DIAGNOSTIC
Nous indiquerons tout d’abord :
1° La constatation objective des lésions, dont quelques-unes sont pour nous très caractéristiques ;
2° Les antécédents personnels et héréditaires du malade, |
Le rôle de l’hérédité dans la tuberculose, soit quelquefois directe, comme le soutient M. Landouzy, soit en trouvant un terrain où elle se développera facilement, est tellement connu aujourd'hui, qu'il est inutile d'y insister.
Mais, d’après toutes nos observations,une constatation nous paraît très importante à souligner.
C’est que presque tous nos malades ont eu dans l'enfance ou l'adolescence, et beaucoup ont encore des manifestations ganglionnaires.
Sur les 18 cas observés :
12 ont eu des ganglions depuis l’enfance ;
11 en ont encore, à l'examen actuel.
Dans 1 seul de nos cas, les ganglions auraient apparu avec le début de la tuberculose oculaire.
Nous ne saurions donc trop insister sur la grande
= fréquence des manifestations ganglionnaires dans la tuberculose oculaire.
ILest certain qu'il y a un rapportentre cette tuberculose cervicale latente et la tuberculose oculaire.
L’adénite est toujours un danger d’infection pour le reste del’organisme. Mais néanmoins nous n’avons pas remarqué que ces malades aient fait un foyer pulmonaire secondaire, ou ostéo-articulaire ?
Et l’on peut dire que, si la tuberculose ganglionpaire est fréquente chez nos malades les manifestations pulmonaires semblent au contraire rares.
Sur nos 18 cas, deux fois seulement, il y avait des lésions du côté des poumons.
Dans l'observation IV, les lésions pulmonaires existaient depuis longtemps ; dans l'observation XII, elles ont précédé de peu l'apparition des troubles oculaires,
ÆExceptionnellement. — Chez notre malade de l'observation XIII, dans ce cas particulier la gravité de l’affection oculaire marche de pair avec la gravité de l'affection pulmonaire. Le lendemain d’une forte hémoptisie, elle a eu une chute considérable de la vision, une aggravation très grande de ses manifestations oculaires.
D'autre part, il est intéressant de signaler, que chez tous nos autres malades que nous avons pu suivre, quelques-uns pendant des années, nous n'avons jamais vu apparaître de généralisation secondaire du poumon.
Nous ne voulons certes pas dire par là que la tuber-
culose oculaire immunise en quelque sorte l’orga: nisme contre toute atteinte secondaire du poumon. Non, et la question ne doit même pas être discutée.
Mais il est certain: 1° Que soit si la tuberculose se limite primitivement à l'œil, soit, si l'œil est envahi secondairement par un foyer latent siégeant quelque part dans l'organisme, ce foyer primitif ne se réveillant pas pour ensemencer d’autres viscères, l'infection bacillaire sera en quelque sorte circonscrite, et il n’y aura que très rarement une généralisation secondaire d’un autre organe ou viscère.
Nous reviendrons du reste sur cette question, à propos des indications de l’énucléation.
Chez trois de nos malades, nous avons trouvé dans les antécédents de la kérates l’inginitivite phlycténulaire dans l’enfance.
Nous indiquerons la valeur de cette constatation, à propos des formes cliniques de la tuberculose.
3° L’intradermo-reaction
Nous attribuons une grosse valeur à ce procédé de laboratoire facile, et à la portée de tous les praticiens.
Nous ne voulons pas exposer de nouveau la technique de cette réaction si connue.
A la clinique nous pratiquons l'injection d'un centimètre cube d’une solution de tuberculine au
Es TU
10/000 au niveau de la face interne de la cuisse ou au niveau du ffanc.
Mais nous voudrions insister un peu sur une nouvelle méthode plus sûre, plus complète, que nous avons essayée, et qui noue parait très préférable.
C'est l’indo-dermo-réaction de Bar et Devraigne, que ces auteurs ont déjà maintes fois exposée.
Elle consiste à faire trois injections espacées de 3 à 4 centimètres à la face interne de la cuisse.
La première injection sera faite avec solution au 20/1000.
La deuxième injection sera faite avec une solution au 10/1000.
La troisième injection sera faite avec une solution au 5/1000.
Une quatrième injection « témoin » sera faite avec le sérum du malade.
La dilatation de ces différentes solutions au 20, ro, 5/1000 est obscure par le sérum du malade.
Les constatations que nous avons faites à propos de «l’endo-dermo réaction», viennent rigoureusement à l'appui des aflirmations de M. le professeur Bar.
M. Bar attribue une grande importance à celte réaction. Elle sert à déterminer le coefficient de résislance de la femme enceinte tuberceuleuse.
Si la réaction est très forte, c'est que la femime se défend bien pour ainsi dire, et il en tiré un bon pronostic.
"Si la réaction est presque nulle, c'est que l’infec-
lion est grave, el que la tuberculose est généralisée,
Dans toutes nos formes graves, aiguës, la réaction a été moins vivlente, que lorsque l'infection était plus bénigne, plus circonscrite.
Aussi, dans la majorité de nos observations, la réaction a été extrêmement positive, avec une très forte réaction des phénomènes locaux.
C'est qu’en effet, en dehors de la fièvre qui atteint souvent les sujets à qui on a fait une intra-dermoréaction, nous avons toujours une réaction locale, souvent intense.
Ces phénomènes ont déjà été étudiés par MM. Morax et Chaillous.
On observe une véritable hyperhémie de l'iris, une avgmentation de l'injection périkératique, en même temps qu'une sensibilité plus grande à la pression du globe oculaire, qui peut aller jusqu’à la douleur.
Cette réaction extrêmement violente des bacilloses oculaires à la tuberculine peut aussi être interprétée en faveur de l’opinion que nous avons émise tout à l'heure, c’est-à-dire que la bacillose oculaire est une
tuberculose limitée, qui ne se généralise pas.
&e Lu réaction de Wassermann
Elle doit toujours être faite, — et répétée — car les faits sont trop connus maintenant, où une réaction une fois négative peut, quelquesjours après, être très positive.