MARIA MEDICI F
NI). LXXXXVII.
A la marge de cette figure est écrit, en caractères assez, mal formés : Grave par le Rayne Maiee en bouest. Cette reine fit présent d'un des exemplaires au peintre Philippe de Champagne, qui écrivit dessus : Ce vendredi Ti février 1029 la reine Marie de Mcdicis m'a trouvé digne de ce rare présent, fait de sa propre main. Champagne. »
17 GG. Augustin Martin Loltin, imprimeur, enseigne au dauphin Louis XVI, à Versailles, les principes de la typographie ; et celte année les Maximes morales et politiques, tirées du Télémaque, sont imprimées par Louis-Auguste, dauphin. De l'Imprimerie de Monseigneur le Dauphin, à Versailles, 17G6, in-12. Cette ancienne famille d'imprimeurs n'a cessé d'exister que depuis peu d'années.
1768. Un établissement typographique était élevé dans l'hôtel de la guerre pour l'impression de ce ministère, de celui des affaires étrangères et de la marine. Un jour que Louis XV le visitait, une magnifique paire de lunettes placée sur une presse, frappa son attention. Pour les essayer, il prit un petit papier; c'était son éloge, qui y était imprimé ; mais dès la première ligne, il s'arrêta, et, retirant les lunettes, il dit : Elles so)U trop fortes, et grossissent trop les objets.
1768. Un privilège pour vingt années est accordé à Bulfon pour ses œuvres. En 1779 il est étendu à quarante années.
1769. Jombert ( Claude- Antoine), libraire, était, comme son père, libraire du roi pour la guerre et l'artillerie. Son fils ( Louis- Alexandre), gendre de François-Ambroise Didot, est reçu libraire en 1772. Firniin Didot, son beau-fière, lui succéda comme libraire.
1772-13. Parait la nouvelle édition de l'histoire littéraire intitulée : Bibliothèque française de Lacroix du Maine et d'A. Du Verdier, augmentée des remarques de 13. de la Monnoye, du P. Bouhier, et de Falconel , par P.igolet de Kuvigui, 6 vol. in-4°. L'ouvrage de Lacroix du Maine avait d'abord paru en 1584; et celui de Du Verdict, à Lyon, en 1585, in-f°.
1775. M. de Saint-Paul proposa d'abréger le travail de la composition dans les imprimeries en faisant graver et fondre d'une seule pièce certains groupes de lettres qui se reproduisent souvent. Cette tentative, spécieuse, fut bien des fois reprise, mais toujours abandonnée, les avantages n'égalant pas les inconvénients.
1775. L'Imprimerie Royale du Louvre est réunie à celle qui avait été établie en 1768
1777. Arrêt du conseil du m mai
tant :
Article. î". Nul as pourra tenir Imprimei boutique de librairie, ol preodre la qualité de libraire ou d'imprimeur, i° s il n'a i maitre par une chambre syndicale; i, maîtrise ne peut être obtenue qu'après un ai -
PRENTIS8AGB de quatre années ((,ii- .
avoir servi les maîtres en qualité de com v
au moins trois années après le terme de prentissage achevé; 2* s'il n'a vingt ans ac plis; 3° s'il n'est congru en langue latine •! sachant au moins lire le grec, ce qui constaté par un certilicat du recteur de II niversité. ( Les lils de maitre sont exempt l'apprentissage et compagnonn
Ait. 2. Comme il importe que ceux qui exercent ces deux professions soient pourvus d'une capacité et d'une expérience suffisantes , les fils de maitres et les apprenlifs qui auraient fait leur apprentissage et servi les maitr ront tenus, avant que d'être admis a la maîtrise, après avoir obtenu le certilicat du n de l'Université, de subir, savoir : ceux qui aspirent à être reçus libraires, un examen sur le fait de la libraire; et ceux qui aspirent a être reçus imprimeurs, après examen sur le fait de 1 1 librairie, un examen sur le fait de l'imprimerie et choses en dépendantes, ce qu'ils seront tenus de faire par-devant les syndics et adjoints compagnes de quatre anciens officiers de la communauté, dont deux imprimeurs et deux libraires et de quatre autres libraires axant au moins dix années de réception.
Art. 4. Chacun des examens durera au moins deux heures, et l'aspirant ne pourra être reçu s'il n'a les deux tiers des voix en sa faveur.
Art. 8. Les syndics et adjoints dresseront procès-verbal de chaque examen.
Art. 9. La réception se fera en la chambre syndicale, en présence des anciens syndii adjoints.
Art. 10. Les nouveaux maîtres prêteront serment par-devant le lieutenant général de police, en présence des syndics et adjoints qui en feront mention sur les lettres de maîtrise.
1777. Arrêt du Conseil d'État du SO août qui règle les formalités à observera la réception des libraires et imprimeurs.
Idem. Portant suppression et création de différentes chambres syndicales dans le royaume. Elles sont fixées à vingt.
Idem. Portant règlement sur la durée des privilèges en librairie :
Le privilège assurant le droit de propriété littéraire est limité à la vie de l'auteur, et ne pourra
être moindre de dix années.
Idem. Concernant la contrefaçon des li\ res
La peine est de 6,000 fï. pour la première fois, et tle pareille amende et de déchéance d'état en cas de récidive. Les livres contrefaits seront mis au pilon.
Idem. Concernant les ventes publiques de librairie :
Deux fois par an deux ventes seront faites à la chambre syndicale , l'une à la date du 30 novembre, l'autre du 15 au 31 mai, au plus offrant et dernier enchérisseur, des fonds de librairie, des parties de fonds , et des privilèges ou portions d'iceux, dont les libraires et imprimeurs, soit de Paris, soit des provinces, voudraient se défaire.
Idem. Portant règlement de discipline pour les compagnons imprimeurs :
Rappel des anciens règlements. Chaque ouvrier imprimeur doit avoir un cartouche ou livret inscrit à la chambre syndicale, et sont tenus de porter ce cartouche pour le représenter toutes les fois qu'ils en seront requis. Les maîtres sont tenus de déclarer exactement à la chambre syndicale chaque changement de personne survenue dans leur imprimerie. Quand ils auront besoin d'un ouvrier, ils s'adresseront à la chambre syndicale. Chaque chambre syndicale enverra tous les ans aux autres chambres syndicales l'état des inscriptions avec les notes relatives, afin que tous les imprimeur» puissent connaître la capacité et la conduite des sujets qui leur viennent des diverses provinces du royaume Les fonds en caisse à la chambre syndicale sont repartis entre les anciens ouvriers infirmes , les malades et ceux qui seraient au moins depuis trente ans dans la même imprimerie et dont les maîtres certifieront l'exactitude et la probité.
1780 à 1784. Collection d'ouvrages français, en vers et en prose, imprimée par ordre de M. le comte d'Artois (depuis Charles X). Paris, de l'imprimerie de Didot l'aîné ( Ambroise Didot), 64 vol. in-18.
« Avant que Louis XVI eût confié aux presses de Didot l'ainé l'impression d'un choix d'auteurs français pour l'éducation du dauphin, et que Monsieur (depuis Louis XVIII) eut chargé le même imprimeur de donner une belle édition de la Gcrusalemme libera^a, leur jeune frère M. le comte d'Artois, avait déjà signalé son goût pour les lettres en faisant exécuter à ses frais la collection dont nous venons de donner le titre, et qui porte son nom. Sans aucun doute, le choix des ouvrages qu'on fit entrer dans cette collection aurait pu être plus sévère; mais il était difficile que la typographie produisît rien de plus joli que ces soixante-quatre petits volumes, que l'on placera toujours parmi les chefs-d'œuvre de Didot. Il n'en a été tiré que soixante pour le comledîArtois, tous en papier fin, et portant les armes de ce prince sur le frontispice. Didot en a tiré aussi pour son propre compte un petit nombre d'exemplaires en papier ordinaire; mais le tout n'excède pas le nombre de cent (I). » (Bru.net, Manuel du Libraire , t. I, p. 724.)
178 1. Prault ( Lotiis- François ) est nomme imprimeur du Toi en 1788.
1781. Paraît le premier volume de Y F.neyclopédieMétliodique,[ormal\n-k0,pub\iéti\rà\-
,0 A la vente d'Anisson-Duperron la collection d'Arlois, ci vol. in-18, a clé vendue 29J.000 fr.; mais c'était en assignats et en janvier i-ac. Dans les ventes son prix est ordinairement de mille francs.
Panckoucke,formant cent soixante-six volumes et demi de texte et cinquante et une parties , renfermant six mille quatre cent trente-neuf planches. Cette immense etcélèbre entreprise a duré un demi-siècle. C'est sans contredit l'ouvrage le plus considérable qu'ait exécuté la librairie française et même celle d'aucun autre pays. Malheureusement ce genre d'entreprise doit être rapidement exécuté; autrement, les premières parties ont déjà vieilli avant qu'on soit arrivé à la fin , et bien peu de souscripteurs peuvent se flatter de voir la fin d'une entreprise qui dure un demi-siècle!
1782. Le Petit Code de la Raison humaine, par M. B. D. B. ( Barbeu du Bourg, médecin de Paris), sort de l'imprimerie de Benjamin Franklin, à Passy , in-24 de 1 18 pages , dédié à Benjamin Franklin.
1783.Et.-Alex. Jacques, connu sous le nom d'Anisson-Duperron ,fils de Laurent Anisson , est nommé directeur de l'Imprimerie Royal'1, puis de l'imprimerie executive nationale.
1784./. Pioch Loltin de Saint- Germain est reçu imprimeur en 1789; il publie le Catalogue chronologique des libraires et imprimeurs de Paris de 1470 à 1789, ouvrage d'autant plus précieux que la plupart des documents qu'il a consultés n'existent plus. Il contient malheureusement des inexactitudes.
1784. Le premier volume de l'édition complète des Œuvres de Voltaire est publié à Kehl par Beaumarchais, qui, pour élever un monument digne de la gloire de l'auteur, acheta de Panckoucke les manuscrits que Voltaire en mourant lui avait légués (1), et se procura d'Angleterre les caractères de Baskerville, qui étaient alors les plus estimés. Il loua pour dix-huit mois le fort de Kehl, sur le Rhin, afin d'y réunir les ouvriers qu'il fit venir en partie de Suisse et d'Allemagne, et y être plus eu sûreté contre les persécutions. Voulant que le papier répondît à la beauté des caractères, il envoya en Hollande étudier les procédés qui assuraient alors à ce pays une véritable supériorité, et fit reconstruire dans les Vosges d'anciennes papeteries, qui rivalisèrent bientôt avec celles de Hollande, et qui con-
(i) Panckoucke avait conçu le projet de dédiera l'impératrice de Rassie l'édition complète des œuvres de Voltaire, qu'il voulait publier; il lui écrivit donc pour la prier d'en agréer l'hommage. Sept mois s'écoulèrent sans recevoir de réponse. 11 crut que l'impératrice ne voulait point accepter sa proposition; et pour répondre à l'impatience avec laquelle le public attendait cette édition, Il traita avec Beaumarchais, et lui remit tous les manuscrits de Voltaire. Le lendemain de la signature du traité, il reçut une lettre de l'impératrice, qui acceptait sa proposition , se chargeait de tous les frais de l'édition, à condition que tous les manuscrits lui seraient envoyés aussitôt l'impression achevée ; sa réponse était accompagnée d'une lettre de change de loû.ooo livres. Panckoucke se repentit d'avoir traité si promptement; mais l'affaire était consommée. (Note de M. Peignot, Dict. raisonné de Ci Oliologie, 1. 1, p. «. !
TYPOGHAI'IIFK
«ervent encore leur célébrité; plus de trois millions Curent consacrés à cette entreprise , la plus vaste et la plus coûteuse peut-être qui ait été jamais faite en librairie, surtout en un si court espace de temps. Les soixante-dix volumes furent imprimés en six ans (1784-89), et il en fut imprimé vingt-huit mille exemplaires sur deux éditions différentes, l'une en soixante-dix volumes in-8°, l'autre en quatrevingt-douze volumes in-12. Afin de rendre les Œuvres de Voltaire accessibles à toutes les fortunes, on lira sur chacun de ces formats cinq papiers différents (1). Malheureusement la correction typographique laisse beaucoup à désirer. Condorcet fut le principal éditeur, et rédigea les notes; il fut secondé par M. Decroix et par M. Letellier pour la partie typographique.
1786./. G. Clousier, imprimeur ordinaire du roi, est nommé directeur de l'imprimerie créée pour les enfants aveugles.
1786. Hoffmann produit ses essais de polylypage, d'après un procédé qui consistait à prendre l'empreinte d'une page de caractère dans une pâte composée de plâtre et d'une colle gélatineuse, formée de gomme et de fécule de pomme de terre. Dans le moule il enfonçait un alliage métallique très-fusible ( bismuth, etc.), au moment où cet alliage étaitsur le point de se figer ; et il obtenait ainsi des reliefs, sur lesquels ont été imprimées les Recherches historiques sur les Maures de Chenier, 3 vol. in-8°. Mais la pratique démontra bientôt l'imperfection de ce procédé, qui fut abandonné ainsi que celui que M. Carez de Toul avait inventé en 1785.
1786. La papeterie de Buges, près Montargis, fabrique du papier avec diverses substances végétales , et cette année les œuvres de M. de Villette furent imprimées avec du papier fait avec de l'écorce de tilleul.
1786. Sur le rapport de Camus, l'Académie des Sciences approuve une nouvelle presse inventée par M. Pierre, imprimeur à Versailles. Louis XVI, auquel M. Pierre la présenta, voulut en faire l'essai, et il imprima même plusieurs feuilles, qui seraient une précieuse curiosité typographique si on les avait conservées.
1787. Nyon ( Marie- Jean- Luc ) est reçu libraire. Savant bibliographe, il a donné la seconde partie du catalogue de la bibliothèque la Vallière, 6 vol. in-S°, et entre autres catalo-
(i) Pour le format tn-8° : i° papier bis, 2 fr. le volume broché ; 2° papier ordinaire, dit à la Croix, s fr. le volume ; 3° grand papier, à 4 fr. le volume ( les signatures portent une * ); 4° grand papier fin, à g fr. le volume ; 8° très-grand papier vélin, à 9 fr. le volume.
A la vente de la bibliothèque de mon père , en 18M, son exemplaire en très-grand papier, avec gravures de Moreau avant la lettre, relié magnifiquement en maroquin, fut vendu 2,000 fr.
gues, celui do la bibliothèque de I mlorlum- LamoigDon de Malesherbee, 1797, 1 vol. In •
1788. État des dépense* de l'impruni Royale, d'après le compte rendu au roi en mars 1788 , et publié par set ordrei :
Appointements du directeur 1,100 fr.
Au correcteur d'épreuve impression pour le département de la
finance, environ Pour le département de la maison du
roi ïi,<>ou
Frais de gravure S.ooo |
Frais de reliure 2,:.no j
Total.
Les déparlements de la guerre et de la ma rine payaient leurs impressions. La Loterie royale et l'École militaire avaient aussi leur imprimerie.
1789. L'article 16 de la Déclaration du 23 juin consacre la liberté de la presse.
1789. Le premier volume de la collection Conciliorum Galliœ, tam editorum quamineditorum, Colleclio,oneraet studm monachorum congr. Sancli Mauri (le père Labat ) paraît, imprimé par Ambroise Didot.
La moitié du second volume tut aus^i im primée. La suppression des ordres monastiques en France interrompit cette publication.
1789. Pierre Didot, fils aîné d'Ambroise, est nommé imprimeur, et succède à son père. Il avait été reçu libraire en 1785. En 1798 il piesente à l'Exposition (les produits de l'industrie sa grande édition de Virgile, dont les caractères avaient été gravés et fondus par son frère Firmin Didot; tous deux se trouvent au nombre des douze exposants qui reçoivent la médaille d'or. Pour honorer l'imprimerie en sa personne, le gouvernement fait placer ses presses au Louvre, où elles restent sous le consulat et jusqu'au commencement de l'empire. C'est là que furent imprimées les magnifiques éditions dites du Louvre.
Dans sa collection des Auteurs français, dédiée aux amateurs de l'art typographique, M. Pierre Didot a introduit une heureuse innovation pour l'accentuation de certains mots. Ayant remarqué que dans les dictionnaires les mots tels que sacrilège, frère, etc., étaient écrits chez les uns avec l'accent grave, et chez d'autres avec l'accent aigu ; qu'ainsi dans leDictionnaire de Trévoux le mot sacrilège portait l'accent grave, et dans le Dictionnaire de l'Académie l'accent aigu, M. P. Didot mit sur ces mots un accent perpendiculaire qu'il nomma accent droit ; et c'est ainsi qu'ils sont imprimés dans la collection des classiques français dédiée aux amis de la Typographie. M. Pierre Didot, auteur de plusiems ouvrages en vers remarquables, fut nommé imprimeur du roi.
1789. Le directeur de. l'imprimerie dite du Cabinet, à Versailles, cèdeson privilège à Plan-
primeric Royale, qui n'occupait alors que dix presses, destinées au perfectionnement de l'art typographique, et particulièrement aux impressions en caractères orientaux. L'Assemblée Nationale confia l'impression de ses procès- verbaux à l'imprimeur Baudouin, qui prit pour son établissement le titre d' Imprimeur National. Une autre imprimerie fut créée pour les administrations nationales ; enfin une imprimerie fut affectée à l'impression du Bulletin des Lois.
1789. Firmin Didot, fils d'Ambroise et frère de Pierre, succède à son père pour la fonderie, qu'il avait enrichie de ses types élégants. Habile graveur, il s'est distingué comme fondeur en caractères, comme imprimeur-libraire, comme fabricant de papier et comme auteur de plusieurs ouvrages littéraires estimés. En 1795 il invente un procédé de steréotypage qu'il applique aux tables de logarithmes de Callet. A l'exposition de 1798 il présente ses éditions stéréotypes exécutées par son nouveau procédé. Il est nommé imprimeur de l'Académie Française et deTInstitut le 16 octobre 1811, et imprimeurdu roi le 1er avril 1814; il obtient seul et ensuite avec ses fils six fois la médaille d'or aux Expositions de l'industrie ; il fait paraître à l'Exposition de 1806 ses caractères imitant l'écriture , gravés par lui d'après un procédé dont il est inventeur. 11 exécute en 1818 des cartes géographiques qui obtiennent l'assentiment de l'Académie des Sciences. En 1814 l'empereur Alexandre vint visiter sa typographie, et lui confia deux jeunes Russes pour qu'il les instruisît dans cet art. Il fut réélu plusieurs fois membre de la chambre des députés sous Louis XVlIf,sous Charles X, et sous Louis-Philippe. II mourut en 1836, à sa papeterie du Mesnil, près de Dreux.
1789. Crapelet ( Charles), successeur de Stoupe, est reçu imprimeur. Ses éditions sont estimées pour leur correction.
1789. Gillé fils succède à son père comme fondeur, et apporte quelques modifications aux caractères d'écriture. II fait exécuter un grand nombre de fleurons et ornements typographiques.
La fonderie de Gando est aussi en grande activité.
179t. La Constitution du 14 septembre proclame la liberté de la presse en ces termes :
Art. 3 du titre Ier. La constitution garantit à tout homme la liberté d'écrire, d'imprimer et publier ses pensées, sans que ses écrils puissent être soumis à aucune censure ni inspection avant leur publication.
1791. Suppression des brevets et lettres de maîtrise (décret du 17 mars).
1791. La création des assignats donne une grande impulsion à la typographie, par les essais
faits alors en tout genre pour obtenir la perfection, la célérité, et surtout l'impossibilité on du moins la difficulté de la contrefaçon. Les principaux artistes qui y furent employés sont MM. Anfry, inspecteur des essais à la Monnaie; Auge etDroz, mécaniciens; Didot (Firmin et Henri ), graveurs en lettres et fondeurs ; Dupeyrat, graveur; Galteaux, graveur; Gingembre et Grassal, mécaniciens; Héran, mécanicien; Tardieu, graveur; Bertholet, chimiste , etc.
1792. Momoro (Anl. François), gendre et successeur de J. F. Fournier le jeune, fondeur et graveur, publie un Traité élémentaire d'Imprimerie. Sa femme, promenée triomphalement dans Paris sur un char, fut placée sur le maître autel de l'église Notre-Dame, où elle figura la déesse de la Raison. Momoro . mourut sur l'échafaud avec Hébert, en 1794.
1792. Le 23 août M. Anisson-Duperron, directeur de l'Imprimerie Nationale , porta plainte à l'Assemblée Nationale de l'enlèvement fait par Marat, au nom de lacommune de Paris, de quatre presses avec les accessoires nécessaires pour l'impression de ses pamphlets révolutionnaires (1).
Malgré la réclamation d'Anisson, les presses restèrentenla possession de Marat, qui écrivit en réponse au ministre de l'Intérieur dans le styledu temps, en le menaçant de se plaindre aie peuple sur les machinations des ennemis de la patrie. Ce fut probablement la cause qui fit monter Anisson sur l'échafaud.
1793. Décret relatif aux droits de propriété des auleurs d'écrits en tout genre, des compositeurs de musique, des peintres et des dessinateurs :
Art. Ier. Le droit de propriété est réservé aux auteurs leur vie entière, et ils ont le droit de céder la propriété de leurs œuvres.
Art. 2. Leurs héritiers ou cessionnaires jouiront du même droit deux ans après la mort des auteurs (2).
Art 5. Le contrefacteur est tenu de payer au propriétaire une somme équivalant à trois mille exemplaires; le débitant, à cinq cents exemplaires.
Art. 6. 11 sera déposé deux exemplaires à la Bibliothèque Nationale.
1793. L'Imprimerie Royale sous Louis XVI, et jusqu'à celte année, était une propriété mixte : les poinçons et matrices , à l'exception de la typographie dite du Cabinet du roi, consistant en caractères d'écriture, appartenaient à l'État, ainsi que dix presses et environ dix milliers pesants de caractères, interlignes , cadrats, etc. Le surplus
(0 Ce ne fut pas , dit M. Auguste lîcrnard , l'un des contrastes tes moins bizarres de cette époque que de voir les types de Louis X/f servir à l'impression des brochures les plus démagogiques. {Notice historicité sur l'Imprimerie Kationale, 18«, p. «o.)
(2) Voy. pour les modifications au droit de propriété, le décret du a février ioio.
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des machines, ustensiles et caractères, le
magasin des papiers blancs, celui des lois, ordonnances et règlements imprimés appartenaient au directeur M. E. A. J. Anissou, qui l'exploitait pour son propre compte.
Cette année M. Anisson proposa au comité du salut public de vendre à la nation la portion dont il était le propriétaire et une autre imprimerie, qui lui servait de succursale. Le tout (ut estimé par experts-arbitres à 499,036 livres 17 sous, le 10 janvier 1794, et le 5 floréal (25 avril suivant), l'infortuné Anisson, sous prétexte d'avoir imprimé un arrêt inconstitutionnel du département de la Somme, fut traduit au tribunal révolutionnaire ; vainement il produisit l'ordre qui lui avait été donné par le secrétaire général du ministère de l'intérieur, il périt sur l'écbafaud , et ses biens furent confisqués. Dès lors l'Imprimerie Nationale exécuta les impressions pour le compte du gouvernement.
1795. Un décret du 8 pluviôse an III (23janvier) réunit à l'imprimerie du Bulletin des Lois tout ce qui appartenait à l'État dans l'ancienne Imprimerie Royale. Un autre décret, du 18 avril suivant, lui donne le nom d'Imprimerie Nationale; par un décret-du 29 mars ( 18 germinal an 111 ), elle reçoit le nom d'Imprimerie de la République. Ce décret lui confie les impressions administratives.
1795. MM. Pierre et Firmin Didot obtiennent la récompense de première distinction (l).
1796. Firmin Didot, qui avait appliqué aux tables de Callet un procédé de stéréotypage pour éviter les chances de fautes que les réimpressions occasionnent, invente un autre procédé, qui consiste à fondre en métal très-dur, composé d'un alliage de plomb, de cuivre et d'étain, des lettres moins liantes de tige que celles ordinairement en usage, puis à enfoncer au balancier les pages composées avec ces caractères , dans une plaque de plomb , d'où l'on relirait un cliché de cette page entière sur lequel on imprimait. Dans le procédé que M. Héran invente la même année on ne composait pas les lettres, mais c'était avec des matrices en cuivre parfaitement justifiées et mises d'approche que la page se trouvait composée par la réunion de ces matrices ou lettres en creux, d'où on retirait, au moyen du clichage, une page entière sur laquelle on imprimait. Le principal inconvénient de ce procédé dispendieux , qui exigeait un matériel considérable en matrices justifiées, c'est que, malgré le soin apporté à la justification de ces matrices, l'interstice, à leur point de jonction, laissait pénétrer la matière en fusion lors du clichage,
(i)« Depuis la première Exposition de I7D7 la médaille d'or n'est pas sortie de leur maison. » Voy. Happort (lu Jury de l'Exposition ûe 1834 et de 1839.
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d'où des barbes, qu'il Fallait eolew email entre les letties.
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des entravée à la liberté de :
ticle 35 « les journaux et feuilles périodiques,
et les presses qui les impriment .
pendant un an sous l'inspection de la j
qui pourra les prohiber. » Cette prohibition
fut prorogée après l'expiration de I •
1798. L'apparition du Virgile in-t", imp au Louvre par l'ierre Didot, v
gravés et fondus par Firmin Didot, et on vingt-trois gravures exécutées par les plus habiles graveurs français d'après les admirables dessins de Gérard et de Girodel, fut un événement pour les amis des lettres et de la typographie. « Ce chef-d'œuvre de l.i typo- « graphie française l'emportait dans toutes « ses parties sur le Virgile que Bodoni avait « donné dans le même format en 1 793, et pi in- « cipalement pour la correction la plus pure. « Malgré les plus actives recherches , on ne « trouva à reprendre qu'un J dont le point « s'était détaché à la pression , tandis qu'au « Virgile de Bodoni trente-sept fautes avaient « été signalées, sans celles de la ponctuation, « qui est très-irrégulière (I). »
L'édition de Virgile fut imprimée à deux cent cinquante exemplaires, plus un sur vélin.
1799. Parait l' Horace in- f°, imprimé dans le même format par Pierre Didot. «Ce sont des « livres qui n'ont jamais été surpassés. L'//o- « race avec les vignettes délicieuses de l'ercier « est pour mon goût le volume de prédilec- « tion.... M. Didot a recueilli dans notre con- « trée même les témoignages d'une admiration «■ générale lorsque par la vente de certains ou- « vrages sur vélin exécutés par lui il a été « prouvé qu'il l'emportait décidément sur Bo- « doni dans l'impression des vélins (2). »
1799. Le premier volume de la collection stéréotype, in- 18, d'après le procédé de Firmin Didot, le Virgile (3), parut à la première Exposition des produits de l'industrie française, instituée par Napoléon à l'instigation de Français de Nantes, son ministre de l'intérieur, grand ami et protecteur des lettres, qu'il cultivait lui-même avec succès et passion.
(l) Le Pelletier, La Typographie, poCme, p. no, ouvrage très-bien Imprimé par L. Vignier, Genève,
(2)Dibdin, P'oyage bibliographique, archéologique,etc., en France, lettre 31e; Paris, isîi, traduction de M. Crapelct.
(5) Les premiers tirages sont fort recherchés. Avant de stéréotyper les formes , quelques exemptai res furent tirés en papier vélin ; on les reconnaît i° a la faute qui existe, mais dans quelques exemplaires seulement, à la page i"a , ou on lit ne te noster amor, au lieu de nec te noster amor ■ la lettre c ayant été enlevée pendant le cours du tirage : a" a la variante, idylle X, illum etiam lauri , etiam fievere myricœ, leçon préférable à il/uni etiam lauri illum etiam, etc . qui a été rejetée par tous le* savants éditeurs
On snit que la grande correction était un ries mérites principaux de ces éditions stéréotypes, qui par leur bas prix furent profitables aux études, mais préjudiciables aux intérêts de la librairie à l'époque où elles parurent.
Ce beau volume, orné d'une carte géographique, lut mis en vente au prix de 75 cent.
Le poids d'une feuille stéréotypée est de 9 kil. , tandis que la même feuille en caractères mobiles pèse CO kil.
tTyg. Mort de Cbarles-Joseph Panckoucke fondateur du Moniteur et de V Encyclopédie, homme instruit, intelligent , auteur de quelques ouvrages et lié avec les littérateurs les plus distingués de son époque, Voltaire, Rousseau, Dalembert, Diderot, etc. Quoique le succès commercial de l'Encyclopédie ait été immense (un seul libraire de Madrid, Sancha, avait réuni pour un million et demi de souscriptions), cependant la succession de C.-J. Panckoucke fut très-embarrassée et sa fortune très-compromise (I).
1799. Bertrand Quinquet, imprimeur, publie Y Art de V Imprimeur, ouvrage médiocre et suranné.
1800 (17 février). Arrêté des consuls, du 8 pluviôse au VIII, qui leur permet de supprimer ceux des journaux qui se permettraient d'insérer des articles contraires au pacte social, à la souveraineté du peuple, à la gloire des armes et aux nations amies et alliées.
1801-5 (an IX). Pierre Didot publie la magnifique édition du Racine inf°, imprimée au Louvre, 3 vol. in-f°, enrichie de cinquantesept gravures d'après les dessins de Gérard , Girodet, Chaudet, Prudhon, etc. A l'Exposition des produits de l'industrie française de l'an VI celouvrage aété proclamé le chef-d'œuvre de la typographie de tous les temps et de tous les dges. Il en existe seulement deux cent cinquante exemplaires, et un exemplaire imprimé sur vélin, que possède la Bibliothèque Nationale et dont M. Firmin Didot avait refusé la somme de trente-deux mille francs offerte par Junot, duc d'Abrantès.
Les poinçons dont les frappes avaient servi à l'édition du Virgile etdel' Horace furent encore améliorés par Firmin Didot, et ont été jugés le nec plus ultra de. la perfection par lesmembres du Jury de Londres qui, en 1851, lors de l'Exposition universelle, se rendirent au Brilish Muséum pour y comparer les impressions d'ibarra, de Bo Joni , de Bulmer et de Bensley avec celle du Racine.
1802-4. Le bibliographe Gabr. Peignot publie son Dictionnaire de Bibliologie, ouvrage qui renferme des détails instructifs, quoique souvent incomplets et surannés. Il forme
(i) Cilincan La Roche, Réflexion sur la Librairie . Fontainebleau, isot, In-a .
3 volumes, y compiis le supplément. C'est par cet ouvrage que M. Peignot, bibliographe, écrivain facile et d'une érudition variée, a commencé une série de publications contenant des renseignements précieux pour les bibliographes.
1803 ( 27 septembre ). Arrêté des consuls décidant que, pour assurer la liberté de la presse, aucun libraire ne pourra vendre un ouvrage avant de l'avoir présentée une commission de révision, laquelle le rendra, s'il n'y a pas lieu à la censure.
1803-11. Le Musée Français, publié par Robillard Péronville, fut exécuté dans le cours de huit années. Ce magnifique ouvrage, renfermant trois cent quarante-quatre planches , gravées par les plus habiles artistes du temps, a coûté des sommes énormes; il forme 4 volumes grand in-f°. Pour le compléter il faut y joindre le Musée, publié par Laurent, 2 vol. in-f°, 1816-22 , dont les gravures sont exécutées avec non moins de soin.
1804. L'Imprimerie de la République prend le titre d' Imprimerie Impériale. Elle est transférée de l'hôtel Penthièvre, où est aujourd'hui la Banque, à l'hôtel de Rohan-Soubise, rue Vieille du Temple.
1804. M. Lejèvre est reçu libraire. Les amis des lettres lui sont redevables d'excellentes publications de nos principaux auteurs français, dont il a pris soin de collationneries textes sur les meilleures et les premières éditions. Nous signalerons, entre autres, la collection des classiques français, 73 volumes in-8° avec notes Variorum, dont M. Aimé Martin fut l'éditeur; la collection des poètes grecs format in- 16 , publiée par M. Boissonade ; l'édition de Voltaire donnée par M. Beuchot; etc.
1805. Le pape Pie VII vient visiter l'Imprimerie Impériale, où cent cinquante presses offrent à S. S. Y Oraison dominicale, imprimée en autant de langues différentes. Bodoni, célèbre imprimeur à Parme, à l'exemple de l'imprimerie française, qu'il voulut surpasser, fit hommage à Pie VII, en 1 806, de Y Oraison dominicale en cent cinquante-cinq langues ou dialectes, imprimés par lui et avec des caractères qu'il avait gravés lui-même.
1805. Décret impérial du 22 mars (1er germinal an XIII), qui accorde à l'éditeur d'œuvres posthumes les mêmes droits qrre s'il en était l'auteur, mais à la condition de les imprimer séparément (1).
1805. Décret impérial du 30 mars (7 germinal anXIll ), défendant l'impi ession des livres d'église, d'heures et de prières , s'ils ne sont autorisés par les évoques diocésains. Cette permission doit être textuellement rapportée et imprimée en tête de chaque exemplaire.
1 (i) Cette disposition est encore en vigueur.
801 TTPOGB
1806. Vinçard, imprimeur, publie VArt du Typographe, ouvrage non moins médiocre que ceux de Bertrand Quinquetel de Momoro, et non moins suranné maintenant.
1800. M. Marcel, directeur de l'Imprimerie Impériale, expose un spécimen d'impression mi cent cinquante langues différentes.
1806. M. Henri Didot expose son moule à refouloir, qui , appliqué ensuite au procédé de fonderie polyamatype de son invention , lui permit d'obtenir cent soixante lettres à la fois.
1806. La médaille d'or est accordée à Bodoni, de Parme. « Il est à remarquera l'honneur de M. Bodoni, qu'il a exécuté tous ses travaux dans un pays où il était seul, abandonné à ses propres moyens, et où la typographie était avant lui plus négligée que dans aucun pays de l'Europe- » Rapport du Jury, par M. Costaz.
1806. La médaille d'or est accordée à Pierre et à Firmin Didot à cette Exposition. Les caractères d'écriture gravés et fondus par Firmin Uidot d'après le procédé de son invention paraissent pour la première fois dans la préface de sa traduction en vers des Bucoliques de Virgile, et de plusieurs Idylles de Théocrile suivie de notes critiques et philologiques. Cette préface, adressée à Pierre Didot, son frère, est suivie d'une note bibliographique et typographique concernant Henri Eslienne(l). « Cela s'appelle, disent les membres du Jury « de l'Exposition de 1 806, avoirfait compléte- « ment un livre, et encore plus complètement « que ne faisait Robert Estienne, qui ne gra- « vait pas lui-même (2). »
1808. A. A. Barbier, savant bibliothécaire de l'empereur, fait paraître son Dictionnaire des
(i) Cette note fut le sujet d'une discussion assez vive entre M. Firmin Didot et M. A. A. Renouard, qui, dans les Annales de l'imprimerie des Aides, avait dit au sujet d'Aide Manuce qu'a tous égards il occupe et occupera longtemps , et sans aucune exception , le premier rang parmi les imprimeurs anciens et modernes. M. Firmin Didot revendiqua en faveur de Robert et de Henri Estienne ce premier rang, en s'appuyant de preuves qu'il serait trop long d'énumérer ici. « Je ne veux, dit-il, être ni injuste ni ingrat envers Aide. Non, Aide mérite de la république des lettres une reconnaissance éternelle pour avoir publié avec une grande activité un grand nombre d'auteurs classiques dans un temps où l'on n'imprimait guère que des ouvrages de disputes théologiques ; mais je dirai avec la même franchise qu'il ne mérite pas la place à laquelle des amis zélés, mais indiscrets, veulent l'élever. Je dirai avec la même franchise que si son Théocrite, par exemple, renferme deux mille fautes, on ne peut , avec quelque justice , en attribuer que quinze cents aux manuscrits. Je dirai que j'ai lu dans l'intention d'y trouver des fautes plus des trois quarts de la collection intitulée : Poetœ C'rœci principes, 2 vol. in-fol. de douze cents pages, imprimée par Henri Estienne; que je l'ai lue, dis-jc, avec des yeux exercés à ce genre de travail, et j'affirme que Je n'ai trouvé dans cette collection ni autant de fautes ni surtout des fautes aussi graves qu'il y en a dans deux
ou trois pages du Théocrite d'Aide » Pag. 2G0.
(2) Rapport du Jury, p. 2113.
Al'lllf.
ouvra'/>:, anonyme» et pseudonyme» , t i in-8". Une seconde édition, revue '-t eonsUéra blement augmentée, parut en 1822. a\><mort de Barbier, M. de Manne, ancien eos valeur de la Bibliothèque du Roi, a publié un nouveau recueil d'ouvrages anooyuy pseudonymes.
1809. G. A. Crapelet succède a son i imprimeur estimé. Ses éditions sont apprêt des connaisseurs par leur correction et MNH bonne exécution typographique. Imprimeoi instruit, il a publié plusieurs ouvrages de la langue française au moyen âge , étude ;i la quelle il s'était particulièrement adonne, el il a fait plusieurs traductions de l'anglai écrits sur l'art typographique sont à la intéressants et instructifs ; il obtint la médaille d'argent en 1827 et en 1834. M. G. A. Crapelet, qui s'est distingué par un amour éclairé de l'art typographique, tenta avec plu> <\r courage que de succès de conserver les anciennes traditions de l'imprimerie française. Il est mort à Nice, en 1842(1).
1809. L'empereur Napoléon, apprenant que les ouvrages qu'il demandait n'avaient pu être placés dans sa bibliothèque de campagne, à cause de la grandeur du format, dicta à Schœnbrunn à M. de Méneval , son secrétaire intime, le 12 juin cette note pour la faire parvenir à Barbier, son bibliothécaire :
« L'empereur sent tous les jours le besoin d'avoir une bibliothèque de voyage, composée d'ouvrages d'histoire. S. M. désirerait porter le nombre des volumes de cette bibliothèque à trois mille, tous du format in-18, comme les ouvrages de la collection in-is du Dauphin, ayant de quatre à cinq cents pages , et imprimés en beaux caractères de Didot, sur papier vélin mince. Le format in-12 tient trop de place, et d'ailleurs les ouvrages imprimés dans ce format sont presque tous de mauvaises éditions.
« Les trois mille volumes seraient placés dans trente caisses, ayant trois rangs, chaque rang contenant trente-trois volumes.
« Cette collection aurait un titre général, et un numéro général , indépendamment du litre de l'ouvrage et du numéro des volumes de l'ouvrage. Elle pourrait se diviser en cinq ou six parties:
i° Chronologie et Histoire universelle.
2° Histoire ancienne, par les originaux, et Histoire ancienne par les modernes.
3° Histoire du Bas-Empire par les originaux, et Histoire du Bas-Empire par les modernes.
4° Histoire générale et particulière, comme V Essai de Voltaire.
(i) A l'exemple des anciens typographes, il mit une marque à quelques-uns des ouvrages qu'il imprima. Celle qu'il adopta d'abord, et que l'on voit en tête de sa traduction du Voyage bibliographique, de Dibdin, 4 vol. in-8, i8ss, est une couronne de fleurs et do fruits, traversée de nombreuses plumes avec cette devise : Typographia crescunt. 11 la remplaça quelques années après par une autre marque, plus heureuse ; ce sont trois fleurs ( des pensées) si «ec cette devise : Elles ne peuvent plus mourir.
5° Histoire Moderne des États de l'Europe, de France, d'Italie, etc.
« il faudrait faire entrer dans cette collection Slrabon, les Cartes de d' A avilie , la Bible, quelque Histoire de l'Église.
« Voilà le canevas de cinq ou six divisions, qu'il faudrait étudier et remplir avec soin.
« Il faudrait qu'un certain nombre d'hommes de lettres, gens de goût , fussent chargés de revoir les éditions, de les corriger, d'en supprimer tout ce qui est inutile, comme notes d'éditeurs, etc., touttexte grec ou latin , ne conserver que la traduction française, excepté quelques ouvrages en italien.
i L'empereur prie M. Barbier de tracer le plan de cette bibliothèque, et de lui faire connaître le moyen le plus avantageux et le plus économique de faire ces trois mille volumes.
« Lorsque les trois mille volumes d'histoire seraient achevés, on les ferait suivre par trois mille autres d'histoire naturelle , de voyages, de littérature, etc. »
L'année précédente, en 1808, l'empereur avait donné du château de Marrasc près Bayonne des instructions pour faire imprimer pour son usage particulier une bibliothèque «d'ouvrages sans marge pour ne point perdre de place , à dos brisé et détaché, et avec des couvertures le plus minces possible (l). » Déjà en 1798, lorsqu'il fut nommé chef de l'armée d'Orient , Bonaparte avait indiqué par écrit les ouvrages qui devaient composer une bibliothèque de camp.
M. Barbier envoya en novembre 1809 un rapport sur la formation de la bibliothèque historique composée de trois mille volumes in-18 d'environ cinq cents pages chacun. A ce rapport était joint l'aperçu de la dépense.
« Dans le cas où on imprimerait à cinquante exemplaires, la dépense pour l'impression et la reliure en veau serait de 4,080,000 fr., y compris le papier et les honoraires des hommes de lettres chargés de la révision des ouvrages et de la correction des épreuves. Pour les frais de reliure en maroquin (2), 355,000 francs ; total 4,435,ouo francs.
(i) Dans les instructions dictées par l'empereur il est dit, à l'article tragédies : « Ne mettre de Corneille que ce qui est resté; otez de Racine les Frères ennemis, V Alexandre et les Plaideurs ; ne mettre de Créblllon que Hkadamiste, Atrée et T/iyeste; de Voltaire que ce qui est resté. » — Dans une note : « Il ne faut mettre de Rousseau ni l'Emile ni une foule de lettres, mémoires, discours, dissertations inutiles ; » même observation pour Voltaire.
(•il Dans une lettre de M. de Méneval du 2r, février 1808 on lit : « L'empereur demande instamment des livres pour la bibliothèque de son cabinet, etc. Sa Majesté m'a aussi chargé de faire connaître à M. Barbier l'importance qu'il attache à avoir pour sa bibliothèque de voyage de belles éditions et de belles reliures. // est assez riche pour cela. Ce sont ses expressions. »
Dans une autre lettre de M. Mcneval à M. Barbier on lit : « Les romans que vous nous failesparvenir sont la plupart détestables, et ne font qu'un saut de la valise du courrier dans la cheminée. Il ne faut plus nous
envoyer de ces ordures-là Envoyez, le moins de
vers que vous pouriez, à moins que ce ne soit de nos grands portes; c'est vous dire de n'en pas envoyer
« En imprimant à cent exemplaires la dépense totale, y compris la reliure, s'élèverait a 5,475,000 fr.
« Il faudrait ajouter à l'une ou à l'autre de ces sommes un million pour la confection des cartes géographiques.
« Les trente caisses en bois d'acajou pour contenir les 3,000 volumes coûteront 10,000 fr. environ.
En prenant : 1° cent vingt compositeurs d'imprimerie; 2° vingt-cinq hommes de lettres pour les travaux littéraires, les retranchements a faire, la correction desépreuves ; 3" un chef tresversé dans la pratique de l'imprimerie, on aurait un volume et demi par jour, ou cinq cents volumes par an ; il faudrait donc six ans pour l'exécution des 3,000 volumes.
« Si au lieu de cent exemplaires on en tirait trois cents, pour mettre deux cents dans le commerce, les deux cents exemplaires, vendus à cinq francs le volume, rapporteraient trois millions. »
Des essais furent faits; mais Napoiéou n'eut pas le temps de donner suite à cette entreprise. En 181 1,1e comte Daru, comme intendant de la liste civile , avait proposé , à l'occasion de la naissance du roi de Rome, de faire imprimer, format in-8°, une collection des meilleurs auteurs sur le modèle des ad usum Delphini. La commission qui fut formée se composait de MM. Cuvier, Daru, Delambre, Barbier, Sylvestre de Sacy, Dacier et Nougarède; le résultat d'un grand nombre de réunions fut la rédaction d'un catalogue.
1810. Le nombre des imprimeurs est réduit à soixante (décret du 5 février). Par un au Ire décret, du 11 février 18 11, ce nombre est porté à quatre-vingts (1). Le même décret rétablit
souvent. Je ne peux vous cacher que l'empereur n'est pas content de sa bibliothèque de voyage, et j'ai beaucoup de peine à persuader Sa Majesté de toutes les difficultés qu'offre la réunion des livres qu'elle désire y voir, d'une belle Impression et d'une reliure élégante et uniforme »
Barbier objecte les difficultés que présente la formation dune bibliothèque élégante, composée en ouvrages petit format de livres choisis d'histoire et de littérature.. « Je puis, dit-il, vous citer un exemple frappant à l'appui de mes assertions. M. Naigeon a passé la plus grande partie de sa vie ù former une riche collection de livres. Je l'ai examinée souvent. Il n'existe rien en ce genre de plus riche, soit pour la beauté du papier, soit pour la magnificence des reliures; se voyant malade et gêné dans ses derniers temps , il a vendu son cabinet à M. Firmin Didot pour une somme de 60,ooo fr. Le cabinet de M. Firmin Didot est donc un des plus beaux de Paris, puisqu'il possédait deja des livres très-précieux; je crois cependant que l'on n'en tirerait pas cent volumes pour la petite bibliothèque de Sa Majesté. Quant à ces cent volumes, on aurait peine à croire le temps qu'a exigé leur reunion. Ce sont des exemplaires qui ne paraissent dans les ventes qu'à de longs intervalles ; je sais que M. Naigeon en a attendu quelques-uns pendant dix et douze ans. «
On lira avec intérêt les détails sur le goût de l'empereur en f3it de littérature, et sur la composition de sa bibliothèque, etc. dans les Souvenirs sur la Bibliothèque de i 'Empereur, par Louis Barbier.
(i) Dans une séance du conseild'État Napoléon s'exprimait ainsi : « L'imprimerie est un étatqui Intéresse la politique ; dès lors la politique doit en être juge. »
formellement et expressément la censure. Un autre décret, du 14 décembre, donne aux censeurs de l'imprimerie le titre de censeurs impéri aux.
Le droit de propriété littéraire est réglé par celle disposition , encore aujourd'hui en vigueur :
«La veuve de l'auteur conserve la propriété des oeuvres de son mari pendant sa vie, lorsque les convention* matrimoniales lui en donnent le droit; autrement, elle ne jouit que des droits de successeur ordinaire, c'est-à-dire dix ans.
« Les enfants, c'est-à-dire tous les descendants en ligne directe de l'auteur, ont la propriété pendant vingt ans, soit après la mort de l'auteur, soit après celle de la veuve, selon les circonstances.
« Tous les autres héritiers ne conservent la propriété que dix ans après la mort de l'auteur.
« Le donataire et le légataire sont de véritables successeurs, dont le droit dure seulement pendant dix ans. Après ce délai le droit revient à la veuve et aux enfants.
1810. Défense est faite aux individus non brevetés d'avoir en leur possession des presses, caractères et autres ustensiles d'imprimerie. (Décret du 18 novembre. )
1811. Les imprimeurs supprimés sont indemnisés par les brevetés, qui doiventen outre acheter leur matériel. ( Décret du 2 février. )
1812. A la vente de la superbe bibliothèque du duc de Roxburg, à Londres, la première édition du Décaméron de Boccace, in-f°, imprimée à Venise, en 1471 , par Valdarfer, fut adjugée au marquis de Blanford, duc de Marleborough, pour 2,260 livres sterling (plus de 56,000 fr.). Son concurrent était lord Spencer, qui racheta plus tard ce même exemplaire bien moins cher, seulement 23,000 fr. C'est en mémoire de celte vente , où le prix des livres fut excessif, que le Roxburg Club fut fondé, et chaque année, le 17 janvier, dans un banquet, l'anniversaire de l'achat du Décaméron de Valdarfer est célébré. Les toasts suivants y sont portés : 1° à la cause de. la bibliomanie dans le monde entier; 2° à l'immortelle mémoire de Christ. Valdarfer; 3° à Will. Caxton, premier imprimeur en Angleterre; 4" à Wynkyn de Worde; 5° à Rich. Pinson; 6° à Julien Notary; 7° à William Faques; 8° à la famille des Manuces; 9° à celle des Estiennes; 10° à John duc de Roxburge.
L'association ne peut compter plus de trente membres. Chacun d'eux tour à tour doit fournir, réimprimé au nombre fixe de trente exemplaires, et pour les seuls membres du club, un ancien livret qui serait devenu très-rare. Imitant cet exemple, la Société des Bibliophiles Français s'est constituée à Paris, en 1820, au nombre de trente membres.
1813. Le Dictionnaire Chinois-Français- Latin, rédigé par l'orientaliste de Guignes,
ENCYCL. MOD. — T. XXVT.
TYPOGRAPJIIK 866
paraît a l'Imprimerie Impériale. L'impn
en avait été ordonnée par un décret impérial
de 1808.
1814. Panckouche Jlls , imprimeorfnatruil et libraire habile, entreprit de grandes publications, telles que ii- Dictionnaire des Sciences médicales , et la Bibliothèque Latine-
Française, à laquelle il coopéra comme traducteur (Tacite est traduit par lui). Le» Victoires et Conquêtes des Français eurent un succès prodigieux à leur apparition. Il acheva l'impression de l'Encyclopédie .]/< thodique, commencée par son père. A l'Imposition de 1827 il obtint une médaille de bronze, et en 1834 une médaille d'argent. Sa stcur, madame Agasse , imprima le Moniteur, créé par son père. M. Ernest, (ils de M. Panckoucke, a succédé à madame Agasse 1814. Loi du 21 octobre
Art. I. Tout écril de plus de vingt feuilles d'impression pourra être publié librement et sans examen ou censure préalable.
Art. 3. Quant aux écrits de vingt feuilles et audessous, le directeur général de la librairie à Paris et les préfets dans les départements pourront ordonner, selon les circonstances, qu'ils soient communiqués avant l'impression, pour être examinés par les censeurs choisis entre ceux que le roi aura nommés.
Art. 5. Si deux censeurs au moins jugent l'écrit diffamatoire ou attentatoire à la tranquillité publique, à la Charte constitutionnelle ou aux bonnes mœurs , il sera sursis à l'impression, et il en sera référé à une commission composée de trois pairs, trois députés et trois commissaires du roi, qui statuera.
Art. 9. Les journaux et écrits périodiques ne pourront paraître qu'avec l'autorisation du roi.
1814. Ordonnance du 28 décembre (l).
Elle détermine le genre d'impressions qui doivent être réservées à l'Imprimerie Royale. L'article 14 porte : « Sera loisible à nos ministres de Iraiter, soit avec le directeur de l'Imprimerie Royale, soit avec tout autre imprimeur du commerce pour les impressions nécessaires au service de leurs bureaux. »
1815. M. Plassan (François-Rémond) , d'une ancienne famille d'imprimeurs et neveu de M. Henri Didot par sa mère ( Saugrain ) , est nommé imprimeur. Il est auteur d'une traduction de Don Quichotte très-estimée, publiée sans son nom chez Delonchamps. Son père avait imprimé une belle édition de Montes quieu en 4 vol. in-4°.
1815. Dès que la paix fut conclue, M. Arabroise Firmin Didot s'empressa de se rendre à Londres, pourjuger des progrèsque la typographie avait pu faire. Il fut frappé de voir que dans toutes les imprimeries la presse inven-
(1) M. Royer-Collard était alors directeur de l'imprimerie, et de la librairie au ministère de l'Instruction publique. Cette ordonnance resta en vigueur jusqu'en octobre 1825.
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lée par lord Slanhope (1) avait entièrement remplacé les anciennes presses en bois, et que le stéréotypage en plâtre , dont l'invention était également due à cet ami des arts, et particulièrement de la typographie, luttait en perfection pour la netteté de l'œil avec le procédé de Firmin Didot, et l'emportait en simplicité et en économie. C'est alors qu'il vit (liez Bensley la merveilleuse presse à cylindres inventée par les mécaniciens Kcenig et Bauer, et qui commençait à imprimer l'immense journal le Times avec cette prodigieuse célérité qui fit une révolution dans l'imprimerie (2).
Il n'admira pas moins la machine à fabriquer le papier, connue en Angleterre et en France sous le nom de machine Didot, qu'elle mérite en effet , puisque si l'idée première en est due à M. Robert, ouvrier de François Didot, dans sa papeterie d'Essonne, c'est à la volonté énergique de Didot Saint-Léger, secondée par les talents de l'ingénieur Donkin et le courage des frères Foudriner, fabricants de papier, que ce succès est dû. Elle fut presque aussitôt introduite en Fiance, d'abord à Sorel, près Anet, chez MM. Berte et Grewenich, ensuite chez M. Canson , puis chez MM. Firmin Didot frères, à leur papeterie du Mesnil, où, pour la première fois en France, fut monté l'appareil des cylindres qui sèchent le papier à mesure qu'il se fabrique.
1815. Loi du 21 octobre sur la liberté de la presse.
1815. L'Imprimerie ci-devant Impériale est mise en régie. M. Anisson-Duperron, fils de celui qui avait péri sur l'échafaud pendant la
(i) Charles Stanhopc, membre de la chambre des Pairs, fut un partisan dévoué des idées libérales, et ne cessa de combattre les prétentions du parti aristocratique. En 1788, dans la discussion sur l'affaire de la régence ù l'occasion de la maladie du roi, il soutint (|u'en cas de vacance du trône les deux chambres avalent le droit et le pouvoir d'y suppléer d'après ce principe , que toute autorité juste et légitime ne peut dériver que^du peuple. Il se montra grand partisan de la révolution française, et lutta contre la partialité vénale d'Edmond Burke. j
En 1792 il défendit le fameux bill de la liberté de la presse. 11 s'opposa continuellement à la guerre contre la France. Dégoûté des affaires publiques , H s'adonna à l'amélioration de l'agriculture, aux travaux et inventions mécaniques jusqu'au 15 septembre 1816, Jour de sa mort. Sa fille, lady Eslher Stanhopc , a hérité de son père une véritable affection pour les Français, qu'elle accueillait avec une bienveillance toute particulière dans sa retraite du mont Liban, tandis qu'elle refusait de voir ses compatriotes. C'est à titre de Français et de typographe qu'elle voulut bien m'y accorder l'hospitalité en 1817. Je me félicite d'avoir siégé à l'Exposition de Londres, comme membre du Jury pour la typographie, avec son neveu lord Manon, petit-fils de lord Stanhopc. Il m'offrit obligeamment de me communiquer les nombreux papiers concernant la typographie laissés par son aïeul.
(2) Bans un banquet donné chez. Bensley pour l'Inauguration de celte invention, M. A. F. Didot félicita les deux inventeurs, dignes compatriotes de Gutenberg.
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révolution, est nommé régisseur pour son propre compte.
1817. Paraît la Lusiade (os Lusiadas de Louis de Camoëns) , nova ediçao correcta e dada a luz par don Joze. Maria de Souza liothelo, imprimée par Firmin Didot, grand in-4°. « Édition magnifique, exécutée aux fiais de M. de Souza , et enrichie de dix gravures , exécutées par les premiers artistes de Paris, et d'un beau portrait de Camoëns (l). »
Tous les dessins ont été faits par Gérard, ami de l'éditeur et de l'imprimeur. Firmin Didot avait retouché les poinçons, qu'il avait précédemment gravés, et donné des soins tout particuliers à la fonte et à l'impression. Toutes les épreuves furent relues par lui avec M. de Souza, son intime ami ; l'ouvrage n'a été tiré qu'à trois cents exemplaires; aucun d'eux u'a été mis dans le commerce. La même année Firmin Didot publia la Benriade , format in-4°, avec un commentaire de M. Daunou. Cette superbe édition, enrichie de dessins d'après Gérard , lut imprimée avec un soin extrême, sur du papier que MM. Montgollier d'Annonay, d'après l'invitation de M. Didot, fabriquèrent avec des cotons neufs, tels qu'ils arrivent d'Amérique.
1818. Introduction à Paris, dans l'imprimerie de MM. Didot, de la presse en fonte, dile Stanhope, qui remplace avec avanlage les anciennes presses avec jumelles en bois.
1818. Introduction en France du procédé de stéréotypage au moyen du moulage en plâtre inventé par lord Stanhope. Ce procédé, qui n'a rien de supérieur pour la netteté des empreintes à ceux de Firmin Didot et d'Héran , est moins dispendieux et d'un usage plus facile, ce qui le fit généralement adopter. Plus tard , vers 1846, on a tenté de substituer au plâtre des moules composés de deux feuilles de papier entre lesquelles est élendue une couche de blanc d'Espagne ; ces moules ou flancs s'enfoncent sur l'œil des lettres d'une page au moyen d'un frappage avec une brosse. Lorsque ces lianes ont été séchés sur la page môme dont ils ont pris l'empreinte, ils sont placés dans une boite que l'on plonge ensuite dans une chaudière où le métal est en fusion; mais le cliché qu'on en relire est moins parfait que par le moulage en plâtre.
1818. MM. Debure frères , libraires et savants bibliographes, publient le Catalogue de la Bibliothèque Maccarthy, si célèbre pour les incunables qu'elle possédait, et ou se trouvait le Psautier de Mayence de 1457,
(1) BauNET Manuel du Libraire.
« Lors môme que Firmin Didot n'aurait jamais exécuté d'autre livre que la Lusiade de Camoèns , son nom serait digne d'aller à la postérité avec celui de son frère. Le nombre des livres imprimés par les Didot est presque incroyable! » Diudin, Trentième lettre sur l'imprimerie • Crapclet 132t.
maintenant à notre Bibliothèque Nationale. M. Van Praet, son célèbre conservateur, en fit
l'acquisition au prix de 12,000 fr.
1819. Lois des 17-2G mai et 9 juin sur la
répression des crimes et délits commis par la presse. La première contient les dispositions pénales, la seconde règle le mode de procédure, la troisième est relative aux journaux et écrits périodiques, qui sont affranchis de toute censure préalable, mais obligés de fournir un cautionnement de 10,000 francs de renie pour les journaux quotidiens et de 5,000 francs pour les journaux périodiques. Le cautionnement dans les provinces est de 2,500 francs pour les villes de cinquante mille âmes, et de 1,500 francs pour les villes au-dessous. La moitié de ces rentes est exigée pour le cautionnement des écrits périodiques paraissant à des fermes plus rapprocbés.
1819.M. Mole, fondeur, présenteà l'Exposition une série considérable de caractères gravés par lui, parmi lesquels était un caractère arabe exécuté sous la direction de M. Langlès, orientaliste.
1819. Ambroise- Firmin Didot et Hyacinthe-Firmin Didot, qui secondaient leur père Firmin Didot depuis longtemps ( I ), deviennent ses associés pour la gravure et la fonderie en caractères, l'imprimerie, la librairie et la papeterie. Ils obtiennent des médailles d'or aux expositions de 1819, 1823, 1827, 1834 et 1839. L'aîné des deux frères ayantété nommé membre du jury de l'Exposition, leur établissement se trouva hors de concours en 1844 et en 1849.
1819. M. E. Lemaire commence la publication de la Bibliothèque Latine avec notes variorum et des index très-complets. Cette grande collection, à laquelle plusieurs savants distingués ont coopéré, forme 142 volumes. Elle a été imprimée par MM. Pierre et Firmin Didot et par M. Dondey-Dupré. Déjà en 1810 M. Firmin Didot avait commencé une semblable publication , interrompue par les événements politiques. Juvénal et Perse sont les seuls ouvrages qui aient paru alors.
1819. Introduction dans les ateliers de MM. Didot de la presse dite Columbian , inventée à Pbiladelpliie par George Clymer (2).
(i) Les premiers poinçons gravés par M. Ambroise- Firmin Didot datent de ibog. M. Hyacinthe- Firmin Didot, qui plus tard fut nommé titulaire de l'imprimerie du Mesnil, près de Dreux, s'occupait de la librairie, et secondait son père p'our ses impressions soignées, et particulièrement pour ses cartes géographiques. Le plus jeune des trois frères, M. Frédêric-Firmin Didot , fut associé avec ses frères pour la papeterie, et en 1027 il fonda à l'Isola dl Sera, dans le royaume de Naples, la première fabrique de papier continu , poujj laquelle un brevet fut pris à Naples au nom de MM. Firmin Didot et Lefèvre; la mort le frappa à l'âge de trente-huit ans, en \szn. A l'Exposition de 1334 il avait reçu , conjointement avec ses frères , la médaille d'or.
(2) Voy. Notice descriptive de la presse dite Co-
RAPlilE
Dana cette pressa le lyslème de la 1
remplacé pai one combinaison de 1 ajoutée au barreau.
1819. Invention dn rooale poljran K M. Henri Didot, qui obtient là médaille d'or.
1819. L'invention «h--, rouleaux <i,i aea\tgtàaekM.6atinal 1 < eatk la sollicitation de M.Chegaray,correi lourde M.Smilb, imprimeur à l'aria, qu'il CD rooleaux élastiques, fonnés d'une combinai* sucre et de gélatine, qui remplacèrent aussitôt avec, avantage pourl'impre - ion les rontaaui en peau de veau. L'usage en devint géoéi Fiance, en Angleterre et dans les autres pays
1820. M. r/tompson, habile graveur sui bois, exécute avec un talent remarquable des mgnettes supérieures à ce qui a\ ait été loi jusqu'alors en France. Parmi les nombreux artistes français qui se sont formés a son et "le, M. Godard, d'Alençon, s'est distingue l'un des premiers.
1820. Le baron Taylorfoli paraître le premier volume d'un immense monument national, dont il a déjà paru vingt volumes in-P', ornés d'un nombre infini de planches lithograpliiées, représentant tous les monuments de la France. Ce vaste recueil, intilulé : Voyage pittoresque et romantique dans l'ancienne France, par MM. Nodier, Tayloret Cailleux, imprimé par Didotaine, Jules Didot et Firmin Didot, formera au moins 40 volumes.
1820. La Société des Bibliophiles Français commence à imprimer chez Firmin Didot son recueil des petites pièces que chaque bibliophile doit faire exécuter à tour de rôle. Les six volumes dont il se compose ont été lermiues en 1829.
1822. M. Pinard, qui s'était distingué à Bordeaux comme imprimeur, graveur et fondeur en caractères, et qui s'était formé à l'école de M. Firmin Didot, transporte son établissement à Paris. L'édition du Temple de Guide, in-f°, commencée par lui à Bordeaux , peut se placer à côté des chefs-d'œuvre de la typographie française.
1823. La première presse mécanique, construite en Angleterre par MM. Applegath et Cowper, est importée d'Angleterre pour imprimer en France le Magasin Pittoresque.
1823. M. Jules Didot, fils de Pierre Didot, présente à l'Exposition une édition in-f°des FablesdePhèdre, imprimée sursatin, et autres ouvrages parfaitement exécutés avec de nouveaux caractères gravés sous ses yeux et fondus chez lui. Toute ses éditions sont remar-
I.UMB1AN, inventée par Geo,rge Clymer ,- Paris, Firmin Didot, iai9, ln-4°.
(l)M.Gannal s'était occupé depuis longtemps de la fabrication de la colle à bouche, qui consiste en un mélange de sucre et de colle forte ou gélatine.
quables par la beauté de leur exécution. La médaille d'or lui est accordée.
1823. MM. Paul Dupont, Gautier- Laguyonie et Middendorp présentent à l'Exposition une presse mécanique à un seul cylindre pouvant tirer environ deux mille feuilles à l'heure.
1823. Par une ordonnance du 23 juillet l'Imprimerie Royale est remise en régie pour le compte du gouvernement.
1824. M. Jules Renouard succède à son pèrp, dont il continue les belles publications. Il est nommé juge au tribunal de commerce. Son frère Paul Renouard avait été nommé imprimeur en 1823.
1825. M. Brun, compositeur chez M. Firmin Didot, et ancien imprimeur à Nantes, publie un petit chef-d'œuvre typographique intitulé Manuel pratique de la Typographie française. On a remarqué qu'aucun mot n'a été divisé à la fin des lignes dans tout le cours de l'ouvrage.
1825. M. Henri Fournie)', élève et proie chez MM. Firmin Didot, puis imprimeur à Paris, publie un Traité de Typographie qui contient de bonnes instructions pratiques. Mais cet art fait tant de progrès, qu'une partie des préceptes qu'il donne est déjà tombée en désuétude. L'impression qu'il a faite des fables de La Fontaine illustrées par Grand ville est remarquable.
1825. M. Marcellin Legrand est choisi pour graver les nouveaux types de l'Imprimerie Nationale. Successeur et élève de M. Henri Didot , son oncle, il dirige avec succès la Fonderie Polyamatype.
1826. M. Firmin Didot, député d'Eure-et- Loir, dans la séance du 16 avril s'exprime ainsi, au sujet de la pétition du sieur Cordier, imprimeur à Paris, qui demandait à la chambre législative le rétablissement du jury poulie jugement des délits de la presse :
« Dans des temps voisins de la barbarie, les « imprimeurs jouissaient, de droits extraordi- « naires, de prérogatives, de privilèges; ils « étaient exempts du logement des gens de « guerre , de la garde de la ville , à moins d'un « péril imminent; enfin leur profession était sé- « parée des arts mécaniques. Aujourd'hui, dans « un siècle de> lumières , les successeurs de ces « anciens typographes, qui voyaient à demeure « dans leurs établissements les savants de pre- « roier ordre, je dirai même de la plus haute « naissance, Casaubon, Érasme, Mélanchton, « Lascaris, les successeurs des Aide, des Estienne, « desRichardson, des Franklin, des Gessner,de- « mandent à être mis au niveau de tous les ar- « lisans.
« Messieurs, ce sont les lois qui font les hom- « mes. Que les lois cessent enfin de traiter en « ennemis, d'entourer de pièges, de terreurs, « de châtiments les typographes, dont l'état « n'est pas sans quelque dignité; leurs presses « repousseront non point sans doute l'écrit
« courageux qui dénonce les abus, mais tout ce « qui serait hostile envers un gouvernement <• protecteur, qui conserve les droits de tous. On « obtient très-peu des Français par la menace ; « on en obtient tout par une noble confiance. »
1826. M. Hachette (£.- T.- C), ancien élève, de l'École Normale, est nommé libraire; en 1837 il a été nommé imprimeur et peu après libraire de l'Université.
1827. Les caractères appelés microscopiques, gravés et fondus par M. Henri Didot, à l'âge de soixante-six ans, paraissent pour la première fois dans l'édition des Maximes de La Rochefoucauld, petit in-64, imprimé par Didot jeune, frère de Henri Didot.
Jamais dans aucun pays rien de semblable n'avait été exécuté, à beaucoup près. C'est un chef-d'œuvre de gravure, et la perfection de la fonte de ce caractère, qui n'a que deux points et demi, est due au moule polyamatype de l'invention de M. Henri Didot.
1827-42. L'ouvrage de M. J. M. Quérard intitulé : La France littéraire, ou Dictionnaire bibliographique des savants, historiens et gens de lettres qui ont écrit en français, plus particulièrement pendant les dix-huitième et dix-neuvième siècles , 10 volumes in-8°, est publié par MM. Firmin Didot frères, qui jugèrent qu'un ouvrage aussi complet serait utile aux bibliographes, aux bibliophiles et aux libraires. Il en existait de semblables en Angleterre et en Allemagne; il était désirable que la France publiât un travail aussi exact et aussi utile.
1828. Loi du 18 juillet. Elle veut que le gérant d'un journal présente une véritable responsabilité •. à cet etfet le gérant devra avoir la signature sociale et posséder en son propre nom un quart du caulionnement(l).
1828. Ordonnance qui limite à deux le nombre d'exemplaires que les imprimeurs sont tenus de déposer.
1829. M. Duverger expose ses premiers essais du polytypage appliqué à l'exécution de la musique.
1829 ( 29 décembre). M. Ambroise-Firmin Didot est nommé imprimeur du roi; c'est le dernier brevet accordé.
1829-34. Le libraire Techner fait paraître un recueil précieux , imprimé seulement a soixante-seize exemplaires, intitulé Joyeusctez, facéties , et folastres imaginations de Caresme-prenant , Gauthier Garguille , Guillaume Gorju , Roger Bontemps , Turlupin , Tabarin, Arlequin, Moulinet, reproduisant en 16 voî. in-Ki des ouvrages devenus très-rares. Le Manuel de M. Grunet, p. 738, t. H, décrit chaque volume.
1830. M. Duverger prend la direction de l'Imprimerie Royale, le 29 juillet 1830.
(0 Cfctle disposition est encore en vigueur.
TYI»0(;ilAI'lllK
1830 (30 juillet). Quelques ouvriers pressici s et quelques ouvriers mécaniciens employés à la construction des mécaniques, les uns par égarement ou enivrement, les autres par un calcul plus personnel et plus coupable, s'introduisirent violemment dans les imprimeries de MM. Laclievardière, Tillard, IIuzard, etc., età l'Imprimerie Royale, où, par un abus odieux de la force brutale, ils brisèrent les macbines à imprimer. On ne saurait trop déplorer qu'en Fiance, dans un siècle de lumières, un pareil acte de barbarie ait été commis et soit resté impuni , et on devait croire qu'il ne se reproduirait plus; mais malheureusement le 2G février 1848 il s'est renouvelé dans des circonstances entièrement analogues. Il n'est pas moins regrettable que le parti conservateur, autrement dit de l'ordre , se laissant emporter par la passion du moment, ait commis en juin 1849 des excès, moins graves dans le lait, mais non moins condamnables en principe, lorsque, pénétrant en vertu d'un mandat dans les imprimeries de MM. Baulé et Proux, les casses remplies de caractères furent bouleversées ainsi que les formes qui avaient servi à composer des journaux de l'opposition la plus avancée : tant la passion peut aveugler même des hommes éclairés et les porter à des excès aussi irréfléchis contre des caractères, qui ne sauraient être responsables des opinions des hommes, puisque dans les mêmes lieux ils servaient à l'impression d'écrits conformes à celles des assaillants.
Espérons que cette persécution contre les presses et les caractères, objets matériels par lesquels les idées s'expriment, ne se reproduiront jamais en France. A des époques d'ignorance et de fanatisme on pendait et on brûlait ies auteurs, les imprimeurs et les libraires; dans la première moi lié de ce siècle on a brisé les presses , puis détruit les caractères ; la seconde moitié doit se borner à combattre les idées par les idées, l'erreur par la vérité; mais, hélas!
L'homme est de glace aux vérités,
11 est de feu pour le mensonge.
1830 (31 juillet). Les ouvriers de diverses imprimeries de Paris placardèrent cet avis, qui les honore :
PROTESTATION DES OUVRIERS DE TARIS CONTRE LES FOMENTATEURS DE TROUBLES.
« Nous, soussignés, ouvriers des divers ateliers et manufactures de Paris,
« Reconnaissant que la destruction des machines et des mécaniques entraînerait infailliblement la ruine du commerce, source de notre gloire nationale; qu'il n'y a que des traîtres à la patrie capables de nous insinuer de si perlides conseils :
« Déclarons protester hautement contre toute action dont le but serait d'attenter à la propriété de qui que ce soit, voulant conserver intact
l'honneur que noue avoue acquit eu par la force l'odleui deepotiamii, etc • Suivent U ■ ignaluret.
Quelques jours aprèe de noo?< Lion* parmi lei ouvrier! impria* troublé Paria et inspiré dei inquiet i que le constate le Moniteur, M. i irmioOidol publia l'avis suivant •.
Fihmin Didot, ancien typographe, aua ancien* compagnon
« Mes amis,
« Vous m'avez vu, chez mon père, taire l \i|> prentissage dans toutes les partie* de la typographie, soit comme graveur el f leur en caractères, soit comme compositeur et premier, soit comme libraire. Ouvrier ou chef d'établissement, je vous ai estimés; et je puis dire que vous-mêmes estimez et aimez mes (ils, qui ont suivi mon exemple. J'ai donc !<■ droit de vous parler librement en cette circonstance.
« Quelques ouvriers ont, dans des jours de gloire pour leurs camarades, brisé ou dit. ■■ des presses mécaniques , soit dans rétablissement de l'Imprimerie Royale, soit dans des maisons particulières. Ils n'ont eu, sans doute, d'autre intention que de s'assurer du travail. Nous allons voir s'ils ont bien calculé, et s'ils calculent bien en vous détournant vous-mêmes de vos travaux et en vous faisant participer à des rassemblements qui ne sont pas coupables, mais qui troublent le repos public :
« i° Vos rassemblements excitent de l'inquiétude parmi les citoyens. Les libraires, dont le commerce a surtout besoin de calme, d'ordre cl de confiance, suspendent les travaux dont ils avaient chargé les imprimeurs.
« 2° Si la France n'avait pas de presses mécaniques, tandis que les peuples voisins et la Belgique conserveraient les leurs, nos voisins et la Belgique s'empareraient de presque tout le commerce de la librairie française, et leurs ouvriers seuls travailleraient.
« 3° Ce ne serait pas seulement à eux-mêmes que les ouvriers pressiers auraient fait du tort . ils auraient ruine les ouvriers compositeurs, les graveurs elles fondeurs en caractères, les assembleurs, les brocheurs et les relieurs. Us auraient ruiné dans toute la France les fabricants de papier.
« »° En empêchant les journaux de paraître, vous jetez l'alarme dans les départements. I.cs journaux ne doivent s'imprimer que tard dans la nuit, et se distribuer à la pointe du jour : par conséquent les presses mécaniques sont indispensables à ceux qui sont tirés en grand nombre. Je sais lotit ce que vous pouvez dire sur les triples et quadruples compositions de ces journaux ; mais généralement les presse mécaniques ont plutôt accru que diminué les t rivaux des ouvriers compositeurs. Ce n'est que par elles seules que nos journaux vont atteindre bientôt l'énorme dimension des journaux de l'Angleterre.
« s0 Les ouvriers pressiers, dont le nombre d'ailleurs est triple de celui qui existait dans ma jeunesse. et le double de ce qu'il était du temps de Napoléon ( si toutefois quelques-uns d'entre eux ont contribue ù la destruction des presses mécaniques ), ont commis, j'ose le dire, une mauvaise action; ils n'ont pas réfléchi qu'en détruisant les presses mécaniques ils détruisaient les instruments qui doivent servir i propager, pour un prix très-modique, l'instruction du peuple français.
« Restez donc, mes amis, dans vos ateliers : c'est le seul moyen défaire renaître la confiance si nécessaire aux entreprises de la librairie cl
aux ' travaux de l'imprimerie; songez que si chacun est libre de travailler quand bon lui semble, nul n'a le droit d'cmpécher les autres de travailler.
« Au reste, confiez-vous à la sagesse du roi , et à son amour pour le peuple français.
« Firmin Dinor, député d'Eure-et-Loir.
« 4 septembre t83u. »
1S30 (14 août). La Charte constitutionnelle porte, art. 7 : « Les Fiançais ont le droit de publier et de faire imprimer leurs opinions en se conformant aux lois. La censure ne pourra jamais être rétablie. »
1830. La place de directeur de l'imprimerie Royale ayant été proposée à M. Firmin Didot père, membre de la chambre des dépulés, par M. Dupont de l'Eure, alors ministre de la justice, M. Firmin Didot répondit à cette offre par la lettre suivante :
« Mon honorable collègue,
'< J'accepterai la place de directeur de l'Imprimerie Royale aux conditions suivantes :
« 1° Qu'il sera rendu par degrés, et le plus tôt possible, aux imprimeurs de Paris et des départements toutes les impressions qui, sans nuire à la sécurité du gouvernement, doiventappartenirau commerce, et lui ont appartenu;
« 2° Que je puisse m'adjoindre quatre commissaires de mon choix pour celte opération, qui doit être faite avec justice sous tous les rapports;
« 3° Qu'il sera livré à un prix modéré, à tous les imprimeurs de France qui en feront la demande , des fontes de caractères orientaux et étrangers;
« 4° Que je ne recevrai point de traitement.
» Je vous salue avec la plus haute estime et la considération que vous méritez.
« Firmin Didot, député d' Eure-et-Loir.
o 9 août 1 830. »
1833. Une commission est nommée au ministère de l'intérieur pour aviser aux moyens de supprimer les succursales d'imprimerie , nuisibles à l'ordre public aussi bien qu'à la propriété privée.
1834. Paraît le premier volume du Trésor de Numismatique et de Glyptique, ou Recueil général des médailles, monnaies, pierres gravées et bas-reliefs, etc., gravé d'après le procédé de M. Ach. Collas. Par ce procédé, qui est un perfectionnement du tour à guillocher ou tour à portrait ', les objets sont reproduits identiquement par des lignes plus ou moins profondément accidentées gravées sur une plaque en cuivre par la pointe du burin, qui s'y enfonce plus ou moins d'après la saillie plus ou moins grande qu'offre les objets avec lesquels elle est mise en rapport; d'où résulte des elfets d'ombre tellement identiques à l'objet même, qu'à une certaine distance on croit le voir lui-même reproduit sur le papier par l'impression.
l*3i. M. Marcellin Legrand expose ses
premiers essais d'un caractère chinois, dont il a le courage d'entrependre la gravure à lui seul. « Et d'abord, afin d'éviter la gravure de 30,000 caractères chinois il s'inspire du système proposé par Marsham, et décompose les 30,000 caractères chinois, qui forment le Dictionnaire Impérial, pour ne trouver que 9,000 poinçons nécessaires. Ensuite, pour faciliter aux compositeurs la recherche de ces 0,000 caractères, il introduit dans le moule de la lettre, et sur la tige de la lettre, au moment de sa fonte, un numérotage qui permet de composer du chinois avec des chiffres, sans même connaître les lettres de celle langue. » Rapport du Jury.
1834. M. Antoine-Augustin Renouard, libraire instruit, éditeur habile et bibliographe non moins consciencieux que persévérant, donne la troisième édition de ses Annales de l'imprimerie des Aides , ou Histoire des trois Mamices et de leurs éditions (1), 1 vol. grand in-8°, dont M.Paul Renouard, son deuxième fils, est l'imprimeur, et M. Jules Renouard, son fils aîné, est le libraire.
Pour exécuter un pareil ouvrage, il fallait le concours de conditions qui se sont heureusement rencontrées en M. Antoine Renouard. La date des éditions prouve que trente etunansse sont écoulés entre la première et la dernière. Or la première édition était le résultat d'un long travail exécuté par M. Renouard sur les éditions mêmes des Aides, qu'il possédait toutes dans sa riche bibliothèque, avantage aussi rare qu'indispensable pour obtenir l'exactitude rigoureuse qui rend cet ouvrage un livre aussi précieux qu'exceptionnel. 11 fallait à sa passion pour les Aides unir la passion de la bibliographie et celte longue persévérance durant une carrière non moins longue qu'honorable (2).
Celte édition a été tirée seulement à trois cent cinquante exemplaires.
1S34. M. Duverger, imprimeur à Paris, expose les résultats de son nouveau système pour exécuter typographiquemcht la musique. Le procédé consiste à mouler dans le plâtre les pages composées en caractères mobiles qui ne contiennent que les notes et les portées. Le tracé des lignes est fait ensuite dans ce moule en plâtre par un procédé mécanique , en sorte que le cliché que l'on retire du moule ainsi complété donne à la fois réunies les notes, les portées et les lignes exemptes de la brisure qui se fait toujours remarquer dans la musique exécutée par les anciens procédés.
(0 La première édition parut en irtos, 2 vol. in-8°, cl un volume supplémentaire fut publié en isi-2.
La seconde édition parut en isï::, en 3 vol. in-8°, avec portraits et fac-similés.
(•2) M. A. A. Renouard, ne en I7CS, retiré à Abbcvillc, où il a transporté sa belle et nombreuse bibliothèque , a maintenant atteint sa quatre-vingt-sixième année.
1834. M. Éveral, qui avait succédé à son père, imprimeur instruit, présente a l'Exposition de beaux ouvrages , où les gravures en bois sont tirées avec un soin remarquable. Paulet Virginie, qu'il imprima pour M. Curmer, est le premier livre qui ouvre avec éclat la nouvelle industrie des livres dits illustrés. 1834-39. MM. Gaumc frères, libraires à Paris , l'ont paraître une édition des Œuvres complètes de saint Jean Chrysoslôme, format grand in- 8°, à deux colonnes, grec et latin. MM. Dubner, Fix et Sinner ont donné dessoins à cette belle et correcte édition, dont les premiers volumes ont été détruits dans l'incendie des vastes magasins de la rue du Pot-de-Fer, où fut consumée une masse énorme de livres imprimés, que plusieurs libraires y avaient mis en dépôt.
1 835. Loi du 9 septembre. Pour la répression des crimes, délits et contraventions de la presse :
Art. I. Toute provocation tendant à compromettre la sûreté de l'État sera punie de la détention et d'une amende de 10,000 à 50,000 francs.
Art. 2. L'offense au roi est punissable des mêmes peines. Dans l'un et l'autre cas les coupables pourront être déférés à la chambre des pairs.
Art. 13. Le cautionnement d'un journal quotidien sera de 100,000 francs, de 75,000 s'il ne parait que deux fois la semaine, et de 50,000 francs s'il ne parait qu'une fois la semaine.
Art. 15. Chaque gérant responsable d'un journal ou écrit périodique devra posséder en son propre et privé nom le tiers du cautionnement.
Art. 18. Tout gérant sera tenu d'insérer en tête du journal les documents officiels, renseignements et rectifications qui lui seront adressés partout dépositaire de l'autorité publique, sous la seule condilion du payement des frais d'insertion.
1835. M. Terzuolo (F.- Paulin), imprimeur instruit et passionné pour son art, est inventeur d'une presse mécanique à platine d'un système' ingénieux, pour lequel il est breveté, ainsi que pour un moule mécanique fondant vingt-cinq lettres à la fois. Sa pressée tiroir, fonctionnant avec un seul ouvrier, est en activité depuis neuf ans.
1836 ( 24 avril ). Mort de M. Firmin Didot, à la papeterie du Mesnil. M. Hyacinthe- Firmin Didot, son second fils, est nommé titulaire de l'intéressante imprimerie du Mesnil , où de jeunes fdles composent les ouvrages grecs et- latins de la librairie de MM. Firmin Didot frères (I).
(i) En 1831 M. Rignoux, l'un de nos plus habiles Imprimeurs de Paris, avait tenté d'établir à Montbar une imprimerie cornposéede jeunes filles; mais, malgré le talent et le zèle de M. Théotiste I.efèvre, à qui la direction de cet établissement fut confiée, il ne put réussir. Par sa persévérance et ses connaissances pratiques M. Letévre parvint à surmonter plus tard dans
RAPIHE
1836. M. lin iitrc, uabïlegrdTI ,,r ,,,, |K)1.
est chargé par l'Imprimerie Nationale de l'illu»iration de Y Histoire du Mongol* etd'aolraa ouvrages, dont les planches aool fort bien exécutées.
is:;c. m. Delalain (J»
père comme Imprimeur-libraire En réimprime le traité de Henri Eatieane Intitulé De la Précellence du Langage Français, publié par M. Léon Fengère, avec de et une étude sur Henri Estienne.
1838 (25 juin). Rapport de la eommiatioa nommée par rassemblée des imprimeins pow l'établissement d'une chambre des imprimeurs (I).
1838. M. Alkan aîné, zélé typographe et proie chez M. Vinchon, commence la publication de ses Annales de la Typographie, recueil con» tenantdes renseignements utiles. Cette publication fut interrompue en 1840, malgré lecourage de l'auteur. « Pour l'empêcher de succomber, dit-il, je m'étais proposé de nie mettre à une casse et de le composer moi-même. » Il est regrettable que M. Alkan n'ait pu trouver les encouragements que méritait cette entreprise.
1839. M. Silbermann, à Strasbourg, présente à l'Exposition des impressions polychromes exécutées typographiquement , et avec succès. Les effortsdeM. Silbermann furent recompensés à l'Exposition de 1849, où la médaille d'or lui fut décernée.
1839. MM. Lacrampe et compagnie s'établissent en association, composée de dix-neuf ouvriers. Ces imprimeurs habiles, laborieux et probes, mirent en commun leurs économies, et élurent l'un d'eux pour chef. Les travaux furent considérables, et ils les exécutèrent parfaitement. Mais , malgré tons les elforts , même désintéressés, des associés le résultat commercial fut désastreux.
Vers la même époque une autre .société d'ouvriers typographes, sous la raison sociale François et compagnie, se forma pour exploiter une imprimerie alors connue sous le nom des Dix. Au bout de trois ans ils turent obligés de vendre leur matériel et de liquider.
1839. Mayence élève un monument à Gulenberg. La statue, chef-d'œuvre du sculpteur Thorwaldsen, auquel Mayence accorda le droit de bourgeoisie, fut coulée à Paris, chez Cro/.alier. Un des bas-reliefs représente le moment de l'invention : Gutenberg est assis devant une table couverte de types et de caractères ,
l'établissement de MM. Didot des difficultés qui auraient découragé le zèle de tout autre. M. Crète dans son imprimerie à Corbeil a obtenu quelque succès de l'emploi des femmes pour la composition. Voyei Etudes pratiques sur lu Typographie, par Crapelct,
p. 2SG.
(I) Sont nommés : Amliroise-l'irmin Mulot prrsident;G. A. Crapelct vice-presideut ,■ H. Pourpier secrétaire.
Schœffer, son collaborateur, reçoit de ses mains une matrice, emblème de l'art d'imprimer avec des lettres mobiles.
Une inscription porte ces mots :
■< En l'année 1837 les habitants de Mayence ont érigé ce monument à J. G.
Gutenberg, leur compatriote, avec l'argent recueilli dans toute l'Europe.
Une autre inscription porte :
« Cet art , inconnu aux Grecs et aux Romains, l'esprit inventif d'un Allemand l'a trouvé. Maintenant, grâce à lui, les travaux du génie des anciens et des modernes sont devenus ^héritage de tous les peuples. »
De nombreuses députations envoyées des diverses villes de l'Europe assistèrent à cette; fête, animée par les chants et les fanfares.
1840. M. E. Duverger fait paraître son Album typographique, ou Histoire de V Imprimerie parles monuments, exécuté à l'occasion du jubilé européen de l'invention de l'imprimerie. Cet ouvrage contient les fac-similés de premières éditions, des gravures, camaïeux et un aperçu donnant des idées nouvelles sur "origine de l'imprimerie.
1840. Publication d'une note (1) pour une imprimerie composée de quatre presses et d'une mécanique, dont la conclusion porte :
<t Un imprimeur qui travaille à 50 pour 100 et à terme, est sûr d'une ruine inévitable; elle sera plus ou moins prompte, en raison des capitaux qu'il peut avoir à perdre ou des faillites qu'il aura à essuyer. »
Cette note fut réimprimée en 1841 par M. Paul Renouard. Deux commissions nommées pour examiner les calculs sur lesquels cette assertion est fondée ne purent ni l'une ni l'autre en contester l'exactitude (2).
(l) Par M. Ambroise-FIrmin Didot, président de la chambre des imprimeurs.
(s) Jusqu'à la chute de l'empire l'imprimerie avait maintenu l'usage, fondé sur une longue expérience, de prendre pour base du prix d'impression la somme payée aux ouvriers compositeurs et pressiers par le patron, ou maître imprimeur, en ajoutant: i° unesomme égale à la moitié de ce prix (soit so pour 100) comme l'équivalent des déboursés, consistant en usure de caractères, encre, lectures d'épreuves, travail d'ouvriers dits en conscience, chargés de maintenir en ordre les nombreux caractères d'une imprimerie, revision des tierces, loyer, etc., etc.,enlin cette multitude de faux frais, parmi lesquels figurent la soie, le parchemin et les Manchets en drap, dont l'ensemble est désigné en Imprimerie par le nom ù'étof/es ,- 2° une somme égale au quart du prix payé aux ouvriers compositeurs et pressiers (soit m pour ioo) a titre de bénéfice.
C'était sur celte somme dite bénéfice que le maître imprimeur prélevait l'escompte des règlements à long terme que lui faisaient les libraires pour les étoffes seulement; car aucune somme n'était alors déboursée par le maître imprimeur pour la paye des ouvriers, puisque chaque samedi c'était le libraire qui fournissait à l'imprimeur les fonds nécessaires pour solder le travail hebdomadaire.
1840. Le quatrième anniversaire séculaire de l'invention de l'imprimerie est célébré à Strasbourg avec grande solennité. La statue de Gutenberg y est inaugurée. Il est représenté debout, auprès d'une presse et tenant dans ses mains la première épreuve qu'il vient de tirer; on y lit ces mots : Et la lumièrefut.
1840. M. Silbermann publie à l'occasion de l'inauguration de la statue de Gutenberg un Album typographique présentant l'ensemble des progrès de l'art depuis quatre cents ans.
1842. M. J. Charles Rrunet donne la quatrième édition du Manuel du Libraire et de l'Amateur de Livres. Le mérite de celte nouvelle édition, considérablement accrue, est attesté par l'estime dont les éditions précédentes ont joui. Le dernier volume contient une table considérable , présentant dans un ordre méthodique le titre des trente-deux mille ouvrages décrits pour la plupart dans le dictionnaire. L'exactitude scrupuleuse de M. Brunet, l'ordre qu'il a adopté pour sa Table méthodique, ses notes descriptives et l'indication du prix des livres recommandent cet ouvrage, dont l'impression, exécutée chez MM. Maulde et Renou, est belle et correcte.
1843 (28 août). Convention entre la France et la Sardaigne pour la reconnaissance réciproque du droit de propriété littéraire :
« La reproduction ou la contrefaçon, dans l'un
En s'écartant de ces sages principes les ruines ont succédé rapidement aux ruines, et l'imprimerie a vu disparaître successivement les anciennes familles qui tenaient autrefois à honneur de transmettre de père en fils l'exercice de leur profession. Sans vouloir inscrire ici le nombreux martyrologe des imprimeurs victimes de l'abandon d'un usage séculaire, il .me suffira de citerce passage du rapport du Jury de l'Exposition de 1849 :
« Sur quatre-vingts imprimeurs , tl n'en existe plus aujourd'hui.que huit qui aient succédé à leur père. La pétition adressée en Janvier 1847 à M. le ministre de l'intérieur, par la chambre des imprimeurs , signale cet autre fait, non moins remarquable : — « De isio a 1830 une seule faillite d'imprimeur ; de i8jo à la fin de 1815 quarante-sept faillites,, avec un passif de sept millions, figurent au greffe du tribunal de commerce ; un nombre au moins égal d'autres établissements d'imprimerie ont liquidé sans l'intervention de la justice consulaire et d'une façon plus ou moins honorable, plus ou moins funeste à leurs intérêts et â ceux de leurs créanciers. » p
Lorsqu'on voit les brevets de diverses industries qui ne se rattachent en rien aux spéculations intellectuelles , tels que ceux des fartcurs de la halle aux grains ou à la volaille , ceux du marché aux poissons, au beurre et aux œufs, s'approcher, les uns du prix de cent mille francs, et les autres le dépasser du double, et que les charges de notaire et d'agent de change ont quelquefois atteint un demi-million, on s'étonne que les brevets d'imprimeur, dont la valeur élait encore en isno de vingt ù trente mille francs, soient maintenant tombée â huit et à dix mille francs, ce qui est l'équivalent de l'indemnité payée aux imprimeurs supprimés par le décret du io février isio ( 4,000 fr. en espèces, et une perteau inoins égale sur la valeur du matériel acquis forcement ).
des deux États, d'ouvrages publiés dans l'autre Étal , est assimilée à celle des ouvrages qui auraient été originairement publiés dans l'État même.
« Quanta la traduction, l'auteur devra notifier au public qu'il entend le traduire lui-même. Celle traduction devra être publiée dans le délai d'un an, à partir de la publication du texte original.
« Les traductions d'ouvrages publiés hors du territoire des deux États sont assimilées aux productions originales, excepté si ces traductions sont faites dans une langue qui ne serait pas celle de l'un des deux Étals.
« Les contrefaçons seront punies conformément à la législation en vigueur dans chaque Élat.
« La présente convention est faite pour six ans, et restera en vigueur d'année en année après ce terme, si l'une ou l'autre des parties ne les a pas simultanément dénoncées. »
La convention supplémentaire du 22 avril 184G porte :
« Le droit de propriété littéraire est fixé respectivement pour les auteurs à leur vie entière, et pour les héritiers à vingt années à dater du décès des auteurs. Le droit de' propriété est constaté par la date du dépôt officiel.
« Les articles extraits des journaux pourront être réciproquement reproduits, pourvu que l'origine en soit indiquée, excepté toutefois les articles dont les auteurs auront déclaré qu'ils en interdisent la reproduction. »
1844. MM. Younget Delcambre présentent à l'Exposition un clavier mécanique destiné à remplacer le travail manuel de l'ouvrier compositeur. Cette ingénieuse machine offre de telles difficultés dans l'application, qu'elle n'a eu jusqu'à ce jour aucun résultat pratique. La médaille d'argent est accordée aux inventeurs.
1844. MM. Andrew, Best et Leloir, graveurs sur bois, reçoivent la médaille d'or comme récompense de leurs nombreux travaux et des progrès dont cet art leur est redevable.
1844. M. Tissier expose des gravures exécutées sur pierre au moyen d'un procédé qui a beaucoup d'analogie avec celui que Sénéfelder avait indiqué et que MM. Duplat et Girardet avaient mis à exécution avant M. Tissier. Il consiste à obtenir sur pierre en relief les tailles que la gravure en taille-douce donne en creux. En sorte que ce sont les parties qui dans la taille-douce étaient préservées par le vernis, qui sont au contraire dépourvues de vernis, afin qu'étant mordues par les acides, le trait fait au vernis soit préservé contre leur action. Le relief devient d'autant plus saillant qu'on a fait mordre la pierre plus profondément par l'acide.
1844. M. Marcellin Legrand obtient la médaille d'or à l'Exposition, comme récompense du grand travail exécuté à lui seul et par son procédé, au moyen duquel sont imprimés,
même b. Macao età Ning-Po, des livres < iiinuu avec le \c*.
1844. M. t.. Duverget obtient i
d'or à l'Exposition ; 1° pour !
procédé* d'impression de l • i typographie; '>." pour de nouvelles • graphiques d'après on proeédé rt< Mo invention , qui consiste a ioi • une table de plomb des filets leès-minees en cuivre, lesquels il dessine les (uni., m et des lleuves, puis il applique là 00 il vient de petites pièces clicbi pot tant le nom des villes et des paj s , < es mots, qu'on peut ployer, ne tiennent pas plu place qu'ils n'en occuperaient sur les plan entaille-douce. On les soude ensuite sut tables de plomb , qui peuvent s'imprimer à la presse mécanique.
1845. L'Imprimerie Royale publie son Spécimen Typographique , véritable chef-d'œuvre, où brille sa richesse en types orientaux. Il offre cent dix caractères en langues diverses.
1847. M. Paul Dupont reproduit par son procédé de la litho-typographie un volume in f° de 966 pages, qui est le fac-similé exact el identique du tome 13 île la collection fiction Gallicarum et Franciscarum Scriptores, publiée par les bénédictins et continuée par l'Institut. Ce treizième volume, détruit pendant la révolution, rendait incomplet un grand nombre d'exemplaires decettecolleclion, rare que précieuse. M. Dupont a appliqué son procédé à beaucoup d'ouvrages qu'il a ainsi complétés.
1847. Fondation de la Société fraternelle des Proies des imprimeries typographiques de Paris, autorisée par une décision de M. le ministre de l'intérieur en date du 17 mai 1S17.
1848 (1er mars). M. Paguerre, libraire, est nommé secrétaire général du gouvernement provisoire.
1848 (6 mars). Abrogation de la loi du 9 septembre 1835, relative aux crimes et délits commis par la voie de la presse, et décret de l'Assemblée Nationale qui fixe le cautionnement des journaux politiques quotidiens à 24,000 fr. (1).
1848. Ala suite des événements politiques de février 1848, l'émission d'un grand nombre de billets de cent francs fut jugée indispensable. La Banque en confia l'exécution à .M .M. Firmin Didot frères, qui durent les exécuter en toute hâte, jour et nuit, en y affectant toutes leurs presses. Ils appliquèrent avec succès la galvanoplastie pour reproduire proniptement en cuivre certaines parties des anciens billets dont la gravure aurait exigé plusieurs mois.
M. Hulot, habile artiste, à la fois mécanicien
(0 Celte disposition est encore en vigueur.
et chimiste, attaché à l'hôtel des monnaies de Paris, parvint, après deux mois de travail, à obtenir par la galvanotypie la reproduction de diverses parties des anciens billets de banque et à en reconstituer plusieurs exemplaires en métal plus dur que le cuivre. C'est sur ces planches que sont imprimés aujourd'hui à la Banque de France les billets de cent francs.
Ce procédé, déjà mis en pratique en Angleterre, en Allemagne et en France pour la reproduction des matrices des caractères, a été perfectionné par M. Hulot. A l'Exposition de 1849 cet habile artiste a montré reproduites sur une seule planche en métal , beaucoup plus dur que le cuivre, trois cents figures offrant la répétition d'une tête gravée originairement en acier; en sorte que d'un seul coup la presse typographique imprime ces trois cents figures servant de timbre-poste.
Ce qui distingue particulièrement le procédé de M. Hulot, c'estqu'il reproduit et multiplie identiquement le poinçon même sans qu'il en résulte aucun retrait, aucune altéralion. Ce poinçon peut être en acier, en cuivre, plomb ou matière quelconque. Ainsi se trouve remplacé avantageusement le procédé inventé par Perkins , qui obtenait sur une plaque de cuivre , au moyen d'une molette en acier trempée, la reproduction de l'objet gravé sur cette molette, mais l'impression ne pouvait être exécutée qu'en tailledouce.
1848. Par l'arrêté du pouvoir exécutif du 26 juin,
« Les journaux la vraie République , l'Organisation du Travail, la Révolution, la Presse (I) , /' Assemblée Nationale , le Napoléon républicain , le journal de la Canaille, le père Duchesne , le Pilori , le Lampion et la Liberté cesseront immédiatement de paraître. Les scellés seront apposés sur les presses servant à imprimer les journaux sus-désignés.
« Le chef du pouvoir exécutif, « Le général Eugène Cavaignac. »
1849. Une médaille d'argent est décernée à M. Bailleul, président de la Société des Proies. Parmi les ouvriers qui secondent les chefs d'établissement , il en est peu qui méritent une distinction toute particulière autant que les contre -maîtres d'imprimerie nommés protes, d'un mot grec qui signifie premier, parce qu'ils sont en effet les premiers au travail, comme ils le sont aussi parleur intelligence; en effet, c'est toujours parmi les plus habiles ouvriers et les plus instruits, les plus probes et les plus dévoués, que le patron choisit son prote pour en faire son aller ego. « Le jury honore en M. Bailleul
(i)M. lùnilc de Girardin, gérant de la Presse, alors emprisonne-.
lui
les protes de l'imprimerie française, dont il peut être considéré comme le représentant, puisque le suffrage de ses confrères l'a élu leur président. » Rapport du Jury.
Une médaille d'argent est également accordée à M. Laine, prote de MM. Firmin Didot frères (1).
1849. Parmi les objets présentés par M. Dupont à l'Exposition, on a remarqué un volume in-f°, très-bien imprimé, intitulé : Essais pratiques,précédés d'une Notice historique sur l'imprimerie. Ce volume offre le spécimen des caractères divers de sa typographie et de sa lithographie. Dans son atelier lithographique la partie la plus matérielle de l'art, la distribution de l'encre par les rouleaux, est exé c.utée au moyen d'un mécanisme mil par la va peur; mais la partie plus intellectuelle, celle de l'encrage des pierres, est confiée à l'habileté de l'ouvrier. Les divers genres de mérite réunis dans l'imprimerie de M. Dupont sont récompensés par la médaille d'or.
A cette Exposition M. Pion obtient la même récompense, pour les beaux et nombreux ouvrages sortis de son imprimerie, et M. Claye reçoit la médaille d'argent pour la belle exécution des vignettes, gravées sur bois avec un grand talent par les artistes français MM. Dujardin, Pannemaker, Lavieille, Pisan, Piaud, Carbonneau, qui ont fait de l'ouvrage intitulé Histoire des Peintres de toutes les Ecoles un véritable monument typographique. Jamais un ouvrage aussi remarquable par le grand nombre et le mérite des vignettes gravées sur bois et par la beauté de l'impression n'avait été exécuté.
1849. MM. Laurent et De Berny exposent une charmante édition, dite miniature , des Fables de La Fontaine, fort bien imprimée par M. Pion. Le caractère, fondu sur deux points et demi , comme celui de M. Henri Didot, est un peu plus gros d'œil ; la gravure en est trèsnette. La fonte et la composition des formes ont été exécutées chez MM. Laurent et De Berny.
1849. M. Derriey, graveur habile, expose des vignettes aussi remarquables par leur perfection que par les procédés ingénieux de moules à noyaux adaptés à la matrice, ce qui permet d'insérer des textes dans ces vignettes, en suivant les courbures et les inclinaisons des traits de plume, qu'elles représentent avec une grande perfection.
1849. M. Pelyt expose une machine remarquable , destinée à fabriquer des caractères d'imprimerie en cuivre, étirés et estampés à froid, au lieu d'être coulés. Cette machine pourrait façonner trente-six mille lettres par jour et remplacer le travail de dix ouvriers,
(!) Voir le Rapport fait an nom du Jury central par M. Léon de la Horde sur le mérite, aussi réel que modeste, de M. Laine, tom III, p. wo.
eu sorte que les caractères dits apyrotype» coûteraient moins île main-d'œuvre que ceux qui sont fondus à la main (1).
1S50. Par la loi (lu 10 juillet,
Titre l". Tout article de discussion politique, philosophique ou religieuse, inséré dans un journal doit être signé par son auteur, sous peine de cinq cents francs pour la première contravention et de mille francs en cas de récidive. La fausse signature est punie d'une amende de mille francs et d'un emprisonnement de six mois , tant contre l'auteur de la fausse signature que contre l'auteur de l'article et l'éditeur responsable du journal.
Titre H. Les journaux ou écrits périodiques politiques sont frappés d'un timbre de cinq centimes par feuille de 72 centimètres carrés pour Paris et le déparlement de la Seine, et de deux centimes pour les journaux semblables publiés ailleurs.
Tout roman-feuilleton publié dans un journal ou dans son supplément est soumise un timbre de un centime par numéro.
1851 (27 août). Convention entre la France et le Portugal pour la reconnaissance réciproque des droits de propriété littéraire pour les ouvrages originaux et les traductions. Les bases sont les mêmes que celles delà convention du 28 août 1843 conclue entrela France et la Sardaigne; mais la convention avec le Portugal contient de plus ces sages dispositions :
Art. 2. Le dépôt réciproque destiné à constater d'une manière précise le jour de la publication des ouvrages devra être fait : pour les ouvrages français à la Bibliothèque publique de Lisbonne, et pour les ouvrages portugais au bureau de la librairie du ministère de l'intérieur à Paris, sans autre taxe que celle du timbre.
Art. 3. Pour les ouvrages publiés par livraison , la déclaration devra être faite sur la première livraison, et le droit ne commencera à courir que de la dernière livraison, pourvu que la publication totale ne dure pas plus de trois ans.
Art. 13. Pour prévenir toute difficulté ou complication judiciaire quant au passé, à raison de la possession par les libraires-éditeurs ou imprimeurs respectifs de contre-façons d'ouvrages français ou portugais reproduits ou importés par eux , il est stipulé et convenu que les détenteurs actuels de ces contre-façons ne pourront les vendre en gros ou en détail, ni les réexporter en pays étranger ou pour un port quelconque dépendant de la métropole, ni se soustra.re aux poursuites judiciaires de la part des auteurs desdits ouvrages ou de leurs ayant-cause, qu'après avoir fait revêtir chaque exemplaire de ces contre-façons par les autorités compétentes du pays d'un timbre spécial, dont le coût ne pourra déliasser, en France 25 centimes , et en Portugal quatre reis.
Un délai de trois mois est respectivement accordé pour l'accomplissement de cette formalité, sans que cependant on puisse, sous aucun pré-
(«) Vmj. le Rapport du Jury , tome III, p. «is.
HAIMMK
texte, introduire de i étranger d<- douvi exemplaires contrefait! ou publier •' de nouvelles contre fa< i
i85t. Procédés Donveam dool V tais ont paru a l'Exposition de Londres.
La GalvanoplasHe,Aoal l'invention est due à M. Jacobi, de Saint-Pétersboofg, a mootié à l'Exposition de i^:.i des poissons antédiluviens qui se sont reproduits eux-méme le papier.
Au moyen de couches successives de guita percha appliquées sur la pierre ou le poisson est pétrifié, on obtient un moule qui, après avoir éléenduiul'une teinte légère de minium, est placé dans une cuve contenant une dissolution de cuivre, où le moule est soumis à l'action de la pile galvanique. Le cuivre en dissolution forme en se précipitant une planche où tous les traits du poisson , reproduits en relief et imprimés ensuite à la presse typographique ou en taille-douce, donnent sur le papier un résultat identique à l'objet même.
C'est par ce même procédé que des tableaux typographiques ayant chacun cinq cent quarante pouces cariés ont reproduit en cuivre, avec une grande perfection, la série des.types orientaux de l'Imprimerie Impériale d'Autriche. La durée de ces planches, qui peuvent imprimer plusieurs millions d'exemplaires, ne saurait être surpassée que par les planches stéréotypes admirablement fondues eu fer par la fonderie ducale de Rubeland en Thuringe, où le phosphate de fer est d'une telle pureté qu'il permet d'obtenir en fonte de fer la reproduction des déliés des lettres, ainsi que le prouvent les pages et l'exemplaire de la huitième édition de la Bible imprimée à Nordhausen en 1848 par MM. Muller.
La Galvanoglyphie consiste dans une operation très-simple. Lorsque le graveur a fait mordre à l'eau forte son trait sur une planche en zinc, au lieu d'enlever le vernis dont il avait d'abord couvert cette planche , c'est sur ce vernis même qu'il étend successivement avec un rouleau de légères couches d'encre siccative, qui sans entrer dans les tailles ne se déposent que sur le vernis primitif. Au moyen de ces couches superposées , les creux de la gravure acquièrent une profondeur de plus en plus grande. Alors la plaque ainsi préparée est descendue dans une pile galvanique, où se forme une antre planche, en contre-épreuve, dont le relief est égal au creux que l'on avait oblenu par l'effet des couches superposées.
La Galvanographie diffère encore de ces procédés; mais ses résultats ne peuvent être imprimés qu'à la presse en taille-douce. Sur une planche de zinc un peintre exécute un dessin au moyen d'une peinture monochrome composée d'un oxyde de fer ou de terre de Sienne brûlée. Selon l'intensité don-
née aux couches de celte peinture pour obtenir les ombres et les clairs, ces couches successives acquièrent une épaisseur plus ou moins grande. Lorsque le dessin est achevé on soumet la planche à l'action de la pile galvanique, d'où résulte une autre planche en cuivre, où les divers plans de la peinture superposée se trouvent reproduits en creux; c'est donc une véritable gravure de tailledouce imitant Vaqua tinta qui est obtenue sans l'aide d'aucun graveur.
La Chimitypie. Après avoir gravé à l'eau forte un dessin sur une plaque de zinc, on en enlève le vernis, puis on fait fondre sur cette plaque du métal fusible ( alliage d'étain et de bismuth réduit en poudre). Quand il est refroidi on le rabote jusqu'au niveau de la plaque de ziuc, de manière à ce qu'il ne reste de ce mêlai fusible adhérant à la planche que ce qui est entré dans le creux de la gravure. Alors cette plaque de zinc ainsi alliée au métal fusible est soumise à l'action d'un acide ; et comme de ces deux métaux, dont l'un est négatif et l'autre positif, le zinc seul est mangé par l'acide, il en résulte que le métal fusible entré dans les creux de la gravure reste en relief, lequel peut être ensuite imprimé par la presse typographique.
Panéiconographie. Par celte invention M. Gillot, de Paris, reproduit toute gravure lithographique, autographique, typographique, tout dessin au crayon ou à l'estompe, toute gravure exécutée soit à l'eau forte , soit au burin.
Lorsque sur une plaque de zinc un report à l'encre lithographique d'une gravure ou dessin est opéré, on encre avec un rouleau ce report, puis au moyen d'un tampon en ouate, on le saupoudre de colophane réduite en poudre impalpable. Elle adhère aux parties grasses et les solidifie.
On place ensuite la plaque au fond d'une caisse remplie d'eau acidulée de cinq jusqu'à douze degrés , et après une demi-heure d'un mouvement lent de bascule donné à la boîte le relief est obtenu, si c'est un dessin-au crayon.
Si le dessin offre un travail en tailles plus espacées, on retire la plaque de temps en temps pour l'encrer fortement à l'encre lithographique; et après avoir de nouveau enduit de colophane cet encrage, on réitère l'opération dans la boîte remplie d'eau acidulée. Cette opération est répétée jusqu'à ce qu'on ait obtenu le creux nécessaire. Les grandes parties blanches sont enlevées à la scie à repercer.
Quoique ces diverses inventions ne se rattachent qu'indirectement à la typographie, elles lui font néanmoins entrevoir un nouvel horizon. Par ce motif j'ai cru devoir les consigner ici, ainsi que dans le Rapport du Jury de
la grande Exposition de Londres, pour constater l'état actuel de la science et de l'industrie , et pour servir de point de comparaison lorsque la France, qui depuis si longtemps a donné l'exemple des Expositions publiques, réunira aussi chez elle, ainsi que l'a fait l'Angleterre, les produits de l'industrie de tous les peuples de la terre.
C'est à l'imprimerie qu'on doit ce grand progrès de la civilisation ; sans elle les peuples n'auraient jamais pu se communiquer leurs pensées et leurs sentiments et vivre en quelque sorte d'une vie commune; livrés à l'ignorance et aux préjugés qui enlretiennent les guerres nationales, ils n'auraient jamais offert l'admirable spectacle d'une concorde universelle et en même temps d'une généreuse émulation.
Lyon (1).
L'imprimerie eut de tout temps une grande importance à Lyon, où elle fut établie presqu'en même temps qu'à Paris. Le premier livre imprimé porte la date de 1473 : Lugduni , per magislrum Guillermum Régis , hajus ar/is impressorix expertum. Ce sont ensuite des noms d'imprimeurs allemands qui figurent à Lyon, tels que : Bensen , Reiuhai t , Husz , Siber, Cleyn (2) , Glogkengierser, Ungarus, Jean Battensehne, Jean Allemanus de Mayence, Jean de Vingle, Nicolas Wolff, Jean Trechsel , etc.
Prosper Marchand fait remonter à 1474 l'origine de l'imprimeiie à Lyon, et cite le roman de Baudoin, comte de Flandres; mais cet ouvrage, mentionné dans le catalogue des livres de la princesse de Condé, ne se trouve plus; on ne peut donc vérifier si la date de la souscription est véritable.
Tout annonce qu'il y a erreur, et qu'on a mis 1474 pour 1478, année où ce roman fut publié par les soins de Buyer. La Bibliographie de Debure, les Catalogues de la Vallière et de l'abbé Perrichon de Lyon citent cette dernière édition.
Lyon ne fut pas moins célèbre par la science
(i) Le temps et l'espace ne me permettant pas rie donner une histoire complète de l'imprimeiie dans les provinces, j'ai dû me borner a signaler les laits les plus Importants et les dates principales. C'est en 1470 que l'imprimerie fut introduite à Paris; en 1475 elle le fut à Lyon; en I4ss, à Rouen ; à Angers en n<7, à Chablis en i478,à Poitiers et à Toulouse en 1479, a Caen en 1480, à Vienne en Dauphiné en liai , à Troycs en 1481 ,à Rennes en i48i, à Abbeville en I48G, à Dijon en 1491 , à Naotes et à Angoulérae en 1493, à Tours et a Trovins en 1496, etc. Il a clé parle précédemment de Strasbourg.
(2) Quelques livres imprimés à Lyon par Jean Cleyn portent: Imprcssum in famatissitno I.ugdunensi Emporeo. D'autres, imprimes par lui et par Jacques Saccon, indiquent qu'ils le furent aux frais et pour le compte d'Antoine Koburger de Nuremberg. Panzer cite neuf Bibles la-f° qu'il leur lit Imprimer.
de ses savants imprimeurs, tels que Dolet et Gryphe , que par la beauté et l'élégance des éditions dues à Jean de Tournes, à Guillaume Koville, etc.; maintenant encore elle a en M. Pétrin et autres typographes des amis zélés de leur art.
Barthélémy Buyer, d'une famille riche et considérée, fit venir l'imprimeur Guillaume Itegis ou Le Roi, et l'établit dans sa maison , où fut publiée la légende de Jacques de Voragine, le 18 avril 1476.
Plusieurs bibliographes, entre autres M. de la Serna, ont fait de Buyer un imprimeur; mais il paraît que ce bienfaiteur des lettres établit seulement Régis dans sa maison , pour favoriser ses travaux, à l'imitation de Pierre et de François de Maximis , qui appelèrent à Rome les imprimeurs allemands Sweynheim et Pannartz, et les établirent dans leur palais.
. Les Pandectes de Médecine de Mathieu Silvaticus ne parurent qu'en 1478.
Trcchsel (Gaspard) imprima en 1487 le tome Ier des Œuvres de saint Augustin. Cet imprimeur instruit avait eu pour correcteur dans son imprimerie Josse Rade, auquel il donna en mariage sa fille, nommée Thalie (1).
C'est chez Trechsel que Michel Servet, ce célèbre et infortuné hérésiarque, après avoir été quelque temps correcteur à Lyon , fit imprimer en 1542, aux frais de Hugues de la Porte (2) , une nouvelle édition de la version deSanctès Pagnin, où il glissa un grand nombre de corrections entachées des erreurs de Paul de Samosate et de Nestorius, qu'il prétendit avoir trouvées dans les manuscrits de Sanctès Pagnin après sa mort.
Michel Servet fit aussi imprimer à Lyon son livre de Trinitatis Erroribus Libri scplem , où il eut l'impiété de traiter la Trinité de Géryon fabuleux et de Cerbère à trois têtes. Mis en prison par les magistrats de Lyon, il parvint à s'évader, et se réfugia à Vienne en Dauphiné, où il publia sans nom d'auteur, de ville, ni d'imprimeur, et même sans date, son livre du Rétablissementdu Christianisme, Christianismi Restitutio, qui fut brûlé à Vienne avec l'effigie de l'auteur, lequel , plus tard , s'étant
(i) Ce fut pour inspirer de bonne heure le goût des lellres à sa lille que Trechsel lui donna le nom d'une des neuf muses. Les deux filles qu'eut Josse 13ade de ce mariage épousèrent l'une Robert lîstienne, l'autre Michel Vascosan, dont la fille fut mariée à Frédéric Morel, père du célèbre Frédéric Morel, professeur royal, aussi connu par son grand. savoir que par ses belles éditions.
(2) Sur le titre de cet ouvrage est une grande gravure en bois, représentant Samson emportant les portes de Gaza, sur lesquelles sont inscrits ces mots : J.ibertatem meam mecum porto.
A lafin de la préface il est dit : Quidquid verohinc, lector, rctuleris, primum Deo Opt. Max. ; deindc IIugonia. Porta, Lugdunensi civi , gratias aqilo , cvjus opéra et impensis fiac in lucem prodéunt.
réfugié à Genève, y lut brôlé hii-M i o r. :i par le fanatique /eau Calvin. Vers 1496, Pierre Maréchal imprta
Lyon, en p<:tit in-4", un livre trèa-rare, mli tulé : S'en suit le livre des quatre tkoêtê. Sur le premier feuillet est une gravure représentant un philosophe, sur teteeond feoîl let on lit: Quatre choses sont nécessaire*, & se bien gouverner en ce monda •
Penser au temps passé ; disposer au temps présent ; Pourvoir au temps à venir; Déclarer la chose douteuse.
C'est à Lyon que fut publiée la première édition de la Vie du terrible Robert le Diable, imprimée par Pierre Maréchal et liernabé Chaussard.
En 1532 parut le premier essai du Gargantua de Rabelais, sous ce titre : « Les grandes et inestimables chronicques du grant et énorme géant Gargantua : contenant la généalogie , la grandeur et force de son corps ; aussi les merveilleux faicts d'armes qu'il lit pour le roi Arthus, comme verrez cy aprèz. Imprimé nouvellement. » A la lin on lit : <> Cy finissent les Chronicques.... nouvellement imprimées à Lyon ; 1532 » petit in-4°.
Le succès de ce conte facétieux, qu'on doit attribuer à Rabelais, donna probablement naissance au livre si bizarre et si remarquable qui parut successivement par parties séparées et qui est intitulé :
« Le premier livre de Gargantua ATAGHt TÏXHt, laVie inestimable du grand Gargantua, père de Panlagrueljadis composée par l'abs tracteur de Quintescence, livre plein d> pantagruelisme; 1535. On le vend à Lyon, chez François Juste, format iu-lû allongé, et en caractères gothiques. »
C'est la plus ancienne édition connue du premier livre de Rabelais ; elle lut plusieurs fois réimprimée. En 1542 Etienne Dolet en publia une édition plus complète, 2 vol. in-10.
Dolet.
Ce savant et infortuné typographe, dont la vie a été racontée précédemment, imprima en 1538, 1542-43 les œuvres de Clément Marot de Cahors : A Lyon, au logis de M. Dolet. Elles contiennent uue lettre où Marot écrit à Etienne Dolet : « Vous advisant que de tous les livres que par cy-devant ont esté imprimez sous mon nom, j'advoue ceux-ci pour les meilleurs, les plus amples et mieux ordonnez , et désavoue les austres , comme bastards et enfants gastez. »
Le premier ouvrage de Dolet, imprimé probablement par Sébastien Gryphe, mais sans date,, esl Stephani Doleli Orationes dux in Tholosam, suivi d'épîlres à ses amis et de poésies latines ; in-8°. On le croit de 1033. Il
fut suivi de dialogues
roniana, ad ver sus Erasmum; Lyon, Séb.
Gryplie, 1535, in-4°.
Vinrent ensuite ses Commentaires sur la Langue Latine , 1 vol. in-l°, imprimés par Séb. Gryplie, 153G-38, en caractères italiques. Les titres de ces deux beaux volumes sont décorés d'un cadre , fort bien gravé en bois, représentant les images des philosophes et savants illustres de l'antiquité. En tête du premier volume est une pièce de vers de Dolet, commençant et finissant par :
Prima meae moniraenta artis, monimenta ]uventae Prima meae, tandem auspiciis exite secundis.
A la fin est un errata de huit fautes seulement , que Gryplie s'excuse d'avoir laissé échapper, bien qu'il eût apporté le plus grand soin dans la lecture de cet ouvrage , si compact et d'une étendue si considérable.
Dolet a dédié ces Commentaires à François 1er et à Guillaume Budé. Il avait promis un troisième volume , pour lequel il gardait toute son érudition et ses jugements en fait d'éloquence : il y devait traiter des diverses parties de la rhétorique et de l'art admirable de composer les vers, etc.; mais il ne put exécuter ce projet (I).
Le premier livre que Dolet ait imprimé est Je Calo Christianus, suivi d'autres écrits religieux de sa composition et de ses Odes à la louange de la Vierge Marie; Lyon, 1538.
En 1539 il imprima eu latin et en français un poème pour célébrer la naissance de son fils : voici le titre de l'édition française in-4° :
« L'avant-naissance de Claude Dolet, filz de Estienne Dolet : premièrement composée en latin par le père , et maintenant par ung sien amy traduicte en langue françoyse. Œuvre très-utile et nécessaire à la vie commune : contenant comme l'homme se doibt gouverner en ce monde. »
Parmi les ouvrages de Dolet je citerai son traité Sur lamanière de bien traduire d'une langue en attitré; De la Punctualion Françoyse; Des Accents d'icelle, 1540, in-4°; les Épistres familières de Marc Tulle Cicero, père de l'éloquence latine, nouvellement traduictes de latin en françoys par Estienne Dollet, natif d'Orléans, avec leurs sommaires et arguments, pour la plus grande intelligence d'ycdles; 1542,in-8°. — En 1544 parutà Paris, chez Ruelle, la traduction des Tusculanes , nouvellement traduites en français par Etienne Dolet.
Les deux dialogues de Platon, l'un intitulé:" Axiocnus, qui est des misères de la vie humaine, de l'immortalité de l'âme, et par conséquent de la mort »; et l'autre: « Hippar-
(0 Ses Formulas Latinarum l.oculionitm et ses observations sur Térence peuvent être considérées comme des fragments de rcl ouvrage.
De Imital'one Cice- chus, qui est de la convoitise de l'homme touchant la lucrative; tfaduitz par Estienne Dolet , » parurent en 1544, in-16.
On sait que lamanière dont Dolet traduisit l'un des passages de l'Axiochus fut la principale cause de sa mort.
La même année parut le second Enfer de Etienne Dolet, in-16.
Enfin son dernier ouvrage est le Cantique d' Estienne Dolet, prisonnier en la Conciergerie de Paris, l'an 1546, sur sa Désolation et sur sa Consolation : petit poème en vers.
Jean de Tournes.
Né à Lyon , en 1504, d'une famille originaire de Picardie, il fit son apprentissage dans l'imprimerie de Sébastien Gryplie, et s'établit à Lyon en 1540. Il joignait à ses éditions des préfacesou épîtresdédicatoires écrites en latin.
Ses éditions , décorées d'ornements en bois , gravés avec goût, sont d'une exécution trèsremarquable. On distingue, entre autres, son Vitruve in-s°, avec les Commentaires de Guill. Philander; sa Chronique de Froissard, 1559-1561, 4 vol. in-f°, et un grand nombre de charmantes éditions.
Le petit in-8° des Propos rustiques de Noël du Fait, que Jean de Tournes imprima en 1547, porte pour emblème une main tenant une équerre, avec ces devises : Quod tibi fieri non vis, alteri ne feceris; et l'autre : Virwn de mille unum reperi ( Eccles. vu).
H mourut de la peste, à Lyon, en 156^.
Son fils, Jean de Tournes, exerça son art jusqu'en 1585, à Lyon, qu'il dut quitter pour fait de religion, afin de se soustraire aux persécutions. Son hère s'était établi à Genève après la mort de son père.
En 1749 Chrétien Wolf dédia ses Monuments Typographiques aux deux frères Jacques de Tournes, imprimeurs, l'un à Lyon, l'autre à Genève, « comme ayant bien mérité de la typographie, puisque depuis deux siècles entiers la famille des de Tournes y occupe une grande place et mérite d'être comparée aux Manuce, aux Estienne, aux Planlin, aux Wechel, et d'être mise au-dessus de tant d'autres typographes.
« Toujours , ajoute-t-il, le nom des Jean de Tournes, aussi renommé par leurs talents typographiques que par leur probité, se perpétuera dans le monde savant. Dès 1540 tout ce qui est sorti à Lyon de cette imprimerie se recommande par sa perfection. On ne saurait donc s'étonner que le roi de France Henri IV ait souvent adressé des lettres à Jacques de Tournes, qu'il avait nommé son imprimeur, pour lui témoigner sa bienveillance et sa faveur, et qu'Antoine du Verdier, Adrien ISaiilet, Michel Maittaire, et Dominique de Cologne, aient fait son éloge. »
H les félicite et se félicite de voir que leurs enfants se disposent à marcher sur leurs traces, et qu'ils ont déjà donné des gages de leur niérite et de leur vertu. Il ajoute que la républi ■ quedes lettres fonde sur eux un grand espoir. »
Celte famille continua la librairie et l'imprimerie à Genève jusqu'en 1780, où elle abandonna une profession qu'elle avait honorablement exercée pendant deux cent quarante ans.
Guillaume Roville.
Il s'est distingué par ses éditions latines, italiennes et françaises, ornées pour la plupart de gravures, pour lesquelles il n'épargnait ni soins ni dépenses. 11 fit paraître en 1549 le bel ouvrage avec gravures en bois intitulé : « La Magnificence de la superbe et triomphante entrée de la noble et antique cité de Lyon , faite au roy très-chrétien et à la royne Catherine son épouse le 23 septembre 1548. »
]1 ne fut pas seulement un imprimeur-libraire célèbre et fort instruit, il fut aussi un excellent citoyen. Son mérite le fit placer trois fois en dix ans parmi les conseillers échevins de Lyon.
Les Gryphcs.
De tous les imprimeurs de Lyon les Gryphes sont ceux qui ont fait le plus d'honneur à celte ville, par le grand nombre des excellentes éditions qu'ils y ont publiées et aussi par leur instruction.
Sébastien Gryphe avait pour insigne un griffon placé sur un cube , et lié par une chaîne à un globe ailé, avec cette devise : Virtute duce, comité fortima (1), qu'il remplaçait quelquefois par ces vers de Juvénal :
JNullum numon abest, si sit Prudentia ; sed te Nos facimus, Fortuna, deuui, cœloque locamus.
César Scaliger lui dédiason ou vrage des Causes de la Langue Latine, et le mit sous sa protection. Conrad Gesner en lui dédiant le XIIe livre de ses Pandectes le complimente en signalant en lui les quatre conditions qui constituent le mérite d'un imprimeur : 1° le bon choix des livres qu'il imprime; 2° le grand nombre d'éditions qu'il met au jour (2) ; 3° la beauté des caractères qu'il emploie; 4° la correction rigoureuse de ses éditions. C'est Sébastien qui imprima, en 1536, les Commentaria Lingugs Latinse, de Dolet, 2 vol. infol. Le Trésor de la Langue Sainte, ou grand dictionnaire hébreu et latin, de Sanclès Pagninus,qui parut en 1529, est remarquable à tous égards.
François Gryphe, frère de Sébastien, avait aussi pour marque un griffon, avec ces mots
(i) Cette belle sentence de Cicéron se trouve dans une de ses lettres a Munatius Plancus, fondateur de Lyon.
(2) De iàaa a is» il imprima trois cents ouvrages différents , dit Maittairc.
vires et ingenium; e* impression lootbeltei
Cl correctes.
Antoine Gryphe, fila deflébasll • à son père, il réimprima en i »M k i < de la Langue Sainte de B8JM lée Pagninas.
Frellon .
Jean et François Frellon -<■ distingua renl par leurs belle, ,-i correefc Parmi les habiles correcteurs de leur imprimerie était Louis Saurius, qui en remplissait les fonctions en 1559 et I5C0, époque ou parut l'édition de Saint Ambroisr. L'édition des /■ hisloriarum Veleris Testamenli ad \ expressœ, in-8°, 1547, est ornée de fi. de Holbein, ainsi que l'indique ce distique'
Cernere vis, hospes, simnlaciir.i similliui.ï \ivis, Hoc opus Ilolbimc notiile cerne manus.
Dans leur édition du Nouveau Testament, 1553, in-12, le diable représentant J.-C. est représenté en habit de moine, avec des pieds fourchus.
L'édition in-f° de Pline l'Ancien, 1561, est le dernier ouvrage qui porte leur nom.
Junte.
Jacques et François Junte firent un trèscourt séjour à Lyon. Les Lettres de Léon A", écrites par Bembo , el la version latine de la Bible par Sauctès Pagninus, Lyon, 1528 (I), sont les deux principaux ouvrages qu'ils v publièrent.
Cardon.
Horace Cardon, gentil-homme originaire de Lucques, s'établit imprimeur à Lyon, où il fui échevin en 1610. II acquit une immense fortune, et Lyon est redevable à sa générosité d'un grand nombre de ses établissements publics, où l'on voyait, dit le P. Colonia, son insigne, qui était un chardon. Henri IV lui accorda des lettres patentes pour le courage qu'il déploya dans la défense de Lyon contre les ligueurs.
Les Anissons.
La grande publication de la Bibliothèque des Pères, 27 vol. in-f°, imprimée à Lyon en 1677 par Laurent Anisson , suffirait pour illustrer le nom de cette honorable famille d'imprimeurs. Laurent, qui était fort instruit , fut échevin de Lyon en 1670.
Jean Anisson imprima, au refus des libraires de Paris, le Glossarium mediœ et in/un.r Grsecitatis, de Du Cange; 2 vol. in-t°, 1688. Le célèbre voyageur Spon et le P. Colonia donnèrent leurs soins à la correction de cet
(i) On lit à la fin : « Veteris ac Novi Instrument! nova translatio, per révérend, s. theologiœ Doctoreiu Sanctum Paaninuin, Luccnsem, nuper edila expllcit Impressa autem est Lugdunl, per Anlonium du Ry, cal cograplium diligentisslmum ; impensis Franclscl Turchi et Domlnicl Berti, ctvlum Lucensium, cl Jarobi de Giuntis, bibIiopol;p, civis Florentini. anno Domini i j^".
ouvrage. Jean Anisson fut nommé directeur de l'Imprimerie Royale à Paris en 1701 ; ses frères et neveu lui succédèrent sans interruption dans cet emploi jusqu'en 1794, où Anisson DuperroX), traduit devant le tribunal révolutionnaire, périt sur l'échafaud, le 25 avril de celte année.
En tête du Glossaire Grec de Du Cange est l'ancienne fleur de Lys de Florence, que les Juntes apportèrent à Lyon, et qui fui transmise par eux à Cardon, et de Cardon aux Anissons; le père Ménestrier y ajouta la devise Anni son' che fiorisce.