II.- LES LOIS DE QUANTITÉ
63. C'est un problème expérimental particulièrement difficile à résoudre que de déterminer l'influence des variations du stock monétaire sur les prix des marchandises. Il faut en premier lieu mesurer les variations mêmes de ces prix et c’est, nous l’avons vu, une première difficulté. En présence de leurs mouvement disparates, on est obligé de recourir au procédé des moyennes, or nous savons que si l’on a pu calculer périodiquement certaines moyennes des prix c’est sur des bases bien incomplètes et pour aboutir à des résultats susceptibles de maintes réserves. En second lieu, nous avons vu également qu'il est absolument impossible de mesurer directement avec une rigueur suffisante les variations du stock monétaire. Le seul indice un peu précis que nous en ayons, c’est la production annuelle des métaux précieux mais il faut observer immédiatement que cette production n’est pas un accroissement net du stock monétaire. Elle doit compenser d’abord la perte annuelle de ce stock par le frai et fournir ensuite un contingent important aux usages industriels, le surplus seulement vient en augmentation de l'instrument circulatoire. Un troisième élément de la détermination des prix, dont il faudrait tenir compte, est le développement plus ou moins considérable de l'emploi des succédanés de la monnaie, ainsi que les variations de sa vitesse de circulation, variations dont nous ne pouvons nous faire aucune idée précise. Ajoutons enfin un dernier facteur sur les mouvements duquel nous
po
sommes réduits aux cConjectures les plus vagues, c'est l’encaisse désirée, autrement dit la demande de monnaie variable suivant les mœurs, le développement industriel et la richesse générale des pays considérés. Comment démêler les influences simultanées de tous ces éléments ? Comment isoler le facteur monétaire de tous les autres ?
64. Un premier artifice consiste à observer seulement certaines crises rapides pendant lesquelles la brusque variation de la production monétaire nelaisse pas aux autres facteurs le temps d'exercer une influence appréciable. On peut légitimement supposer qu’en quelques années la perte par le frai reste insensible, que les besoins circulatoires varient peu, que l'emploi des moyens accessoires de paiement ne se développe guère et que la vitesse de circulation de la monnaie ne s’accroit pas. Toutes ces suppositions comportent évidemment une part d'erreur mais il est permis de croire qu'elle n’est pas considérable et ne risque pas d’altérer gravement les conclusions expérimentales.
Deux périodes ont été,au cours du siècle passé, particulièrement intéressantes à ce point de vue. La première est la période de 1849-1860, pendant laquelle l’augmentation brusque et considérable de la production de l’or, en suite de la découverte des mines australiennes, a fait passer le flux annuel de métal jaune de 340 à 923 millions. La seconde est la période de 1868-1879, pendant laquelle l'augmentation considérable de la production de l'argent bientôt suivie de la déchéance de ce métal sur les marchés européens à fait dessendre brusqueinent l'accroissement annuel du stock monnayable de 867 à 521 millions. Ces deux crises très rapides ont exercé sur les prix une influence que nos deux tableaux et leur interprétation graphique prouvent surabondamment. Le premier, relatif à la période 1849-60, comporte, d’une part, les moyennes
PRODUCTION | INDEX INDEX INDEX INDEX PÉRIODES | D'OR ET de de de de
D'ARGENT|M. Sauerbeck| S. Jevons |M. Levasseur| M. Gitfen
Moyennes annuelles
Millions
Interprétation graphique