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LA STATISTIQUE MONÉTAIRE

36. L'analyse descriptive des phénomènes monétaires, que résume le précédent chapitre, ne saurait constituer, comme on semble l'avoir cru souvent, toute la science économique en matière de Monnaie. Ce n’est qu’un préambule auquel doivent succéder la mesure aussi précise que possible des phénomènes définis et classifiés, puis la vérification expérimentale des lois seulement entrevues ou devinées. La statistique monétaire nous apparait ainsi comme chargée d'un rôle scientifique tout à fait essentiel que les progrès accomplis par elle, pendant le dernier quart du siècle passé, lui permettent de rempiir avec une ampleur et une précision chaque jour croissantes. Sous l’impulsion d’une pleïade de spécialistes éminents, Sœtbeer en Allemagne, MM. Giffen et Sauerbeck en Angleterre, M. Preston aux Etats-Unis, M. de Foville en France, des enquêtes ont été instituées et patiemment menées à bonne fin, des procédés d'évaluation et de mesure ont été imaginés, toute une bibliographie statistique des questions monétaires a été créée et s'accroît chaque année de rapports

substantiels. Ce vaste mouvement est issu d’abord d’une pensée pratique. Les divers pays, successivement en proie à des crises monétaires, ont voulu voir clair dans le dédale où ils tâtonnaient, puis comme il était naturel, l’idée scienüfique et désintéressée n'a pas tardé à se dégager de l'intérêt pratique immédiat et à devenir la principale inspiratrice du mouvement inauguré.

S'il convient de faire grand cas des déterminations, réalisées par les méthodes statistiques les plus récemment imaginées et perfectionnées, c’est à la condition générale de ne pas leur demander plus qu’elles ne peuvent donner et de savoir faire une part suffisante à leurs défectuosités inévitables et à leurs imperfections. Il ne faut pas perdre de vue que tout chiffre formulé n’est qu’une approximation plus ou moins favorable; il faut résister surtout à la tentation trop fréquente de donner aux résultats obtenus une apparence plus précise que ne le comportent les méthodes employées. Des chiffres comme ceux que fournit M. le professeur Mac Lean Hardy (*), prétendant suivre, année par année et à quelque millions de dollars près, les variations du stock monétaire des États-Unis, paraissent, dans leur précision excessive, absolument illusoires. Présenter de pareils éléments sous une apparence scientifique, c’est exposer gratuitement la statistique à des critiques qui ne lui sont en aucune circonstance épargnées et qui ne devraient s'exercer, en bonne justice, qu’envers certaines exagérations trop fréquentes.

Il ne faut pas plus méconnaitre toutes les causes d'incertitude et d'erreur susceptibles de rendre précaires les évaluations statistiques qu’il n’en faut exagérer la portée. Ces causes sont nombreuses et variables. Elles proviennent de la nature même des phénomènes à

() Journal of Political Economy, 1895, cité par le Bulletin de Statistique et de législation comparée. — Année 1895. P. 545.

mesurer, que leur diffusion dans le temps et l’espace rend presque insaisissables; elles proviennent aussi de Fopérateur lui-même. Tantôt, en effet, les statistiques sont dressées par ceux-là même qui sont intéressés à en voir fléchir le résultat dans un certain sens, tantôt des fonctionnaires indifférents n’apportent à en réunir les éléments que la hâte de se débarrasser d’un pensum supplémentaire et sans intérêt apparent. Toutes ces difficultés, objectives et subjectives, peuvent être singulièrement amoindries, d'une part par l'invention de procédés de mesure perfectionnés, comme ceux dont nous trouverons en matière monétaire plus d’un exemple, d'autre part par l’organisation de véritables laboratoires statistiques dont le personnel spécial, appréciant l'intérêt scientifique de la tâche accomplie, apporte à l’accomplir autant d'esprit critique que de bonne volonté. Des créations de ce genre ont été récemment réalisées dans plusieurs Etats importants, en vue surtout de contribuer à la solution pratique des questions ouvrières. A la demande des autres Etats de l’Union latine et pour répondre au vœu formulé en 1895 par l’Institut International de statistique, la Monnaie de Paris a joint depuis 5 ans à sa fonction technique la fonction scientifique de relever périodiquement la statistique d'ensemble des phénomènes monétaires. La série des rapports annuellement publiés sous la signature de M. de Foville, puis de M. Arnauné, forment déjà une mine précieuse et considérable d'éléments précis et critiques à laquelle nous avons largement puisé pour dresser en ce chapitre le tableau succinct des différents procédés de mesure monétaire et des résultats qu’ils ont déjà fournis. Ajoutons que, même en supposant que des causes d'erreur permanentes et rebelles à toute correction, subsistent comme il est probable dans les statistiques Jusqu'ici dressées, ce vice commun n’est pas susceptible de leur enlever par lui-même toute valeur scientifique. La

mesure des différents phénomènes n’est pas uu but mais un moyen. Ce qu'il importe de connaître ce n’est pas leurs différentes déterminations absolues mais les rapports permanents et généraux de celle-ci. Or, une même erreur portant sur les deux termes d’un rapport peut n’en pas altérer sensiblement la valeur. Les recensements de populations ne sont pas,en tant que chiffres, mathématiquement exacts, mais deux recensements d’après la même méthode et avec la même approximation peuvent fournir des résultats comparables et des rapports relativement sûrs.

37. PRODUCTION DE L'OR ET DE L'ARGENT. — L'évaluation des quantités d’or et

d'argent annuellement produites Moyennes annuelles Ce Millions| Millions] à Pour base les statistiques NE minières des pays producteurs.

1493-1520 20 10 C £ tisti t 15211544 | 24 20 CURE RSR ROSE EU 1545-1560 | 29 69 elles-mêmes sujettes à des erreurs, 1561-1580 | 23 66 soit accidentelles, soit volontai- 1581-1600! 25 93 res, lorsqu'interviennent des NME ti considérations fiscales, les totaux 1621-1640 87 pt Pen rare 1641-1660 31 phientssnee nel ent jamais être 1661-1680 74 considérés que comme des appro- 1681-1700 76 ximations dont la précision 1701-1720 décroît rapidement à mesure que se Es l’on remonte dans le temps. Pour DE toute 1 sriod i précède la 1761-1780 ou e la pério : au précède 1781-1800 |‘ découverte de l'Amérique, il est 1801-1810 impossible de hasarder sur la 1811-1820 production des métaux précieux Pts la moindre conjecture. Pour les 1831-1840 2 op : :

trois siècles et demi qui vont de

1841-1850 s d: LE la fin du XV° siècle au milieu

PÉRIODES

Production Production de l'argent

du XIX°, le docteur Sœtbeer (*) a fourni des évaluations périodiques fondées sur tous les renseignements les plus certains qu'il fut possible de se procurer. Ces chiffres, qui

sont unanime-

5 s à | ment adoptés et 8 8 2 = S à . 8 5 È 5 # | font autorité, E ES É Ë : E Fe ë à 8 | expriment les È = à Millions|Millions] MOYENNES aN- Millions | Millions de fr. de fr. nuelles de la de fr Vdeifr:

224 196 = . 505 430 eee PAPERS ess re 923 | 294 | Culées par pério- 433 784 | 204 À des d’environ 507 643 | 204 | vingt années jus- ‘ 514 680 | 204 | qu'en 1800 et de sal 74 | 206 À dix années de .

673 | 204 Nes 597 68 | 204 1800 à 1850. Nous 616 630 | 206 les reproduisons 563 602 206 en limitant l’ap- 633 575 | 214 | broximation aux 644 ce millions de Ha 539 247 752 510 | 259 | francs. Pour les 3 831 605 | 262 | années compri- ; 871 610 | 254 | ses entre 1850 et 948 | 0 | 1872, sir Hector nn 554 rn ; MRC Hay (a donné des 539 | 959 en 1887 des chif- 1158

539 307 fres annuels, 1162

501 | 330 |. calculés d’après 1265

498 | 437 | les méthodes 1142

470 382 ' HE 1207 adoptées déjà par

() Ad. Sœtheer. — Lilleratur nachweis über Geld und Münzwesen.

(”) Rapport à la Gold and Silver Commission. — Cité par M. Théry. Europe et Etats-Unis.

la direction des Monnaies des Etat-Unis, qui peuvent être tenus pour suffisamment exacts.

Depuis 1872, la Direction des Monnaies des Etats-Unis fournit chaque année un double relevé de la production de l'or et de l’argent, d’abord provisoire puis définitif. Placée à proximité des principaux centres producteurs, cette administration est mieux à même qu'aucune autre de fournir àJa statistique internationale des chiffres vrais et complets. C’est une tache dont on s'accorde à lui reconnaître le monopole et qu'elle remplit avec autant de science que de conscience. « Les probabilités, dit M. le professeur Lexis (*), à défaut de données certaines, joueront toujours un rôle trop important dans la statistique des métaux précieux mais il est possible avec des soins et de la méthode d'éviter qu'elles soient dénuées de tout fondement. »

Pour les relevés ci-dessus reproduits nous avons adopté la réduction en francs des différents chiffres de production à la parité de 3.444 francs le kilogramme d’or et 222 francs le kilogramme d'argent. Cette manière de compter parle plus immédiatement à l'esprit que l’évaluation en kilogrammes. Elle ne paraît pas avoir d'inconvénients graves, à condition de ne pas perdre de vue que le franc d’or et le franc d'argent ne sont en définitive que des poids arbitrairement définis de chaque métal et de bien préciser la valeur respective de ces poids.

88. EMPLOI INDUSTRIEL DES MÉTAUX PRÉCIEUX. — Sœtbeer a le premier essayé (‘*) de donner, d'après les renseignements recueillis par les agents

() W. Lexis. Beitrage zur statistik der Edelmetalle Jahrbücher für Nationalækonomie. Bd. XXXIV. 361, 417.

(“) Ad{Sœtbeer. — Matériaux pour servir à l’'élude de la question monétaire. Traduction Ringheisen.

LE

consulaires du gouvernement allemand, une évaluation des quantités d’or et d'argent employées dans différents pays du monde aux différents usages industriels, mais les réserves qu'il fait lui-même sur la portée de cette statistique lui enlèvent tout intérêt scientifique.

Depuis, la Direction des Monnaies des Etats-Uuis fournit chaque année un relevé annuel des mêmes quantités, qu'elle s'efforce d’amender et de corriger graduellement, mais qui parait rester encore loin de la vérité. M. de Foville et après lui M. Arnauné dans les rapports annuels de l'Administration des Monnaies et Médailles ont, à plusieurs reprises, constaté des omissions et redressé des erreurs de la statistique américaine. En l’état actuel, cette statistique ne peut fournir que des indications assez grossièrement approchées. Des derniers chiffres publiés on peut conclure seulement que l'or employé par l’industrie représente environ 1/5 de la production pour chacune des dernières années et l’argent environ 1/4 (*).

39. COURS DE L'OR ET DE L'ARGENT. — Par sa situation commerciale et coloniale, Londres est le grand marché des métaux précieux. Il n’y a pas de cote officielle mais des maisons de courtage considérables établissent quotidiennement les cours et les publient dans des circulaires qui font autorité. L'or et l'argent sont cotés en schilling et pence à tant l’once standard (31 gr. 1) au titre de 925/1000. Comme la livre sterling, équivalente à 20 schilling, soit 240 pence, vaut sensiblement 25 fr. 221 on voit que la formule de transformation du prix de l'once exprimé en pence, en prix du kilogramme exprimé en francs, est la suivante :

() Administration des Monnaies et Médailles. Rapport au Ministre des Finances. Année 1900. P. 381.

Des cours commerciaux de l'or et l’argent, on déduit leur rapport commercial par simple division. Toutefois, dans les relevés qui ont été faits, il ne parait pas avoir été tenu compte des variations du cours commercial de l'or mais seulement de celle du cours de l'argent par rapport à la monnaie d’or. Il y a là une cause d’erreur, minime d’ailleurs, car l'organisation particulière du marché anglais assure une communication et un nivellement presque parfaits entre la valeur des monnaies d'or et celle du métal. Il n’en serait pas de même à Paris.

A New-York, on cote en cents (centièmes de dollars) le prix de l’once d'argent fin ou once troy. Or, le dollar équivalent à 5 fr. 1813, la formule de transformation est ici :

F P = 1,666 N ou sensiblement P — ; N

À Paris, on cotait, jusqu’au 1* janvier 1901, non pas la valeur directe du kilogramme d’or ou d'argent, mais leur prime ou leur perte 0/00 par rapport à une certaine valeur fixe appelée le pair de chaque méta] et déduite de la valeur du kilogramme monnayé sous déduction des frais de frappe. Ce pair aurait donc dû changer, comme l’'observe M. Bourguin (1), toutes les fois que l’on a modifié le tarif des frais de frappe, c’est-à-dire conformément au tableau suivant, dressé par ce savant auteur.

PAIR LÉGAL PAR par kilog. fin FIN Re LS ne Or Argent Or Argent Argent

REGLEMENTATION par kilog. à 9/10

Rapport des métaux tous frais déduits

Loi du 7 Germ. an XI 10 3 33 | 3434,44 | 218,89 Ord. du 25 Févr. 1835 6 66 | 2 22 | 3437,78 | 220,» | Arrêté 22 Mai 1844! 6 6 66 | 1 66 | 3437,78 | 220,56 Décret 22 Mai 1854 7 44 | 1 66 | 3437,» | 220,56

id bd où a © D ©

€) M. Bourguin. La Monnaie et la Mesure de la valeur. P. 91.

«Mais le pair inscrit à la cote officielle, remarque M. Bourguin, n’a pas suivi ces variations. Jusqu'au 26 mai 1841, il resta fixé, malgré la modification de 1835, à 3434 fr. 44 pour l'or et 218 fr. 89 pour l'argent. A cette date, le pair de la cote se conforme au pair du tarif (3437 fr. pour l’or et 220 fr. pourl’argent), le nouveau pair subsista jusqu’au 4 novembre 1851 sans tenir compte du changement intervenu pour l'argent en 1849. De cette date jusqu’au 30 septembre 1856, la cote ne porte aucune indication du pair ; on est donc fondé à croire que, durant cette période, la cote avait pour basele pair effectif, soit 220 fr. 56 pour l'argent et pour l’or 3437 fr. 78 jusqu’en 1854 et 3437 fr. après cette époque. Ces chiffres (3437 et 220 fr. 56) apparurent, en effet, sur la cote à partir du 30 septembre 1856. Mais, le 10 octobre1860, ils furent remeclacés par les chiffres du pair de l’an XI, 3644 fr. 44 pour l'or et 218 fr. 89 pour l'argent, sans qu'aucune raison apparente put justifier ce retour aux anciennes bases en désaccord avec le tarif actuel de la monnaie. C’est seulement le 10 septembre 1877 que le pair de l'or a été inscrit à son véritable chiffre 3437 fr. quant au pair de l'argent; il est encore à l'heure actuelle marqué 218 fr. 89 sur la cote. »

Ces derniers mots vrais en 1896, ne le sont plus depuis le 1* janvier dernier. Sur l'initiative de M. de Foville, qui avait adressé sur ce point un rapport au Congrès des valeurs mobilières de 1900, la Chambre syndicale des agents de change a décidé qu’à partir de cette date l'argent ne serait plus coté à tant de prime ou de perte mais directement au prix du kilogramme en francs. C’est pour l'avenir une heureuse simplification, car pour obtenir jusqu'ici le cours vrai de l'or et de l’argent et pour en déduire leur rapport commercial, il fallait corriger préalablement les erreurs de la base sur laquelle se réglait leur cote journalière.

Sœtbeer (*) a donné un relevé très étendu du rapport commercial de l'or et de l’argent de 1687 à 1832 d'après le change de la Bourse de Hambourg et de 1833 à 1878 d'après les circulaires des courtiers en métaux de Londres. Ce relevé a été continué d’après la même méthode, par M. Shaw, dans l'ouvrage duquel on trouve également un

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