‹ Essai sur la typographieChapitre 1 sur 44 · Essai sur la typographie · texte numérisé non relu

Essai sur la typographie

La découverte de l'imprimerie sépare le monde ancien du monde moderne ; elle ouvre un nouvel horizon au génie de l'homme, et par son rapport intime avec les idées semblé être un nouveau sens dont nous sommes doués, lue immense différence la distingue des autres grandes découvertes de la même époque, l;i poudre à canon (\) et le Nouveau Monde ; celle même qui nous est contemporaine, la vapeur, ne saurait lui être comparée, lin effet, ces grandes et utiles découvertes n'ont agi que sur la partie matérielle de l'humanité : la poudre à canon en égalisant la force brutale, le Nouveau Monde en nous complétant les dons terrestres du Créateur ; enfin la vapeur, en accroissant les forces productives de l'homme , qu'elle délivre de l'excès du labeur auquel il était condamné; tandis que l'Imprimerie , qui n'a pas encore achevé sa mission d'éclairer le monde sans l'incendier, élève le niveau de l'intelligence humaine, eu propageant la Paroleque l'Écriture avait ti\ée.

Quelle est en elfet l'invention du génie humain dont dix-sept villes se soient disputé l'honneur, au point d'avoir faussé sciemment la vérité pour incliner la balance en leur fa- \ eûr? Quelle est la découverte sur laquelle on ait composé tant et de si longs ouvrages, tant de poëmes, tant d'éloges et de dissertations en tout genre, enfin dont le jubilé soit solennellement célébré en France, en Allemagne, en Hollande, dans les trois villes qui ont des titres réels à la naissance de l'imprimerie; ce don que, par une prescience de l'avenir, les papes, les évêques et tous enfin proclament divin dès sa naissance?

Et cependant l'inventeur d'un art qui enregistre toutes les inventions et conserve à jamais leur souvenir semble avoir voulu en nous cachant son nom le dérober a la reconnaissance de la postérité.

TEMPS ANTÉRIEURS A CUTENRERG.

Tous ceux qui se sont occupés de l'origine de l'imprimerie se sont étonnés que l'antiquité ait approché si près de cette découverte et se soit (arrêtée près du but.

(i) 11 en est de la poudre à canon comme de l'imprimerie ; l'une et l'autre étaient depuis longtemps connues dans d'autres pays •. celle-ci en Chine, l'autre à Byzànce , ainsi nue l'atteste te Traite de Mardis «rnecus, récemment publié par M. le docteur llocfer ;i la mi de son Histoire de la Chimie.

Sans parler ici îles Chinois, qui connu, dit-on, l'impression tahellaire li oi> cents an

avant J. C. (i), les Égyptiens, leaXïrecs h surtout les Romains gravaient en réfiel des lettres, des chiffres et des légendes', dans \< sens inverse, qu'ils imprimaient à chaud ou à froid sur les briques, le pain, les monnaies, même sur le front de leurs esclaves fugitifs, en sorte que ces lettres et mots gravés à rebours se reproduisaient dans leur sens véritable sm les objets ainsi marqués (2).

Indépendamment des monuments en ce genre qui existent dans nos musées, tels que lampes, terres cuites, cachets, etc., les anciens auteurs offrent quelques faits curieux.

Impression par la voie humide.

« Agésilas, nous dit l'Iutarque, voyant se* « soldats découragés, écrivit secrètement dans « le creux de sa main, et à rebours, le mot « victoire, puis prenant du devin le foie de la « victime, il y appliqua sa main ainsi inscrite « en dessous, et la tenant appuyée le temps « nécessaire, il parut plongé dans ses piédita- « lions et inquiétudes jusqu'à ce que les traits « des lettres eussent pris (3) et fussent lypu- « graphies sur le foie. Alors le montrant à « ceux qui allaient livrer bataille, il leur dit « que par cette inscription les dieux leur « présageaient la victoire, qu'ils remportèrent » en effet (4). »

Voici donc le procédé de l'impression Ira mide trouvé par les Grecs et par Agésilas ! Les lettres mobiles n'étaient pas moins connues des Romains.

(i) Aug. Rocha, Bibliotheea f'atieana illustrait/; Rome, IS9I, p. 419.

l'oyez à la fin de cet article une notice historique sur l'imprimerie chez les Chinois.

C2) Ainsi les relieurs se sont servis longtemps n. plaques gravées pour les étiquettes de leurs livres Ensuite ils ont poussé les lettres isolément pièce a pièce. Maintenant ils ajustent dans des composteurs les lettres mobiles de manière à pouvoir imprimer à la fois des mots et des lignes.

(5) MÉ)(pt f'o 'r,iia.Ti cruvavaX'riïOs'vTS; st'jtuo

0Y)<jav Ot TÔJV YpOC[J![Jl(XTMV xapo«iTTjpc;.

(4) Plutarq. Àpoptli. Cocon. Atgèsilas, ri. Kai èwi

T^jV àplOTSpàv U7TSffTp(0[X£Vr] TT| X£lPl v'xr)v 7tp05-

Eypa'Ls. Ricard, par un et même deux énormes coi: tre-se'ns, traduit : ■> Il écrivit sur sa main c.wche le « mot victoire. » l.'edilion des Ol'urres morales de Plutarque, s vol.. tun , reproduit textuellement ces contre sens.

Lettres mobiles.

Cicéron, pour combattre l'opinion qui prétend que le monde est le résultat d'un assemblage dû au hasard , s'exprime ainsi :

« Pourquoi celui qui croit cela possible ne « croirait-il pas que si l'on jetait à terre par " milliers les vingt et une lettres de l'alphabet « formées en or ou en une matière quelconque, « elles pourraient tomber arrangées dans un « ordre tel qu'elles permissent de lire les « Annales d Ennius P Je doute que le hasard « rencontrât assez juste pour en faire un «. seul vers (1). »

Quintilien et saint Jérôme nous disent qu'on se servait de lettres mobiles pour apprendre à lire aux enfants. « Aussi les maîtres, quand ils « jugent que les enfants ont assez retenu les « lettres dans l'ordre où on a coutume de les « écrire , se mettent-ils à intervertir et boule- « verser tout l'alphabet, jusqu'à ce qu'enlin « leurs élèves parviennent à les reconnaître « à leur forme, et non à leur ordre-.. Je ne <> blâme pas au surplus l'usage d'exciter le « zèle des enfants en leur donnant pour jouets « des lettres ligurées en ivoire (2). »

« Qu'on fasse pour cet enfant des lettres en « buis ou en ivoire, qu'on les lui nomme de « leur nom pour que ce jeu lui devienne une « instruction; que l'ordre n'en soit point con- « serve, mais au contraire qu'il soit mêlé, que « les dernières se trouvent confondues avec « celles du milieu , et celles du milieu avec les « premières, afin que ce ne soit pas seulement « le son, mais encore la vue qui les lui fasse « connaître (3). »

Patrons découpés.

Si pour apprendre à lire aux enfants l'antiquité employa les lettres mobiles , elle se servit pour leur enseigner à écrire de pages entières découpées à jour, moyen excellent, dit Quintilien, pour former l'écriture des enfants, obligés ainsi à suivre avec leur style les contours réguliers des lettres taillées à jour, en sorte que le style, contenu de chaque côté par les bords, et forcé de suivre le sillon où il est engagé, ne peut s'égarer, comme sur la cire, ni dépasser les proportions voulues (4). Procope nous apprend que l'empereur Justin employait une lame dor découpée pour apposer son seing. Théodoric, roi des Ostrogoths, en faisait autant. Il paraîtrait même que l'empereur Charlemagne (5) et les rois ses successeurs immé-

(i) Cicéron, De Natura Deor., 1. II , en. xxxvtr.

(2) Quintil., De Instit. Orat., I, i, 2J.

(.s) Saint Jérôme, Èpitre d Lœta, I, Vil, 4.

(4) De Instit. Crut., 1. 1, c. i, § 27.

(u) Le Blanc, Traité historique des Monnaies de France,]). 101 :« Kginarddit que Ch arlemagne ne sa- -: vait pas écrire, qu'il tenta en vain de l'apprendre dans h un aye plus avancé , et que cela tut cause qu'il se

diats « formaient les traits de leur monogramme « en conduisant la plume dans toutes les ou- I a vertures taillées dans la lame ou tablette ap- « pliquée sur l'acte qu'ils voulaient souscrire. « Comme ils changeaient de temps en temps, « et peut-être à dessein , cette lame découpée, « il en résultait que leur signature n'était pas « toujours la même (1). »

Les enlumineurs et les décorateurs de livres imprimaient aussi au moyen de patrons découpés dans des lames de laiton ou d'autre métal ces lettres capitales qui dans les manuscrits sont si chargées d'ornements; ils en faisaient même usage pour les lettres minuscules, et composèrent de la sorte des livres entiers, principalement des livres de plain-chant , comme on le faisait encore dans quelques couvents d'Allemagne au commencement de ce siècle. Il paraît même qu'il y avait jadis dans la chartreuse près de Mayence jusqu'à soixante alphabets complets découpés dans des feuilles de laiton.

Au moyen âge on fit usage de l'impression humide, ou encres de diverses couleurs. Guillaume le Conquérant, à l'exemple de son père et de son aïeul, imprimait quelquefois sur ses chartes un cachet trempé dans l'encre.

D'après la description que donne Mire (2) d'une traduction des quatre Évangiles, attribuée à Ulphilas, les lettres d'or et d'argent de ce manuscrit sembleraient avoir été marquées ou même imprimées au moyen de lettres composées et appuyées à chaud comme font les relieurs pour les titres des livres. Le relief est apparent au revers par l'effet du foulage (3).

Quelque usage semblable est peut-être indiqué dans un manuscrit latin daté de 1459 conservé dans la Bibliothèque de Cracovie. Malheureusement l'auteur, Paul de Prague, s'exprime dans un latin presque inintelligible que j'essaye de traduire ainsi (4) :

« Le confectionneur de livres est un artiste « taillant habilement dans des lames de cui-

« servait pour sa signature du monogramme, qui était « facile à former •• Ut imperitiam hanc Iionesto « ritu supplerel,monogrammatis usum, lucoproprii « signi, invexit. Nombre d'évèques de ce temps-là « étaient obligés de se servir du monogramme pour « la même raison. »

(1) Nouveau Traité de Diplomatique, par deux religieux bénédictins, t. V, p. 27. — Voxj. aussi Mabillon, De lie Diplom., p. 111. — Gattcrer, Elément, artis Dipl. univers., p. 191;.

(2) In Ulphilaillustrato, Holmirc, t-.';2, pra?fal. p.N. Voy. aussi Fournier le jeune, Traités de l'Origine de l'Imprimerie, p. 99 et suivanLes.

(r.) M. Léon de la Borde croit que le creux opéré par leslettres est l'effet du mordant appliqué sur le parebemin, afin d'y fi\cr l'or et l'argent que la pression du brunissoir y aurait fait pénétrer.

(4) Libripagus est artifex sculpens subtllilcr in laminibus aTiis ferreis ac ligneis solidi ligni atque aliis, imagines, seripturam et oninc quodlibel, ut priùs

■< vie, de fer et de bois plein et autres sub- « stances, des images, de l'écriture, et toutes « sortes de choses, afin de les imprimer d'au bord sur le papyrus, sur les parois des murs, « ou sur des ais polis (1). Il taille tout ce qu'il « veut, et il y a quelqu'un qui en fait autant y» pour les peintures (2). De mon temps quel- « qu'un sculpta à Bamberg une Bible entière (3) « sur des lames; et en quatre semaines il im- « prima la gravure de toute cette Bible sur un « (in parchemin. »

Procédé de Varron»

Ce passage de Paul de Prague offre quelque analogie avec ce que nous dit Pline en termes magnifiques, mais qu'on préférerait plus explicites, au sujet de la reproduction des images •des grands hommes faite par Varron au moyen d'une invention merveilleuse (4).

« 11 ne faut pas omettre une invention nou- « velle : maintenant on consacre en or, en ar- « gent ou en bronze dans les bibliothèques les « personnages dont l'esprit immortel parleen- « coréen ces mêmes lieux ; on va même jusqu'à « refaire des images qui n'existent plus ; et les « regrets prêtent des traits à des figures que « la tradition ne nous a point transmises, « comme il est arrivé pour Homère... L'idée « de réunir à Rome ces portraits est due à « Asinius Pollion, qui le premier en ouvrant « une bibliothèque , a fait de ces beaux génies « une propriété publique... Que la passion des « portraits ait existé jadis, cela est prouvé et « par Atticus, l'ami de Cicéron , qui a publié « un ouvrage sur cette matière, et par Marcus « Varron , qui eut la très-libérale idée dHn- « sérer dans ses livres nombreux non-seu- « lement les noms, mais, à l'aide d'un cer- « tain moyen (5), les images de sept cents « personnages illustres. Varron voulut sau- « ver leurs traits de l'oubli, et empêcher que

imprimât papyro, aut parieti, aut asseri mnndo. Scindit omne quod cupit ; et est homo facieus talia cum picturis ; ettempore met Baïuberga; quidam sculpsit ititegram bibliam super lamellas , et in quatuor septimanis totam bibliam in pergamena subtili prœsifila»itsculpturam (sca seulptura). Voy. Biblioth. Polonaise,%* cahier, 1788, p. et. Recueil littéraire publié à Varsovie. (Croll.)

(i) Le texte porte assieri mnndo au lieu fie asseri mundo. Je suppose que ce bibliopagus employait peutêtre le procédé des Chinois, qui appliquent sur les "planches de bois qu'ils veulent graver les dessins et écritures, dont ils taillent ensuite les contours.

(2) Probablement au moyen de patrons, dont il paraîtrait, par un passage de Pétrone, qu'on faisait usage en Italie au premier siècle de notre ère. Pétrone attribue la décadence de l'art de la peinture à l'usage des ectypes , moyens de reproduction mécanique des tableaux. Pictura quoque non alium exitum habuit , postquam ectyporum audacia tam maanœ artis compendiariam invenit:

(s) Biblioth. Pol. 1788 ; Camus , Notice A'un livre imprimé à Bamberg.

W Pline, I. XXXV, ch. i et u.

(i>) Aliquo modo imagines.

RAI'IIIK

« la durée des sieetes ne piéwilùi OOOtre le - hommes. Invepleyr cTiin bien/ait <> n ndre » jaloux même les Dieux, non-seaTemeol

« il a donné l'immortalité a eapenom « mais encore il les a envoyé ■, par imite in « terre, afin que partout on put les croire « présents.

« Ceux à qui Varron rendit ce «.ci vice n'ap- « partenaient pas à sa famille. Le premier qui « établit l'usage de dédier en son nom privé « les écussons des siens dans un lieu eobsa- « cré ou public fut Appius Claudius. L'an de « Rome 259, il voulut que ses aïeux fussent « placés au temple de Bellone et que les lt- « très de leurs dignités fussent inscrits. « Chacun regarde ces écussons avec plaisir et « intérêt. »

Quelle était donc celte invention, ce bienfait à rendre jaloux même les dieux? Sans doute ce devait être quelque chose de nouveau, d'inconnu ; donc, ce n'était point des reliefs, qui d'ailleurs n'auraient pu être placés dans les livres; mais c'était quelque chose qui avait de l'analogie avec eux , probablement une représentation quelconque sur papyrus ou plutôt sur parchemin.

M. Deville a récemment émis cette opinion : « Les portraits de Varron étaient gravés en re- « lief sur une planche de métal ou autre ma- « tière, dans le système de notre gravure sur « bois dont les traits et le dessin sont réservés « en relief. Les graveurs de médailles, quiexis- «■ taient à Rome à l'époque où écrivait Var- « ron , pouvaient aisément réaliser son inven- « tion. Ces portraits étaient figurés au trait. « On peut croire, en s'auforisant du procédé « du monnayage au temps de Varron, qu'il « fut appliqué à la reproduction de ces images « par la percussion au marteau ou à la main. « A raisonner par analogie avec les cachets an- « tiques, la matière employée pour cette gra- « vure devait être du bronze (1). »

Quant à moi , jugeant par analogie avec ce que les Chinois ont fait pour reproduire les fac-similés des écritures de leurs empereurs el hommes célèbres et les portraits de leurs souverains dès les temps les plus reculés , j'émettrai une autre opinion, fondée surlesobjelsque. j'ai sous les yeux, et qui me paraissent expliquer le procédé de Varron.

Procédé chinois.

Ce procédé, fort simple, consiste à appliquer et à coller sur une pierre polie la feuille même où sont tracés les objets qu'on veut reproduire, écriture, portraits, fleurs, etc., en ayant soin d'appliquer sur la pierre le côté écrit. Puis on

(i) Examen d'un passaae de Pline relatif d une invention de f'arran, dans le Précis des travaux de V Académie royale des Sciences . etc., de Kouen, année 1847.

.jC3

TYPOGRAPIIIK

botte le papier jusqu'à ce qu'il disparaisse et ne fuisse sur la pierre que les traits appai cuts, que l'on creuse alors au burin. Après avoir noirci d'encre la superficie de la pierre, on y applique une feuille de papier qu'on fait adhérer au moyen d'un tampon ou brosse; et lorsqu'on soulève la feuille, elle reproduit en blanc l'écriture sur le fond tout noir du papier.

Quant aux figures, au lieu de creuser les traits, c'est, au contraire, toute la partie intérieure du visage qui n'est pas le trait qu'on enlève , en sorte que les contours de la figure, le nez, les yeux, etc., restent en relief, et se reproduisent en noir sur la feuille de papier, tandis que le fond du visage reste blanc.

Cet antique procédé des Chinois, qui conserve aux portraits une ressemblance satisfaisante, a pu n'être pas inconnu du savant Varron. De plus, il offre quelque analogie avec l'usage de reproduire sur les vases étrusques le's figures et lettres qui se détachent sur les fonds uniformément noirs et avec -l'emploi continuel que faisaient les anciens du stylus en fer pour creuser sur la cire dont leurs tablettes étaient enduites ce qu'on y voulait écrire. On voit même dans Ovide (1) que pour mieux faire ressortir les traits ainsi creusés dans la cire blanche, sa surface extérieure était colorée d'une teinte rouge ou noire. Enfin ce procédé offre le singulier rapport avec celui de Varron , d'avoir été répandu par toute la terre, puisque de Chine les portraits des quatre empereurs de la dynastie des Tang, qui a commencé à régner en 618 deJ.-C. et a fini avec le neuvième siècle, sont parvenus dans ma bibliothèque ainsi que les fac-similés de leurs écritures exécutés par ce procédé (2).

Quant aux portraits obtenus au moyen de patrons découpés , les représentations auraient été trop grossières pour admettre ce procédé, qui n'a pas même la simplicité de celui des Chinois.

Cartes à jouer.

L'emploi des patrons fut d'abord appliqué aux cartes à jouer, dont l'usage remonte à 1328, comme on le voit par le passage du roman du

(i) Ovidii Amores, I, eleg. 12

•2 Varron parle aussi d'écussons de familles exposes en lieux publics. M.Callery m'apprend qu'il existe en Chine un usage singulier d'aflicher sa noblesse : Lorsque l'empereur veut honorer quelqu'un , il écrit sur une immense feuille de papier, comme en savaient faire les Chinois bien longtemps avant nous, une sentence ou complimentdeslinéà celui qu'il nul décorer de ce titre d'honneur. Cette faveur insigne lui confère le droit décoller celte feuille de papier sur une grande pierre, où l'on creuse tout ce qu'a tracé le large pinceau ou plutùt In brosse dont l'empereur s'est servi pour écrire ce titre d'honneur; puis la pierre est ainsi exposée au-dessus de la porte de la maison de celui que cet Immense fac simllé ennoblit.

llenard contrefait , qui porte une date certaine (I). On y lil :

SI come fols et folles sont

uni pour galgnier au bordel vont,

Jouent aux dés, aux cartes, aux tables ( échecs)

oui a Oieu ne sont délectables

Elles n'ont donc pas été inventées pour distraire Charles VI pendant sa maladie (2); l'usage qui s'en répandit bientôt fit aviser aux moyens de les confectionner plus vite et plus économiquement qu'au moyen de patrons à jour, à travers lesquels on traçait les traits, qu'on enluminait ensuite. Ce fut vers 1400 qu'on imagina de graver des pièces de bois en relief qui servirent à l'impression des cartes. Par un document de l'année 1441 les fabricants de cartes à Venise se plaiguent au sénat que leur commerce de cartes et de figures imprimées éprouvait un grand dommage par la quantité considérable de cartes à jouer et des figures qui étaient imprimées et peintes hors de Venise (3).

Sur le rôle d'imposition des habitants de Nuremberg en 1433 figurent les fabricants et les enlumineurs de cartes (4); et Félix Faber, en 1489, nous apprend que la ville d'Ulm exportait fréquemment des approvisionnements (sarcinas ) de. cartes à jouer (5).

En Hollande, où se propagea cette industrie, elle fut appliquée aux. images, qui s'y imprimaient comme les cartes, en passant plusieurs fois un frolton de crin ou brosse, ou bien un rouleau recouvert d'étoffe, sur la feuille de papier appliquée moite au moule gravé en relief et enduit d'abord d'une encre grise en détrempe, remplacée plus tard par une encre faite avec de l'huile cuite ; ces images n'étaient imprimées que d'un côté.

Xylographie.

La plus ancienne gravure sur bois que l'on connaisse accompagnée de texte et qui porte une date est celle d'une image de saint Christophe portant à travers la mer l'enfant Jésu? ;

(i) L'auteur anonyme de ce roman, qui paraît être Champenois, indique au folio 83 l'époque où il l'a écrit :

Celui qui ce roman escript Tant y pensa et jour et nuict En l'an mil m cent xxvni.

(2) Dans un compte fourni par Charles l'onpart . trésorier de l'Épargne, en imî, on lit : « Donné a Jacquemin Gringonneur, peintre , pour trois jeux de cartes, a or et diverses couleurs, à porter devers ledict seigneur roy ( Charles vin, pour son csballcment, cinquante-six sols parisis. »

. Li itère pittoriche , t. V, p. vi\. — lleinechen . Idce , etc., p. îu.

(i) Karlenmacherin et hartenmalerin ; lleincc ,.ni . d'.iprés Murr, Neue Naclit. p. 138.

Voy. Ilist. des Suèves.l. H, eh. iv ; Gohjast Script. lier. Suev.; Francfort ikoj, in-4»

5 fiS

on y lit l'inscription suivante, qni (lui faciliter beaucoup le débit :

CBUTOPHOBl PACIEM DU iji'M.ii miju B TU RB is ,

Page 1