit de nouveau si seule, «la disposition des matières est nouvelle ». Qu'importe,après tout, si l'on n’a pas la prétention de faire la science mais de l’apprendre.