‹ Essai sur la typographieChapitre 24 sur 44 · APERÇU · texte numérisé non relu

APERÇU

l'histoire de l'imprimerie a. paris.

TEMPS ANTÉRIEURS A L'iMPRIMERIE.

« Auparavant que l'ait de l'imprimerie « eust été inventé il y avoit grand nombre « d'escrivains qui éloient censés et réputés « du corps de l'Université de Paris; et de- « puis que ledit art d'imprimerie a été mis « en lumière , les imprimeurs ont succédé « au lieu des escri vains, et ont tousjoursesfé « autant ou plus qualifiez que lesdits escri- « vains. » ( Édit de Henri III, 30 avril 1583.)

Les anciens statuts de 1275, 1323, 1342, 1351 (2) prouvent qu'avant l'invention de l'imprimerie le libraire n'était qu'un simple agent par l'entremise duquel les manuscrits se vendaient au public avec une commission modique fixée par l'Université , et réduite d'un tiers pour tout livre acheté par un professeur ou écolier de l'Université.

Les choses ont bien changé depuis , et quoique les imprimeurs soient toujours au lieu et place des écrivains, ce n'est plus par l'entremise des libraires et en leur accor-

(i) Publié pour la première fois par les soins de M. Taillandier, dans le Bulletin du Bibliophile de 1842 ; Techner. p. 396.

(2) Actes concernant le pouvoir et la direction de l'université de Paris sur les écrivains des livres, et les imprimeurs qui leur ont succédé; comme aussi sur les libraires , relieurs et les enlumineurs ; Paris, icssî, pcUt-in-40.

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dant une modique commission qu'ils font vendre leurs produits; mais Of sont aujourd'hui les libraires qui font exécuter

au plus bas prix par l'imprimeur l<s livret

qu'ils vendent le prix qu'ils veulent (I;.

Avant l'invention de l'imprimerie la livres étaient si précieux, que la vente s'en faisait souvent pardevant notaire. Dans un acte passé en 1332,Geoffroi de Saiut-L ; l'un des clercs libraires, déclare avoir vendu et transporté, sous l'hypothèque de tou» mi biens et garantie de son corps même, un livre intitulé : Spéculum historiale in Consuetudines Purisienses , divisé et relié eu quatre tomes couverts de cuir rouge, a noble homme messire Montagu, la somme de quarante livres pariais, dont ledit libraire se tient pour content et bien payé.

Le luxe des livres magniliques était porté à un point inconnu de nos jours. On peut s'en faire une idée par le grand nombre de superbes manuscrits de chevalerie, d'histoire, de poésie , de liturgie, auxquels les artistes

(l) « Il est arrivé de ce grand art, dit Chevllller (*', « comme de plusieurs autres, où il faut beaucoup de >< travail et d'industrie, que ce ne sout point ceux qui « en ont le secret et toule la peine qui en remportent « le gain. Ce n'est point l'imprimeur que l'art enri- « chit; c'est quelquefois celui qui ne sait pas seulc- « ment assembler un mot, ni dresser une ligne d'im- « primerie : c'est ordinairement le marchand qui tire « tout le profit. Si diligent que soit l'imprimeur, et si « éclairés et si laborieux que soient ses ouvriers, ils « ne gagnent à peine que de quoi vivre. Si l'Univer- « site étoit rétablie dans ses anciens droits, elle eni- « pècheroit bien ce désordre : c'est une sage mère, « qui obligeroit bien ses enfants à vivre les uns avec « les autres dans les règles de l'équité. »

A ce sujet il cite de jolis vers, composés par Corneille Killan, l'habile prote et correcteur de Pl.uvdn.

Typographus mercenariut.

Arte moa varias excudo Typographus artes,

Ars tamen haec ténues ArtiGci addit opi*. riile characleres ad justam dirigo normain,

Constel ut ex œquis pagina versiculis.

Incisas nigra fuligine tingo figuras :

Callosa prelmn volvo trahoque manu.

Ecce iterum liesternus mini adest laboractus in orbtiD :

Qu:is struxi formas destruo, et inde struo : Diruo et xdifico : vigilatas trausigo nocles,

Sollieitum crucial cura, premitque fabor. Vei uni uuid prosunt curas durique laborcs,

Cum tnisero pateat scmita nu lia Incri? Noster alit sudor uummatos et locupletes,

Qui nostras redimunt, quique locani opérai Nostor alit sudor te, bibliopola, tuique

Consimiles, quibus est vile laboris opus.

Mais de leur côté les libraires, alléguant l'exemple de Sweynheim et Pannartz, qui dès l'origine de l'imprimerie se ruinèrent par leur trop de zèle à entasser ouvrages sur ouvrages, peuvent présenter le triste nécrologe de tous ceux de leurs confrères qui ont échoué dans une carrière aussi aventureuse , et où, sur un grand nombre de concurrents égaux en zèle, en intelligence, en énergie, en probité, div succombent pour un, qui ne doit souvent son succès qu aux hasards de la fortune, aveugle en tous temps.

(*) Chevillier, Origine rie flmpiiirurie it Paris. 16.H ; Paris, iu-40, p. J 7 7-

I ÏPOGRAPHIE

ne,

les plus habiles, venus souvent de l'Italie, semblent avoir consacré plus de talent qu'an tableaux qu'ils peignaient à la même époque. Le concours des calligraphies , des peintres en figures et en ornements, des doreurs et rubricateurs , des relieurs, îles parcheminiers produisait des chefsd'œuvre, qui attestent le goût d'alors pour les belles-lettres et les beaux-arts. Rien ne semblait assez beau pour embellir les chefsd'œuvre de l'esprit humain et les saintes Écritures. Le grand nombre de superbes missels qui nous ont été conservés prouve que chacun consacrait une partie de sa fortune à un luxe inconnu de nos jours.

La Bibliothèque Nationale possède deux Bibles manuscrites (1) dont l'une ne contient pas moins de 5,122 tableaux avec deux versets pour chaque tableau , alternativement en latin et en français; tous deux sont décorés d'une capitale et d'une finale en or et en outremer. En estimant chaque tableau avec les deux versets IG francs, ce serait une somme de plus de 82,000 fr. qu'aurait coûté ce livre , non compris les frais d'écriture et de parchemin. « Le second manuscrit a un peu plus de la moitié de ce nombre de tableaux, et le prix dépasserait aujourd'hui 50,000 fr. Où trouverait-on un pareil luxe aujourd'hui pour les livres (2) ? »

M. Daunou croit pouvoir établir, d'après diverses données recueillies dans l'histoire littéraire et d'après l'estimation de quelques bibliothèques du temps, que le prix moyen des manuscrits était de quatre à cinq cents francs (3).

Le livre licctoral nous donne le prix taxé

(i) Voyez le compte rendu prir M. Camus au t. vi iien Notice» et Extrait».

(i) Il parait qu'a Rome les profita que faisaient les

le '-t autres libraires étaient, considérables. Try-

phon par exemple, l'éditeur de Marital et de Qulntilien, relirait cent pour cent de la vente de ses livres, a en

Juger par cette épigramme de Marlial :

Dmnli ir. h"'- gni( III Xenlorntn lurbo hli.ii.,

Constatait nummls quoltuor empto Hbl.

Quattuur <•« nlmlum : poterll conataro duetbus ,

i.i u,i Irl luerum biblfopoIaTryphon. {Martial, XII, t.) il s'agit lei du treizième livre de Martial, Intitulé Xenia, qui ne compose de 271 vers : ou voit que chaque exemplaire revenait au libraire a. moins de deux sesterces ' soll is cent.)} Il le rendait quatre sestern i '■»» ccnl I. Le premier livre dea éplgra rames de Martial, qui se compose de pins de 7'id vers, se vendait avec t on h m ornements cinq deniers, suit h f. ?>.; cent.

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