DISSERTATION
ET hi. FAltOLLE P£ LAURE.
Heat qaesjttons soulevées par des esprits oarieux ont loDg-temps agité les biographes de Pétrarqne: Quel ébùt le pays de Laiu» ?
QoeHe était n famille 7 D'antres iarestigateurs, scqtfiques pw exeellenoe , qui aiment eo tontes choses le doute à priori , qai se [dn^itt Jt répaaibe des nooges snr l'eùslcDce aidme'de l'obj*! poorb^pel cd discute ^ ont prAeadt»
ÙSL6
rendre vaines les questions touchant la patrie et k famille de Lanre j par une antre assez bizarre : Laure a-t-eUe existé ?
n semble d'abord qae Ton ne devrait pas répondre sérieusement à cette supposition que Laure n'aurait jamais existé ; qu'elle ne fut qd^une charmante fantasmagorie imaginée par Pétrarque afin de donner à des poésies une teinte sublime d'amour et de mélan^ colie. La simple lecture des ceuvres du poète en vers et en prose suffirait pour détruire cette absurde hypothèse. Cependant, puisqu'elle trouve encore des partisans, je dois signaler les déclarations de Pé'* trarque qui la démontrent fausse^
Pétrarque aurait donc voulu se jouer de ses contemporains et de ses lecteurs dans les siècles suivants , lorsque , dès la première page de l'histoire abrégée de sa vie , écrite par lui-même sous le titre d'Epiire à la posUriiè (et ce n'est point une œuvre poétique) , il raconte « qae sa jeunesse fut désolée par un » violent amour , mais amour unique, amour chaste, » et que ses tourments auraient été bien plus longs , « si une mort cruelle mais tout à la fois salutaire , » n eât éteint un feu qui déjà commençait à s'attiédir, »
tt Âmore acerrimo sed unico et hoaesto in adolesceatiâ tt laboravi , et diutius laborassem , nisi jàm tepescentem t( i^nem mors acerba sed utilis extinxisset. »
Si Ton exigeait une déclaration de Pétrarque en^ core plus explicite , on n'a qu'à lire dans sa corres^
pondance (épitre IK des Familières , Mne H) ce qu'il écrivait à l'évéque de Lombes , Jacques Colonne , lequel rayait soupçonné de jouer le rôle d'amoureux sans passion véritable , et d'avoir choisi le nom de Laure pour donner un sujet d'inspirations à sa verve poétique :
c< Que dites-vous donc ? (lui répondait Pétrarque) » vous voulez que j'aie feint un nom imaginaire de » Laure afin d'avoir un sujet pour discourir , et de- » venir moi-même un sujet de conversation pour les » autres ? qu'il n'y ait dans ma pensée d'autre Ltrare » que le laurier poétique , comme le font présumer » mes longs et pénibles travaux , et que la Laure qui , » selon moi , vit et respire^ dont la beauté m'a cap- » livé , soit tout à fait idéale ; que mes vers , que mes » soupirs ne soient aussi qu'une feinte ? Plut à Dieu » que sur ce fait vos railleries eussent rencontré » juste y. et que mon amour ne fût qu'une simulation » au lieu d'une fureur! Mais^ croyez-moi^ personne » ne peut feindre long-temps sans beaucoup de peine. » Et se fatiguer gratuitement pour paraître insensé , » est la plus grande des folies. Ajoutez que l'on » peut y à l'aide de certaine contenance , contrefaire » le malade 5 mais simuler la pâleur du visage, jamais. » Vous connaissez cependant ma pâleur , et le chagrin » qui m'accable. »
Quid ergo ais ? finxisse me mihi speciosum Laureae nomen ut esset -et de qua ego loquerer , et propter quam de me multi loqueventur. Rem autem veram in animo meo Lau«
(4) , àisî tHàii\ poeticam ^ ad 4Mam aspitare me Ipfif am tt indefessum studium testatur , de hac autem spiraate Lau-* r^j ctgus forma caplus videor, manafacta esset omnia ficta
carmina, slmulata suspiria. In hoc uno verè ut jocareris simvlatio esset utinàim , et non furor ! sed crede mihi , nemo sine magno labore diu simulât. Laborare autém gratis ^ ut iosanus yidearis insanta summa est. Adde quod a^ritudiaeia gestîbus imitari beae valeates possumus ^ veràm pan0i*em isfmalare non possumus. Tibi pallor , tibi labor meus xiotus ^^ {FamUiarum epistoL lib. Il, episL IX»)
On toit que cé nTesi point m vers soolôment que Pétrarque nous a fait oontiaUrâ son amour pour Laore. Biftis orok-OB f du resCe , qull serait bien facile de convaincre de fausseté le seul fémoigoa^ de se» poésies? Â quel esprit tant soit peu logique persoa** tfèra-t*an qu*UQ hoiBine tel qae Pétrarque , respecté ^r tons les hommes supérieurs dé son siècle aotanl ^nll devait se respecter lui-même » ait fait, pendant Vingt années , son unique jouissance de tromper le public , en lui peignant d0& sentiments qui ^'agitaient «poiat son ame^ on lui décrivant les perfections d'une oQ[d)re insaisissa(ble qui aurait été la cause desiouciments de sa tie? D'ailleurs^ la fraode lie peut porter •tons les caractères de vérité qoe je rencontre dans les {poésies de Pétrarque. U y a trop de faits ^ trop de circonstances détaillées dans le récit et la peinture de
> (t) Pétraffiiie a yaoé ici $or l«s roots Laurc cL laurier parce que la coiifonne poétique éunt formée de» feuilles de Parbre, Laurea siftnifiue tout \ la fois Laure et feuille de laurier^
osa
scm «neor pouc admettre le doute. Lorsque Ton entend Pétrarque , pendant tant d'années (car tous ses vers n^ottt pas été Touvrage d'une seule) , tantôt se plaindre d'une vçrtueuse indifiTérence , tantôt s^applau^ dtr du plus léger sourire , quelquefois maudire un ▼oile qui l'empêchait d'apprendre sa douleur aux yeux de Laure , d'autreé fois s'irriter contre la main qu'elle portait rapidement à son yisage pour le cacher à défaut de Yoile, se plaindre de la jalousie de son époux ; déclarer que, soit dans la retraite , soit en en voyage , la pensée de Laure l'assiège sans cesse; enfin après une longue absence marquer Fempresse* ment d'arriver à Avignon dont le séjour l'importunait/ et féliciter le Rhône , de l'avance qu'il va prendre » pendant son sommeil , inviter le fleuve h baiser les pieds de Laure , à lui annoncer ; pour le jour «ui« vant p sa présence. Et chose plus frappante encore ! Si l'on Vit deux sonnets de Pétrarque , adressés à Simon de Sienne , pour le remercier de lui avoir peint le portrait de Laure , sonnets que l'on ne peut expliquer ni par la fiction ni par l'allégorie , on se demande comment il serait possible qu'un homme de raison et de génie se fut constamment mis en scène , dans un drame d'amour dont ni l'objet ni le sentiment n*existaient , avec le seul but de trouver des inspirations poétiques? Ne dirait-on pas qu'un poète ne peut rien inventer en fait d'amour , s'il n'est amoureux comme don Quichotte ?
Mais je veux bien supposer que Pétrarque ait inventé une Laure vivante , dauée de toutes les perfec-
lions que sa Terve poétique était capable de créer: pourrail-on , avec là même chance de probabilité , croire que' le poète aurait aussi feint la mort de eette ombre chérie , afin de déplorer une simulée catastrophe , la chanter en vers lugubres , et que , surtout y il aurait pu , comme il Ta fait , animer ses. poésies en deuil d*une chaleur plus éloquente que celle des chants d'amour inspirés pendant la vie de Tamanle ? Pense-t*on , d'ailleurs , que les contempo-" rains de Pétrarque , fatigués enfin de cette longue parade d'un auiour imaginaire qui continuait eacore ses scènes sur une tombe vide, n'auraient pas tour-* mente de leurs sarcasmes Tamant fantastique , et ne fauraient pas désigné à la postérité comme un rô^ veur bizarre ? It nous reste quelques écrits des con^ teai[)oraius de Pétrarque , mais aucun n'a suceuse le poète d'avoir feint l'homme passionné , non plus que d'avoir créé une Laure imaginaire pour la chanter. Bien loin de là , tous les biographes italiens se sont livrés à de pénibles et nombreuses recherches , pour découvrir à quel pays, à quelle famille appartenait celte Laure. Ces Ilalieas, qui certainement devaient mieux que nous, Français^ estimer jusqu'à quel point le earacLcre de vérité se fait sentir dans la peinture qu'a fait Pétrarque de son amour , n'ont jamais cru y recounaUre dos inspirations de fantaisie et de commande.
Un fait qui ; je crois , jusqu'à présent n'a pas été remarqué et qui me semble exclure chez Pétrarque ridée de la simulation , c'est le soin qu'a pris le
poëtô , plusieurs fois ^ de mêler à la description de ses sentiinents; y la chronologie de son amour. Ainsi^' par exemple^ lorsqu'il en rappelle Torigine dans le sonnel 176, vous lisez: « L'an mil trois cent Tingt-^sept ^ »» à la première heure , le sixième jour d^avril , j'en- » tral dans le labyrinthe d'où je ne vois plus le moyen » de sortir. »
Mille trecento ventisette appunlo ^
Suir ora prima il di sesto d'aprile
Nel labirinlo inlraî , ne veggio ond* esca.
Plus tard ^ lorsque Pétrarque déplore d.ev$mt Dieu l'-excès de sa passion , et demande le secours de ses grâces pour se détourner de la voie coupable où il s*est engagé) il ajoute:
« Aujourd'hui y Seigneur « roule la onzième année » de l'époque où je fus courbé sous le joug cruel. »
Or volge, signor mio , rundecim* aano
Ch' i' fui sommesso al dispietato giogo. Sonetto 48.
Le poète , six ans après ce sonnet n'oublie pas de remarquer que son amour a dix-sept ans de date.
« Pendant dix^sept ans les astres ont roulé sur » eux-mêmes ) depuis ce jour où je brûlai sans jamais » voir ma flamme s'éteindre. »
Dicesett' auni ha già rivolto il cielo , Poi die 'n prima arsi, e giammai non mi spensi,
Sonetto 97.
Enfin ; après la mort de Laure , arrivée en Tannée
1348 f Pétrarque ^ qui avait dans un sonnet lait dater SDQ amour de raanée 1 327 , déclare alors dans un antre qne « Tamoar Ta teno captif pendant Tiogt-4U| » ans. »
Teancmi Amor anoi ventuno ardendo. Soubtto 85.
Pétrarque n*oublie pas non plus de migcqaer dv^s ses vers la date de la mort de Laure.
Dans le 65'^^ sonnet de ceux qu'il écrivit après son malheur , Pétrarque reporte ses souvenirs sur les années de la jeunesse de Laure ^ il décrit son allure , aes grâces, et s'abandonne aux douces illusions » au point de la croire encore vivante; mais tout à coup, frappé de son erreur , il se dit à hinméme :
« Tu te trompes , tu sais qu'en mil troto cedt quar * raote^buit , le six avril , à la première keure , cette » ame prédestinée quitta sa dépouillé mortelle. »
Dico alla mente mh : tu se' inganaata :
Sai che 'n mille treceuto quarantotto
11 dl sesto d'aprile, in Fora prima,
Del corpo uscîo quelP anima beata. Sosetto 63 •
Si Pétrarque s'est donné tant de soins pour marquer les dates d'une histoire nàensongètre , il faut convenir qu'il a préféré le mensonge à la beauté dea vers j car personne ne pense sans doute que les millésimes , les nombres cardinaux et ordinaux, puis* sent donner à la poésie de l'éclat ou du charme.
Pétrarque a mentionné encore la naissance et la mort de Laure , dans une note écrite soff la. eouver-
tare du Virgite qui lai avait appartenu , et que l'oa conserve dans la bibliothèque ambroisienne à Milan. Je parlerai bientôt de cette note en examinant la qaestion tonchaolt le pays de Laure. Quant à Texistence de celle-ci i je crois en avoir dit assez pour lever tous les doutes. Ceux qui ont voulu les adr mettre sur un fait aussi incontestable , se sont plus enorgueillis de loriginalité de leur opinion ,. que des moyens de l'établir par une démonstration quelconque.
Pour décider la qaestion : quel est le pays qui vit naître Laure ? c'est encore les écrits de Pétrarque que nous devons interroger : car ^ si comme je crois ravoir prouvé , le poète n'a point voulu tromper ses lecteurs par une création fantastique de Tobr jet de son amour , quel motif l'aurait porté à déclarer faussement le pays qui donna naissance a Laure ? Vue semblable bizarrerie serait inexplicable.
Pétrarque y dans les premiers vers qui. servent d'introduction à son poème intitulé : Triomphe de la Mort , nous apprend « que dans cet endroit où la Sorgue 9» et la Durance mêlent leurs ondes limpides et bour- » beuses pour couler dans un plus grand fleuve , fot » jadis son académie et son Parnasse , ^ue là , le bel » astre apparut au monde et à se3 yeux. »
Ove Sorga, e Druenza ïn maggior vaso GbogîuQgoQ le lor chiare, e torbide acque, La mia Academia un tempo , e '1 mio Parnaso.
Ivi , ond' agli occhi miei il bel nume nacque.
(Il Petrarca col commenta di Sylvano da renaphro. Éd. de Napl., 1533 , et (Xuvreê complètes de Pétrarque i éd. de Bàle, i554.
La Sorgae et la Daranoe ayant loiir emboQcbare dans le RbAne « dont le lit est , en effet , plus large et l^as profond (maggior vaso) qne celai de chacune des deux rivières dont il reçoit les ondes ^ Pétrarque a, sans ccmtredit, voulu désigner un village près d'Avi* gnon ou Avignon même , poar être la patrie de Laure. Cette ville est environnée de plusieurs branches de la Sorgue qui toutes se rendent daus le Rtidne ; le point où la Oarance se jette ausisi dans le fleuve n'est éloigné d* Avignon qne d'une pelite Uene , et peut-être an temps de Pétrarque en était-il beaucoup plus rap* proche.
An sonnet 173 f on voit Pétrarque s'adressant au Rhône ^ lui dire qne « l'astre dons et brillant est sur » ses bords , qu'il embellit et couvre de fleors sa » rive gauche. »
Ivi è quel nostro vivo e doice Sole Gh' adorua e 'n&ora la tua riva manca.
Or f la ville de la rive gauche du Rhône que Pétrarque a le pltts loog-temps habitée , c'est Avignon. La ville qne souvent il fuyait se plaignant des tourments que ce séjour réveillait dans son ame y lorsqu'il les eroyait assoupis , c'est encore Avignon. Couchions donc qne si Laure naquit dans un village sur la rive gauche du fleuve, Avignon fut sa résidence habituelle. Il est utile de bien se fixer sur ces déclarations claires et précises de Pétrarque , afin de comprendre plus facilement quand je parlerai du système contraire f combien Titalien Velutello s'est écarté de la
Térité y en se persuadant , et voulant persuader à ses lecteurs que Laure était née au village de Cabrières.
Un autre document de Pétrarque luirméme, dont quelques critiques « à l'aide d'argumentations faibles ou même de sopbismes ^ ont voulu infirmer Tauthenticité y établit d'une manière plus précise encore , ce fait , que Laure naquit et mourut à Avignon.
Sur la couverture du Virgile qui avait appartenu à Pétrarque et que l'on conserve dans la bibliothë-. que ambroisienne à Milan , on lit les paroles suivantes que je traduis du texte latin :
« Laure , illustre par ses vertus et long-temps cé- » lébrée dans mes vers , apparut à mes yeux peur » la première fois , à l'époque première de ma jeu* )« nesse , Fan du Seigneur 1327^ le sixième jour » d'avril, dans l'église de Ste-Glaire à Avignon , à » la première heure du jour \ et dans la même ville ^ a le même mois , la même première heure , dans » l'année du Seigneur 1348 , cet astre s'éteignit, pen- » dant que je me trouvais momentanément à Vérone , » ignor«aat , hélas ! mon malheurr La déplorable oour » velle m'eii arriva à Parme , cette même année ^ le « 19 mai, par une lettre de mon ami Louis. Le beau » et chaste corps de Laure fut enseveli le jour même » de sa mort, dans l'église des Frères Mineurs, k » l'heure de Vêpres. Je suis persuadé que £on ame, « comme le dit Séuèque de Scipion, est retournée » au ciel dont elle était descendue. Il m'a semblé » éprouver un sentiment de douceur et d'amertume » tout à la fois , en écrivant sur ce livre qui est sour
» Tent sous mes yeux , le souvenir d'une perte aussi n cruelle , aGn de me convaincre que rien dans y cette vie n'est plus capable de me plaire , et qnll ^ est temps de fuir Babylone , le lien le plus fort » qui m'y tenait enchaîné étant rompu ; afin d'ébranler » mon ame » en lisant ces lignes , par la considé- 9 ration du vol rapide de la vie -, ce qui me sera » facUe à l'aide de la grâce divine , et d'une méditais tion sérieuse et constante , sur les vanités , les es- » pérances déçues et les accidents imprévus du temps
» passé. »
Laurea, propriisvirtutibusillustrts, et meis loogùm oelcbrata carminibus , primum oculis meis apparuit sub primum adolesceatiae meae tempus, anno Domiai MGCGKKVII die. YI meosis aprilis in ecclesia sanctae Claraç Aviaionî hora matutina et in eadem civitate, eodem mense aprilis ^ eodem die sexto, eademhora prima, anno autem Domini MCCCXL VIII ab bac lucç lux iUa subtracta est , cum ego forte Yeroaae essem , heu fati mei nescius ! Rumor autem infelix per lit teras Ludorici mei me Parmae reperit anoo eodem , mense maio, die XIX mane. Goi;pus illud castissimum ac pulcherrimum in loco Fratrum Minorum repositum est ipsa die mortis ad vesperam : animam quidem ejus , ut de Africaao ait Seneca , in cœlum unde erat , rediisse mlbi persuadeo. Haec autem ad acerbam rei memoriam amarâ quadam dulcedine scribere visum est hoc potissimum loco , qui saepe sub oculis pieis redit, ut cogitem nihil esse debere quod amplius mihi placeat in bac vita , et effracto majori laqueo , tempus esse de Babylone fugiendi , crebra borum inspeclione ac fugacissimx aetatis exislimatione commovear ; quod , praevia Dei gratia , facile erit prseteriti temporis curas surpervacuas ,
spes inanes, et iaexpectalos exiti^s acriter ac viriliter cogi; taoti.
Cette note , comme on le ?oit) dit en termes clairs et précis, qae Laure vécnt et mourut à Avignon. Les adversaires de ce système n'avaient aucun moyen de reculer devant une pareille assertion. Pour sortir d'embarras y ils se sont écriés : cette note n'est pas de la main de Pétrarque ! Mous examinerons plus tard si leur inscription en faux contre l'autographe ou contre les faits qu'il mentionne , sont fondés en raison. Nous allons lire , en attendant j quelques vers d'une églogue latine de Pétrarque , où le poète , bien que parlant le langage allégorique, ne varie point sur le pays qu'il a désigné pour avoir été la résidence de Laure. C'est toujours le lieu où la Sorgue et la Durance mêlent lenrs ondes dans le Rhône. '
Ainsi s'exprime le poète dans Véglogue dixième qui a pour titre : Laarea occidens , Laure^ on si Ton veut le Laurier mourani. Pétrarque y est en scène sous le nom de Sylvanus et s'entretient avec son ami Socrate. Cehii-ci voyant Sylvanus accablé de tristesse , demande à connaître la cause de son chagrin ; Sylvanus refuse d'abord toute explication ; mais ensuite , vaincu par les instances de Socrate, il coounence son récit, arrose de larmes ses premières paroles , et poursuit en ces termes : « Il y a dans un pays lointain , une » immense forêt , à travers laquelle coulent la briU » lante Sorgue et la pâle Durance qui se précipitent 31 du sein de diverses montagnes et mêlent leurs flots
» dans le HMàe. C'est là qae , transporté des bords » de TArno , rivière toscane , (ainsi les destins rou- • Icut la fortune des hommes) je possédai un champ w aride
a Mais parmi les rochers ^ les
m rouvres et les chênes noueux, sur les bords du » fleuve y croissait un très beau laurier. Je fus entraîné » vers cet arbre. Aussitôt que son ombre délidense w m*eut abrité, Je lui sacriQai tout mon être , sur lui se » fixa mon prenûer amour
« Le laurier eut dès lors tous
n mes soins -, Tâpreté du site sauvage ne put me dé- » tourner de mon entreprise. »
Fait alta remotis Sylva loeift, qaa se div«rsis moatibus aeti Sorga nitens Modano , palleaique Raeatia (4) misceat. Hic mihi qno fiieram Tutoo translatas ab Arno 3ic IiomiAUBi res {ata rotant, fuit ariduium rus.
Verum inter scopulos nodosaque robora quercus , Crèvera t ad ripam fluviî pulclierrima Laurus. Hùc rapior , dulclsque semel postqu^m attigit utnbra , Omnis in banc vertor, cessit mea prima volaptas.
Laurea culta mihi aecme silas aspec et horreos Arcuit incaepto. {Œwres comp. Éd. de Bile , 4551.)
(i) TiMH les aulears latins nomment la Dorance , Drueutia. Pétrarque la désigne sous le nom de Raentia , pluriel de Tadjectif ruent , f'ueniis (qui roule , s'él^Qce , se précipite.)
■■ Je pourrais encore mnltiplier les citations tendant todtes à démontrer qae Laure était Âfigaonnaise ; mais je pense qu'en voilà bien assez pour convaincre les pkis sceptiqaes. D*aîUears , quelles sont les raisons que font valoir les adversaires de notre sys* tème pour te combaUre 7 Que Pétrarque dans quelques endroits de ses poésies fait entendre que Laure naquit dans un village y ainsi ^ par exemple dans le 3™« sonnet y le poète , après avpir parlé de tous les bienfaits répandus sur le monde par le créateur , a^ute « qu'aujourd'hui il à fait briller dans un petit » bourg un astre tel que l'on en rend grâces à la # nature et surtout au lieu où naquit une femme si -m belle* »
Ed or in picciol borgo un Sol n' ha date , Tal che natura e '1 luogo si ringrazia, Onde si bella Donna al mondo nacqae.
Dans le poème intitulé : Trionfo délia morte, Pétrarque fait parler le même langage à Laure qui lui, apparaît en songe , et s'entretient avec lui : ce J*ai été n assez heureuse en toutes choses (dit celle-ci) ^ une » seule m'a déphi ^ c^est .qu*un pays trop petit m'ait >• vu naître. »
lû tutte r altre cose assai beata ,
In una sola a me stessa dispiacqui ,
Gfa' in troppo hamil terren mi trovai nata.
Trionfo deUa morte» Gap. II.
En accordant h nos adversaires le fait que Laure
naquit dans un village , lear système , dont nous parlerons plus longuement tout à Theure , n'est pas plus raisonnable. Car Pétrarque qui avait indiqué le confluent de la Sorgue , la Durance et le Rhône conmie le point oii Ton doit fixer la naissance et la résidence de Laure , pe contrarie ^point ici ses premières déclarations. Il ne dit pas que le village , patrie de sa Laure , fut éloigné des deux rivières et du fleuve qu'il a cités; Laure peut donc toujours être née auprès d'Avignon , et avoir habité Avignon même. Combien de gens aujourd'hui résidant dans cette ville sont comptés au nombre de ses citoyens , quoiqu'ils aient pris naissance dons ses environs ! D'après le témoignage de Pétrarque lui-même , on peut donc cer» tainement considérer comme une vérité historique » que Laure était une Avignonnaise.
Voyons maintenant à quelle famille elle appartenait. Cette question sera le sujet d'un examen consciencieux et rapide.
De tous les biographes italiens de Pétrarque , Ve- Intello fut lé premier qui éleva des doutes touchant l'authenticité de la note écrite par le poète sur la couverture de son Virgile, et cependant divers auteurs plus anciens que Velutello en faisant mention de cette note l'avaient toujours considérée comme autographe (1). Plusieurs manuscrits des épUres de
' (i) £çU ë da otsenrarsi essere sUto il Velutello il primo a dubitare délia ingenuiU di quella niemoria, e che varj scriltori piii anticbi di lui nel farne parolaja rigii4rdaroiio.com«Attieojtica. (BAf.D£i.u, p. 178.)
Pétrarque Tavaient reproduite oomine le eomplément de rhistoîre de sa vie. Ou lisait sur nue des copies de sa correspondance , copie que Ton cport avoir été faite dans le siècle même de Pétrarque 5 on ksait ^ dis-je f )a note célèbre que j'ai rapportée plus haut ^ et puis les lignes suivantes :
Haec quae sequuntur, reperiuntur scripta , ut dicitur , manu propriâ Domini Ftancisci Petrarcae in Virgilio olim $uo qui est in bibliotbeca Papiae illustrlssîmi ducîs MediotaQeQ^is (I).
Baldelli lui-même assure avoir retrouvé cette note sor cinq différents manuscrits des œuvres de Pétrarque (2). Conçoit-on cet empressement, cette opiniâtreté à multiplier les copies d'un document qui aurait porté les caractères de la fraude ? Ceux qui au^entaient le nombre des copies n'étaient pourtant pas des Avignonnais , c'étaient des Italiens à qui peu ioiportait que la Laure chantée par leur compatriote , fut née et morte à Avignon | ou ailleurs) mais ils adoptaient comme une vérité le récit de Pétrarque. Ce récit parut plus tard suspect à Velutello. Néanmoins , avant de publier son commentaire sur les poésies de Pétrarque , Velutello , pour éclaircir ses doutes touchant le lieu de la naissance et de la mort de Laure , la famille à qui ell^ appartenait , résolut de se rendre à Avignon , afin d'interroger les traditions locales , et se former sur ces questions
{\) Baldelli, page 178.
(2) la oltreia cinquetesti a penna délia Medicea ho tro-^
vata la sarriferita memoria. Baldelli , paga i79.
curieuses, un système qu*il ferait recevoir dans s» patrie. Velutello Gt donc , dans ce seul but , deux Toyages à Avignon en Tannée 1520 , c*est-à-dire 172 ans après la mort de Laure et 150 ans après celle de Pétrarque. Les souvenirs du poète et de sa Laure avaient encore , on peut dire , une fraîche empreinte dans la mémoire des Avignonnais, puisque tout citoyen âgé de quatre vingts ans à cette époque^ pouvait I sur tous les faits concernant Pétrarque , dire : mon grand-père m'a raconté Aussi Velutello , en arrivant à Avignon , se mit- il en rapport avec un vieux el noble seigneur du pays , appelé Gabriel de Sades ; mais il se montra peu satisfait des renseignements que lui fournit le vieillard. On voit que Velutello , tout en cber chant des lumières chez les Avignonnais, était déterminé à ne pas croire davantage le témoignage de ceux-ci , qu'il n'avait cru celui du Virgile de Pétrarque. Les premiers mots de sa relation accusent d'une erreur grossière les habitants d'Avignon , touchant les faits que prétendait constater Velutello. Nous allons examiner de quel côté la vérité se trouve , et pour la montrer dans tout son jour , nous écouterons parler Tinvestigateur italien lui-même , et nous ajouterons quelques l'éflexions à ses aveux.
« Il y a eu quelques personnes (dit Velutello) qui » » parlant d'après l'opinion des autres , ont dit que » Madonna Laura , dont nous avons brièvement entre- » tenu nos lecteurs en racontant la vie du poète ; était » née à Graveson , village situé à deux lieues d'Avi- » gnon , et que cette Laure s'élant rendue à la ville
« un Vendredi-SaÎDty pour y recevoir l'absolution de » ses fautes , le poète s'éprit d'amour pour cette M dame dans Tégiise de Sainte-Claire. Ces personnes » s'appuient , je crois y sur une opinion fausse et in- » viférée chez un grand nombre , opinion à laquelle »^ Us habilanis d Avignon surtout sont encore attachés. » Cette opinion , autant que j'ai pu le comprendre , »> tire en grande partie son origine d'un Gabriel de » Sades, vulgairement appelé de Sauze, noble ci- » toyen de cette ville , et d'un âge très avancé y avec » qui^ dans les deux voyages que j'ai fait à Avignon , » il m'est arrivé de causer longuement au sujet de » Laure. »
SoDo stati alcuni , li quali parlando par opinioae hanno detto , che M. L. délia quale , di sopra nella vita de( poeta babbiamo alcune cose (quaatunque brevemente) tratatto, fu da GravesoDS , villa ad Avignone due leghe distante , e che il Venerdi Santo essendo venuta alla citth per i perdoni , il poêla di Ici nella chiesa di Santa Chiara s'inDamoro, credo mossi da una falsa e ins^ecchiata opinione da molti e spetialmente da quelli d^A\^ignone anchora tenuta , laquale , per quanto ho poluto compreadere, ha la gran parte havuto origine da uno Gabriello di Sado, volgarmente di Sauze, buomo molto antico c nobile di quella città , col quale , per due volte che in Avignone sono stato , m' è occorso sopra di tal cosa molto lu nga mente par lare.
Je m'arrête un moment sur le précieux aveu de Velutello : la croyance que Laure avait rencontré Pétrarque dans l'église de Sainte-Claire , était adoptée par un grand nombre , les Âvignonnais surtout y te-
oaieol encore au temps de Veluietto, Cette opinion était cbez eux invétérée , invecchiala opinione^ Mais alors (répondrai-je) l^auteur, le propagateur de cette opinion « ne pguvaitplus être Gabriel deSades, qai vivait \ Tépoque où VeloteUo vint \ Avignon. Si Qabriel de Sades, le premier ^ l'avait répandue » cette opinion aurait été citée comme nouvelle ^ Un auteur qui est à la recherche d'une vérité » peutwl afQrmer qu'une opi- Dion est faussa et tout à la fois vieille y lorsque celui qu'il suppose avoir inventé le mensonge vit en* core ? D'ailleurs , un grand nombre de familles avignonnaises avaient conservé les traditions de leurs aïeux y sur Pétrarque et Laure^ pense-t-on que \1% ans après la mort de ceUe*ci , c'eut été chose facile à an citoyen d'Avignon , que de faire adopter à ses compatriotes y sur cette histoire , un récit contraire aux chroniques verbales dç leurs ancêtres , transmises par trois générations seulement ^ aux Avignonnais contemporains de VeiuteUo ? U faudrait que ce Gabriel de Sades eût été un bien puissant seigneur y pour leur imposer ainsi ses croyances ou ses mensonges historiques , comme un dogme indubitable l C'est pourtant Velutello qui nous l'assure: tous les Avignonnais étaient imbus de la vieille opinion , d'autres que les Avignonnais y tenaient aussi , et cette opinion avait pour fondateur un Sades qui vivait encore ! ne l'oublions pas. Ne voit-on pas ici clairement que Velutello, embarrassé par la vieille opinion , gênante pour le système qu'il voulait créer , n'a pas trouvé de moyen plus sûr pour la combattre , que celui de faire dériver cette
opinion d'un citoyen vivant , ^fin de la discréditer par sa date récente , et de la ruiner dans sa patrie où le vieux Gabriel de Sades nlrait certainement pas le démentir.
Néanmoins , Velutello ne cmt pas devoir négliger les renseignements de Gabriel de Sades. Il alla le vi-« siter y. et s'entretint avec lui sur le sujet de Laure ;
o Gabriel (dit Velutello) se représente comme un » descendant de Hugues de Sades ^ frère de Jean ^ » lequel Jean fut père de Laure, Celle-ci ^ selon Ga-' » briel , est la Laure même que Pétrarque a chantée^ » Jean de Sades ^ son père ^ possédait des propriétés » à Graveson , oii il s^ournait pendant Tété ^ il re-^ » venait ensuite passer lliiver à la ville. C'est dans la 9 ville que Laure mourut ; son corps {ut enseveli dans 9 l'église des Frères Mineurs , dans la seconde cha-< 3» peUe , à la droite de l'entrée de l'église ^ chapelle » que la famille de Sades a choisie pour le Ueu de sa 9 sépulture. Mais ce qui démontre combien ce récit ]» est peu probable , c'est que lorsque Ton demande » à Gabriel ^ à quelle époque il pense que Laure a 3» vécu , il répond que , d'après un testament que » liH-méme a vu ^ et qui faisait mention de Laure » (testament qui fut livré , dit-il ^ au roi Louis » père du 9 roi Charles , sur ses sollicitations pressantes , parce » que son opinion sur Laure était conforme ans; pa-« 9 rôles du testament)^ Laure était d'un ^gemûr^en-' » tre la soixantième et soixante et dixième année du 9 quatorzième siècle. On voit par ce récit même ^ 9 que la Laure ici mentionoée , est une autre que
» celle du poète , puisque celui-ci raconte qu'il s*est » épris d'amour pour Laure Tan 1327, et queLaure » mourut Tan 1348.
G)stul moslra esser disceso da uqo Hugo di Sado, frateUo di Giovanni , padre di questa M. L. laquale egli intende cbe dal nostro poeta sia stata célébra ta , e dice, cbe esso Giovanni di Sado, padre di M. L. Lavea le sue possession! a Gravesons , dove la state quasi conliauamente slava , e poi il verno tornava alla città, nella quale ella ultimamente morendo, il corpo suo fa posto nella cbiesa de' Frati Miaori , nella secunda cappella a man d rît ta entrando , dove mostra essere la sepoltura di tutti quelii di tal casata. Ma quello cbe questa apinione dimostra in tutto esser vana si è, che domândato in cbe tempo egli fa , cbe ella sia stata risponde, che secondo certo testamento nel quale di lei si faceva memoria, cbe egli avea veduto e cbe poi fu mandato al re Luigi, padre del re Carlo, cbe per essere di taie opiaione, baveva fatto grande instantia di volerlo bavere, fù di matura età fra il LX e 'l LXX anno , sopra MGCG onde si conosce questa essere stata diversa da quel la del poeta perche egli mette délia sua , essersi innamorato l'anno MGGGXX VII e che Tanno MGGCXLVIII si mori.
L'erreur chronologique de Gabriel de Sades, qui faisait vivre Laure douze ou quinze années après 1348, époque de sa mort, selon Pétrarque, était trop manifeste pour que Velutello , déjà peu disposé en faveur du système avignonnais , ne profitât pas de cette discordance dans les dates , pour le réprouver tout-u-fait. Cependant sa précipitation à quitter son premier guide dans ses recherches, n'est pas excusa-
ble, Velutello aurait agi plus sagemeot , en supposant que Gabriel de Sades n'ayant plus sous les yeux le testament dont il parlait , avait perdu le souvenir des dates qui y étaient mentionnées ^ il aurait du-interroger plus long-temps le vieillard sur d'autres faits , consulter les urehires de sa famille , puisque , à l'exception de l'erreur commise sur la prolongation de la vie de Laure au-delà de l'année 1348 , Gabriel se trouvait d'accord avec Pétrarque sur le lieu de la résidence et de la mort. Mais , dominé par son incrédulité à l'autographe du poète , Velutello courut à Vaucluse pour y chercher d'autres lumières. Ne doutons pas y néanmoins , qu'avant d'abandonner Avignon , il n'ait interrogé plusieurs de ses habitants , afin de s'assurer si Gabriel de Sades méritait créance , pour la déclaration de son alliance par le sang à la Laure de Pétrarque -, et que , si un seul contradicteur se fût présenté à Velutello ^ celui-ci n*eût pas manqué de nous citer glorieusement l'adversaire de Gabriel -, mais tous les Avignonnais étant unanimes pour renforcer par leur témoignage^ les assertions du vieux de Sades, Velutello aima mieux les abandonner comme gens entêtés d'une /ausse et vieille opinion. Il me semble que la vieille opinion méritait quelques égards , et qu'elle devait être plus scrupuleusement examinée. D*ailleurs^ Velutello en portant ses nouvelles investigations sur Vaucluse , allait se créer de bien grandes difficultés : Pétrarque y dans aucun de ses écrits en vers on en prose y n'avait jamais appelé Laure par son nom de famille. Le commentateur italien n'avait pas la certi-
tade de rencontrer "a Vanctose comme k Arignon , un citoyen qui, ainsi qne Gabriel de Sades, compterait Laure parmi ses ancêtres. B faUatt donc pour trancher la question , que VctateBo fât décidé à proclamer Laure de Pétrarque, la première femme on fflle de ce nom qui serait reconnue pour avoir vécu dans le viBagc de Vauetase ou ses alentours , depuis 1304 jusqu'à l'année 1348. Telle fut précisément àa manière de procéder dans ses nouveUes recherches. A Vauduse , la curiosité de VeluteUo n'ayant ptt être satisfaite par les habitants du viUage , a se seadit à Cabrières qui en est peu éloigné. Là Velutelte troar a , dit il, chez le curé d« la paroisse deux anciens registres qui portaient les noms des enfants baptisés dans le quatorzième siècle. H les fit feuilleter depuis la première page jusqu'à celle écrite en l'année 1320; et bien qu'A eût rencontré plusieurs Lauretles , nom très commun chez les filles de ce pays , dit VeVuteSo, une seule , fiHe de Heûrf Chiaban , seigneur de Cabrières au temps de Pétrarque , et baptisée m moifr de juin de l'année 1314 , lui sembla dévoir être la Laure chantée par le poète.
E perche sempre ia Avig'Bone fu cotBuetaèkaB de' parro. ehiani di teaer registro âelle <a:eatare che batteïïano, eomp iocora ia molti altr» Itwgbie'usi» , qudU ehfi aadaroo ad ba- MUre Cabrières, per quanto compresipeir due aolicW libbri, li quali trovai ancora essere apprçsso del parrochiano di quella terra, che dal MCCCVIII flpo al MCCCLXXXlUl si stendevano , volsero che delïe créature le quali di loro nascevano , taie consuetudine ancora in quel luogo fosse sêrvato , o vera-
meate che i parrochiani per loro medesimi ne presero Tassuiito. Feci adunque cercare pertutto quel tempo, nel quale giudicavo MadOttna Laura potere esser nata, che fu dal priaçipio de libbri fîno al MCGCXX , e benche alcune allre del nome'di Lauretta (per essere ia quel paese molto usitato) ne trovassiy nondimeno il tutto oltimamente calculato , solo una senza altra , trovo potere essere stata dal poeta intesa , laquale fu figliuola d'uno Aari Ghiabau , signore allhora di Cabrières e battezzata Tanno MGCCXIIIl a di quattro di giugno.. (Origine di Madonna Laura\ Alessandro Velutello da Lucca. Édition de Tannée ^525).
On conçoit aisément que Velatello ne rencontrant parmi tant de Laures, que Laurette Chiabau assez jeune pour inspirer de Tamonr en Tannée 1527, se hâta de saisir celle-ci au passage , afin de Toffrir aux regards de Pétrarque, à cette époque tant de fois mentionnée par le poêle et en vers et en prose. Et je crois que cette Laure se trouva beaucoup plus jeune que ne l'aurait désiré Velutello , puisqn'au mois d*avril 1327 , elle n'avait pas encore accompli sa treizième année. Je remarque encore qu'aucun té* moignage n'affirmait à Velutello que la jeune Chiabau fût la Laure de Pétrarque ; qu'au contraire , à Avignon , Gabriel de Sades ayant protesté que Laure appartenait à sa famille , pouvait guider plus sûrement lltalien dans ses investigations^ enfin, que Tâge même de Laurette Chiabau , contredit manifestement une déclaration de Pétrarque lui-même , sur l'âge de sa Laure : le poète , dans les entretiens qu'il feint d'avoir
eas avec saiat Augustin , se fait dire par le saint ^ qu'il ne précède Laure dans la vie que de peu d'années : « Si vero paucornm numéros anaorum quo illaai » prsecedis. » Et cependant Pétrarque, né en 15041 , ftgé de 23 ans en 1327 , aurait eu dix années de plus que la Laure de Velutello ! L'expression peu (tannées lorsque la différence des deux âges était de dix^ serait-elle bien juste dans la pensée de Pétrarque ?
Voilà pourtant les grossières erreurs dans lesquelles est tombé Velutello , pour avoir voulu nier l'authenticité de la note écrite sur le Virgile de Pétrarque , douter de la véracité des Avignonnais , dédaigner les renseignements que lui donnait Gabriel de Sades ! Plus j'y réfléchis , et moins je comprends comment cette note attribuée au poète pouvait paraître suspecte à Velutello , dans les faits qu'elle mentionnait. Personne sans doute ne soupçonnera la famille de Sades ou tout autre , Avignonnaise , d'avoir député un faussaire à Padoue pour écrire sur le Virgile de Pétrarque après sa mort. Les Italiens avaient moins d'intérêt encore que les Avignonnais à fixer les incertitudes sur la famiUe et la résidence de Laure. Je veux donc supposer que Pétrarque , comme on le prétend, n'ait pas écrit lui-même sur son Virgile la courte notice sur Laure : qu'en conclure ? rien autre sinon que le secrétaire du poète aurait tracé ces lignes sous sa dictée , ou bien que l'héritier de ses livres aurait écrit ce document , après avoir ouï le poète raconter luimême les faits mentionnés. Voilà la conséquence la plus rigoureuse que l'on puisse tirer du doute sur
Tautographe du poète , ea se rappelant toujours que nul intérêt n'aurait guidé Htalieu prétendu faussaire. Enfin le soupçon de Velutello et de ses partisans , que la note écrite sur le Virgile ne serait pas de la main de Pétrarque , n'est motivé par aucune expérience d'examen ^ le caprice seul a formé les doutes ; et ces mêmes doutes ne sont plus admissibles, après la sérieuse épreuve qui a été faite. Baldelli , biographe de Pétrarque , déjà plusieurs fois cité dans cet ouvrage, assure que lui-même n'ayant voulu négliger aucun des moyens qui pouvaient fixer ses opinions sur Tauthenticité de la note , fit imiter l'écriture du poète , par le célèbre restaurateur de manuscrits , Giatti , sur plusieurs lettres autographes de Pétrarque , conservées dans la bibliothèque des Médicis; et que les copies portant divers genres d'écritures , selon que les caractères des manuscrits se trouvaient tantôt nets et bien formés^ tantôt menus et négligés, avaient été confrontées à Milan avec la note écrite sur le Virgile , et que la ressemblance entre les caractères de cette note et ceux des manuscrits avait été jugée parfaite , et qu'en outre les personnes qui ne connaissent pas l'écriture de Pétrarque conviennent généralement que les caractères de la note sont ceux dont usaient les calligraphes dans le milieu du 1^"^' siècle (1),
(1) lo mcdosiino per uqaomettere diligeaza alcuna, e al fine di viepià assicurarmi deir autenlicazione di quelloscrilto, feci imitare la maiio del Pelrarca dalle epistole aulo^^rafo ,
Quant au cécii de Gabriel de Sades, qui plaçait Laure dans sa famille , la vérité en est confirmée par d'autres témoignages que le sien.
Tassoni , en commentant le sonnet 188<^*
Dodici donue lionestanente lasse ,
où le poète décrit une promenade dans un bateau qui portait Laure et douze dames de ses amies ^ Tassoni (dis-je) dans ses commentaires , cite d'après Ug-o di San Cesare et il Monaco delt Isole (lOro , les noms des douze dames qui composaient cette réunion , et parmi celles-ci , Fannette de Sades , tanle cb Laure , ajoutent les commentateurs.
Ërano i nomi loro Brianda d'Agulto contessa délia Luna » Ughetta di Focalchiero , Amabile di Ylllanova , Béatrice dama di Salto, Isvarda di Rocca foglia, Anna viscontessa di Laliardo, Bianca dlFlassano, Dolce diMastiero, Antonetta di Cadenelto, Maddaleaa di Salone, Risenda di Peggioverde» Fannetta di Sado, zia di Laura.
(Le Rime di Francesco Petrarca, Consideraziomd^Alessandro Tassoni e le osservazioni di Lodos^ica Antonio Mu^ ratori , page 442. Edition de Modène , M\\,)
che conserva la Medicea dal célèbre restauratore di codici sigQor Giatti, e per quaato il poeta ora con nitidissimi , e ben format! caratteri, ora coq più miauti, e più trascurati scrivesse , mandato queir esempio in Milaao vi fu trovata molta somigltaDza colP originale ; e coloro i quali non conoscono la uiano del Petrarca convengono concordemente , essere lo scritto usalo dai calligrafi délia primo mctà del secolo XIV. ( Baldelli , page ^79* )
Puisque Fannette de Sades est citée par les commentateurs comme tante de Laure , nécessairement Laure devait être une demoiselle de Sades ^ propre nièce de Fannette ^ ou devenue sa nièce par alliance , après avoir épousé Hugues de Sades. J'incline beaucoup à croira que Laure , comme le disait Gabriel de Sades à Velutello , fût fille de Jean de Sades ^ çt épouse de son oncle y Hugues de Sades , frère de Jean.
Velutello affirme contre de nombreux témoignages ^ contre celui de Pétrarque même , que Laure ne fut jamais mariée ^ il est cependant digne de remarque que Pétrarque , toutes les fois qu'il fait mention de Laure , ne la désigne dans ses œuvres latines que par les mots mulier onjcemina , jamais par celui de virffo ; et dans ses poésies italiennes par les mots Donna et Madonna y jaD(iais par le mot Donzeita. Et lorsque , parmi ses chants intitulés : Triomphes , le poète en a consacré un à célébrer les vertus de Laure , il a intitulé son poème : Triomphe de la Chasteté ^ et non de la Firginité , expression qu'il eût pourtant choisie de préférence y s'il se fût agi de chanter les perfections d'une jeune personne qui jamais ne se serait engagée dans les liens du mariage.
Le même Velutello ne voulant reconnaître pour la Laure de Pétrarque^ que la jeune demoiselle Cbiabau ^ et ne lui permettant pas de quitter le village de Cabrières pour venir se promener en bateau sur le Rhône auprès d'Avignon > veut que celte navigatian
de quelques heures ait eu lieu sur le Goulon , torrent doot les eaux très-basses la plus grande partie de l'année , porteraient à peine une nacelle de pécheur et à Tépoque de sa crue occasionnée par de fréquentes pluies , submergerait les bateaux qui se lanceraient sur ses ondes.
Velutello , embarrassé pour motiver le séjour de Pétrarque à Yaucluse , parce que le poète ayant déclaré dans sa correspondance quil n'habitait cette solitude que pour fuir Laure , en eût été au contraire très-rapprochc , si celte Laure avait connstamment ' vécu à Cabrières ; Velutello (dis-je) suppose que le poète s'abritait à Vaucluse contre une peste qui ravageait Avignon en Tannée 1327. Cependant ni Pétrarque y ni aucun historien de Tépoque ne fontmende cette peste. Tous ne parlent du fléau que vingt-un ans après, en 134 B. Mais Velutello semble disposé à admettre dans son récit les faits les plus contraires à l'histoire du temps, plutôt que de consentir déplacer Laure à Avignon , et par suite , donner raison à Gabriel de Sades. Cependant , comme je crois Tavoir démontré, ce Gabriel n'a pu être l'auteur de l'opinion répandue parmi les Âvignonnais , que Laure appartenait à sa famille. Plus tard , des hommes distingués par leur érudition et leurs études scrupuleuses de riiistoire du Comtat-Vénaissin , ont pensé comme Gabriel de Sades : Joseph-Marie Suarez , évêque de Vaison , ayant élé consulté par Philippe Tomasini , évéque de Ciltanova , sur la question de savoir dans quelle famille était née la Laure de Pétrarque , il
répondit au prélat italien y qne dans tout le Comtat- Vénaissin on reconnaissait comme un fait incontes* table que la Laure de Pétrarque était née à Avignon dans le faubourg de Saze (1) et qu'elle était fille d'un noble seigneur appelé de Sades. Et , bien que Pétrarque n'eut jamais nommé Laure par son nom de famille , ajoutait l'évêque de Vaison , on trouvait néan. moins dans les vers de ce poète, de fréquentes allusions à t étoile , et l'on remarquait précisément une étoile en relief dans les armes de la maison de Sades- Quelques années après cette lettre adressée par l'évêque de Vaison en i6/ï7 à l'évêque deCittanova, Philippe Tomasini , celui-ci produisait un autre argument en faveur de l'opinion émise par l'évêque Suarez: Tomasini disait avoir vu un ancien portrait de Laure offert en présent par Richard de Sades, vicç-çhan^ celier de l'Eglise, au cardinal Barberino, et au bas duquel on lisait Tinscription suivante : Laura Sada Avenionensis Petrarchde musâ celebris (2).
Je pourrais, pour compléter la démonstration do système qui place Laure dans la famille de Sades , rapporter une infinité de remarques et de recherches
(-1) 11 serait difficile de déterminer aujourd'hui l'emplacement occupé il y a cinq cents ans par le faubourg de Saze. les remparts qui cernent Avignon aujourd'hui n'existaient pas à l'époque de la naissance de Laure. On doit présumer que lorsque Clément YI en commença la construction , le faubourg de Saze fut enclos dans la ville.
(2) Baldjslli , page \^^
faites par les auteurs qui ont traité cette controrersâ ; mais ma dissertation me semble déjà beaucoup trop longue el je ne ferais au surplus que répéter des arguments déjà présentés tant de fois. Pour donner à ces curieuses recherches une physionomie plus neuve , je me suis livré à une nature de discussion qui n'avait pas encore été suivie par les biographes de Pétrarque , c*est-à-dire celle de combattre Velutello par Velatello lui-môme. Je m'étonne que Tabbéde Sades^dans ses Mémoires pour la vie de François Pétrarque ^ n'ait pas tourné au profit de la cause qu'il défendait les aveux maladroits du biographe italien.
U ne me reste plus à présent^ pour terminer^ qu'à montrer comment le tombeau de Laure dans TégUse h des Gordeliers d'Avignon , église oh Pétrarque et Ga- j, briel de Sades ont déclaré que Laure fut inhumée^ four- j^ nit aussi la preuve que la dame chantée par Pétrarque à^ était de la famille de Sades. La plus grande partie de ce que j'ai à dire sur ce tombeau n'a rien de neuf ^ mais son historique doit, ce me semble, aehever.de :i^^j dissiper tous les doutes. l^^,
On lit dans les Mémoires pour la vie de François }/ Pétrarque^ page 13 des notes du premier volume , que dans Tannée 1533, un gentilhomme de Florence nommé Jérôme Manelli , Maurice de Sève , savant antiquaire Lyonnais , et M. Bontemps , grand vicaire da cardinal de Médicis, entreprirent ensemble des recherches sur là famille de Laure. Que ces trois investigateurs après avoir feuilleté sans succès les registres de toutes les paroisses du Gomtat-Vénaissin , se rendirent
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dans legUsc des Cordeliers d'Avigooo , avec l'înteo-
tion d'opérer des fouilles dans les tombeaux , parce
que Pétrarque ayant déclaré dans la note manuscrite
de son Virgile ^ que Laure était inhumée dans cette
église j et la tradition avignonnaise plaçant la Laure
de Pétrarque dans la famille de Sades , cette famille ,
d^epuis longrtemps avait choisi pour sa sépulture les
caveaux d'une chapelle des Cordeliers appelée de la
Croix., Ce fut donc sur cette chapelle que se portèrent
l'attention et les recherches des trois curieux érudits.
Après quelques heures de travail, ils rencontrèrent
(dit Tauteuc des Mémoires) une grande pierre sans
inscription , laquelle présentait en relief deux écussons
d'armoiries presque efiacées , et une ro^ sur la tête
de ces écussons. Le grand vicaire BpnteiDps fit lever
la pierre en sa présence. On trouva dans un cercueil
des ossements épars, un cr&ne auprès duquel , était
une botte de plomb ^ et dans la boite, uq parchemin
roulé et une médaille de bronze. La médaille portait
r^fGgie d'nn^ fqpime qui se découvre le sein. On n'y
voyait d'antre légende que quatre lettres initiales :
IMU L.. M. J. Chacun, des trois savants qui assistaient
aq^ fouilles; , essaya de compléter le sens des initiales
mqis en vain,. Maurice de Sève en forma les mots de
rin^,criptio,n la plus probable : Madonna Laura morta
jace. Pour moi ^ je préférerais expliquer les initiales
GqvQtnQ Cavriani , auteur Italien qui a publié en 1822
une vie de Pétrarque. L'interprétation dQ Cavriâni
étant en langue latine , me semble plus -conforme au
style lapidaire et numismatique du H*"*" siècle où la
langue de raneienne Rome était exclusivement en usage pour de pareiHes légendes. Cavriani veut que Ton complète les initiales par les mots : moriuœ Laurœ miserere Jestt,
Un sonnet était écrit sur le parchemin ; il était à demi eflCacé par le temps ; Maurice de Sève ne le lot qu'avec beaucoup de peine. Je ne rapporterai point ici le sonnet italien qui est généralement connu. On j tait parler Pétrarque , bien qu'il ne soit point Fauteur du sonnet. Le poète dit en substance que « là reposent » les, chastes os de Faimable femme qui, sur la terre » fut sans pareille , que la cruelle mort a séché le vert » Laurier sur ses fraîches racines ^ que Laure naquit » et mourut dans un bourg d'Avignon, et qu'avec Laure » furent ensevelis sa raison et son génie. »
Les Italiens ont assuré que le sonnet n'était pas digne d'un poète tel que Pétrarque , et que l'on ne devail certainement pas le hii attribuer. Le cardinal Bembo en écrivant îi Barthélemi de CasteUane , archidiacre de l'église métropolitaine d'Avignon pour le féliciter et s'applaudir lui-même de la découverte du tombeau de Laure, déclarait au sujet du sonnet dont on lui avait envoyé une copie « que les vers italiens enfermés dans » la botte de plomb étaient fort au-dessous de ce qu*au- » rait pu faire un esprit merveilleux et presque divin » tel qu'était Pétrer que y que le poète le plus médiocre » les désavouerait, que les règles les plus communes de » la poésie italienne étaient violées dans ce sonnet (1).
(i) Mémoires pour la vie de François Pélrarque , page 24 • des notes du \^ volume.
Louis Beccadelli , archevêque de Raguse^ qui a écrit une vie de Pétrarque, pensait comme le cardinal Bembo h l'égard du sonnet et assurait Tavoir lu dans la sacristie de Téglise des Cordeliers.
^ Personne y du reste , n'avait songé sérieusement à attribuer le sonnet à Pétrarque qui était à Vérone pendant que la peste ravageait Avignon ^ mais cette nécessité même de ne pouvoir attribuer le sonnet à Pétrarque devient pour tout esprit logique une preuve que le tombeau dans Lequel le sonnet fut trouvé renfermait les restes de L*i Laure célébrée par le poète italien. Car n*est-il pas probable jusqu'à Tévidence qu'un jeune Italien peu instruit des règles de la poésie , il est vrai , mais passionné pour les vers de Pétrarque et la beauté de sa Laure , aura écrit le sonnet du tombeau , en empruntant la parole de Pétrarque, et Taura placé dans le cercueil de Laure au moment de son inhumation , aGn de fixer , pour Tavenir, les incertitudes des curieux ^ si jamais on faisait la recherche de sa sépulture?
Et pourquoi ce sonnet (ajouterai-je) fut-il déposé dans le tombeau de la famille de Sades situé dans la chapelle de la Croix , si la Laure de Pétrarque n'était pas membre de la famille de Sades?
Je sais que quelques personnes prétendent que la chapelle de la Croix n'existait pas dans Téglise des Cordeliers en 1548 , époque où Laure mourut. Je n'ai pas eu les moyens de vérifier ce fait , mais en le considérant comme avéré ; celte objection de non exis-tence de la chapelle de la Croix ^ n'en serait pas moins
Irèsfaible : Téglise des Cordeliers existait du moins puisque Hugues de Sades déclare dans son testament qu*il ?eut y être enterré; et si la famille de Sades avait dans celte église ud tombeau destiné à tous ses membres, la même familie n*a-t-elle pas pu construire , plus tard, une chapelle sur remplacement de son tombeau? Supposons qu'un citoyen d* Avignon ait un de ses ancêtres inhumé depuis un siècle , sur le rocher des Doms 'y que la sépulture de celui-ci soit marquée d^une manière incontestable par une pierre et une inscription j et que Fbabitant d'Avignon dont j'ai parlé , fasse ériger aujourd'hui sur le lieu de la sépulture une cha^ pelle i pourrait-on , cinquante ans après, prétendre que ce n'est point là que repose l'ancêtre de celui qui a fait construire la chapelle , attendu que la chapelle n'existait pas lorsque l'ancêtre du fondateur y a été placé ?
Mais pour fortifier cette opinion: que Laure fut inhumée dans l'église des Cordeliers d'Avignon , nous avons , outre la notice écrite par Pétrarque sur son Virgile, et l'assertion de Gabriel de Sades combattue vainement par Velutello ; nous avons , dis-je , dans le testament même de Pétrarque , testament dont l'âuthcuticité ne fut jamais suspectée, une disposition que Ton ne peut interprêter qu'en faveur de notre système.
Pétrarque y désigne tous les lieux où il veut que l'on dépose sa dépouille mortelle , soit que la mort le surprenne à Venise , à Milan, à Favie , ou à Rome , et puis il ajoute : « Si je meurs en tout autre pays » que ceux que j'ai mentionnes , je veux être enseveli « dans une église des Frères-Mineurs. »
« Il me sêïnble (dit Baldelli en citant les paroles de
^ ce testament) , qae le poète désirait rapprocher ses
» cendres des cendres de celle qu'il avait aimée ^ il
» n'osa peut-être pas nommer Avignon /où son projet
» était de retourner dans les dernières années de sa
» vie y si sa santé n'avait apporté de grands obstacles
» au voyage (1). »
Stn Venetiis moriar poni volo in loco sancti Francisci de Yinea... Sin Mediolani ante ecclesiam beat! Ambrosii... Sta Papiae in ecciesiâ sancti Augustini.;. Si autem Romse ia ecclesiâ sanctae Mâria3 majoris... Sia ubicumque terrarum aiibî^ in loco Fratrum Minorum,
{Exempluin testamenti à Francisco Petrarcha conditL Œuvres complètes de Pétrarque. Edition de Bâle, 1554.)
De Fexamen que je viens de faire des questions sur lesquelles les sentiments des biographes de Pé* trarque sont partagés ^ on peut , sans témérité , tirer les conclusions suivantes:
La Laure chantée par le poète ne fut point un être imaginaire ^ elle a existé ; vérité historique , fait indubitable !
Cette Laure est née dans les environs d'Avignon , ou à Avignon même ) mais surtout elle a habité Avignon la majeure partie de sa vie ; elle a été mariée y
(i) Sembrami che nel suo testameato bramasse riaccostare le sue aile cenèri amate... iPïoa ardi forse di nominare Aviguoue, ove avrebbc bramato di ritornare in veccbiezza , seaza gli ostacoli , che vi frapposc la sua salute. Baldelli , p. 169.
aolres faits qœ Fou ne peut raisoimaUeiiient réToqoer en doote!
Eofia , cette Laure appartenait par le sang à la £aimille de Sades. De tontes les opinions sur sa naissance , certainement celle-ci est la plus probable ! On tronre en faTcnr de cette opinion des monuments , des écrits , la narration franche et naive d'un membre de la famille de Sades, une tradition locale qui confirme la Térité de cette narration , et fortement enracinée dans les esprits , de Fayen même de Tadversaire qui la combat Au contraire , ceux qui ont voulu créer une Laure autre que Madame de Sades , la faire naître et mourir dans les environs de Yauduse , n'appoienC leur système que sur quelqq^s passages obscurs des poésies de Pétrarque 9 sur de vagues conjectures , et ce qui est pire encore , sur des hypothèses tout-à-fait invraisemblables.