‹ Essai sur la vie de PétrarqueChapitre 3 sur 5 · IMPRIMERIE DE JACQUET ET J.-B. JOUDOU · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE DE JACQUET ET J.-B. JOUDOU

RUE SAINT- »: ARC , l8.

M DÏ: c c xi: XIX»

Cb poète naquit de Petracco di Parenzo , et d'EIelta ou Lielta deCaiiigiani,lc 20 juillet de t'auDée 1504,à Arezzo dans le faubourg de l'Orto. Son père et sa mère, toos deux issus de familles honorables, avaient été exilés de Florence , pour |a part active qu'ils avaient prise dans les troubles de ta répubUqne , et surtout pour la faveur qu'ils avaient témoignée au parti Tainca,lafactioadesBlancs qui dérivait des Gibelins (1).

(1) f^ie de François Pétrarque, pat Muratori et Gesualdo.

l^ebaoco di Parenzo ne désespérait point encore de

rentrer daiis sa patrie i iDans la nuit du 19 au 20 juillet

de Tannée 130 À > pendant que safenune donnait le jout

àTenfant poète ^ iui> Joint à une troupe nombreuse de

courageux bannis > attaquait les murs de Florence pour

y rentrer de vive force. Us ay aient tous compté sur un6

puissante intervention des hommes de leur parti qui|

n'ayant point subi la peiné de Fexil^ pouvaient seconder

leurs efforts en attaquant dans la vUle la faction con-

irairci Mais les Blaiics de Florence virent avec froideur

et calme > la déroute de leurs amis sans les soutenir f

et par le fait de cette occasion manquée ^ ils leur fer*"

mërent poiir toujours le retour dans leur patrie^

Petracco di t^arenzo > plus exposé que jamais à la fureur de ceux qui un moment avaient craint sa vengeance > se vit contraint d'errer de province en pro- Vincè pour se dérober aux poursuites que Ton dirigeait eonire lui (1) > employant a gagner sa vie le fruit de ses études^

Fatigué enfin d'une fuite constante , il alla se réfugier h Pîse (2) avec sa femme et ses deux fils, le jeune Pétrarqtiô et Gérard* Ce fut dans cette ville que Pétrarque reçut ses premières leçons de lettres du savant grammairien Convennole* Quelques mois après ^ Petraccp persuadé qu*il devait renoncer à l'espoir de rentrer dans Florence ^ résolut de quitter Tltalie ^ et d'aller se

mÊimmi0mm9i^mmmmmmmmméÊmamàmmmmmi0$ii$

(^J Gesualdo.

(2) Munatori , Fie de Pétrarque*

hxer à Avignon qu'on grand nombre dltaliens exilés tomme loi avaient choisi pour leur résidence ; parce que le Pape Bertrand Got/qui avait pris le nom dé Oément Y , effrayé des guerres civiles auxquelles Rome était en proie sans cesse , avait transféré le siège de Téglise à Avignon, dèsTatilSOO.Gefut Pan 1515 que Pétracco di Parenzo y arriva avec sa famille. L*énceinte de la ville était alors très resserrée. Sur une invitation du Pape aux nouveaux citoyens réfugiés de se disperser dans les environs afin d'éviter les maladies qui, pour Fordinairéy attaquent une population trop entassée , Pétracco établit sa femme et ses enfants à Carpentras où le célèbre Convenoole venait d'arriver, afin que ses fils pussent y continuer leurs études déjà commencées sous cet habile professeur. Un jour que Pétracco et un Génois dé ses amis nommé Gui Settimo , exilé comme lui , s'étaient rendus ensemble à Carpen-* iras pour y voir leurs enfants , ils formèrent le projèé d'aller de,là visiter Vaucluse. Les jeunes Pétrarque et Gui Settimo , liés par une amitié tendre , démandèrent avec instances aux deux pères la faveur de les accomjpagner dans ce voyage. Eletta Canigiani effrayée des nombreux périls qui toujours avaient menacé son fiîs depuis sa naissance , et qu'il serait trop long de r appor- • ter ici , né consentit qu'avec des larmes à le laisser partir.

Le jeune Pétrarque en s'approchant de la source de Vaucluse ^ cernée par des montagnes alors hérissées d'épaisses forêts dont les vagues mugissantes éclâbous- ^aieut le feuillage ^ fut saisi de cet enthousiasme rêveur

Vj^ toujours agite tes poètes en présèûce des merveilles de la patnre. Après avoir admiré quelque temps le cristal de la source daus sou bassio^ et sa chute en cascades écomeuses : « Si jamais je suis libre, s'^cria-t- » Û, au séjour des pompeuses et bruyantes cités ^ on » me verra préférer cet agreste asile. »

Une pareille exclamation échappée à un enfant de dix ans , manifestait plutôt la vocation du poète que celle du 'magistrat } cependant ce {ut à l'étude du droit que le père voulut appliquer son fils , selon l'usage de ce siècle.

; n Hûvôy à âgé dé quatorze ans à Montpellier , pour y étudier le droit sous Barthélémy d'Ossa ^ savant jurisconsulte et habile professeur. Mais à peine le futur poète avait-^il om les premières leçons ^ qu'il déclara hautement son extrême répugnance pour Tétude des lois. Dès lors ce fut en vam que le pètp.^ pour vaincre les déjge^ts de son fils ^ renvoya sMcéssivement et à i'Uni^ versîlé de Paris et à Bologne dont la renommée pour la science > celte du droit snrtont , retentissait dans tous les pays civilisés de l'Europe. Mais soit à Paris > soit à Bologne > le jeune Pétrarque ISe traîna ^mx leçons avec langueur. L^amour de la poésie le domîB^t exclusivement ; et toujour» il préféra de» iUosions gra«îeU'^ ses et fleuries^à des réalités éf^enses^ et sans ehannes* Bf apprit a Bologne la mort de sa mère ElettaCan^iMi^ de eette mèire dont il fut tant aimé dans son^enfenee y qA jamios ne s'était séparée de fan ^qu'avee donleur ^ et qtfil chérissait iut-méme. Pétrarque pendant plusieurs jours répandit des larmes^ amère? sur cette perte > et

semblait inconsolable. Mais les illusions , les joies du jeune âge calmèrent son affliction profonde. Il n'en fot pas de même de Petracco di Parenzo son père. Celoi-ci ne pat supporter Tabsence éternelle d'une épouse qui ayait partagé sa disgrâce et ses périls ] suivi ses pas rapides dans la fuite > et qui ^ sur la terre étrangère , lui avait presque fait oublier la patrie y par les 9oiûs et Tamour dont sans cesse elle environna son existence. Cet époux malheureux ^ dévoré par le chagrin de la solitude , suivit un an après Eletta Canigiani dans la tombe.

Pétrarque > âgé de vingt-deux ans ^ à la mort de son père , se hâta de revenir à Avignon suivi de son frère Gérard. Déjà des tuteurs avides avaient spoUé leur faible succession. Pétrarque , qui en fit l'inventaire plus en homme de lettres qu'en légiste intéressé , oublia toutà-coup sa détresse au moment où sa main rencontra dans des liasses de papiers un manuscrit des œuvres dé Gicéron. « Ces corsaires en ont ignoré le prix puis- V) qu'ib m6 Tout laissé y s'écria-t-il joyeusement, voilà

» te meuble le plus précieux de la succession de mon >> père ! »

Cependant > à Avignon , lés deux frères séduits par les vertiges du jeune âge , s'inquiétaient peu de leur avenir. Tous deux ne songeaient qu'à plaire aux fem-^ mies > et se faisaient une sérieuse occupation de leur toilettée C'était la mode alors de porter des robes Manches plissées p de se chausser de souliers étroits et minces ^ afin de montrer un pied petit et léger. Les cheveux itrtistemeut bouclés balançaient leurs anneaux sur

les épaules d'an jeune élégant. Aussi les vents du nord qal, dans ce siècle comme dans le nôtre , agitaient souvent l'atmosphère avignonnaise désespéraient-ils Thom* 91e à la mode qui^ en un instant-, voyait se démolir le manque édifice de sa chevelure. U faut lire Pétrarque kii^méme ^ rçvenu qu^slques années plus tardl à une mise plus simple et moins gênante ^ rappelant à son frère daqs sa correspondance , le soin que tous deux ils prenaient pour leur chaussure 2 pour la formation des^pUs de leur robe ^ pour Téchafiaudage de leur coiffure , en yn moi pour le perfectionnement de cette toilette, que bientôt çiveç chagrin ib voyaient au tournant d'une rue, bou^eyçrs^e par un coup de vent (1).

Depuis plus d'un, an Pétrarque fréquentait le société des fenunes sans avoir fixé son cœur. Mais , le vei]^ dredi-saint de Tannée 1327 qu'il était aller prier daQs 4'égUse des religieuses de i.Sainte-Claire à Avignon (2), son regard.un peu errant rencontra de beaux yeux bleus dirigés vers le ciel , des cheveux dorés , une robe vcrtej . et dès ce. moment sonna Theure des tourments de sa vie. Il ne se méfia point d'abord d'une véritable séduc* fioU;, parce que, comipe iile déclare luirOû^éme , il ne

9"U ! . ' . I, ' -.! I . . ' ,t) ■ -M . ' ■ I l ■ . I l > I ■ ff

(4) Vaj\EpisU Uber. Epist 27. Gerardo fratrie germano suo. Quid de calceis loquar pedes quos protegere videbautur, quàm gravi et quàça contiuuo bello preçiebant !

{2) Note de Pçtrairque écrite sur la couverture de son Virgile conservé dans la bibliothèq^ue Ambroisienne à Milan.

pouvait penser que dans cette semaine d'un deuil tout religieux , il dût se tenir en garde contre une surprise de Tamour. Mais depuis ii ne tarda pas s'apercevoir que cette passion tenait à son cœur par de profonde^ racines,

«oïKET 3, ^^ ç.,^^g^j^ j^ j^^^ ^ ^i^ij ^ ^^ ig soleil fil p^iir ses

» rayons , ému de pitié pour les souffrances de son\ V créateur , que je devins captif sans m'être défendu ; » parce que vos yeux charmants , 6 femme. ! aussitôt » m'enchaînèrent ^

» Jamais je n'eusse pensé que ce tài un temps à me » garder contre les assauts de l'amour. Aussi , mar^, » chai-je avec assurance , sans soupçonner le piège ^ » et de là commencèrent mes tourments au mflteu du » deuil universel.

» L'an^our me rencontra de b(»ites parts désarmé i. » sa route fut , par mes yeux ouverte jusqu'à mon » cœur , car les larmes onttoiqfoiirs frayé son passage.^

» Mais , pour hii , ce ne fut p>as un bea^ triomphe , » à mon avis , que celui de frapper moi seul, faible et » sans défense , et ne pas même montrer sott arc fc » vous f garantie d'une redoiri;able armure, ^i

ioimïTTo 3, Era'l giorno ch*al sol si scoloraro

Per la pietà del suo fattore i rai, Quand^o fui preso e non me ne guardai ; Che i be' vostr' occhi , donna , mr legaro.

Telle fut la première entrevue de Pétrarque avec la jeune madame de Sades (1) , cette Laure dont il a chanté les i^erveiUes pendant qu'elle vécut et pour ^t qiielle il a soupiré tajiit de beaus vers ea fienU aprte gue |amort la |ai eut ravie (2)^

Tempo non mi parea da û|r riparo Contra colpi d'anior : pero n'anda^i Secur $enz4 sospetto } onde % miei guai Kei ooDuiBie dolor s^înromincîaro.

'D^ravoiimû aMmor del tutto disarmato ^ £d aperta la via per gU occhi al corei, Çhe di la^qme son latt^ i^cio e varco.

Pero , al mip parer j non li f ù onore Ferir me di saëtta in quello stato , ]£ a voi armata non mostrar pur Tarco.

. 1 " ■ . 1 I ■ ■ l» .I I . J ■ l, " . ! ' , I .. UU \y l ,. ^p^^f^^^^^^— i

(1) Voyez la dissertation sur Laure à la fia du volume.

(2) La date que donne le poète à la naissance de son amour ^ été' conteste'e j^ mais à tort ce we semble , parce quç Pétrarque dans un autre sonnet dit : (< Que Va^ï\ m;lle trois cent y> vingt-sept , le six avril , ^ la première heure du jour y i\ y> entra dans ^e labyrinthe qui ne lui offre plus aucune y) issue. )) Un Fabrizio Storni , commentateur de Pétrarque voulut s'assurer, dit Muratort , sL dans l'année 4327 le veau dredi saint était tombé le 6 avril* Fabrizio Storm, qui vivait plusieurs siècles après Pétrarque , s'adressa pour satisfaire sa curiosité à U4 célèbre pathématicien et astronome nommé

ta

Francesco Giuittino, Celui-ci, poursuit Muratori, après deu longs calculs , répondit au commentateur de Pétrarque , qu'eu 1327 , c'était le lundi de la semaine sainte et non le vendredi qui s^était rencontré avec le six avril. Dës-lors, Fabrizio^ Stomiet bien d'autres commentateurs après lui, n'ont pas hésité à affirmer que la première rencontre de Pétrarque et de Laure avait eu lieu le lundi et npn le vendredi de la semaine sainte ; que si Pétrarque lui-même l^avait placée au vendredi dans son. troisième sonnet , son innocent mensonge, n'avait eu d'autre but que de donnera l'origine de son amour., une époque plus poétique. L'abbé de Sades dans ses Hémoires . pour servir k l'histoire de Pétrarque, cherche à concilier le, récit du poète avec le calendrier de \V17, en disant quePé-^ trarque vivant à Avignon oà les juifs avaient une sjnagoguc, il avait peut-être adopté leur système qui place la P8fc-. que au quatorzième jour de la lune de ms^rs ; et qu^ le quin-v zièmejour de cette lune., jour du crucifiement de Notre-^ Seigneur, se rencontra précisément en l'an. \^21 avec le, lundi saint des chrétiens le six avril. Pétrarque, selon l'abbé.. de Sades, aurait suivi le calcul des Hébreux da^ns la pçnsée.da. donner à son amour une origine solennelle.

Toutes ces suppositions me semblent absurdes , çt telles.. ^Ues paraîtront à tout homme. qui aura lu avec consciences. les poésies de Pétrarque. Ce a*est pas seulement dans le troisième de ses sonnets que le poète assigne à soa amour le vendredi saint pour époq^ue. Oaze ans après , il rappelle la, même date dans ^ne invocation k Dieu pour obtenir le par^ don de ses fautes. On n'a qu'à lire le. sonnet 48"**» :

Padre del ciel , dopo i perduti giorni

Que Pétrarque termine ainsi :.

Or volge , signor mio\ Vundecim' anno.

CN f fui sommesso al dispietato ghgo Che sopra i pm soggetti è pSi féroce.

Miserere del mio non degno abonné Riduci i pensier vaghi a mîglior luogo Rammenta lor conC oggi fosti in croce.

Aujourd'hui , Seigneur j roule la onzième année de Tépo* que où je fus courbé sous ce joug barbare qui opprime avec d'autant plus de cruauté les sujets les plus dociles.

Prends pitié de ma douleur insensée , ramène mes pènséei errantes dans une route salutaire , rappelle-leur qu'aujourd'hui tu fus attaché sur la croix.

Nul doute que Pétrarque n'ait écrit ces vers le vendredi laint. Oggi fosti in croce , le dit positivement. Et ce même Jour il disait : Or volge signor mio l'undecimo anno. Pétrarque , fatigué par la pensée de l'anniversaire d'un amour qui le consumait de dhagrins , lui oppose celle de la Passion dU Sauveur, le vendredi s^int même. Si plusieurs années après^ en voulant diter le jour du inois oia Laure s'offrit à ses regards , Pétrarque mentionna le six avril plutôt que le dix, ce fut une erreur de sa mémoire diffîcile à rectiBer 9 parce qu'alors comme aujourd'hui on ne conservait pas daias sa bibliothèque les vieux calendriers. Mais le souvenir de Pétrarque n'a pu équivoquer au contraire sur le jour où l'élise chrétienne est attristée, où toutes ses cérémonies, ses prédi« cations sont lugubres. La coïncidence d' n pareil jour avec la première apparition de Làure devait se graver d'une manière ineffaçable dans la mémoire d'une poète amo reux, plutôt que les réminiscences de chifft^; celles-ci pour l'ordinaire sont le partage des astronomes, des chroaologistes et des banquiers.

Milgr^ la tendre seBâoiMiqmeBclMtiMit Pétrarqaé km p»ys d« Lawe , Morrtori i sor la foi de quelqoes antenrs îtaBer^ eomine An , affirme que cetoi-cî quitta Arignon ponr se rendre à MUanj parce que l'entrée de Lonis de Bavière en Italie lui fit espérer la fia de 8<mi eijl et le retour daos sa patrie. Biea que sa lenosa.inée UUéraire fût à pùae Baisunte , U reed d'Âzon ViscoDli , gwwecofinr de SBan , l'accoeii le [Ai» gracieux. Pétrarque s'arrêta plusieurs mois chez ee seigneur , y attendant le moment favorable de rentrer à Florence^ Mais tout e^oir lu fut ravi par la faction

ennemie des Gibelins qui à force d'argent détoimia le prince Bavarois de ses projets de conciliation. Le poète ^xilé réprit alors le chemin d^Àvignon où le Pi^ Jean XXD ^ depuis la mort de Clément V > occupait le Saint-Siège. Auprès du Soureraîa Pontife maient environnés de splendeur le cardinalJean Colonne, Jacques Colonne qui devint bientôt évéque de Lombéz , Etienne leur frère , tous fils du vieux Etienne. Colonne dont la famille avait une iUustre et antique origine. Pétrarque se lia d'une nmitié si intime avec les trois frères qu'il lie pouvait plus vivre hors de leur société et que ceulci à leur tour ne pouvaient plus se séparer de^ leur ami Pétrarque (5). Le cardinal Colonne dont le palais était bâti sur remplacement qu'occupe anjourd'hui à Avignou l'Hôtel-de-ville > y avait logé Pétrarque qui vivait danâ la société des trois frères comme un membre, de leur famille'.

Le siège épiscôpal de Lombez> petite ville située sur la Save au pied des Pyrénées > étant devenu vacant > le pape Jean XXH nomma pour l'occuper Jacques Colonne en récompense d'un éminent service que celui* ci lui avait rendu en Italie ^ pendant les troubles qu'y causa la présence du duc de Bavière , service qui avait esigé de la part de Jacques Colonne > autant de zèle ^^e promptitude que d'audace et de prudence.

Apeinedésigné pour administrer le diocèse de Lom'^ bez ; Jacques Colonne fit promettre h Pétrarque qu'il

(1) Fie de Pétrarque j par Muratori.

raccompagaerait dans son voyage , et qa'il vivrait ao^ près de lui dans le palais épiscopal. Pétrarque ^ qae la passion des voyages dominait après celle de Laare ^ qui d'aiUettrs voulait tenter par l'absence d'oublier son amour > ne se fit pas longtemps prier par son protecteur. Les deui amis partirent d'Avignon l'aii 1529 et s'arrêtèrent quelques jours à Toulouse où l'Académie des Jeux-Floraux , qui comptait à cette époque six années d'existence , s'attira l'attention toute partieu* lière de Pétrarque. U eut de longues coi^rences avec plusieurs poètes languedociens que dans la suite il célébra dims son poème du Triomphe de l'amour. Les deux voyageurs poursuivirent leur route jusqu'à Lombes dont le séjour parut d'abord excessivement triste à Pétrarque. Les habitans en étaient misérables y et la campagne stérile. Le voisinage des Pyrénées y amoncelait les orages , les détonations de la foudre y étaient fréquentés. Pétrarque s'en éfiBrayait et l'évéque le raillait de cette faiblesse. Peu de temps après l'arrivée de l'évéque , deux aimables genlilhommes , l'un Italien nom^ me LeHo , et l'autre Brabançon nommé Louis, se rendirent auprès de .lui dans le seul but de profiter dans ce désert des entretiens journaliers de deux hommes aimables. Pétrarque en peu de jours se lia d'une amitié intime avec le Brabançon et l'Italien. B se plut à changer> le nom de ses deux nouveaux amis et sa passion pour l'antiquité lui inspira le nom de Lélius pour Lello , et celui de Socrate pour Louis. Ce fut sous ces deux appellations de fantaisie , qu'il leur adressa tant qu'il vécut^ de longue3 et spirituelles épîtres chaque fois

^Hl s*«n trouvait séparé. Enfin ce séjour de Lombez qui dans le principe avait semblé à Pétrarque insnp*T portable y hit devint délicieux dans la société des trois hommes avec qui il passait sa vie ; et depuis y dans son âge mur comme dans sa vieillesse y Pétrarque ne cessa de rappeler dans ses écrits comme dans ses entretiens y les journées de Tété et de l'automne qu'il livait passées h Lombez, les citant comme les plus enchanteresses de sa vie. Aux approches de fhiver, Tévé- (pie (JçLcpibez repartit pour Avignon afin de voir son père qui venait d'y arriver j et Pétrarque, qui était devenu pour lui une société nécessaire , le suivit dans ce voyage. A Avignon la passion du poète pour Laure ne Wda pas à se rallumer. Sont absence de. quelques mois l'avait mal éteinte. Sans cesse il épiait les pas de Laure ou les suivait do loin -y celle-ci y s'aperçut bientôt de ses recherches affectées , et la brusque rencontre de Pétrarque la désespéra plus d'une.fois. Enfin pour déconcerter robsUnat\ou du poète, à la poursuivre , elle résolut de ne plus sortir désormais que voilée. Et si par hasard elle (iviiU oublié un jour de. cacher ses traits sous le voile y Laure à l'instant ou Pétrarque se présentait ,|coc|yr ait de sa main son visage. Pétrarquelançait de poétiques anaètièmes et contre le voile ennemi, et contre la jolie main qpi lui enviait son bonheur. *

R Femme charmante Chu disait-il^ ! depuis que vous Ballade i. % avez deviné la pensée qui seule remplit mon cœur , >) vous ne quittez plus le voile , ni sous les rayons dci; » soleil , ni sous l'ombrage. Tant que je l'ai tenue

» secrète, cette pensée sublûBe qoi dévore ma vte, je. » Toyais quelquefois la pitié émouvoir votre visage.

^ Mais à peine l'amour , de mes intentions vous ren-r » dit soupçonneuse , qu'aussitôt vos cheveux blonds ^ )» vos regards tendres et recueillis s'abritèrent sous )» le voile,

» Tout ce qui chez vous enchantait mon âme y vous ^ me l'avez dérobé. Ce voile me traite en esclave, il » me donnera la mort, en éclipsant sans cesse lé )> doux éclat de vos j^eux , dans la froide saison comme. » dans la printannière.

Ballata I- Lassare il vélo o per sole o per ombra ,

Donna , non vi vid' io , Pol che' n me cpnosceste il grand desio y ça Ggox altra vogli^ dentr' al cm: bû sgombrau

Mentr' io portava i be' pensier celati , Cb' banno la mente desiando morta , Vidivi di pietate ornare il volto :

Ma poi cil' Amor di me vi fece aocorta ^ Furo i hïonài capelli allor velati ,

£ ramoroso sguardo in se racoolto.

Quel cbe piîi desiava in vol m' ë tolto \

SI mi governa il vdo , Che per mia morte, ed al caldo ed al gtelo , De' be' vostr! occhi il dolce lume adombra.

Ilugues de Sades, époux de Laure, était jaloux à l'excès.. Celle-ci pour éviter ses plaintes s'écartait peu dç sa surveillance : aussi Pétrarque ne jouissait-il de s.i

vue que dans les réuuions nombreuses de la société Avignonnaise , brillante dans ce siècle où tant d'étranr gers de marque , tant de princes européens , séjour* naient à Avignon pour négocier ^vec le Pape. Une joie toute silencieuse agitait le cœur de Pétrarque lorsqu'il voyait Laure surpasser en grâce et en beauté ses compagnes ou ses riyales ; lorsqu'avec sa démar-*. che lente et sans étude, rinsouciance de son regard ^^ Laure par son apparition subite détruisait le charme ' ' de la plus artificieuse coquetterie exercé par la beauté^ Pétrarque natorellemenl timide se^ bornait en sa^ présence à une admiration secrète. Un jour il osa hasarder quelques éloges et puis une confidence vague du sentiment qu'il éprouvait, filais Laure par m regard révère, un redoutable silence^ déconcerta sou einpres* sèment. Accablé de chagrin par des répulsions constantes , Pétrarque était arrivé à ce point de désespoir de souhaiter la ruine des grâces qu'il admirait ^ dans la pensée que peut-être alors la farouche Laure écoutérait ses plaintes. .

« Si ma vie en dépit desi iaurmente qui la' consu- ^ovszr x^. » ment , se prolonge assez pour me laisser voir Tétin- » celle de vos yeux pâlir y

» Vos cheveux dor^s dépouillés de guirlandes se » peindre en copieur argentine , et si je vois enfin se » décolorer ce beau visage dont la sévère expressio^ » m'interdit jusqu'à la plainte ^

9. Ah ! c'est alors que l'amour me rendra tëméraira » au poiot de vous raconter toutes mes souffrances ^^ » je TOUS en dirai les heures les jours et les années.

>i Et s'il n'est plus temps d'aimer à ce vieil âge niv » pour moi ni pour vous , du moins vous ne refuserez. » plus à des douleurs passées une compasMon tar->L » dive.

toriTTo XL Se là nii2^ vita dall' aspra tormento

Si puo tanto schermire e dagli , affanni , Gh' i' v^fgia per virtù d^l' ultim' aaai y Donna , de' be' vostr' occhi il \ume spe.nto ;

E i cape' d'oro fin farsi d'argento , Ë lassarle.ghirlaode e i verdi panni , £' 1 viso scolorir , che ne' siiei danni Al lamenlar ml. fa pauroso e lento ;

Pur mi darà tanta baldanza Amore , Gh' i' vi discovriro de' miei^martirl Qua' sono stati gli anni e i giorni e Pore :

E se' 1 tempo ë contrario ai be' desiri , Non fia ch' almen non gûinga al mio dolore.

Alcun socçorso di ts^rdi sospiri^

Tel fut le vœu que Pétrarque fit entendre à Laure. sous la forme d'une inspiration poétique /et Laure n'en, demeura pas moins inébranlable dans son système d'indifférence. Les vers du poète italien se répandirent bientôt dans les sociétés d'Avignon -, tous ceux qui entendaient sa langue les lurent avec avidité ; la

renommée de leur auteur ne s'arrêta pas sur les hovdê du Rhône ^ elle franchit les Alpes -, et la Toscane s'é^ DorgueiUit de voir sa langue yolgaire , tout récemment formée par Dante ; se perfeetiomier encore sous la plume d'un de ses compatriotes exilés ^ s'enrichir même d'expressions nouTcUes > et faire pressentir que dans» la suite tous ses poètes se glorifieraient d'imiter Pé-* trarqiie comme le véritable créateur du mélodieux idiome. Mais les éloges , les applaudissements que l'on prodiguait au génie de Pétrarque ne le consolaient point des répulsions de Laure. En vain les plus ai-^ mables distractions l'environnaient chez le cardinal Colonne , où se rendaient comme à l'envi tous , les beaux esprits étrangers , tous les habiles diplomates de l'Europe j en vain dans cette société , Pétrarque s'était mis en rapport avec le célèbre Richard Bury ^ l'esprit le plus orné de science que dans ce siècle possédât FAngleterre j celui-ci , venu à Avignon en qualité d'ambassadeur du roi Edouard III , auprès du Pape Jean XXII , goûtait fort les entretiens de Pétrarque. U y avait dans leur commerce littéraire une réciprocité de jouissances pour le poète -, mais eUe ne guérissait que pour quelques heures sa mélancolie profonde. Tout-à-coup Pétrarque prend contre sa passion le parti qu'il croit le plus fort et le plus sûr pour la vaincre. Il se résout à quitter le séjour de ses tourments et tout à la fois de ses délices 3 il forme le plan d'un long voyage , il dirige sa marche vers Paris. Cette capitale échauffe peu son enthousiasme -, au contraire , il la présente dans sa correspondance comme bien an

dessous de la Réputation que les Français lui ont faiieV (T Avignon excepté (dit Pétrarque) > je ne connais pas » de ville plus sale ni plus puante. » U est vrai dé dire qu'en Tannée 1353 > sous le règne de Philippe de Valois , époque ou Pétrarque parlait ainsi de Paris > son enceinte quoique déjà vaste ) ne renfermait qu'une agglomération de maisons rassemblées sans ordre > et qu'on n'y voyait aucun des monuments magnifiques qui la décorent aujourd'hui.

De Paris , Pétrarque alla visiter Ait-la-Chapêlle et Cologne, n vante surtout cette dernière cité pour la douceur et re!iquise politesse de ses habitants. Depuis cinq mois seulement Pétrarque était loin d'Avignon y et déjà l'absence lui semblait insupportable, fl ne songeait plus qu'à revenir auprès de celle qu'il avait quittée plutôt par dépit que par un désir sincère dé l'oublier 5 il se remit donc en route > et n'hésita point à traverser seul > et à pied , la forêt des Ardennes oik ûul autre qu'un poète amoureux n'eût alors osé péné^ trer sans escorte. Des bandés armées du duc de Bra'*bant et du comte de Flandres qui se disputaient l'uti à l'autre la souveraineté de Malines > traversaient journellement cette forêt ^ et tous les voyageurs fuyaient leur rencontrci Pétrarque > plus brave que ne le sont d'ordinaire les poètes ^ se lança seul > avec ses inspi^ rations , et ses pensées d'amour , sous la nuit épaisse des bois y et Conserva même au milieu des périls qui le meuaçaient -, l'imagination assez peu soucieuse dé crainte ; pour s'occuper de Laure , pour croire la voir sous le ténébreux feuillage qui de droite et de

gauche bordait sa route. Il faut Tenteudre lui-même nou^ décrire ses illusions dans la forêt des Ârdeimes.

« A trayérs ces bois déserts et sauvages où des soinrET i43. » voyageurs , des guerriers^ même ^ ne marchent point » sans péril , je vais àeul^ moi , libre de terreurs , moi » qui ne crains plus d'autre eonenù que l'astre qui me c( brûle de ses rayons d'amour.

» Et je m'en vai« chantant ( è imprudent agate je suis ! ) ^ celle qu'un ciel étranger ne peut me figurer absente , » celle dont l'image toujours se dessine âmes yéuk; >> celle enSn qu'il me semble apercevoir an loin én- ^ tourée de ses jeunes compagnes > et quand je m'ap- » prociie ', ce sont des sapins et des hêtres;

» Je crois entendre sa voix dans le frissonnement >> du feuillage , dans le tintement dés heures , dans les » chants que l'oiseau soupire , dans le roulement de >> Tonde qui fuit sous le verd gazon.

» Jamais forêt par son ténébreux silence^ sa solitaire 3» horreur ^ ne m'a causé d'émotion aussi douce. Je » n'y regrette que l'astre qui embeQit ma vie»

Per mezzo i boscbi inospiti e selvaggi> -Soretto i43.

Onde vanao a gvm rkdbîo uoioini ad ârme^ Vp secur' iû { cbe npn puo spaventarme Altri çjjc 'l sqI ch' a d'awor yivo i raggi :

fe vo cantando ( o pensier miei non saggi ! ) Lei cbe *l ciel non poria lontana farme ; Ch' r rho n^li occhi , e véder seco parnne Donne e donzelle^ e sono abêti e faggi.

Parmi d* udirla , udendo i rami e Tore E le frondi e gli augei la^arsi, e Tacqûë Morinoraûdo f ugglr pei* Terbà verde.

Aaro un siîenzio , un solitario orrore D'ombrôsa selva mai tanto mi piacque $ Se non cbe del mio sol troppo si perde.

Ainsi Pétrarque désennuyait sa solitude ^ ainsi il se consolait de la séparation. Triste et joyeux néanmoins ^ de ce que chaque journée de marche al)régeait le temps de sa rude épreuve. Lorsqu'il aperçut à quelques lieues de Lyon le Rhône -, son âme ardente s'exalta par la seule pensée que les ondes de ce fleuve allaient couler sous les murs de la ville qu'habitait Laure;

SoKNET 144. » Dans une journée de marché à travers les redou- » tables Ardennes (s'écria Pétrarque), l'amour m*a » montré mille torrents , mille plaines variées : l'amour ii qui attache aux pieds de ses esclaves des ailes ra- » pides pour les porter jusqu'au troisième cieL

» n m'est doux encore le souvenir de ma course so-^ » litaire et sans défense dans la forêt ténébreuse où le » cruel Mars frappait à rUriproviste. Je marchtiiis fati^

» gué sous le poids de mes tristes pensées ^ semblabte » à un vaisseau démâté que balotte l'onde amëre.

» A présent que j'ai vu la fin de ma sombre joorr » née y et que je me rappelle la route parcourue , et » la seule pensée qui animait mon courage , je frémis » au souvenir de mon extrême audace y

» Mais ce pays-enchanté ^^ ce fleuve délicieux qui sem- » blentm'accueillir avec joie , rassurent tout-à-fait mon

^) cœur qui déjà s'élance vers la contrée oîimon aqfiour

» réside.

Mille piagge in un giorno e mille rivi Soitetto 14^.^

Mostrato m' ha per la famosa Ardenna Amor , ch' a*suoi le piante e i cori impenna Eer farli al térzo ciel volando ir vivi,

Polce m' è sol senz' arme esser stâto ivi ; Pove armato fer Marie e non accenna , Qi^iazi senza çoverno e senz' aatenna L^no in mar, pien di pensiei gravie schivi.

•Pur giunto, al fin della giornata oscura , Kimembrandô ond' io vegno et con quai plume , Çento dii troppo a^rdir nascer paura :

Ma '1 bel paçse e *1 dilettosp fîume

Gon sereoa accoglienza rassecura

Il cor già volto ov' abita il suo lume.

En arrivant à. Lyon Pétrarque trouva un domestique <le Tévéque de Lombez qui lut apprit le départ de so9

as

maître pour Rome. Cette nouvelle désola Pétrarque à qui sou ami Colonne avait promis de ne point faire le voyage de Rome sans loi. Il écrivit à l'heure même à son ami une lettre où les plus vives prolestationsi d'amitié se mêlaient à de tendres reproches. B blâmait la légèreté avec laqueDe on l'avait abandonné ^ malgré de solennelles promesses. (Itptiis, pressé de revoir Avignon qu'il i^'aimait qu'à cause de Laure , Pé-: ^rarque entra dans uqe barque pour descendre le cours du Rhône jusqu'à cette ville. Les ondes du fleuve roulaient trop lentement au gré de son impatience y \\ hâtait les rameurs par les plus pressantes ei^ortations ; ][e jour même de son départ il aurait voulu aborder aui( murs de la ville de Laure , mais , à son grand regret , la nuit vint obscurcir sa route et interrompre son voyage. Forcé de gagner la terre , et d'y chercher un gke pour passer la nuit , Pétrarque s'adressant au Rhône lui dii^

d'une voix émue :

SoKKET 173. » Rapide fleuve qui jaillk d'une roche Alpine, et » qu'on appelle Rhône parce que tu ronges tes frais » rivages (1)| qui^ nolt et jour avec moi descends 9 pressé dé revoir ces climats où nous sommes tous » deux emportés , moi par Tamour , et toi par la nature;^

S! Prends les devants , poursuis ta coursé ^ que ni

1 I li^^— — ■**■

(1) J'ai pensé que Pétrarque faisait ici allusion au mot italien rodere , rodo qui signifie roûger ^ et dont il a supposé dérive le mot tiodano, Rhône,

9 fiitigue ni sommett ne s^9pendent. Mais avunl de

p payer à la mer le tribut de tes onded , n'ooblie pas

)• d'observer dans ton voyage le ciel le plos serein j^

% l'herbe la pins verdoyante i

u C'est là qu'elle brille notre amie l celle dont ta V sourire enchante et fleurit ta rive gauche. Peut-être ^< mon absence . . , O insensé , qu'osë-je espérer J. . . , » Oui j^ pe^t^étre mon absence ^^ est dou][oureuse.

» Caresse de tes 0ots ses pieds légers ou sû main 9 blanche : disTlui d'accepter, au lien de mes paroles ^ V^ un baiser de ton onde. Dis-lui que mon àme est >> prompte à voler à ses pieds et mon corps lent à la >> suivre.

Rapido flumo che d' alpestra veûa , Sohettç 175.

*Rodétido întornp^, onde 1 tuo nome prendi linotte e di meco desiosp scendi Ov' amor me . te sol natura mena ;

Vattene innanzl : il tuo corso non frena^ Kè stancbezza ne sonao ; e pria che rendi $no dritto al m^tr , fiso a 'si mostrt attendi L*erba più verde e l'aria pîà serena :

\vi è quçl x^QStro vivo e dolce sole Çh 'adorna^ e 'i^fiora la tua riva manca :

Yox^ ( o che spero ! ) il miq tardar le dole.

Baciftla '1 piede 5 e la man belk e héoncii : Dille; il hadar sie 'n vece di parole :

liO spirtd ë pronto, ma la cume è stanca*

Mais cette Laure pour qui Pétrarque chargeait le Rhône d'uu galant et poétique message ne lui montra pas à son retour un visage moins sévère. Elle fut encore pour lui , Laure voilée , Laure farouche -, Fidisence de son tiinide amant loin de Tavoir disposée à la pitié Tavait confirmée davantage dans la résolution de s'armer de rigueur ^ et Pétrarque désespérant de vaincre une si vertueuse insensibilité tomba dans un abattement extrême. Les consolations de l'amitié , même , lui manquèrent dans cette triste clrconstaQce. L'évêqi^e de Lombez, lassé d'attendre Pétrarque;, était parti seul pour ][lome où d'importan^ies affaires l'appelaient : il s'agissait fie rétablir la paix entre la famîile des Colonnes et celle des Ursins , qui venaient de rompre leur trêve et recommencer leurs hostilités. Une bulle du pape Jean XXn qui ordonnait aux deus; famiUes une prdlonga* fion de la trêve es^stante , était arrivée trop tard pour çmpêcher les deux factions ennemies d'en venir au\ mains. Etienne Colonne remporta une brillante victoire dans le premier combat^ et Pétrarque , malgré s^ mélancolie amoureuse, trouva des inspirations poétiques pour féliciter nilustre guerrier son ami surine, nouveau succès qui venait d'illustrer ses armes. Mais la joie qu'il, ^n éprouva ne le détourna que pour peu de temps d'une passion qui tous les jours croissait et occupait toutes ses pensées, U semble que Pétrarque ne portait alors qu'a-, vec peine le poids de la vie , qu'il eut même la tentation d'éteindre violenament cette vie douloureuse , si Ton ei^ juge par quelques-unes de ses poésies où l'exaltation du poète semble néanmoins avoir fait des frais d'ei^a-

gération. Pétrarque chercha un remède moral à sèè chagrins clans les conseils et' le ministère sacré d'un Religieux Augustin^ nommé Dënys Roberti^ dislingtié à Avignon comme habile théologien ^ orateur et profond philosophe. Le religieux offrit à Pétrarque toutes les consolations que lui dictèrent sa science et sa piété : liné correspondance s'établit entr'eux deux. Mais il ne nous en resté que quelques lettres latines du poète italien à son directeur ^ celles du religieux né nous sont pointpatvenuès. Malgré ce douic commercé de pfaiiati?eâ confidences et de salutaires consolations ^ les souffrances de Pétrai^qùe n'en furent pas moins vives. La lecture dé ses poésies nous apprend lliistotre minutieuse de ses découragements et de ses fausses èspéraiaces y suivies bientôt de douleurs plus amères: On y voit que Laure dominée par le sentiment de ses devoirs fuyait les soins empressés de Pétrarque y feignait d'ignorer lé langage de son regard ^ que quelquefois , mais rare-"' ment émue par la pitié , elle répondait quelques motsr d'une civilité glacée , que néanmoins elle craignait par dessus tout de se voir délaissée par celui qu'elle avait résolu de n'aimer jamais. Pétrarque , fatigué de ces répulsions constantes , se souvint alors de Vaucluse , de cette sauvage retraite qu'il lui avait semblé doux d'habiter la première fois qu'il l'avait visitée dans son enfance. Dès lors ses voyages à la source merveilleuse devinrent fréquents, et bientôt il conçut le projet de se retirer sur ses bords pour y vivre seul , s'y livrer exclusivement à l'étude , et y rompre les liens d'une passion malheureuse qui encbaînait son coeur et son

génie , sans serfir ni au bonheur de Tun ; ni à la gloire de Tautre.

Le Pape Jean XSB. Tenait de mourir à Avignon , lé 4 décembre 1334 /âgé de 91 ans, après aycir» Tannée précédente , publié contre les infidèles une croî'^ sodé. Les troubles et les di?i$ions qui agitaient alors tons les États de rEurôpe la firent échouer. Tous les historiens contemporains du pape Jean XXÙ, s'accor-^ dent à nous la représenter comme un bonmie d'esprit et de savoir , d'une activité qui tenait du prodige , d'une constance inébranlable à poursuivre rachèvement d^s plus grandes entreprises. U se distingua surtout par la plus sage économie dans l'emploi des finances. Son trésor se trouva à sa mort chargé de dix-buit mil-^ lions d'or monnoyé et d'une valeur de sept millions en vases d'église , bijoux , pierreries , etc. €a pontife i^ inhumé dans l'église métropolitaine de ISotre^Dame*^ de&-Doms; un mausolée d'une architecture gothique et très élégante fut érigé sur sa tombe,

Que^pies Âvignonnais , témoins oculaires de la dé-* sastreuse profanation des tombeami^ en l'année 1795 ^ racontent qu'en ouvrant le mausolée du pape Jean X^ OU trouva son corps parfaitement conservé dans le cercueil de plomb qui renfermait et ses habits ponU- Seaux peu altérés , et que les profanateurs révolutionnaires , plus avides de Ijrésors que de reliques et trompés dsm leur attente > eurent bientôt ^sper»é les reste» de ce pontifa avec n»épris > mais qu'une femme eu recueillit h tête et l'enjqporta chez elle.

Les cardiuaux partagés en deux factions , l'une fran-

çaise et l'autre italienne ^ à la mort de Jean XXlI s'ea^ fermèrent dans la v salle du conelaTe pour procéder à l'élection de son successeur > et la majorité des yoix se porta sur le cardinal Jacques Pourm'er. Il fut proclamé piape le 20 décembre i534l et prit le nom de Benoît Xn. Pétrarque qui ne supportait qu'avec douleur l'idée de l'abandon du siège de Rome en faveur d'Avi^ gnon > par le chef de la chrétienté y appuya d'une épître en vers latins la demande que vint faire une am^ bassade de seigneurs Roqiains au Pape nouvellement élu de reporter à Rome le siège apostolique. C'est la cité chrétienne elle-même qui dans les vers de Pétrarque^ sous l'emblème d'une épouse délaissée^ fait en-^ « tendre au Pape avec éloquence ^ tout ce que l'intérêt

bien compris de la religion et des peuples, l'avantage des sciences et des arts peuvent dicter de plus éner-^ gique et de plus persuasif pour le ramener à Rome. Mais Benoit XII se laissa peu toucher par le plaidoyer poétique de Pétrarque et les pressantes sollicitations de l'ambassade romaine. U ne donna k ceUcK^i que de va« gués espéraiices. Les troubles qui depuis si long-temps agitaient lltalie faisaient craindre à Benoit XII le séjour de Rome ^ prévoyant que ces troubles étaient encore loin de finir et désirant être logé d'une manière conve-*^ nable au chef de l'église pendant les années que lui et ses successeurs siégeraient à Avignon ^ il commença à y bâtir cet immense palais po&lifical que l'on voit debout encore aujourd'hui.

Avant de se retirer h Vaoelose , Pétrarque Youlat tenter encore une fois d'éteiadre sa passion poor Laure par les distractions d'un voyage , quoique par sa propre expérience il eût reconnu l'iDeflicacité du remède. Mais Rome dont il venait de plaider la cause, vint toul-àcoup se présenter à sa jeuue et poétique imagination comme l'objet le plus digne de sa curiosité; Rome parée de ses antiques monuments , Rome encore vêtue ~ d'une élégance que la voracité de quatorze siècles avait respectée , Rome brillante de sublimes souvenirs, Rome eufin possédant son tendre ami l'évéque de Lombez a qui il avait promis d'aller l'y trouver.

La résolution du voyage une fois formée , Pétrarque ser^nd à Marseille au mois de décembre 1336, s'em^ barque sur un vaisseau qui faisait voile pour Civitta- Vecchia , et Pétrarque , à peine descendu à terre , se rend au château de Capranica habité par le seigneur Orso d'Anguillara et situé à quelques lieues de Rome. Malgré son impatience de franchir llntervalle qui Ten séparait , il fut contraint d'ajourner ses jouissances parce que la guerre allumée entre la famille des Ursins et celle des Colonnes infestait la route de Rome de bandes armées. Du château de Capranica , Pétrarque écrivit à Févéque de Lombez pour Tinformer de son arrivée et l'engager à venir le visiter pour se rendre ensuite avec lui à Rome. On peut lire dans lesépitres familières de Pétrarque celle qu'il écrivit de Capranica à Tévèque de Lombez. On y verra combien il excellait dans le style descriptif, conmie il peint les gracieuses variétés du site de Capranica , la douce paix qui y règne , pour les mettre en opposition avec les cris de guerre qui assourdissent la vallée , comme il déplore le sort des laboureurs forcés de convertir en armes meurtrières leurs faistruments agricoles.

L'évéque de Lombez se hâta d'accourir a Capranica suivi de son frère Etienne Colonne , alors sénateur de Rome , et d un nombreux détachement de soldats pour protéger le voyage court mais périilenxde Pétrarque. L'entrevue de ces deux amis éclata en transports de la plus vive tendresse. L'un et l'autre, au mois de février, quittèrent ensemble le château de Capranica et arrivèrent sous les murs de Rome sans avoir

•H ToccasioD de hasarder leur vie dans on coudrai. Pétrarque y entra tout frémissant d'enthousiasme. Le vieux Etienne Colonne , qui déjà l'avait coium a Avignon ehez son û\s le cardinal , raecueiUit comme un membre de sa propre famille^ et lui offrit un logeaient au Capir tôle que lui-jnéme habitait en sa qualité de sénateur. Pétrarque accepta avec joie Vasi\e hospitalier sur ce ('ocher qui avait vu le triomphe de tant de héros et d'o^ ses yeux pourraient errer sur^ ville jadis conquérante. Pès le lendemain il se hâta de la parcourir. Tour* mente par ^e désir de vivre dans le passé ^ le matin , au inilieu du Jour , à la clarté de la lune , Pétrarque se promenait sans cesse autour des ruines , ou sous demajes<r. tnenx portiques: Son invagination créatrice y plaçait ^ebout les ombres des i^ustres citoyei^ de Fanlique Rome. Quelquefois , pour donner un confident à ses sublknes émotions , il faisait sa revue accompagné de Jean de Saint-Vit y frère du vieux Etienne Colonne > et », en sa présence, Pétrarque exprimait son admiration par des peintures aussi vives qu'éloquentes. Puis , tout^àcoup, înterrony>ant le cours de ses descriptions passionnées y il se renfermait dans le silence , et sa Uvrait il une trist.esse niéditative. Enfin , s'il reprenait la parole c'était pour se plaindre , conuoqe un Bouveau Jérémie , ^e l'état d'abandoq oq se trouvait l'antique Reine du mondCi le religieux berceau du monde régénéré. C'était pom* s'indigner contre (avarice de quelques seigneurs Romains qui ^'hésitaient point à arracher de précieux dâbris aux mo wments des arts , pour vendre à prix d'argent ces mutilations. Pétrarque ne pouyait com^

prendre ses âmes vénales ^ lui qae Rome ^ ses moniH ments et ses souvenirs , semblaient avoir enivré au point de lui faire oublier Laure. Ou serait tenté de le croire sll ne semblait pas plus naturel au contraire j^ d'attribuer à la tyrannie de son amour la brièveté de son séjour à Ilome^ Voici comme il peignait à Tévéque de Lombez les sentiments qui troublaient alors son âme,

» L'aspect de votre terre sacrée m'apprend h blâmer sqhket 52,

V les maux que j'ai soufferts j elle me crie : que fais tu ^ » insenisé y relève toi \ et puis m'indique la rouie qui x> conduit aux cieux.

)i Mais une autre, puissance lutte contre elle^ et me » dit : pourquoi yas-tn fuyant sans cesse 7 as tu donc c( oublié qu'il est temps de retourner auprès de celle » que nous ayons quittée 7

y> Moi , qui ^ à Vinstant même , comprends ce lan- ? gage^ je frissonne de terreur^ comme a Vannoncc

V d'une noiivelle désastreuse.

» La pensée du repentir revient m'a gi ter, puis celle » de l'amour arrive encore : laquelle me vaincra ? Je )> ne sais ^ mais jusqu'à ce jour l'une et l'autre plus >> d'une fois m'ont combattu sans relâche.

yaspetto sacro délia terra vostrs^ Souetio 5ji.

Mi fa del mal passato tragger guai , Gridando : s ta su , misero , che fai ?

jF) U via di satire al ciel mi mostra,

Ma con questo pensier un allrogiostra E dice a me : perche f uggendo vai ?

Se ti rimembra, il tempo passa ornai Di toroar a veder la doana nostra.

r che '1 suo raglonar intendo allora ,

M *agghiaccio dentro iaguisa d 'uom ch^ascoka

Novella che di subito V accora.

Poi torna il primo, e questo dà la vol ta :

Quai vincera , noa so : ma 'nBno ad ora Combattut'hanno , e non pur una volta.

Pétrarque qui , si long-temps avait rêvé ce voyage ^ gui avait trouvé k Rome non seulement les merveilles de Fantiquité^ mais son plus intime ami , en partit cepen? dant après quelques mois de séjour , se dirigea ver$ les Pyrénées , s'embarqua , longea la côte d'Espagne jusqu'à Cadix j de là , fit voile pour l'Angleterre où. il s'arrêta à peine j et le 16 août 1337, Pétrarque sa retrouvait à Avignon après huit mois d'absence , en présence de cette Laure que deux fois par une longue fuite il avait tenté d'oublier , et auprès de qui il venait encore éprouver la fidélilé dç son cœur et de sa piéipoire. Plus calme néanmoins depuis so^i retour , il se croyait assez fort pour défier de nouveaux orages. Mais une rencontre de Laure vint bouleverser ce présomiK tueux repos.

ScwKET 87. « L'amour me poursuivait dans une promenade que » j'ai coutume de faire , et je m'y tenais sur mes gardes.

» Tel qu'un guerrier qui s'attend à Vaitaque surveiU^ » tous les chemins qui Tenvironnent , je me -faisais un

» bouclier de mes anciennes résolutions :

» Tout à coup j'aperçois une ombre mouvante que » le soleil dessinait à mes côtés ^ et je reconnais cette » habitante de la terre , qui ^ ( si je ne me trompe ) était » plus digne d'habiter les cieux.

» Je me disais tout bas : pourquoi donc la cramdre?. . . » Mais à peine je m'adressais ce reproche que les » beaux yeux qui m'ont ravi la paix étaient là....

» Leur étincelle m'éblouit avec la rapidité de la *> foudre et je fus favorisé d'une salutation gracieuse.

Perseguendomi Amor al luogo usato ; Kistretto in guisa d'uom ch'aspetta guerra , Che si provede e i passi intorno serra , De' mie' antlcbi pensier mi stava armato.

Volsimi e vidi un' ombra cbe da lato Stampava il sole , e riconobbi in terra > Quella cbe se '1 mio giudicio non erra , Era più degoa d'immortale stato.

r dicea fra mio cor , percbè paventi ?

Ma non fu prima dentro il pensier giunto , Che i raggi ov' io mi struggo eran présent!.

Corne col balenar tona in un punto, Cosi fu' io da' begli occbi lucenti E d'un dolce saluto insieme aggiunto.

SoiriTT» 87.

Troublé de nouveau par cette rencontre ; et convaincu désormais qu'un sentiment qui avait résisté à dix années de combat , aux distractions enivrantes des voyages , ne pouvait s'affaiblir que par une fuite constante , Pétrarque jugea que Vaucluse serait plus que toute autre retraite une solitude conforme à la situation de son âme ^ propre surtout à favoriser son goût pour Fétude , à laquelle il était résolu désormais de sacrifiei' tous ses loisirs»

Pétrarque se rendit à Vaucluse pour y achetée une maison et un jardin avant de s'y établir. Cette maison était bâtie sur la rive gauche de la source > au bas de la montagne , et dans une petite presqulle formée par la Sorgue. Pétrarque dans sa correspondance nous â laissé la description de sa maison et des deux jardins qui l'environnaient. D y vécut, dans le principe, un an entier , sans y être visité par personne ^ pas même par ,son ami Gui Settimo , le fidèle compagnon de sa jeunesse et de ses études. Celui-ci , qui s'était livré avec plus d'ardeur que Pétrarque à l'étude du droit > jouissait à Avignon du succès de ses travaux; un nombreux auditoire se pressait autour de ses plaidoiries brillantes^ et les nombreux procès dont on lui confiait la défense lui laissaient peu de loisirs. Pétrarque , donc , seul à Vaucluse , en proie à des souvenirs qui l'assiégeaient sans cesse , les combattait par la culture des lettres et les distractions de la promenade. Il errait sur les rives de la Sorgue, y gravissait les rochers les plus escarpés^ et cependant l'image de la jeune Avignonnaise qu'il avait quittée , loin de js'évanouir , se dessinait partout

sous ses regards. Dans une admirable Canzon^ Pé trafique nous a décrit Tétat douloureux de son àme a Vau* cluse et les fllaslons qui le désolaient.

a L'amour me traîne de pensers en pensei^s> dé cahxoh* 17. » colUne en colline; Tout chemin fréquence , je l'ai ^ reconnu contraire au repos dé ma vie. S'il est tme » plage déserte > un ruisseau soUtaâre , un vallon que » deux coteaux ombragent , c'est là que mon âmé boulc^ » versée devient plus calme. Là > selon que l'amour l'y » invite , elle sourit ou gémit > elle se livré k la Crainte >> ou à l'espérance. Sur mon visage impressionné dés » mouvements variés dé mon âme , se peignent tour-^ » à-tour le trouble ou la sérénité. Mais le sentiment qui » m'agite a si peu de durée > il est sitôt effacé par uù » autre > que quiconque a connu le mal qui m'afflige i>> dirait en me voyant : le malheureux ! l'amour le con- » sume y et son sort est incertain encore;

» Au sommet des montagnes > dans la forêt ténéit breusé , je trouve le repos. Tout asile habité par les ^ hommes fait horreur à mes yeux. Chaque pas que je » forme dans mes courses évelHe une pensée de Tafi mante qm tant de fois s'est fait un jeu des douleurs » dont elle m'opprime. Cependant , à peine j'ai désiré '

)> JBnir cette vie d'amertumes et de douceurs tout en- » semble > que je me dis : peut-être des jours meilleurs )) me sont réservés ^ peut-être, objet de mépris pour » moi-même > je suis encore cher à une autre ; et je pour- >> suis ma marche , et j'ajoute en soupirant : serait-il vrai ? ^ finiront-ils mes tourments ? quel en serai le terme ?

b Quelquefois je m'arréLe dans Tombre qui descend

» d'une colline ou d*uu pin majestueux y et sur le pre-

» mier rocher ^ ma seule pensée dessine sa tétc cbar-

» mante. Et puis si je rentre en moi-même , je me

» sens ému jusqu'aux larmes et je m'écrie alors :mal-

» heureux ! en quels lieux es-tu donc venu ? de quel

' » être enchanteur es-tu séparé 7 mais pendant que mon

» esprit rêveur s'attache à cette pensée ^ et que m'ou-

» bliant moi-même je ne vois plus quel'ennexnie dont-

» j'ai fui le regard^ l'amour se rapproche et me tyran-

» nise au point d'enchai^ter mon âme par les erreurs

» qu'elle a créées. Partout se montre ma fière enne-

» mie > et toujours si sublime que je ne chercherais pas

» d'autre félicité si Tillusion vivait sans cesse.

» Le plus souvent ( pourra-t-on le croire ? ) je Faî

» aperçue qui s'agitait dans l'onde limpide ^ qui foulait

» de ses pieds légers l'iierbe naissante 5 je Fai vue de-

» bout dans le tronc creusé d'un hêtre j d'autres fois

» emportée sur un blanc nuage et voilée comme une

» planète qu'effacent les premiers rayons du soleil,

» et si belle que Léda elle-même , fût-elle témoin de

» cette vision , croirait encore voir ravir sa ûUe. Plus le

» lieu que je fréquente est âpre et désert > et d'autant

» plus parfaite j'improvise son image. Et lorsqu'enfin la

» triste vérité vient chasser une erreur délicieuse , jô

» m'assieds langoureux et sans force sur une roche bri-

» sée, et tout à la fois , je rêve , je pleure , et j'écris.

» S'il est une montagne privée d'ombre , d'une cime

» élevée , d'un accès diflicile , c'est là que je gravis

» conune poussé par un invincible désir. C'est de là >

n, que , mesurant des yeux Fabime de mes douleurs , je.

» soulage par de brûlantes larmes mon cœur oppressé ,

>) quand je songe à l'intervalle immense qui me* sépare

» d'un être enchanteur , d'un être si éloigné et pour-

» tant si rapproché de mes regards ! Et puis, je me

» dis tout bas à moi-même: que sais-tu, malheureux!

» peut-être dans ce séjour que tu regrettes , on se

» plaint aujourd'hui de ton absence. Cette pensée ra-

» mène la paix dans mon âme troublée.

» Partez, chants d'amour , franchissez la haute mon^ » tagne ! allez m' attendre sous ce ciel si serein , si » joyeux ! vous m'y reverrez au bord d'un ruisseau lim- » pide , à l'ombre du vert laurier (1) , qui parfume l'air «

». de son baume. C'est là que réside mon cœur et celle » qui me l'a dérobé. II n'y a fci que l'image que j'en ai » créée.

Di pensier in pensier , di monte in monte Ça.hzohe i 7.

Mi guida amor -, ch' ogni segnato calle Provo contrario alla tranquilla vila.

Se 'u solitarla piaggia , rivo , fonte, < Se 'n fra duo poggi siede ombrosa valle, Ivi s'acqueta l'aima sbigottita; E com' Amor la 'nvita

(i) Pétrarque dans ses poésiies a souvent joué sur les mots LaurOy Laura , Laurier ^ Laure, Ce concettô lui était permis , parce que le laurier étant larbre favori du poète, a dans la la^ngue italienne beaucoup de ressemj)lance 'avec le çom de Laure.

Oi- ride or piagne, or terne o s'assicura;, E '1 volto che lei segue ov' ella il mena *^ Si turba e rasséréna , £d in UD esser picciol tempo dura :

Onde alla vista , uom di tal vita esperto Diria : questi arde, e di suo stato è iacevi<K Per alti monti e per selve aspre trovo Qualche riposo : ogni abilatô loco E nemico inortal degli occhi miei, A ciascun passo. nasce un pensier novo DelJa mia donna , che sovente in gioco Çrira 'l tormento ch' i* porto per lei :

Ed appena vorrei

Çangiar questo mio viver dolce amaro , CM' i' dicQ forse ancor ti serva Amore Ad un tempo m^liore :

Forse a te stesso vile altrui se' caro.

Ed in questo trapasso sospirando ; Qv potrebb' esser vero , or cpme or quando ?^ Ove porge ombra un pino alto od un coUp , Talor m'arresto ; et pur nel primo sasso Pis^no coA la mente il suo bel viso.

Poi eh* a me torno , trovo \l petto molle Bells^ pietate, e^ allor dico ; alii lasso .'

Dove se' giunto e donde se* diviso ?

Ma mentre tener fîso

PossQ al primo pensier la mente vaga ,

E mirar lei ed obliger nie stesso ,

Sento a^ïûor si da presso ,

Ghc dd suc pr<q[»riô errer l'aima 8*àppag* :

là tente parti, e si bella la veg^io ,

(^tttiel^epmp durasse, altre aeneh^gio.

X V ho Jîù volte ( or eki âa che mel creda ? >

■ÇfelP acqua chiara e sopra Terba verde^ Veduta viva , et nel trojojcoja d'tia £aggio;^ Ë 'q bianca nube si f atta , che Leda Avria ben detto che sua fîglia perde , Gome Stella che '1 sol copre col raggio :

Ë quanto in più selvaggio Looo œi trQVo « 'n più deserto l^ie , T^oto plà bella il mio peDsiei^ Tadosibra ;^ Poi qua&do '1 vexio ^mbra Quel dolce error , pur li medesmo a^^ick»

Me frciddo , pietra morta in pîetra viva , In guisa^ d'uom che pensi e pi^;nga e scciva-

Ove d'altra montagna ombra non toccfai ^ Verso 1 maggiore e Ù più spedito giogo

Tirar mi suole un desiderio intenso.

Indi i miei danni a misurar cod gli occhi

€omincio ; e % tanto lagrimando sfogo

Di dolorosa nebbia il cor condenso ,

AUor ch' V miro e penso ,

Quanta aria dal bel viso mi diparte ,

Qie sempre m* ë s\ presse e s!i lontano.

Poscia fra me pian piax^o :

Che sai tu lasso ? forse ftjf quella parte

pr di tua lontananzasi sos'pîra.

]p^ in questo pensier l'aima çespira^

Ganzoïie, oltra quel!' alpe lA dove il cielo e.più sereno e lie4o , Mirivedraisovr' un rnscel correntcv , Ove l'aura ^ sente.

D'un fresco ed odorifaro laureto..

Ivi è '1 mig cor , e quella che '1 m'invola f Qui veder puoi l'imagine mia sola,

Malgré rabandon où. laissaient Pétrarque tous ses ^inis Avigaonnais^ il ne fut pas constammeut à Vaucluse seul en présence de ses tourments. Uq voisin, illustre par sa naissance et son esprit orné, yénéré^ surtout pour ses vertus , arrivé à Vaucluse quelques mois après Pétrarque , l'arracha quelquefois à ses méditations douloureuses. C'était Philippe de Cabassole, évéque de Cavaillon et seigneur de Vaucluse, qui, dans la belle saison , habitait un château dont on aperçoit encore aujourd'hui les ruines sur un des rochers qui; forment l'enceinte de la source (1). Pétrarque se hâta d'aller rendre ses devoirs à l'évêque, qui, ojitre la. dignité dont il était revétu, avait droit comme seigneur du pays à l'initiative de Pétrarque. Il en fut accueilli comme un homme déjà précédé par sa réputation.

(1) Je crois devqir remarquer que si les habitants dp Vaucluse indiquent aujourd'hui aux étrangers les ruine^ de ce,^ château pour les restes delà demeure de Pétrarq^ue, la cause de cette erreur traditionnelle a été, peut-être, les fréquentes visites que le poète italien faisait' à l'évêque^ quelquefois même^ un long séjour qu'il ^ura fait dans leçbâteau d^ celuici, lorsque la Sorgue surmontant ses rives inondait la petite ^ maison du poète, et pendant plusieurs mois- la rendait inhabitable. J'ajouterai que la maison de Pétrarque étant effa^cée du^ sol, et le château deTévêque montrant encore des vestiges, il n'en faut pas da.vantage pour que le peuple qui, en fait de monuments appartenant à l'histoire , connaît mieux upe matérialité existante qu'un fait consigné dans les livres , appelle aujourd'hui château de Pétrarque celui de l'évêque Philippe de Cabassole.

L'évéque le combla d'amitiés^ témoignant combien il s'estimait heareux que le goût de la retraite eât rapproché de sa personne le plus bel esprit, et le premier poète de son siècle. Dès cette première ?isite , Pétrarque et Philippe de Cabassolie formèrent entre eux cette ' liaison intime que la mort seule put rompre. Une correspondance suivie s'établit entre les deux solitaires. L'évéque écrivait à Pétrarque j tantôt pour lui demander des conseils -y tantôt pour lui faire part de la mort de ses parents les plus chers ^ et solliciter des consolations. Pétrarque répondait k ses épîlres laissant couler de sa plume les expressions les plus tendres et les plus délicates de l'amitié , qu'il associait aux images de la plus vive éloquence. Charmé d'un si doux commerce > et surtout du site de Vaucluse y Pétrarque quittait rarement sa retraite.

Ce site est aujourd'hui le même qu'au temps de Pétrarque > si ce n'est l'absence des forêts qui couvraient alors l'enceinte de la source, et qu'une population même peu nombreuse , a eu le temps d'arracher pour son usage dans des siècles où les gouvernements surveillaient peu les bois j mais y c'est la même limpidité d'eau^ la même chute ,1a même surprise éprouvée par le voyageur que la curiosité attire à la source parvenue à sa plus haute élévation.

Au pied d'un rocher rougeâlre et taillé à pic , une nappe d'eau y d'abord limpide et silencieuse y s'élance brusquement hors de son bassin, et se brise en cascades bruyantes sur des rocs entassés dans le lit de la rivière. Là , les ondes irritées de l'obstacle , quel-

queCois jaillissent en gerbes écumenses et franchisseni leur prison ; d'autrefois ^ elles courent for iéuses sui^ les deux flancs de la montagne comme pour arrêter au passage de petits ruisseaux qui Tieuéni se mUar h kl source mère; Le choc de tous ces flots cpd se frappent) se repoussent ou se croisent) retentit au loin. La toix sonore de Thonime devient comme omette par leurs mugissements. L'ôbserrateur serait) et promène ses regards > ayec plaisir et terreur^ sur ces ondes de cristal et de neige. Nouloin de leur chute > èUes aplanissent et rapprochent leurs masses boncKs-* isantes > et puis se formant en rivière rapide , elles vont mouvoir sur leur rive gauche des roues artificielles , qui y tournant sans cesse > présentent aux feux du soleil leurs rayons tout dégouttants de perles colorées. Deux pétifes tles > frappées constamment par la vague cour-^ roucée > semblent participer du mouvement imprimé à loute la scène , et flotter comme jadis llle ' de Délos; JPenchéssur la rive dé ce» îles, des pécheurs^ pieds nus , et d'un costume à demi sauvage > plongent l'hame^^ çon de la ligne dans le tourbillon > et le présentent k la truite avide qui se méfie peu d'une main ennemie dans son élément bouleversé:

Non loin de ces fies > et sur la rive gauche > comme nous l'avons dit > Pétrarque avait établi sa demeurci tJn pécheur et sa femme le servaient ; il nous a tracé le portrait de Pun et de l'autre dans sa correspondance^ Son pécheur ( nous dit-il ) était un animal aquatique > élevé dans le lit de la rivière , et cherchant sa nourrkwre au sein des rochers-. Dire simplement qu'il est

fidèle y ajoute Pétrarque , ce serait affaiblir son éloge ^ car il est la fidélité même. Pétrarqae compare la femme du pécheur a une Ethiopienne au visage brûlé ^ mais il exalte au plus haut degré % la bonté y l'aménité^ et l'ardeur au travail qui distin^ent la noire épouse.

Si Pétrarque pendant Fhiver se hasardait à revoir Avignon , il se logeait chez Titalien Lello y cet ami que pendant son séjour à Lombez il avait nommé Lélius» Mais à peine sentait-il sa passion se réveiller , qull retournait en hâte à Yaucluse. U n'avait pas besoin pour voir chanceler ses plus fortes résolutions de rencontrer Laure en personne. Les rues qu'elle avait traversées ^ la jporte de l'église dé Sainte-Claire , k voix d'une des compagnes de Laure ^ un voile semblable au sien que le vent aurait agité \ suffisaient pour redonner la vie à sa flamme mal étèintel

Un jour que son ami Guillaume de Pastrengo arrivait a Avignon après une longue absence , Pétrarque , informé de cette arrivée , avait quitté Vaucluse pour aller l'embrasser -, mais ne l'ayant pas trouvé chez lui y il regagna pendant la nuit les rochers de Yaucluse y parce que le séjour de Laure l'avait ce jour même impressionné d'une manière plus prompte et plus funeste que <le coutume. Il ne faut que lire la réponse de Pétrarque k duillaume de Pastrengo y qui lui avait écrit en se plaignant de sa prompte fuite y pour se convaincre de l'excessive sensibilité de Pétrarque^ du désespoir que lui causait son amour y et combien il appréhendait d'en réveiller les tourments une fois endormis. On y voit y que cette passion était devenue chez lui une vapeur

sombre , dont il redoutait et la souffrance et la guérison (1).

À Vaucluse , Pétrarque n'avait à se défendre que eon-^ tre Tombre de Laure , et le site sauvage de ce lieuFexcitait à Tétude. Les auteurs latins occupaient surtout ses loisirs. Il avait conçu le projet d'écrire Thistoire romaine , entreprise d'une exécution difficile alors que les manuscrits des bistoriens latins étaient si rares. Mais la passion de Pétrarque pour l'antiquité était plus forte encore que les obstacles. Recherches dés manuscrits j copies nouvelles de ceux que les siècles avaient altérés^ rien ne lui semblait pénible pour remettre en lumière les annales de ce peuple célèbre qui , par sa profonde politique et ses invincibles armes ^ avait enchaîné tous les autres. Lorsqu'en recueillant les matériaux nécessaires à son œuvre , ÏPétrarque eut atteint l'époque du grand Scipion , son imagination fut vivement saisie par les belles proportions de ce caractère aussi brillant et intrépide dans l'agitation de la guerre ^ que doux et vertueux dans l'oisiveté de la paix. Le vainqueur d'Annibal lui parut tout-à-fait propre à devenir le héros d'un poème , dont la dernière guerre punique formerait l'action principale , et dont le titre serait \ Afrique. Ce poème que Pétrarque écrivit en vers latins ; et à qui I volontiers , il donnait la prééminence

(4) Voyez dans les œuvres latines de Pétrarque, sa lettre à Guillaume de Pastrengo, Fariarum epistolaiwn liber. Epistola XXr.

sur ses poésies italiennes y a fait regretter que Fauteur n'ait point traité son sujet dans celte langue vulgaire qu'il maniait si bien y et que son génie aidé d'un goût exquis a fixée pour toujours en la perfectionnant* Jj Afrique eût été pour la littérature italienne un chefd'œuvre de plus , au niveau de ceux du Tasse et de l'Arioste 'y malheureusement Pétrarque ne jugea point sa langue capable de chanter sur le ton épique. L'Italie se glorifie aujourd'hui de ce que Tasse et Arioste n'ont pas adopté cette erreur. Malgré les soins vigilants que prenait Pétrarque pour fuir et oublier Laure , cette Laure eUe-méme , soit qu'elle habitât la campagne aux environs de Vaucluse pendant la belle saison (1) , soit que , dans la compagnie des dames Avignonnaises ^ elle allât quelquefois en visiter la source , se trouva , un jour en présence de Pétrarque , sans en chercher l'occasion. Celui-ci ^ par une belle matinée du mois de mai y suivait le sentier rocailleux qui conduit à la sour* ce. Au tournant de la première saillie de la montagne/ une femme au visage céleste , à la taille élégante , lui apparaît nonchalanuuent assise au pied d'un arbre dont les fleurs secouées par la brise priutannière y se répandaient en tourbillons sur sa tête et sur sa robe. A cette

(\) Muratori affirme que Laure bien qa'Avignonnaise habita Vaucluse pendant plusieurs années de sa vie. ( Voyez Tabrégé de la vie de François Pétrarque par Muratori. ) J'ai pensé que Laure devait résider à Vaucluse , dans la belle saison seulement, puisqu'on la voit figurer dans les sociétés d'Avignon, ou probablement elle passait l'hiver.

vue . Pétrarque s'arrêta comme enchanté : il venait de reconnaître la jeune Avignonnaise dont il se croyait séparé dans sa solitude. La beauté de Laure depuis plusieurs mois loin de sa vue , rinsouciance de son regard pendant qu*nn nuage de fleurs voilait sa tête/ Tair sincère qu'elle montrait d'ignorer ses charmes/ tout pénétra Tâme du poète de sentiments nouveaux / son amour ne fut plus une douleur déchirante.^ ce fut uu joyeux délire , un transport qui Féleva jûsqu'atK ciéux , et lui "fit oublier la terre. Cette rencontre avec Laurè' au moment où le printemps versait sur elle ses trésors devint une époque célèbre dans là vie dix poète soli-' taire. Peu de jours après cette scène ravissante , Pétrarque passant devant l'arbre au pied duquer Lâure s^était assise , tout ému encore par le souvenir de son apparition ^ parla en ces termes aux objets muets qui l'environnaient ;

Cjlkzohe 14. « Claires, fraîches et douces ondes, qui sur vos » riyes avez vu s'asseoir celle qui seule me semble » une femme ^ arbre charmant qu'elle se plut à choisir » comme une colonne de verdure pour soutenir sa » taillé élégante , ( et c'est avec des soupirs que je me » le rappelle ) fleurs et gazon que sa robe a foulés , » air serein et sacré où l'amour m'a subjugué par la » puissance d'un doux regard , écoutez , écoutez tous » mes plaintives et dernières paroles ! si telle est ma » destinée, si telle est la volonté du ciel , que n^es yeux » s'éteignent dans les larmes ; puisse un être bienfai- » sant ensevelir ici ma dépouille mortelle , et puisse

>i mon âme libre de ses entraves , d'ici même , prendre » l'essor I pour regagner sa véritable patrie ! la mort u me sera moins cruelle si j'emporte cette espérance p au périlleux passage. Oui^ mon esprit tourmenté ne v! saurait déposer son enveloppe terrestre dans un port » mieux abrité de l'orage y dans une tombe plus tran- » quille.

» Il est possible qu'un jour , la charmante sauvage » revienne à l,a station accputumée ;, et que. portant ses » regards empressés vers l'endroit où elle m'aperçut 9 dans ce jour fortuné , elle n'y voie plus que les pier- » res de n^a tombe ^ et peut-rètre qu'alors la pitié lui » arrachera des soupirs capables de m^obtenic merci » de la part du ciel dont elle forcera la clémence ^ en » essuyant de son voile ses yeux humides.

» Une pluie de fleurs ( aujourd'hui encore si gra- » cieuse à mon souvenir) s'échappait des verts arbris- » seaiix et descendait sur sa tète. Elle nonchalamment • assise, presque voilée par l'amoureux nuage, se » montrait humble ^u milieu de tant de gloire. Je voyais » une JQeur s'arrêter sur sa robe élégante , une autre » se glisser dans ses cheveux blonds qui , ce jour bril- » laient comme Tor et la perle ] une autre qui rasant » la terre se jouait autour d'elle , iine fleur qui s'en- » gloulissait dans les flots , enfin une autre qui volti- » géant en sens divers semblait dire en sa course » vagabonde : ici , règne l'amour ! ah dis-je alors moi- » même , saisi d'une crainte respectueuse : cette femme » sans doute naquit dans les cieux. Sa noble taille » son visage charmant ; son divin sourire m'environ-

» nërent de tant d'erreurs . me ravirent si bien k mé-

» moire j que , plusieurs fois , je m*écriai : comment

» donc me trouvé-je ici ?..... depuis quand y suîs-je

» venu ?»... persuadé que je respirais dans les cîeux

» et non pliis sur la terre. Aussi y depuis ce jour ^ cette

» prairie 9 ces montagnes plaisent tant à mon cœur |^

» qu'en tout autre lieu la paix me fuit et le désespoir.

» m'accable,

ÇAiraonE 14. Çhiare , fresche e dolci acque ,

Ove le belle membra Pose colei cbe sola a me par donna ; Gentil ramo , ove piacque.

( Gon sospir mi rimembra ) A lei di far^ al bel fiancp colonna ; £rba e fior , che la gonna , L^giadra ricoverse Çon Tangelico seno ; Aer sacro sereno ,

Ov' Amor co' begli occhi il cor m'apcrse ;, Date udîenza iusieme Aile dolentimie parole estreme, S'egli è pur mio destinQ , E '1 Cielo in cio s'adopra , Çh' Amor quest' occhi lagrimanclo cliiuda ; Qualche gràzia il meschino Çorpo fra voi ricopra , E torni l'aima al proprio albergq ignuda.

La morte fia men cruda , Se questa speme porto A quel dubbioso passo :

Che lo spirito lasso Non poria mai 'n più riposato por to ,

Kè in più tranquilla fossa Fuggir la carne travagUata e Tossâ:

* Tempo verra ancor forsé , Che air usato soggiorno Torni la fera bella e mansueta ; E là ov'ella mi scorse Nel benedetto giorno , Volga la vista desiosa e lieta , Cercandomi : ed , oh pietà ! Già terra infra le piètre Vedendo , Àmôr l'inspiri In quisa ebe sospiri Si dolcemente che mercè m'impetré^ E facéia forza al Cielo y Asciugandosi gli occhi col bel velo.

Da' be' rami scendea , Dolce nella memoria , Una pioggia di fîor sovra '1 suogrembo; Ed ella si sedea tJmile in tanta ^loria, Coverta già deir amoroso nembo.

Quai fîor cadea sul lembo , Quai su le treccie bionde , Ch' oro forbito e perle Eran quel di a vederle 5 Quai si posava in terra , e quai su Tonde j Quai con un vago erroi-e Girando parea dir : qui régna amore,

Quante volte diss' io AUor pien di spavento :

Costei per fermo ûacque iû Paradiso :

Cosi carco d'oblio

11 divin portamento, .

E 1 volto e le parole e 1 dolce risô

M' aveano , e si diviso

Dair imagine vera ;

Ch* i' dicea sospirando :

Qui come venn' io , o quando ?

Gredendo esser in ciel , non là dov' era.

Dà indi in quà mi place

Quest' erba si , ch' altrove non ho pace.

Se tu avèssi ornamenti ; quant' hai voglia

Potresti arditamente

XJscir del bosco , e gire infra la gente. [\)

bn ne peut peindre plus éloquemment le délire de l'amour , et c'est ici lé délire le plus décent qui puisse iigiter le cœur d'un amant poète : sur de pareilles peintures de sa passion que nous a faites Pétrarque et sur tant d'autres déclarations touchant ce même amour l répandues dans ces écrits , ses biographes se sont fondés pour affirmer que jamais la vertu dé Lauré n'avait fourni des armes à la plus cruelle censure. ^

Pendant que Pétrarque partageait sa vie solitaire

(i; Je n'ai pas traduit les trois derniers vers où Pétrarque , selon son usage , apostrophe sa Canzùnei 11 dit k celleci : Que si elle açait aidant de grâces qu^ de désir de plaire , elle pourrait hardiment quitter les bois, et se profnener par le monde. J'ai pensé que ce conseil donné à la Canzone ne pourrait qu'affaiblir l'effet produit sut le lecteur par le SQ]>lime délire du poètes

feiitre létude de Fantiquîté et les chants d*amour^ \é pape Benoit XH poursuivait à Avignon la construction de son palais pontifical , monument d*une architecture irrégulière ^ mais imposant par la hautear et la solidité de ses masses. Benoît XH avait appelé de lltalie les artistes et lés ouvriers les plus habiles pour lé décorer , et parmi les peintres qui accoururent à la voix du Souverain Pontife^ on distingua surtout Simon de Sienne > que Yasari dans son histoire des peintres italiens nomme Simon Memmi. Pétrarque , malheureux de sa passion , et trouvant néanmoins une félicité inexplicable a l'alimenter, se rendit à Avignon aussitôt après Tarrivée de Simon > et le supplia d'employer son talent et son adresse à copier le visage de Laure> à l'insu de celle-ci , et de lui en remettre le portrait ^ résolu de ne plus se séparer d'une image dont il voulait consianmiént fuir le modèle, fl est à présumer que le peintre Simon surpi^it avec adresse lés traits de Laure dans quelque société avignonnaise. On croirait difficilement que le peintre italien envoyé par Pétrarque pour saisir a la dérobée les traits de son amante > eût Osé se présenter chez Hugues de Sades. Mais quelle que soit la rusé qu'ait employée l'artiste pour se trouver en présence de son modèle > il est de fait que > peu de jours après la prière de Pétrarcpe ; Simon lui présenta le portrait de Laure , et d'une ressemblance si frappante que le poète , toujours et si heureusement inspiré pour le modèle , le fut aussi pour la belle copie de Simon > et lui écrivit aussitôt le témoignage suivant de son admiration reconnaissante :

SovKzr 57. « MUle ans d*étnde n'auraient pas suffi a Polyclètô

» et aux émules de son art , pour trouver sur la terre

n une seule perfection de la beauté qui a triomphé de

» mon cœur.

>> Certainement Simon visita les cieux d'où ceftè » femme sublime est descendue ; c'est là qu'il l'aperçut > » qu'il copia ses traits , afin de témoigner ici-bas de » l'existence de cette tête charmante*

» L'œuvre de Simon ne peut être créée que danà » cieux , et non dans ce bas monde , où l'épaisse ma-^ » tiëre éclipse les beautés dé l'âmCé

» D me destina cette faVeur. Redescendu sur la » terre, il n'était plus temps; ses sens trompés par » les impressions mortelles n'auraient jamais exécuté » l'œuvre céleste.

SoHETTo 57. Per mirar Policleto à pr'ova fisc

. Gon gli altri eh' ebber fama di quelP arte , Miir anni , non vedrian la minor parte DeJJa heltk che m'ave il cor conquiso.

Ma certo il mio Simon fu in Paradisô Onde questa gentil donna si parte :

Ivi la vide , e la ritrasse in carte Per far fede quaggià del suo bel viso.

L'opra ta ben di quelle che nel cielo Si ponno immaglHar , non qui f ra noi , Ove le membra fanno alF aima vélo.

€ortesia fe' ; ne la potea far poi~ Che fu dîsGeso a provar caldo e gielo , Ë del mortal seatiron^gli occbi suoi;

Tel fut le premier sonnet y bientôt suivi de deux au-, très ^ dont Pétrarque paya l'œuvre de Simon Meomii i et Tartiste y dit-on y se jugea plus ridiement récom-*. pensé par les inspirations du poète à sa louange ,^ quç par une rétribution pécuniaire.

Cependant Pétrarque , possesseur du portrait de Laure , $!aSermissait de plus en plus dans la résoluUoq de la fuir y lorsque son désir insatiable de savoir 1q ramena a Avignon. Un Grec d'origine nommé Bernard Barlaam y et Etienne Dandolo, noblç vénitien^ venaient d'y arriver , députés par la république de Venise , afii^ d'intéresser le Pape à un projet de réunion des églisea grecque et latine et d'implorer le recours des armes chrétiennes pour la délivrance de ConstantinopUi alors étroitement bloquée par les Turcs. jPétrarque quitta Vaucluse , et vint demander à Barlaam des leçons, de langue grecque, Barlaam lui fit, commencer cett^ étude. Il trouva dans son disciple une ardeur qui ei^ peu de mqis amena des progrès rapides. Mais ^ le professeur dont le voyage à Avignon n'avait çu d'aiJb tre but que le succès de son ambassade , découragé par les lenteurs qu'apportaient ses compatriotes au projet delà réunion des deux églises, et le peu d'empressement que témoignait le Pape à secourir Constant tinople, s'éloigna bientôt d'Avignon, abandonnant Pé-. trarque à sa seule ferveur et aux vifs regrets d'avoir

perdu son maître. L'arrivée du père Denys Roberèt, qu^il chérissait , fit une puissante diversion aux enuuis qu'il éprouvait de la fuite de Barlaam. Denys Roberti se rendait à jNaples auprès du roi Robert. Pétrarque le pria instamment de parler de lui a ce prince ^ en faisant pressentir combien Pétrarque s'estimerait liei^reux , s'il lui était permis d'entrer en correspondance de lettrès avec un monarque aussi distingué par ses royales vertus et sa science profonde , que l'était Robert de Naples.

Squs le voile de cette recommandation au pèra. Denys , Pétrarque , selon ses biographes , cachait ui\ motif d'intérêt privé plus puissant sur son cœur que. ^'ambitiond'acquérirramitié d'un prince érudtt. Pétrar-r^ que X disent-ils , convoitait déjà la couronne poétique du Gapitole. Prévoyant combien il serait difficile de faire revivre en sa faveur un usage tombé depuis mille, ans au moins , le roi de Naples ^ honoré y estimé par tous tes savants de son siècle, l'aiderait, pensait-il, à briser les obstacles dont les envieux plus que ses rivaux devaient encombrer son passage au triomphe.

Le père Denys Roberti s'acquitta consciencieusement de la conunission de Pétrarque 5 et le roi Robert, charmé d'apprendre qu'un poète , un érudit tel que le solitaire de Vaucluse , estimait son savoir , accepta avec joie la proposition d'entrer avec lui en correspondance. Il écrivit sur-le-champ au poète , et peu de mois après le traita comme un de ses anais intimas.

Pétrarque occupait ses journées à Vaucluse tantôt par son poème de XAJriqiu en langue latine , tantôt par

sâs vers italiens qj^i réveillaient dans son âme les p(us gracieux comme les plus amers souvenirs. Quelquefois^ toutes ses heures étaient employées à des méditations ou à de longues courses. Trois annéçs de sa via s'étaient écoulées de la sorte dans les rêveries d'ampur ouïes réalités d'un travail acti^ lorsque le 23 août 1540,, un courrier expédié par le sénat de Rome arrive à Pétrarque , chargé de lettres qui l'invitaient ^ de la part de ce même sénat , à venir recevoir au Capitole la couronne poétique avec tous les honneurs dus aux^ productions d^ son génie. On comprend la jose eni-t vrante qui. dut agiter le coev^r de Péti'sirque en lisant ces lettres. Le triomphe proposé le flattait d'autant plus qu'il arrivait à lui dans le silence et l'oubli delà retraite. Tput occupé de cette pensée, il se promenait à qua-. tre heures après midi au bord de la Sorgue ^ it se traçait le tableau de sa marche au Gapitote , le» acclamations nombreuses du peuple romain passionné pour ses poésies , lorsqu'un autre courrier se préi^ente. à lui , avec des lettres du chancelier de l'université de. Paris , Robert Bardi , qui lui proposait la couronne poétique dans la capital de la France* Quelle gloire pour Pétrarque ! deux cités fameuses qui se disputaient l'honneur de contempler et de célébrer son triomphe \ Comme l'ambition politique ^ l'ambition littéraire a aussi ses jouissances et des jouissances plus pures. La première ^ pour s'élever , a souvent besoin du brusque renversement des rivaux qui lui ferment le passage y mais la seconde , au contraire , laisse toutes ses rivales^ marcher librement et avec bruit sur sa route. Pour

conquérir l'admiration universelle^ elle nelai commande^ point avec hauteur Tobéissance ^ c'est en cajolant sesgoûts , en lui offrant des chefs-d'œuvre qu'elle la sub- . jugue.

Pétrarque se créait miUe délices de cette idée que son mérite devait briller au loin , puisque , guidés par sa lueur ^ Rome et Paris venaient dans le silence dé sa solitude lui proposer simultanément un triomphe. La lutte de deux villes fameuses pour Tattirer chacune dan& ses murs, fut la seule pensée qur ombrageât sa joie. Poursuivi par une double gloire , il ne se plaignait que de la nécessité de choisir entre l'une et l'autre. La nouveauté d'un couronnement littéraire à Paris , le charme d'en offrir le premier exemple en sa personne , présentèrent d'abord un attrait à son amour-propre y mais la pensée que sa langue n'était ni parlée ni enten^. due dans la capitale de la France , que ises poésies admirées à Rome ne seraient applaudies à'Paris que sur la foi de leur renonunée , et puis les beaux souvenirs de Tantique Rome , une marche triomphale au Capitole par le même chemin qu'avaient foulé tant d'illustres héros , plus tard de célèbres poètes , tout inclinait Pétrarque vers Rome. Son parti d'aller y triompher était même déjà pris lorsqu'il écrivit au cardinal Colonne pour le prier d'aider ou de déterminer son choix (1). Le

{\) Voyez la, lettre de Pétrarque au cardinal Colonne , dans laquelle il se compare au roi numide Syphax^ lorsque deux peuples puissants vinrent simultanément réclamer son alliance. ( CXSus^res complètes , édition de Baie , pages, 121-128,

cardinal se prononça pour les honneurs décernés pai^ sa patrie ^ et Pétrarque , charmé de voir son plus intimé ami deviner sa pensée et surtout la confirmer > se hâta d'annoncer au sénat de Rome sa détermination pour la capitale du monde chrétien. Mais il déclara toutefois^ avec modestie ^ que ses écrits ne lui paraissant point un titre suffisant pour mériteil la couronne duGapitole^ il voulait se soumettre à un examen public , en présence de juges distingués par leur savoir , lesquels prononceraient sur le fait de sa dignité à recevoir les honneurs qu'on lui destinait ^ et pyis il écrivit au roi Robert > le suppliant de daigner présider lui-même le docte aréopage qui procéderait à son examen y ne voulant^ disaiéil> accepter la couronne qu'en vertu de sa royale sentence. Le roi de Naples céda d'autant pins volontiers au désir de Pétrarque > qu'il se promettait^ avdc la jouis-* sance de posséder à sa cour Tillustre candidat du triom-* 'phe> l'espoir de solenniser le triomphe à INapies même.

Pétrarque parfit pour Marseille où il s'embarqua > et arriva àlNaplesdausle moisde mars de l'aimée \ZM. Robert l'accaeillit arec l'empressemetil du mooarqae pour l'homme célèbre dont il a conquis l'estime. Celle que Pétrarque témoignait au prince n'était pas douteuse^ puisqu'il le choisissait pour juge de son propre mérite. Robert le traita comme un ami , le logea dans son palais j et pour l'honorer davantage , lui-même , suivi de sa cour , accompagna le poète dans les promenades ^ qni, aux environs de F4aples, attirent la curiosité de l'étranger. Le poète lut au roi plusieurs morceaux de son poème XJfriqne quoiqu'inacbevé. Robert se pas-'

sionna pour cet ouvrage et pour la poésie. Il avoua devaut l'auteur que , jusqu'alors ayant dirigé ses études sui* les écrits des philosophes plutôt que sur les poètes, il connaissait peu le mérite de ces derniers ^ mais qu'il venait d'apprendre de Pétrarque combien le talent du poète était estimable. On s'étonne que le roi Robert, le plus érudit dés savants de son siècle , n'eut pas acquis déjà la conviction du mérite de la poésie , par la plus courte lecture des poètes latins du siècle d'Auguste y et que l'arrivée de Pétrarque à Naples eût été nécessaire pour dissiper son erreur à cet égard.

Le roi fit subir à Pétrarque un examen sur les sciences et les lettres, qui diura trois jours ^ et celui-ci, en présence d'une nombreuse assemblée , émerveilla son auditoire par la précision, le savoir et l'éloquence dont furent marquées toutes ses réponses. Une fois la longue épreuve terminée > le prince délivra à Pétrarque des lettres-patentes qui témoignaient de sa dignité à recevoir la couronne du Capitole 5 mais il fit valoir auprès du poète les motifs les plus puissants pour le déterminer à donner à Naples même le spectacle de son couronnement. Voyant enfin ses sollicitations inutitiles , et Pétrarque subjugué par la passion que lui inspirait la majesté de Rome (1) , le roi n'insista plus : il se

(-1) Expression de Gesualdo , biographe de Pétrarque : Ma troi^andoîo vinto daW amore délia romana maestà, f Voyez Fita del Petrarchu ^ i^dx Gesualdo, édition de Venise, 1541.

borna à témoigner dés regrets de ce que sod âgé avancé ^ ses infirmités ; Tempêchaient d'aller au Capitôle honorer le triomphe de son ami.

Pétrarque s'achemina vers Rome suivi de tout ce que la cour et la ville de Naples avait de personnages distingués , et curieux de jouir d'un spectacle tombé depuis dix siècles en désuétude } renouvelé en faveur du poète le plus harmonieux^ le plus érudit de son époque. A Rome > Pétrarque fut reçu par le sénateur Orso d'Ânguillara qui^ à soii premier voyage ^ lui avait donné Thospitalité au château de Gapranica.

Lé jour de Pâques^ 8 avril 1341 , Pétrarque fut éveillé^ dès le matin > par lé son des trompettes qui annonçaient la pompeuse cérémonie de ce jour. Quel contrasté entre la vie silencieuse et cachée qu'il menait à Vaucluse peu de mois auparavant^ et la fête brillante qui allait le produire à l'admiration dé la foule î Tout enivré que fût Pétrarque des honneurs qu'on lui destinait (disent ses biographes) > il se livrait à une sorte d'inquiétude , dans la pensée qu'aux applaudissements dont il serait Tobjet, viendraient se mêler les murmures sourds de l'envie. H savait combien peu de fixité a l'enthousiasme des hommes -, cet enthousiasme ^ qui d'abord commence par un concert d'éloges tout exclusif , et puis se termine par des cris violents de censure et de haine.

A l'heure marquée pour là cérémonie du triomphe , Pétrarque sortit du Palais sénatorial , précédé de dixhuit jeunes Romains appartenant aux plus illustres familles de la cité : douze étaient vétu9 de robes écar-

lateS;^ et six de robes vertes, portant chacun dans la mali^ une couronne de fleurs. Pétrarque ayant à ses côtés le sénateur OrsQ d'Anguillara , marchait à leur suite i^ paré d'une robe richement brodée dont lui avait fait présent le roi de JNaples. Six des principaux citoyens de Rome environnaient le poète : c'étaient les nobles seigneurs Gonti ^ Savellî , Annibaldi j^ Orsini , Paparese , Montenero ^ qui portaiétat des couronnes de fleurs de di? verses espècejs (1). Les membres les pli;|s notables du Conseil de la cité , un groupe nombreux de nobles romains fermaient la marche du cortège qui monta au Capitole au bruit des joyeuses acclamations delà foule, ce Ce peuple romain, dit BaldeUi, dont les ancêtres ' }) étaient accoutumés à décréter les triomphes , à » porter un regard fier sur les consuls victorieu:^ et » les rois enchaînés , revit avec ivresse un siomlacrQ ^ de sa £;randeur défunte (2). »

Le cortège étant parvenu dans la salle du couronnement , Pétrarque , invité par un hérault du sénat k

{i) L'abbé de 5ades, qui doime ces détails dans ses Mémoi" res^ pour la vie de Pétrarque, dit les avoir puisés dans le journal de Monaldeschi qui était présent à la cérémonie- Du reste, la narration de Tabbé deSades est conforme à^ celle de plusieurs biographes italiens.

(2) Qu^ popolo avvezzo gik a decretare î trionô , a mirare con ciglio altère i vittoriosi duci , i vinti régi , lieto rividde un simulacro ^i sua defunla grandezza. (Bald£lli : deiPe* trarca e dcUe sue opère, page 69.

prendre la parole , prononça un discours où Ton ad;; mira la haute éloquenee particulière à son génie ^ et si rare dans son siècle. Ayant cessé de parler , il se mit à genoux aux pieds du Sénateur , qui détacha de sa tète une couronne de laurier , la plaça sur celle de Pétrarque f et s'adressant à la nombreuse assemblée : « Cette » couronne ( dit-il à haute voix ) est la récompense daç » au vrai mérite. »

Le poète s'étant relevé ensuite , récita de beaux vers à la louange des plus fameux héros de Rome , et Fau-r ditoire répondit par de nombreux et bruyants ppplau-^ dissements à rimprovisation sublime du poète couronné. Etienne Colonne parla ensuite -, et son allocution au

poète fut si louangeuse , que celui-ci , de son propre aveu , tel qu'il Ta plus tard consigné dans ses écrits , se glorifiait et tout-à-la fois rougissait de son panégyri-

* * 'Si

que. La cérémonie terminée , Pétrarque , suivi du même, cortège , se rendit à l'église de Saint-Pierre où il fit l'offrande de sa couronne. Ce même jour , des lettrespatentes constaljant que Pétrarque l'avait reçue en qualité d'historieii^et de poète , lui furent délivrées par le sénat. Les mêmes lettres lui conféraient la qualité de citoyen romain. Peu empressé sans doute de jouir de cette prérogative dans la cité même qui l'en avait gratifié , Pétrarque était kPjise peu de JQurs après soq couronnement On s'étonna de sa promptitude à quitter. Rome. Les murmures de l'envie avaient-^ils blessé i$es oreilles ? U est certain que parmi ses contemporains ce couronnement ne manqua pas de railleurs ^ et Pétrarque lui-même , dans sa vieillesse , condamnait avec ri-

gueur la passion immodérée de gloire humaine qui l'avait f4t courir au triomphe du Capitole.

Il quitta Pise avec le projet de revenir à Avignon , où sa félicité serait complète, pensait-il, si Laure le revoyait, la tête ceinte de la couronne poétique. Elle serait coi^fuse d'avoir dédaigné l'hommage d'un homme que son siècle venait d'applaudir avec tant de bruit et d'enthousiasme. Mais pendant que son cœur se dilatait aux caressai^tes émotions, de l'amour-propre , l'amitié ne manquait pas non plus de lui faire entendre son langage j car il voulait compléter son bonheur en déposant aux pieds de son plus intime ami , Tévéque de Lombez , son poème et le laurier du Capitole,

Le 22 mai 13^Jl , Pétrarque traversa Parme pour y revoir les seigneurs de Correggio , avec qui toujours il avait entretenu des rapports d'affection. Il trouva toute la famille les armes à la main y les Correggio venaient dfi ravir le gouvernement de Parme aux deux frères Mastin de l'Escale , leurs neveux , dont les Parmesans se plaignaient comme de princes durs et tyranniques. Les Correggio , encore tout frémissants de la guerre civile qu'ils venaient de terminer , osèrent cependant

inviter Pétrarque à passer quelques mois au milieu d'eux. Celui-ci , dont le goût pour l'étude et la vie paisible était si antipathique aux émeutes populaires , au3( mouveD[iejaLts guerriçjrs , refusa long-temps la proposi-r tipn d^s seigneurs de Correggio ^ mais finit cependant; par céder, à leurs instances. Il est vrai qu'il s'écartait souvent de la ville , qu'il parcourait au loin la campa-t gne ; cherchant , dans le silence des forêts , des insph-

rations analogues aux travaux commencés dans sa prepaière retraite :

« Un jour ( nous dit Pétrarque lui-même dans son p épître à la postérité ) que j'avais marché du côté des » montagnes , au-delà de la rivière Entia , je m'enfonçai » dans une forêt nonunée Plana , sur les frontières de » Rheggio ; et ,^ tout-à-coup ^ frappé de la beauté du » paysage , je ramenai mes souvenirs sur mon poème » XJfrique que j'avais depuis quelque temps négligé. » La flamme de mon imagination , qui semblait éteinte ^ >;i à rinstant même se ralluma. J'écrivis quelques vers » de mon poème ce jour-là , d^autres encore les jours » suivants , et toujours au même lieu ^ jusqu'à ce que ^^ ^ retiré à Parme dans une maison solitaire que j'achetai » dans la suite et qui aujourd'hui m'appartient encore ^ » je menai à sa fin mon ouvrage y et dans un espace » de temps si court ; que je m'étonne moi-même aujour^ » d'hui de cette rapidité d'exécution (l).

Malgré la joie que ressentait Pétrarque d'avoir ter-

(^) Ployez V épître de Pétrarque à la postérité. Die quo- ^am in montana consceBdens , forte ttans Ëntiam amnem , Rheginis in liuibus , sylvam quae Plana dicitur , abiissem \ subito , loci specie perculsus , ad iatermissam Africain styïiim verti , et feryore animi, qui sopitus videbatur , excitato, scripsi aliquantulùm die illo ; post continuis diebus , quotidie aliqiiid : dooec Parmam rediens , et repostam ac tranquillam nactus domum , quae posteà empta , nunc etîam mea est , tauto ardore opus Ulud non magno in tempore ad çxitum deduxl , ut ipse quoque nunc stupeam.

iniaé son poème , il s'en fallait beaucoup que cet od-^ vrage satisfît entièrement son judicieux amour-propre. Quelque habile écrivain qu'il fût dans la langue de Tancienne Rome , il n'avait pu la manier avec la souplesse 'des auteurs latins ni revêtir son style de leur élégance.

Depuis Brunetto Latini^ mort en 1249 , et Dante son disciple , qui avait fini sa vie en 1521 ^ toutes les plumes de ritalie s'exerçaient dans l'idiome vulgaire. Pétrarque > sans être aussi exact que Dante dans la propriété des mots , avait dépassé de beaucoup celm'-ci par les expressions relevées et hardies dont il enrichissait ses compositions. Les Italiens le considéraient déjà et l'ont toujours considéré depuis comme un des principaux maîtres de la langue nouvelle. L'ancienne langue latine , si Ton en croit Cicéron dans son livre des Illustres orateurs y avait commencé à s'altérer même de son temps. Quintilien ^ cent ans après Cicéron , s'était plaint des grands changements qui s'étaient opérés dans la langue de la patrie : Toius penè mutaïus est sermo. Enfin Tertullien , dans son livre de V Apologie qu'il écrivit au conmiencement du troisième siècle de l'église , reprochait aux Romains de ne tenir plus rien de leurs ancêtres , pas même le langage : Ipso denîque sermone , leur disait-il, proavis renunciastis.

Néanmoins la langue latme , avec ses altérations , avait subsisté jusqu'au temps de saint Bernard et de l'empereur Barberousse, c'est-Jwlire qu'elle était encore à cette époque parlée et entendue assez communément. Mais trois cents ans après , au âècle où vivait Pétrarque > la métamorphose de l'ancien langage était opérée ^

il fallait la subir , et Pétrarque était bien pénétré dé cette vérité lorsqu'il écrivait à quelques amis qui lui avaient demandé des vers latins f

sbÀNET i33. « Si jamais je n'eusse quitté la grotte qu'Apollon fai-

» sait retentir de ses oracles , Florence aurait aujour-

» d'hui son poète ; de même que Vérone ; Mantoue et

^ Arunca(l):

» Mais puisque le sol de ma patrie ne s'Immecte pluâ » des ondes qui coulaient de ce rocher , il convient » que je suive une autre étoile y et que la faulx débar- » rasse mon champ des épines qui y croissent.

» L'olivier s'est flétri, le ruisseau qui venait jadiâ » du Parnasse pour l'arroser et le fleurir > a détourné » de lui ses ondes:

» Enfin y soit par ma faute , soit par ma destinée ; » je ne pourrai cueillir de beaux fruits , si le ciel ne » fait tomber sur ma tète une pluie abondante de ses « faveurs^

SoKETTo i33. s* io fossi stato fermo alla spelunca

Là dov' Apollo divento profeta, Fiorenza avria fors' oggi il suo poeta ^ Non pur Verona et Mantoa ed Arunca;

(1) Virgile avait vu le jour à Mantoue , Catulle à Vérone et Lucilius à Arunca.

Ma perche '1 mio terren più non s'ingiunca , i)eir unior di quel sasso , altro pianeta Conven ch' i' segua, e delmio campo mieta Lappole et stecchi con la falce adunca.

L'oliva è secca, ed è rivolta altrove L'acqua cbe di Parnasso si dériva , i?er cui in alcun tempo ella fioriva.

Cosi sventura ovver colpa mi priva B'ogni buon frutlo se V eterno giove Bella sua grazia sopra me non piove.

Dans sa modeste habitation à Parme ^ Pétrarque partageail; sa jbiirnée entre l'étude et le soin d'un jardin iqu'il cultivait lui-même. Comme iioùs l'avons dit, il se promettait un grand plaisir de lire YJ/rique à révêrpie de Lombez. Mais depuis quelques mois son plus cher ami languissait consumé d'une maladie cruelle. Pétrat'^ que n'ignorait pas son état alarmant -y il en éprouvait de terribles angoisses.

Une nuit qu'il dormait d'un sommeil profond , il aper* çoit en songe l'évéque de. Lombez qui traversait son jardin. Je l'interrogeais avec vivacité , nous dit Pétrar-que dans sa correspondance : d'oii venez-vous donc , lui disais-je et où allez-vous ainsi ? *- De Gascogne, me répondait l'évéque , et Je vais à Home. — Eh bien, je suis prêta vous suivre, repris-je à mon tour. — Non, pas encore répliqua-t-il en me repoussant tout doucement de sa main. Je m'élançai aussitôt les bras ouverts pour saisir mon ami ; et dans l'instant même , je vis la

pâleur de la mort sur son visage, et ne sentis dans mes bras qu*ilh corps froid et inanimé.

Frappé de terreur à son réveil par le souvenir de cette vision, Pétrarque se hâte d'en écrire lé jour et le mois. Vingt-cinq jours après, il reçoit la nouvelle de la mort de Jacques Colonne. U confronte ses dates écrites avec l'époque assignée à cette mort , et Pétrarque acquiert de cette épreuve l'intime conviction que son ami Colonne avait quitté la vie , la nuit même oh il lui avait apparu en songe , portant sur son visajge tous les signes de la mort.

Tel est le récit que Pétrarque lui-même adressa à un de ses amis qui l'interrogeait sur la question dé savoir si les songes méritaient notre créance (1).

{]) Voyez la lettre de Pétrarque à Jean André de Bologne. Epist Fil. Famil, Epist. Lib. F. Jacobas de Columna hic junior , non nostra tantùm aetate vir clarissimus^ sed ingemo praeditus fuit*... huic ego , dùm vixit satis familiariter char us fui.... jpertulefat ad me famà quosdam aegritudinis suae rumusculos ; sed ità ut inter spem et metum fluctuans , certiores assidue nuncibs expéctareiii.... èum nocte per quietem vidi ; incomitatus erat ût hune ipsuloi horticulum transibat. Obviam ferebar admirâns et de multisinterroganâ : Unde ? quo pergeret ? quid tàm properè ? quid tàm solus incederet ?. . . ; meministi (aiebat ) olim dùm trans Garumnam mecum degeres , ut molestae tibi Pyreneae tempestales erant j illis ego nunc fatigatus et irredilurus abiens Romam peto...;; Gontrà ego ut ducerer instabam. Ille me semel et iteriim mtoû oppôsitâ suaviter repulso , tandem alio et oris babitû ^

La mort de Févêque de Lombez fut le premier choc, que reçut Pétrarque dans ses nombreuses liaisons d'amitié, n perdit encore bientôt après , et dans la même année ^ Tliomas Caloria de Messine à qui plusieurs lettres sont adressées dans le recueil de sa correspondance^ et puis le père Denys Roberti qu'il chérissait tendrement , et qui fut son guide et son consolateur dans les peines de l'âme.

Depuis un an Pétrarque vivait à Parme , lorsque des lettres pressantes l'invitèrent a revenir à Avignon. On a pensé que le cardinal Colonne surtout sollicita son retour. Pétrarque témoigna quelque ennui a quitter Parme pour Avignon. Aussi quelques auteurs italiens ont-ils conclu de sa répugnance à rentrer dans la patrie de Laure , que la passion du poète commençait à s'attiédir. Mais si on l'écoute parler lui-même , il semble au contraire que ^ Ipin d'être insensible au bonheur de revoir cette Laure , une vive émotion l'agitait déjà çiême au pied des montagnes de Provence, à quelque^ lieues d'Avignon:

et vocis sono : desine (ait) nolo te nunc comitem. Figo ocur los , atque exangui pallore mortuum agnosco , et metu mœs*titiâque taçtus exclamo, ita ut eo ipso raomento. temporis experrectus , accentus ultimi mai clamoris audierim. Diein sigao rem omnem et prœsentibus amicis narrp et absentibus. scribo. Postvicesimum quintum diem nuncius ad me mortis allatus est. Gollatis temporibus eo ipso die quo vita decesserat sic mibi illum apparuisse comperio.

sosiNLT iQi. << La brise charmante (jui égaie ces colUues , e^ » sous Fombre de leurs bois réveille les fieurs eudor- » mies, je la reconnais a son parfum suave, et je dois, » sous son haleine, grandir en douleur et en renom- » mée.

« C'est pour trouver à reposer n^on cœur fatigué » que je fuis le doux climat de ma chère Toscane ; » cherchant Tastre qui doit faire jaillir sa lumière dans » ma sombre pensée j et j'espère Vapercevoir auJQur- » d'hui.

« J'éprouve de telles douceurs à sa vue , que , sans » cesse et malgré moi, Tamour me traîné sous ses » rayons qui tout d'abord m' éblouissent , au point de

» me rendre la fuite impossible.

« Ce ne sont point des armes que je voudrais pour » me défendre , mais des ailes rapides. Et le ciel veut » que je trouve la mort par cette flamme. Loin d'elle

» je péris de langueur, près d'elle je me consume. »

Malgré les concelti qui terminent ce morceau de poésie commencé d'une manière si gracieuse , on y Voit que ce n'est point là le langage d'un homme jadis passionné qui proclamerait maintenant son indifférence «

SoNETTo i6i, L's^ura gentil che rasséréna i poggi

Destando i ûor per questo ombroso bosco,

Al soave suo spirto riconosco ,

Per cUi conven che 'n pena e 'n fama poggi.

Çer ritrovar ove '1 cor lasso appoggi , Fuggo dal mÎQ natio dolce aère tosco ; Per far lyme al pensier tor])ido e fosco , Cerco '1 mio sole , e spero vederlo oggi :

Nel quai provo dolcezze tante e tali , • Cil' amor per forza a lui mî riconduce ; Foi 81 m'abbaglia che '1 fuggir m'è tardo.

ïo cbiedere'a scampar non arme , anzi ali:

Ma périr mi dà 1 ciel per questa luce; Ghe da lunge mi struggo , e da press' ardo.

f^ous verrons dans la suite que Pétrarque était loii\ 4*sivoir oublié la seule personne qui lui rendit supportable le séjour d'Avignon \ que plusieurs fois il revit avec plaisir cette Laure , lui adressa des vers , et que j^ plusieurs fois aussi , pour retrouver le calme, il se réfugia à Yaucluse.

Il avait rencontré à Avignon , Lélius et Socrate j

mais la joie que ressentirent ces trois amis de leur réunion fut mêlée d'amertume ^ quand ils rappelèrent dans leurs entretiens , le délicieux automne passé a Lombez , l'évêque Jacques Colonne^ qui avait jette tant de charmes sur cette époque de leur vie , et qui s'était séparé d'eux pour toujours ^ ne leur laissant plus que la consolation de le pleurer ensemble.

Le pape Benoit !XIl , qui depuis plusiem*s années souffrait d'une fistule dans les jambes , mourut le 25

avril 1342 ^1), en odeur de sainteté, regretté de tous

(1) Voyez Teyssier. Histoire des Souverains Pontifes qui ont siégé à uif^ignon^ page Ml.

les gens de biea. Pétrarque ^ dans sa correspondance, juge ce pape avec une sévérité tout-à-fait cruelle. Mais la haine qu'il lui porte ^ il faut le dire , est seulement dirigée contre Topiniâtreté de ce Pontife à maintenir le siège ^poslolique à Avignon. Benoit XJI fut inhumé fdans TégUse de Notre-Dame des Doms ^ où Ton voit encore aujourd'hui son mausolée. Après sa mort, le. sacré collège réuni en conclave dans le palais (2), en sortit au bout de treize jours y proclamant Félection du cardinal Pierre Roger, qui prit le nom de Clément VI. Issu d'une famille noble , ancienne et riche , du Limpnsin , Clément VI a été blâmé d'avoir conservé sous la pourpre pontificale tous les goûts qui, d'ordinaire >^ accompagnent la fortune et la grandeur mondaines. Le luxe qui éclata dans l'ameublement de son palais , la société des femmes dont jamais il n'eut la force de se séquestrer, sa passion pour les chevaux qu'il acheta en grand nombre et à de hauts prix ; toutes ces excessives prodigalités trouvèrent d'aigres censeurs parmi les historiens dç son siècle. Pétrarque n'a pas non plus épargné ce pape dans ses écrits. On a même prétendu que les sonnets satiriques du poète contre la cour romaine , s'appliquaient surtout au règne et à la cour du pape Clément VI, Mais Pétrarque , si naturellement irrité contre tous les papes qui s'obstinaient à maintenir le Saint-Siège à Avignon , aura peut-être exagéré ses invectives. A chaque nouvelle élection , il se flattait que le nouveau pontife allait combler ce

(2) Teyssier, page, M9.

vœu que depuis long-temps il faisait vainement enten-^ dre. Pour la troisième fois j Pétrarque le réitéra dans une épttre adressée à Clément VI y au moment ou Rome elle-même lui envoyait une ambassade composée de dix-huit dé ses plus notables citoyens , lesquels devaient s'adjoindre Pétrarque , et oflrir à Clément VI la charge de sénateur. L'ambassade devait aussi vivement solliciter la résidence du Souverain Pontife dans la capitale du monde chrétien j et de plus> demander que les jubilés universels accordés par Boniface Vm à chaque période de cent ans , fussent désormais publiés tous les demi-siècles.

Oément VI accepta avec reconnaissance la charge de sénateur) n'hésita point à promettre un jubilé tous les demi-siècles 5 mais > sur la demande du rétour du chef de l'église à Rome ^ il se borna à témoigner combien il serait heureux de satisfaire le vœu de l'ambassade s'il en avait un jour la puissance. Le célèbre Nicolas 6abrini> plus connu sous le nom de Rienzi ou Rienzo (1) , était un des membres de l'ambassade romaine. Laurentius dont Rienzo est le diminutif > était le nom de son père. Quoique Laurentius fut cabarctier de profession, et sa femme une lavandière j leur fils Rienzo n'en avait pas moins reçu une éducations très soignée y et son profond savoir s'embellissait encore des grâces

(1) Baldelli le nomme Nicolo Lorenzo , l'abbé de Sades Rienzi ; mais tous les Italieûs s'étonnent d'entendre les Français nommer ce conspirateur Rienzi, ils disent généralement Rienzo»

balarelles de son éloquence ^ ses discours pleins de vigueur et de charme , le rendirent très agréable ad pape Clément VI et à sa cour. Le cardinal Colonne l'accueillit surtout avec enthousiasme.

<c La faconde de Rienzo forçait la persuasion ( disent » les historiens de sa vie ) -y c'était un aimable et dé^ » licieuiL causeur , non pas en discours longs ^ mais » toujours brillants et nobles. (1)

Pétrarque, promptement séduit qtiand il rencoûtràit iin esprit orné , une imagination vive y et F^aiour des lettres , ne pouvait manquer de s'attacher k Bienzo. Il se lia d'une étroite amitié avec cet homme si désastreusèment célèbre , et n'abjura la véritable affection qu'il Jui portait d'abord ^qu'après avoir vu Bienzo si noble ^ si loyal en apparence , se livrer plus tard; lui-même , à de basses intrigues y ata actes du despotisme qu'il avait voiiu abattre y au crime même y poUr satisfaire sa soif des richesses et sa passion de dominer.

Cependant , bien que Pétrarque n'ait été que la dupe; et non l'approbateur des cruels excès de Bienzo y des écrivains , justes défenseurs de la morale et de l'ordre public ,. ont reproché sans pitié au poète , ses liaisons et sa correspondance avec ce fameux conspirateur. Us n'ont pas voulu considérer que Pétrarque y après avoir

■Aaïki

iMMrfa^taMMMMMiriMM

{\) Nicolaus Laurentius vir facundissimus, et ad pefsuadendum efficax , et àd oratoria pronus , dictator quoque dulcis ac lepidus y non multx quidem , sed suavis colorataeque sententiae.

Fita Nie. Laur, Autiquit. ital.

déploré depuis tant d'années^ l'état d'oppression où jgémissaitRome sous la tyrannie de ses seigneurs , avait du jeter un cri d'entboosiasme à l'entreprise d'un dtoyen qui semblait être le libérateur de sa patrie. Ces rigides censeurs ont oublié que Pétrarque > daus ses é|»tres adressées au héros de peu de jours > ne s'abs^ tint jamais de mêler de sages conseils à ses louanges ^ tle dicïer les plus belles leçons de aiodération k Rienzo ; que y. plus tard^ lorsque l'ambittoft insatiable de celuici se démasqua 3 la correspondance du poète fit succéder les reproches sanglants aux pompeux éloges* Enfin les mêmes censeurs n'ont pas touIu tenir compte n Pétrarque d'un fait qui l'absout > ce me semble ^ de leurs accwalions : c'est que > le pape Clément VI a? ak aussi approuvé la conduite de l'usurpateur dans le prin^ cipe > qu'il l'avait même légitimée > en confirmant Bienz« dans l'exercice de l'aalorité dont il s'était emparé par la force. Yoib bien des motiCs pour excuser Pétrai'que de s'être laissé prendre aux dehors généreux de BiènauiK On a poussé néanmoins l'injustice a l'égard du poète , Jusqu'à le représenter comme un républicain farouche qui ne pouvait s'accommoder d'un gouvernement mo-*narchique quel qu'il fut > et surtout de la souveraineté dans la personne du pape } mais > quelles intentions attribuer alors à ces pressantes lettres que Pétrarque adressait à chaque pontife nouvellement élu > pour le persuader de la nécessité du retour à Rome ? Pétrarque n'ignorait pourtant pas que la résidence dans la cité apostolique rendrait au pape le pouvoir suprême dans les Etats romains. Il est encore un autre fait qui

sèid ddvrait suffire à justifier là conduite de Pétrarque pendant la révolution de Rome. Cest que ^ malgré ses liaisons avec Rienzo > malgré le parti que voulurent eu tirer ses ennemis pour le perdre dans l'esprit de Qément VI , celui-ci ne refusa jamais an poète sa bienveillance 'j que y toujours y il tenta de le rapprocher dé sa personne y en lui offrant des emplois honorables et lucratifs > qu'à la vérité Pétrarque refusa constamment) soit par un excès de modestie > soit par amour de Tin-^ dépendance ou de la vie solitaire. Lé pape savait que Pétrarque aimait la liberté y mais cette liberté qui plaît aux hommes de lettres y cette liberté dont l'esprit toujours appuyé sur l'amour de la religion et des honunes y préfère à ses plus nobles rêves l'ordre pul>lic , et ne renverserait jamais une légitime autorité pour régner sur ses ruiner.

J'ai cru devoir en peu de mots réfuter les accusations mal fondées dont quelques écrivains ont chargé Pétrarque. On verra bientôt par le récit de l'audacieuse entreprise de Rienzo y et de sa prompte chute pour avoir méprisé les avis de Pétrarque ; que celui-<^i mé^ ritait cette courte apologie*

Le pape Clément VI, par la douceur et l'affabUité de. ses maDÏères , se rendait généralement agréable autant aux Avignoonais qu'aux étrangers. La société des fcm- (pes qu'on lui reprocha d'avoir trop recherchée l'avait poU coaime on homme du monde. Mais sa vie , sinon coupable , du moins trop évaporée pour an chef de l'église , servit malheureusement d'exemple et de règle aux classes hantes et moyennes de la population , et fiit souvent même imitée avec excès par celles-ci (1).]

(<) Teyssier engage ses lecteurs k ne pas s'arrêter au ta-. Iilcau que tracent Mathieu Yillani et Jean son frère , des

Clément VI goûta la société de Pétrarque et le rap-r procha de sa personne jusqu'à Fintimité. Pétrarque qui de son côté se plaisait dans les entretiens doux et spirir tuels de ce pontife ^ le visitait souvent^ et mettait a profit les épanchements familiers auxquels ils se livraient en-: semble , pour sonder ses dispositions sur le projet de replacer à Rome le siège apostolique. Et le pape^ répondant toujours d'une manière peu précise mais adroite y montrait Fintention éloignée de satisfaire le vœu de Pétrarque et jamais celle d'une déternûnatioii prochaine.

A cette époque , Pétrarque semblait supporter te séjour d'Avignon avec moins de trouble et d'impatience. Il allait plus rarement à Vaucluse y son séjour y était moins long , il en repartait bientôt pour revoir la viUo qui possédait Laure. Il est vrai que la rudesse silen^ cieuse de celle-ci s'était un peu radoucie depuis que Pétrarque était paré de la couronne. Et le poète se réjouissait des. hasards heureux qui présentaient Laure.

mœurs de Clément VI. Selon lui, ces auteurs italiens, irrités devoir k cette époque^les souverains pontifes dioisis parmi les Français et siéger à Avignon , les ont calomniés. Cependant Teyssier convient que Clément VI vivait plutôt en prince qu^en poiitife \ que sa maisQQ ^ ses écuries ressemblaient à celles des rois , que ce pape combla d'honneurs ses ps^rents. et ses alliés. Il est vrai , ajoute Teyssier , qu'il donnait aussi ?yec profusion aux pativres. Voyez Histoire des Souyerains. pontifes qui ont siégé dans Ayiqmn , pa^es 205 et 206 , édition de 4774,

«5 ' \ sa vue \ il ne négligeait alors aucune occasion de s*en faire reniarqqer, Un jour que , dans une société nom-* breuse y Laure par mégarde laissa tomber un gant de soie brodé d'or , Pétrarque le ramassa vivement , raapifestant l'intention de le retenir. Laure ^ confuse de cet acte de familiarité ^ court à Pétrarque pour le lui arracher, Celui-ci résiste quelques moments d'a^ bord \ mais ^ jugeant qu'il y aurait de l'inconvenance \ prolonger la scène d'un débat frivole où se fixaient tous les regards , il feint de céder à la force , et se laisse reprendre le gant de soie; et pendant que Laure vantait sa victoire , le poète improvise en vers italiens le récit de son bonheur et le triste événement qui venait de le terminer i

);» O main charmante qui serres la chaîne de mon souitet i66^ » cœur , et qui bientôt couperas la trame de ma vie ! » main que le ciel et la natiJire se glorifièrent de for^ » mer en t'embeUissant de tout leur art , de toute » leur étude!

» Main dont les doigts brillent comme les perles » orientales ; main douce ^ cruelle seulenient pour >P déchirer la plaie de mon âme , l'amour a voulu te » mettre à nu pour .m'enrichir,

» Gant merveilleux qpii couvris l'ivoire et la rose « » est-il dans le monde «ne plus gracieuse dépouille ?

» Ah ! si le voîle ennemi pouvait ainsi tomber en 9 ma puissance ! Que dis -je ! ô inconstance de la » félicité humaine ! cette précieuse enveloppe est un » larcin , la main qu'elle revêtit vient la ressaisir, x^

SovETTo 166. bella man , cbe mi distringi '1 core.

E 'n poco spazio la mia vita chiudi ; Man' ov' ogni arte e tutti loro studi - Poser natura e '1 ciel per farsi onore ;

Di ciaque perle oriental colore , £ sol nelle mie piagbe acerbi e cradi , Diti scbietti soavi ; a tempo ignudi Consente or voi per arrichirmi Amore.

Candido leggiadretto e caro guanto Cbe copria netto avorio e f rescbe rose ; Cbi vide al mondo mai si dolci spoglie ?

Çosi avess' io del bel vélo altrettanto.

Pb incostanza delP umane cose !

Pur questo è furto; e vien cb' i' me ne spoglie.

Désespéré d'avoir cédé à Laare ce gant que toujoars^ il aurait voulu posséder , Pétrarque se plaignit encore le lendemain de la violence qu'on lui avait faite :

SoirirET 168. » L'amour et mon heureuse fortune ( disait-il ) m'a-.

» vaient si bieu paré d'uu tissu de soie brodé d'or ,

» qu'en songeant à la main qui en fut revêtue ^ j'avais

» presque atteint le comble de la félicité.

Et ce jour qui ^ dans le même instant me fit riche 9 et pauvre tout à la fois ^ ne revient jamais à ma » pensée y que je ne me seqte ému de douleur 6t de. » colère ; humilié par un affront de l'amour.

» Parce que je fus maladroit a défendre ma noble » conquête , et que je la cédai trop vite aux seuls » efforts d'un ange j

» Ou , parce que je ne sus pas prendre des ailes , i) et par une fuite rapide , me venger de cette main » charmante qui me coûte tant de larmes.

Mia Ventura ed Amor m*àveàn si adornd Soretto i68a

D'un beir aurato e serico trapunto ,

Ch' al sommo del mio ben quasi era aggitinto

Pensando meco a chi fu quest' intorno :

Hè mi riede alla mente mai quel giorno elle mi fè' ricco e povero in un punto , Ch' i' non sia dira e di dolor compunto ^ Pien di vei'gogna é d'amoroso scôrno ;

Che la mia nobil preda non più stretta Tenni al bisogno , e non fui più costante Contra lo sforzo sol d'un' angioletta ;

O fuggendo aie non giunsi aile piante j Per far almen di quelîa man vendetta dhe degli occhi mi trae lagrime tante.

Cependant la beauté de Laure que Pétrarque n'avait cessé d'admirer commençait à s'évanouir. A peine âgée de trente ans et déjà mère d'une famille nombreuse y Laure voyait s'eflfacer les couleurs rosées de son visage. Pétrarque > dominé par les souvenirs d'une première et magique séduction ^ craignait de s'avouer à lui-même la fuite de tant de charmes. Bien moins encore , il aurait fait cet aveu devant d'autres. Cependant ude occasion se présenta de s'expliquer sur l'existence actueHe ou passée d'une beauté dont il voulait ignorer l^altératioUi

L'abbé de Sades ^ sur la foi de je ne sais qaeBe autorité ( n'en eile aacane qui lui ait fourni le trait suivant) , raconte (l): qu'un grand personnage étant arrivé à Avignon à cette époque , voulut tout aussitôt connaître cette Lauré que y sur la lecture des chants de son poète > il se figurait sans égale y et qu'un Avignonnais l'ayant désignée à l'étranger curieux > celuici s'écria d'un ton dédaigneux : Quoi ! c'est là cette Laure dont on fait tant de bruit par le monde ! celle qui a tourné la tête du po.ète italien I en vérité ^ elle n'en vaut pas la peine l C'était blesser Pétrarque d'une manière cruelle que de supposer son admiration capable d'erreur; Tout palpitant encore de ses souvenirs de l'année 1327 y époque de sa première entrevue avec Laure y dès le lendemain il répondit à l'audacieux étranger:

BbKHET G^h « Ses cheveux dorés flottaient alors au souffle de la » brise qui les bouclait en mille manières. La brillante » étincelle si rare au}ourd'Imi dans ses yeux en jaillis^ » sait au point d'éblouir^

» Sa physionomie annonçait la IsensiMKté. Je ne » saurais dire a présent si je la jugeai véritable* Est- » ce merveille si tout d'abord je m'enflammai > mot » qui avais déjà l'appât de l'amour sur le eeeur 7

u Sa démarche n'était pas d'une mortelle ^ mais >> d'un ange ^ l'accent de sa voix tout céleste.

(i) Mémoires pour la vie de François Pétrarque , tome II , livre III y page 64 ; édition d'Amsterdam M6i,

» Ce fut un esprit venu d'eiphaut y une étoile vivante » gui m'apparut. Et quand cetle beauté ne serait plus » telle aujourd'liui , la flèche partie d*uQ arc même n détendu ne peut guérir une blessure. »

En terminant son petit plaidoyer par cette eompa-^ raison aussi délicate que juste dans l'application ^ Pétrarque avouait que la décadence des charmes de Laure ne lui était que trop connue -, mais pouvait^il cesser de Taimer ? Quelque mobiles q^e soient nos affections dans la vie ^ il est bien rare de voir un homme subs*^ tituer rindifférence à un amour estimable qui domina les premières années de sa jeunesse ^ d'ailleurs Pétrar-^ que ne pouvait songer à Laure sans environner cette pensée des plus doux souvenirs. Le vallon de Yaucluse même où il s'était retiré pour fuir sa rencontre y lui était encore cher. A Laure , il rapportait la gloire de sa renommée littéraire et son triomphe au Capitole.

£raiio i capei d' oro ail' aura sparsi Sohetto 69.

Che *n mille dolcl nodi gli avvolgea •,

E '1 vago lume oltra misura ardea

Di que' begli occbi , ch' or ne son si scarsi ;

E '1 viso di pietosi color farsi , Non so se vero faiso , ipl parea :

lo cLe r esca amorosa al petto avea , Quai maraviglia se di subit' arsi ?

Non era l' andar suo cosa mortale , Ma d' angelica forma ; e le parole Sonavan altro che pur voce umana.

Uno spirto céleste , un vivo sole

Fu quel ch' io vidi : e se non fosse or taie i

Piaga per allentar d' arco non sana.

Gérard , frère de Pétrarque , dont jusqu'à présenÉ nous avons si peu entretenu nos lecteurs ^ s'était aussi épris d'amour pour une dame avignonnaise qui mourut très-jeune. Gérard fut d'abord en proie à la plus amëre douleur -, mais se livrant ensuite à de tristes et salutaires pensées sur la vanité des affections de la terre , il prit subitement le parti de se retirer à la chartreuse de Montrieux , située dans i^n lien désert, au sein des montagnes de la Provepce, pour y expier dans la pénitence et la prière les fautes d'une jeunesse dissolue. Depuis l'époque de sa profession religieuse jusqu'à la fin de ses jours , Gérard fut cité dans le monastère comme un exemple de sainteté.

Au mois de janvier de l'année 13'l3, Pétrarque eut encore l'âme affligée par la perte d'un véritable et illus-: tre ami. Le roi de Naples, Robert, venait de terminer sa carrière à l'âge de soixante-quatre ans. Un courrier expédié par la cour de Naples en apporta la nouvelle a Avignon. Pétrarque en fut accablé y il courut aussi-, tôt s'enfermer à Vaucluse pour y pleurer librement la mort de cet excellent prince dont il avfi^it recherché l'estime , dont les décisions littéraires avaient été des oracles pour tous les savants de l'Europe , et qui avait incliné sa grandeur jusqu'à se lier avec lui d'ami-, tié. Mais peu de jours après , le pape vint le distraira de sa douleur pour l'envoyer à Naples , avec la mission de faire reconnaître par cette cour la suzeraineté du Souverain Pontife sur le royaume. Le cardinal Colonne avait dirigé sur Pétrarque le clioix de Clément VI pour cett.e ambassade , dans le but d'obtenir par Fé-r

loqueticé et rhabilété d'un pareil négociateur y la liberté de quelques Napolitains ses amis condamnés à la prison perpétuelle pour un crime dont le cardinal lés Jugeait innocents. Pétrarque en arrivant à Naples vit avec chagrin ce royaiime déjà en proie aux plus funestes intrigues. Une reine de dix-huit ans , mariée au fils du roi de Hongrie qu'elle haïssait^ la fameuse et trop malheureusement célèbre Jeanne ^ petite fille du roi Robert , gouvernait assistée d'un conseil de régence y d^un conseil sans force et sans crédit y et la reine elle-même était gouvernée par trois favoris : utie vieille Catanoise jadis nourrice d'un de ses frères , un jeune homme nommé Robert y fils de la Catanoise , et une jeune fille nommée Sancia , nièce de ce Robert. Jeanne y qui avait l'esprit aimable et cultivé par les lettres , accueillit Pétrarque avec une grâce empressée y Un délirant enthousiasme. La renommée de premier poète du siècle et d'amant si fidèle qui avait précédé Pétrarque , lui rendit très-agréable un tel ambassadeur. Et peut-être faut-il attribuer aux honneurs qu'elle lui rendit , . à la bienveillance qu'elle lui témoigna , la modération avec laquelle s'exprime le poète dans sa correspondance sur le caractère et les mœurs de cette reine. Le poète se borne à lui reprocher une grande faiblesse dans son gouvernement , et quelque penchant à la galanterie y tandis que les historiens de l'époque sont bien autrement sévères pour la reine Jeanne j ils nous la peignent .comme une femme de mœurs excessivement dissolues , et. coupable de plusieurs crimes. Après avoir essuyé

toutes les lenteurs qu'apportent les gouveniements fai-' blés dans Texpédition des affaires , Pétrarque a?ait enfin obtenu la liberté des amis du cardinal Colonae. Les loisirs bien longs que lui laissait un conseil de régence sans action ^ il les avait employés à visiter encore tous les lieux , tous les monuments qui intéressent un érudit dans les environs de Napies. Nespé-* rant point réussir à faire reconnaître les droits du Souverain Pontife sur cette couronne ^ il se remit en route pour Avignon , en se dirigeant vers Parme. Il trouva toute cette partie de lllulie désolée par la guerre civile j les habitants frappés de stupeur en présence des troupes allemandes qu'avaient laissées dans le pays Tempereur de Bavière , Louis , et Jean , roi de Bohême, et ces étrangers, enhardis par la consternation que leurs armes avaient répandue , réduisant par un pillage journalier les populations à la misère* Un chef de compagnie nommé Warner exigeait de la plupart des villes d'énormes contributions , pour le prix de la faveur qu'il leur promettait d'éloigner son armée de leurs' murs* Témoin désespéré des souffrances de sa patrie , Pétrarque écrivit alors sa belle élégie Iialia, mta , dont l'éloquence toute patriotique devait dans sa pensée tempérer l'ardeur cruelle des chefs de parti à se détruire les uns les autres , et par suite , rendre ^ citoyens paisibles victimes de leurs divisions.

CAvion i6. « O ma chère Italie (s'écriait Pétrarque) , bien que » la psurole soit impuissante à cicatriser les plaies qui » te déchirent , je veux an moins que mes soupirs ^ s#ient tels que doivent les attendre l'Arno , le Ti-

» bre, et le Pô, qui me voit en deuil pleurer sur âoil » rivage.

» Roi des cîeux, daigne aujourd'hui , touché de la » même compassiou qui jadis te fit descendre au » milieu de ton peuple , incliner tes regards sur une » contrée qui t'est chère. Vois combien ils dont frî- » voles les motifs d'une guerre cruelle ! et pour » amollir les cœurs impitoyables que ses horreurs » ont endurcis , permets , ô Dieu , que ta vérité , tout » indigne que je suis de l'annoncer , s'entende aujour- » d'hui par ma bouche.

» Vous ^ à qui le ciel a confié le gouvernement de

» nos provinces ^ et qui semblez ne pas vous affliger

» de leurs désastres ,' pourquoi (vous demanderai-je)

» pourquoi dans nos champs fertiles tant d'armées

» étrangères ? . . . Pourquoi nos vertes prairies se rpu-

» gissent-elles d'un sang barbare ? La plus funeste

» erreur vous abuse , si vous cherchez le dévoue-

» ment dans les cœurs mercenaires : j'ose vous dire

» que celui d'entre vous qui s'entoure du plu^^ grand

» nombre de pareils soldats ^ est environné d'un plus

» grand nombre d'ennemis. Hordes sauvages rassem-'

» blées dans les déserts et poussées comme les flots

» d'un déluge pour dévaster nos terres fécondes , si

» la patrie eUe-méme vous a appelés ^ comment échap-'

» per à vos violences !

» La nature avait favorisé notre Italie en jettant les » Alpes comme une barrière entre elle et la fiirear

» germaine. Mais ra?eugle ambition an préjudice dé » ses intérêts mêmes , à force de s'agiter , a coii- » vert d'une lèpre horrible un corps sain et robuste. i> Les douces brebis gémissent parquées dans la » même enceinte avec les bêtes fauves ^ et pour notre » plus grande honte , ces calamités nous viennent » d'un peuple féroce que dans nos annales on voit » tomber sous Tépée de Marins ^ d'un peuple qui n'a » pu oublier sa défaite -, les fleuves qui étanchent sa » soif sont encore teints de sang.

» Je veux taire César qui , chez eux , porta aussi » nos armes y et du sang germain féconda leurs prai- » ries, il semble qu'aujourd'hui , et , j'en ignore la » cause , le ciel nous tienne en haine. Princes , vous , » à qui le pouvoir suprême fut délégué , croyez que » vos rivalités et vos divisions dévastent la plus belle » contrée de la terre. Pour quelle faute commise , par » quelle sentence , par quelle destinée , voyons-nous le » pauvre persécuté , le riche ruiné dans sa fortune , les » armées étrangères attirées dans nos provinces pour » verser notre sang et vendre à prix d'argent les ci- » toyens ? Ni la haine , ni le mépris ne me dictent un » pareil langage 5 c'est la vérité seule qui s'échappe de » ma bouche. Quoi ! vous ne connaissez pas^ encore le >> traître Bavarois , qui d'un geste ordonne la mort ? » et l'humiliation n'est-eÙe pas encore pire que le » supplice ? Mais , je le vois bien , votre sang serait » plus prompt à couler , que votre colère à s'indigner. » Depuis la naissance du jour jusqu'à son déclin ^

» Tamour de vous-mêmes est votre unique pensée,

» Ah ! vous verrez si Tétranger tient en estime Hiomme

» qui ne sait que s'avilir. Généreux latin, rejette au loin

» cette oppression injurieuse , et du soldat étranger ne

», te fais pas une idole. Sa prétention de supériorité

» sur nous n'est pas un instinct naturel ^ il ta proclame

» par notre faute.

» N'est-ce pas ici la première terre que mes pieds » ont foulée , le berceau où mon enfance fut si dou- » cément allaitée^ la patrie qui m'inspire la conQance^ j> mère pieuse dont le sol couvre les restes de mes » aïeux? Ah! puisse ma parole émouvoir vos cœurs! » jettez un regard de compassion sur ce peuple en » larmes qui, après Dieu, n'attend que de vous seuls » le repos. Osez seulement témoigner que ses mal- » heurs vous affligent, et bientôt l'humble vertu se )> lèvera tout armée contre la superbe violence , et la » lutte ne sera pas longue. Elle vit encore l'antique » valeur de l'Italie !

« Princes , considérez combien le vol du temps est » rapide ! combien la mort presse la vie fuyant devant » elle! Vous habitez aujourd'hui la terre , mais songez » au départ , à ce chemin périlleux que doit parcourir » l'âme , seule et toute nue. Déposez donc ici-bas tous » vos ressentiments, toutes vos haines, tempêtes » exclues du paisible séjour des cieux. Employez ce » temps que vous consumez pour le malheur des hom- ^ mes , à des actes dignes de votre bras o\\ de votre

» génie , à des bienfaits qui méritent nos louanges^ » Voilà ^ princes, les vraies jouissances de la terre M qui ?ous ouvriront la route des cieux. »

C4KX01IS i6. Italia mia , benebè '1 parlar sia indarno

Aile piaghe inortali

Gbe nei bel corpo tuo si spesse veggio , Piacemi almen cbe i miei sospir sien quali Spera '1 Tevero e TArno , E '1 Po dove dûglioso e grave or seggio, Rettor del ciel , io cbeggio Che la pieia cbe ti coadusse ia terra , .

Ti volga al tuo diletto almo paese.

Vedi , Signor cortese , Di cbe lievi cagion cbe crudel guerra \ £ i cor cb' iodura e serra Marte superbo e fero , Apri tu , Padre , e 'ntenerisci e snoda :

Ivi fa cbe '1 tuo vero ( Quai io mi sia ) per la mia lingua s' oda.

Yoi , cui fortuna ba posto in mano il f reao

De le belle contrade

Dicbe nulla pietà par cbe vi stringa ,

Cbe faa qui taqte pellegriae spade ?

Percbè '1 verde lerreno

Del barba rico sangue si dipinga ?

Va no error vi lusioga :

Poco vedete , e parvi veder molto :

Cbe^n cor vénale amor cercate o fede.

Quai più gente possède ,

Colui è più da*^ suoi nemici avvolto.

O diluvio raccolto

"t)i (Aie deserli strani

Per inonJare i nostri dolci campi !

Se dallé proprie mani

Quésto n' avven,'oT clii fia clie ne scampi?

Ben provide nàlùra al ùostro stato ,

Quaado delP alpi scbermo

Pose fra noi e la tedesca rabbia :

Ma '1 désir cieco e 'ncontra '1 sud beo fermo

S' e poi tanto inge^aato ,

'€h' al corpo saao lia prôcurato scabbia.

Dr deàtro ad una gabbia

Fere selvagge e mansuete gregge

S^annidan si , cbe sempre il miglior geme :

Ëd è questo del semé ,

Per più dolor , del popol seaza légge ,

Âl quai , corne si legge ,

Mario aperse si il fiaiico ,

Clie mempria deir opra anco non langue ;

Quando assetato e stanco

Non più bevve del ûume aôqua cbe sangué^

Cesare tatcio , clie per ogni pi^gia

Fece l'erbe sanguigne

Di lor vene , ove '1 nostro ferrd mise.

Or par , non so per che stelle maligne ,

Cbe '1 cielo in odio n' aggia.

Vostra taercè , cui tanto commise ,

Vostre vogJie divise

Guastan del mondo la più bella parte.

Quai colpa , quai giudizio , a quai destino

Fastidire il vicino

Povero ; e le fortune afflitte e sparte .

Perseguire 5 e 'n disparte

Cercar gente , e gradire

èàe sparga 1 sangue e venda Valmà a prezzo i

lo parlo per ver dire ,

Non per odio d'altrui , ne per disprezzo.

Ne v'accorgete âncor per tante prove

i)el bavarico inganno ,

Ch' alzando 4 dito con la morte scherza.

Peggio è lo strazio, al inio parer ché '1 danno/

Ma '1 vostro sangue pîové

Pià largamente , ch' àRr' ira vi sferza.

Dalla mattinâ a terza

Di voi pensate , e vederete dôme

Tien caro altfui chi tien se cosl vile.

Laf in sangue gentile

Sgombra da te queste dannose somé :

Non far idolo un nome

Vano senza soggetto :

Che '1 furor di lassù, gente ritrosa

Vincerne d* intelletto ,

Peecato ë nostro , e non nalural cosa.

Non è questo il terren ch' i' toccai pria ?

Non è quesfo 'I mio nido

Ove Dudrito fui si dolcemente?

Non èquesta la patrîa in ch' io mi ûâo,

Madré benignà e pia ,

Che copre 1* uno e t'altro mio parente 7

Per Dio , questo la mente

Talor vi mova; econ pietà guardate

Le lagrime del popol dolorosô ,

Che sol da voi riposo

Dopo Dio spera ; e pur che voi mostriaf c

S^no alcun di pietate ,

Yirtù coatra farore

Prenderà l'arme , e fia 1 combatter corto ;

Ç^e raaiicQ. valore

THegV Italie! cor nop ëaiiicor morto.

Signor , mirate come 4: tempo vola

E si come la vita

Fugge , e la morte n' ë sovra le spalle

Yoi siete or qui ;. pensa te alla^ partita ^

Che r aima ignuda e sola

Gonven ch' arrive a quel dubbioso calle^

Al passar (|uesta valle

Piacciavi porre giù Todio e lo sdegno ,

Veati contrari alla vlta sereoa :

E quel cbe 'n alirul peaa

Tempo si spende , in qualcbe alto pi à degne,

di mano o d^ ingegoo ,

lo qualcbe bella Iod& ^

(i^ qualcbe onesto studio si couverte :

Cos\ quaggiil s^ gode »

$ la strada del qlel si, trov?, aperta«

Le poète ne vit point se réaliser le bien quH: atten^ * dait de son éloquente admonition aox princes dltalte. Fatigué d'être témoin de cell« guerre opiniâtre , révol-. tante par ses exoës , il voulut poursuivre sa route jusqu'à Avignon. De nombreux obstacles s'opposaient à sa sortie de Parme qui était assiégée ; Pétrarque les sur-^ monta tous , non sfin& courir de grands dangers , et arriva à Avignon après trois semaines d'une route difGcile. Laure était absente; il courut à Vauchisc dont la soUtude ne cessait pas de lui plaire. Cependant il y regretta la société de son ami Philippe de Cabas-^

sole qui l'avait l'emplacé dans l'ambassade de Naples, Pétrarque j^ au bout d'uQ mois ^ revint à Avignon ; mais , soit que le séjour de cette ville que jamais it n'avait aimée ^ lui semblât moins supportable que de coutume -, sQit , comme il le fait lui-même pres<senUr ^ qye le cardinal Cologne lui marquât moins d'égards , lui té-^ moignàt moins d'amitié , il prilsubièén^ot la résolution d'abandonner poi^r toujours le Comtat ^ et d'aller s'é-. tablir en Italie ^ sa patrie y qui ^ malgré ses injustices envers sa famille et lui-même ^ n'avait cessé de lui être chère. Une visite d'adieux qu'il fit au cardinal , loin de provoquer des épancbements réciproques de ten-. dresse ^ n'amena qu'un échange de propos froids et arides aji moment de leur s<^paration]

Pétrarque se mit en route pour se rendre à Vérone auprès d'Azon de Corrège qui Tavait pressé de venir vivre avec lui ; mais Pétrarque semblait craindre par dessus tot^t une vie stalionnaire. S'il avait accepté avec joie l'offre du seigneur de Corrège , nous aUons le voir iT^gagner Avignon avec le même empressen^ent^

A peine eut-il passé quelques mois chez le seigaeiu^ Azon à Vérone , qu'une lettre d'un de ses amis l'ayaie^ pressé de revenir h Avignoqoù tantdeper«oRnetsre-r grettaient son absence , Pétrarqu^e se hâjta de rentrer dans cette viUe à qui i^ avait cru faire un dernier adieu. |1 quitta Vérone h la fin de novembre de l'année 1^45 ^et le 19 décembre il se trouvait h Avignon où le pape et sa coui' VaccuoiHirent avec des témoignages d'une |oie empressée qui le surprirent l):eaueoup. Sans être ^o,i\t-ànfait insouciant de gloire huniaine , Pétrarq^ se

montra néâfliiioîtis conslaDt dans son syâiëaie diodes pendance $ ii refusa , malgré les sojDKcitaUoos réitérées de toi£S ses amis ^la charge de secrétaire apostoticfue ^ alors yacantô , que le pape lui ofiVait.

Après son refusiy ii alla passer le earéme de Tannée lf346 à Vaucluse , où Faml de son cœur lui nrnoqoait eneore, L'ëvéqne de Cavaillon Venait de retourner h Naptes après Tavoir subitement ijulUée , saisi d'horreur par Texécntion d'un crime dont il fut presque le témoin: Tassassinat du jeune André , prince de Hongrie , époux de la reine Jeanne y qui fut yiolemment soupçon-* liée de complicité avec les meurtriers du prince.

Après quelques mois d'un second séjour à Naples , Philippe de Gabassole revint à Vaucluse , a la grande sàtîsfactiou de Pétrarque, Les deux amis passaient en-* semble les plus aimables journées. Le prélat descendait souvent de son château construit sur la montagne ,.jus*^ qu% Thumble maison de Pétrarque bàtle au bord de la S^rgue, Non-seulement il se plaisait dans lès entretiens du poète , mais il goûtait fort ses écrits. On raconte que Tévéque ayant un jour demandé à Pétrarque quelques livres à {ire , et celui-ci ayant porté la main dans les rayons de sa bibliothèque pour en choisir : je ne veui? pas de ces auteurs ^ lui dit Tévéque , donnez'tmoi plutôt unde vos ouvrages, Ce fut dans cette année 1546 que Pétrarque écrivit le plus grand nombre de ses vers à' la louange de Laure , qu'il composa le traité de Olia religio&o pour l'offrir aux chartreux de Montrieux chez^ qui s'étaitretiré son frère Gérard. Il alla visiter ce frère cette même année 13^16, Tous les deux s'abandonnèrent

eut transports de la plasyive tendresse, Pétrarque n* put retenir ses larmes en voyant pe frère qu'il aimait ,^ dont la vie avait été plus orageuse que la sienne ^ lui prén senter un si bel exemple de force et de vertu. Il félicita sincèrement Gérard sur le parti qu'il avait embrassé , «ans trouver en lui-même la résolution de limiter. Le& Pères chartreux avaient accueilli Pétrarque avec l'enta, pressement et l'admiration que devait leur inspirer ua homme aussi célèbre. Ils l'invitèrent plusieurs fois à leur prononcer un discours sur les devoirs de l'état monastiqne.MaisPétrarque refusa constamment de les satisfaire ^^ soit qu'il ne se sentit point assez préparé pour parler dignement à ces solitaires , soit que j tenant encore luimême aux chaînes du monde ^il lui parut peu convenable de tracer un plan de perfection , à des hommes qui avaient échangé toutes les joies de la terre contre les tourments de la pénitence. Après avoir dit à son frère un adiei:^ qu'il considéra comme le dejnier , Pétrarque revint K Avignon j et là ^ comme à Vaucluse , il partageait soa temps entre l'étude de l'antiquité çt ses chants poéti-? ques , lorsqu'une révolution soudaine et prodigieuse ^^ opérée à Rome par le célèbre Nicolas Rienzo , vint réveiller dans son cmur des sentiments patriotiquesi depuis long- temps presque assoupis , et ressusciter sou. espérance que les jours de l'ancienne conquérante des, nations pouvaient renaître. Cette révolution fut trop célèbre , son chef lui-même eut une liaison trop intime , une correspondance trop suivie avec Pétrarque , pour que nous ne tracions pas ici un rapide tableau de ces. événements.

Rome depuis loDg-temps gémissait soas le joug cruel de seigoeurs puissants qui , au mépris de toutes les lois , de tous les droits de l'humanité , opprimaient le peuple par des violeqces de toute espèce. Le pillage , le viol , le meurtre ne Icuc semblaient plus des crimes aussitôt que l'avarice ou une débauche effrénée leur inspiraient le désir de les commettre. Pour la répression de ces brigandages , lltalie n'arait que des troupes mercenaires venues du nord ^ et cette armée sans d\s^ cipline , corrompue , était plus prompte ti se rendre uoiliaire de jureils désordres , qu'il les punir.

loi tlienzo y que le pape avait noBimé notaire apostoli'' lique y mûrissait le projet d'aflranebir sa patrie souffrante et avilie. Les entretiens que pendant son ambassade à la cour d'Avignon ; il avait eus avec Pétrarque sur les malheurs de sa patrie ^ revenaient sans cesse à sa pensée y pour Fexciter à l'entreprise de ramener les beaux jours de Tant! que Rome. Mais pour cacher soi^ gneusement Tindignation que lui causaient les crimes impunis de ses terribles adversaires y il n'imagina rien de mieux que de la déguiser , cette indignation , non comme le premier Brutus sous la physionomie et le langage de l'aliénation mentale > oiais de la couvrir au contraire d'un voile de légèreté , d'insouciance , de pa* rôles facétieuses qu'il affectait au récit des événements les plus inattendus > quelque désastreux qu'ils fussent* iPar cette adroite dissimulation ^ il persuada aux nom-' breux tyrans de Rome que si jamais leur domination était menacée y ce ne seraient certainement pas les manœuvres d'un homme aussi frivole y et surtout aussi plaisant que Riènaxi y qui leur seraient redoataf^s. Cependant Rienzo ne voulant frapper qu'as eoup fer^^ lible^ mais sèr,> n'oubliait ries pour rév^îUer dans l'espril; du peuple les désirs de vengeance^ il sic^pe»^ dait au^ murs des tableaux ea manière d-embtéoies et d'allégories où Ton voyait représentées lea soèneà cvuel^- Ifis des violences commises sar le peuple. Etlbrscpie des gcojupes. de ce niéme peaple se pressaient autour de ce& images de la douleur publique ^XUenasi > prenanit b g^cole^ £ai^a^ eot^red'éb>i^piiej3test eàtrâsiiies pbmle^ sur les désastres de la paMer ^ et âfir 1^ iiëc66»té db^

loàt endurer sans espérance. Après plusieurs essais de ce genre , Taudacicux conspirateur voyant les Romains partager sa haine contre les tyrans -, assemble sur le mont Âventin les plus exaltés des classes vulgaires ^ et là , dans une harangue toute patriotique ^ il leur peint de couleurs vives et désolantes Tesclavage où les avait réduits leur profonde resignation.il leur montre tous les droits de propriété violés , leurs parents victimes du fier dédain ou de Tavidité des grands personnages , leurs filles devenues la pâture de grossières et atroces amours , le juste salaire de leurs travaux refusé par des nobles que leurs passions ont ruinés , leur asile chaque jour dévasté par le pillage , et Je butin partagé entre les tyrans et leurs satellites. Rienzo conclut à une prompte vengeance -, il en fait éclore le sentiment dans rame de tous ceux qui l'écoutent , il n'a plus qu'à les commander pour avoir des complices.

Le 19 mai , veille de la Pentecôte , Rienzo convoque au château Saint- Ange une assemblée encore plus nombreuse que la première. Par ses ordres , plusieurs messes sont célébrées dans la nuit méme^ Rienzo assiste à toutes , afin de persuader plus sûrement au peuple qu'il n'a pas voulu , sans consulter l'Esprit-Saint , entreprendre une révolution aussi périlleuse.

Au point du jour , Rienzo suivi de cent hommes armés seulement, et de Raymond, évêque d'Orvietto, vicaire du pape , sort du château Saint- Ange. Il a voit choisi cet évêque pour complice de ses actes , afin de conserver sa faveur auprès de Clément VI. L'évêque d'Orvielto , homme faible d'esprit et de caractère, suivait les pas

révolutionnaires de Rienzo sans partager ni ses projeis d'élévation ni ses désirs de vengeance ^ il n^obéissait qu'à la crainte que lui imprimait le conspirateur. Celuici court au Capitole > harangue de nouveau le peuple ^ qui le proclame en tumulte son libérateur. Alors , aidé d*une force populaire plus nombreuse > il se précipite au palais du gouvernement et en expulse les sénateurs. Le vieux Etienne Colonne , qui était absent de Rome depuis quelques jours , s'écrie en apprenant la conspiration : et qu'il fera jeter par les fenêtres du Capitole ce » fou de Rienzo , » et part en toute hâté -, mais , en ar-^ rivant aux portes de Rome ^ il est bientôt convaincu que le fou y est plus puissant que lui-même y il s'enfuit à cheval jusqu'à Palestrine.

Rienzo^ mattre absolu de la ville , fait sonner le tocsin par toutes les cloches ^ afln d'annoncer au loin la grande révolution qu'il venait d'opérer. Il intime à tous les nobles Tordre de quitter Rome ^ s'empare de tous les postes militaires , fait rendre la justice en son nom -, et ^ pour se gdgner par un premier coup d'autorité l'affection du peuple , il fait subir le dernier supplice à des scélérats jusqu'alors épargnés.

Il expédie ensuite des courriers à Avignon ^ porteurs de dépêches signées de lui et de lévêque d'Orvietto pour le pape Clément Vt. Fidèle à soû plan de mettre le vicaire du pape de moitié dans tons ses actes illégaux , Rjenzô avait contraint celui-ci d'écrire au Souverain Pohlife conjointement avec lui , pour demander l'approbation des grands changements que venait d'opérer le peuple romain par la force. Le ton modéré

qui régnait dans les lettres de Rienzo , ses protestations plusieurs fois répétées de son humble obéissance aux volontés du Saint-Siège , adoucirent la colère du pape , près d^éclater à la première annonce de ces nouvelles. D'ailleurs , Clément VI manquant de moyeas pourar-* réter la marche de ce chef populaire ; prit le sage parti d'approuver ce qu'il aurait condamné sans succès. Clément Vl répondit donc à Rienzo qu'il l'invitait a conserver les sentinxeots dont il le voyait animé pour }e maintien de la paix et de l'ordre , et pour la prospérité de TEglise. Enhardi par la bienveillance que lui témoignait le pape , Rienzo convoqua le peuple pour se faire conférer à lui-même et à Tévéque d'Orvietto le titre de Trttiun. L^e peuple assemblé les revêtit l'ua et l'autre j^ et tout d'une voix^ de cette charge et des pouvoirs qui s'y rattachaient. Le choix que faisait Rienzo du titre de Tribun maiûfestait clairement son désir de caresser les opinions républicaines d'uue certaine classe. Pour lui devenir plus agréable encore et par un pioyentoiyours efGcace dans tous les pays du monde , c'est-rà-dire , par l'humiliation de la noblesse ^ Rienzo exigea de tous les nobles le serment de fidélité à sa personne et d'obéissance à son gouvernement qu'il ap* pelait le bon éw.Klienne Colonne le jeune fut le preiuier qui se sonnait à cette formalité avilissante -, et bientôt tous ceux de sa caste ,. découragés depuis la fuite du vieux Colonne , vinrent aussi jurer obéissance à. un chef qu'ils méprisaient. Ce chef croissait tous les jours en faveur populaire y châtiant sans cesse les nobles qui s'étaient rendus coupables d'actes tyranniques envers les faucilles pauvres.

Pétrarque qui y dans la générosité de son àiue , dauâ son amour ardent de la patrie y puisait des motifs pour juger avec faveur la politique d'un homme qu'il avait fait son ami y fut saisi d'un accès d'enthousiasme en ap-r prenant la révolution opérée et l'élévation de Rienzo. Il s'empressa de féliciter le Tribun sur son rapide suc-, ces par d'éloquentes épitres. Cependant y malgré les louanges hyperboliques dont le poète l'accable^ on voit dans les conseils qu'il mêle aux louanges y l'amour de la patrie dominer son cœur plus epcore que l'amitié pour Rienzo, Pétrarque semljle craindre que l'ambition de celui-ci ne flétrisse la prospérité de sa belle entreprise. A peine des bruits défavorables au gouvernement de Rienzo sont arrivés aux oreilles de Pétrarque, qu'aussitôt il écrit au Tribun pour le ramener aux devoirs de citoyen dont il s'est écarté. Et tantôt par la fiction d'une vision nocturne qui lui a révélé les actes tyranniques de Rienzo y et les dangers qui le menacent ^ tantôt parlant sans feinte , Pétrarque pronostique à Rienzo y d'un ton sévère , le sort qui lui est réservé s'il ose imiter les tyrans que son génie et son courage ont renversés.

A la cour d'Avignon y les opinions se partageaient sur la manière dont l'entreprise de Rienzo devait être envisagée : les cardinaux français ne voyaient dans la soustraction de Rome a l'obéissance du Saint-Siège que la diminution du trésor pontifical. Plusieurs des cardinaux italiens applaudissaient au succès de Rienzo , par ce motif que la gloire et la puissance de l'antique Rome , si elles pouvaient renaître , devraient être sans

contredît préférées à une plus grande extension de b^ souveraineté pontificale.

Quelques autres cardinaut leurs compatriotes ap* prouvaient d'une joie secrète , feignant de la blâmer tout haut y une révolution qui bouleversait la métropole de la chrétienté , dans l'espoir que Clément VI profl-r terait de cette terrible leçon pour replacer enfin le le Saint-Siège à Rome.

Pétrarque y en présence des cardinaux assemblés y faisait hardiment Tapologie de Rienzo. En vrai poète qui donne pour des réalités ses rêves sublimes y il osait prédire la renaissance de la grandeur romaine. Cependant f malgré cette folle adoiiratiob de Pétrarque pour le Tribun , malgré les préventions fâcheuses que les ennemis du poète voulaient insinuer au pape contre lui , jamais Clément VI ne détourna de Pétrarque son amitié , et , mieux que tous ses détracteurs , il sut discerner et apprécier ses véritables sentiments.

Le Tribun Rienzo , dont la puissance égalait la tyrannie y commençait à lasser la patience du peuple romain par une fierté dédaigneuse et un luxe désordonné qui rappelaient trop les excès des tyrans qu'il venait d'abattre. Monté sur un char où brillaient l'or et Targent avec profusion , traîné par des chevaux de grand prix , Rienzo parcourait les rues de Rome suivi d'un nombreux cortège. Sa femme , oublieuse de sa première simplicité , éclipsait par la richesse de ses vêlements la toilette des dames romaines les plus distin? guées par leur naissance. Enfin , peu satisfait d'avoir gorgé de richesses jusqu'aux plus vulgaires individus

de sa famille collatérale , Rienzo voulut encore donner deréclat à son propre nom, en y joignant dés titres de noblesse. Il se fit armer chevalier (1) dans l'église de Saint-Jean-de-Latran , avec une pompe et une magnifi-t çence inconnues jusqu'alors , afin d'éblouir les yeux de la piultitude. ]Hoi\ coi^tent d'avoir usurpé ce titre de che-^ valier si peu en haro^onie avec celui ^e Tribun ,, Rienzo voulut encore y ajouter la cérémonie de son couronne^ ment : ces foUes hardiesses qui prenaient leur source 4ans le caractère de Rienzo très-renclin a la forfanterie ^^ rassuraient k Avignon la cour (ki pape plus qu'eUes n'y causaient de l'inquiétude. Dès lors on commença à espérer que le peuple romain , fatigué de l'orgueil et du despotisme du chef de sa création ^ renverserait l>ient&t son idole. Déjà les dépêches du Tribun n'obte^ naient plus à Avignon la o^énie faveur ,^ Un de ses cour-^ riers fut arrêté si^r les bords de la Durance par les troupes du pape qui l'accablèrent d'outrages , le blessèrent pême ^ sans qu'il lui fût permis d'arriver jusqu'à Oé^ pient VI , ni pour remplir le message dont l'avait chargé son maître , ni pour se plaindre de l'injuste affront qu'il venait de recevoir. Rieozp ayant appris l'événement par le retour de son courrier ^ écrivit plusieurs fois au pape pour obtenir réparation de l'outrage , mais toujours ^aqs succèS;^ parce que Rienzo , par une multitude d'actes

Wl^— — ^— ^ . Il I , ■ I I ■ I I I ■ » I ■ ■ ■ ■ I

(4) Ma ]!^iccol6 malgrado volo si rapido et si sublime , e l'ottenuta fama , fiaccatosi sotto il grave peso délia cresciuta autorità^ abbandono se stesso ueisuoiprincipi^ si fece quindi armar cavaliers. . . . BaldeUij page 82.

insensés , avait lui-même fait pâlir les rayons dé sa gloire. D venait d'expulser du gouvernement son inutile collègue Tévêque d'Orvietto* En exposant au Souverain Pontife les motifs qu'il avait eus d'éloigner cet évéque de son conseil y Rienzo , contre son usage y prenait \é ton tant soit peu menaçant. Quelquesjoursaprës^le bruit isë répandit que quelques seigneurs de Rome avaient comploté l'assassinat de Rienzo > et le Tribun y sur le simple avis de la conjuration vraie ou fausse ^ résolut de prévenir ses ennemis. Il invite a dîner , dans son palais y les principaux nobles de Rome ^ les fait tous arrêter au sortir du festin et conduire au Capitolei EtienneGolonne et Jean, son petit-fls> étaient au nombre des prisonniers; Le lendemain , le Tribun convoque au pied du Capitole une assemblée du peuple^ Personne ne met en doute qu'il n'ait le projet de faire exéc^iter les prisonniers en présence de la foule. Mais au grand étonnement de tous y Rienzo y après avoir fait connaître au peuple le crime vrai ou supposé de ces nobles ^ prononce une longue harangue sur l'horreur que doit inspirer un pareil attentat y et conclut en demandant au peuple grâce pour les conspirateurs ^ et le peuplé tout d'une voix accorde leur grâce. B y avait dans cette conduite 9 clémence de la part de Rienzo^ si le complot existait réellement y et dans le cas contraire > beaucoup dTadresse: c'était faire entendre aux accusés que le peu-» pie était le seul et véritable agent du gouvernement ^ et Rienzo son délégué ^ et qu'à l'avenir y les audacieux qui attenteraient à la vie du Tribun ne devaient attendre que du peuple le pardon ou la vengeance. Lepeuple^

romaîn se trouvait en même-temps très-glorifié cîii pouvoir de condamner ou d'ahsoudre que lui conférait Rienzo. Celui-ci fit de nouveau jurer aux seigneurs mis eu liberté qu'ils maintiendraient de^ tout leur pouvoir son gouvernement qu'il appelait le bon état. Mais ces nobles ne se considérèrent point comme liés ni de cœur ni de religion à la cause de Rienzo , après un serment que leur avait arraché la crainte de la mort. Un bien petit nombre y resta fidèle 3 la plupart ne songèrent qu'à se venger. Etienne et Jean Colonne , suivis de leurs amis ^ quittèrent Rome pour se jeter dans le château Marino , s'y fortifier et se préparer à la guerre. Rienzo , forcé par les cris du peuple de marcher contre les insurgés ^ sortit de la ville à la tête d'une armée > livra plusieurs combats aux rebelles de Marino ^ mais jamais avec un succès décisif.LesRomains,fatiguésd*une guerre civile devenue ruineuse par les taxes extraordinaires qu'elle nécessitait , perdaient chaque jour de cette première affection qu'ils avaient portée à Rienzo. Les Colonnes > instruits de ce changementdes esprits^ et de plus , enhardis par les lettres de leurs partisans qui promettaient d'ouvrir les portes de Rome à leur approche , reprennent l'offensive , et arrivent ^us ses murs avec quatre mille six cents hommes d'infanterie et seize cents de cavalerie. Mais la cloche d'allarme que déjà l'on ébranlait au Capitole ^ apprend aux insurgés que leur dessein est découvert , et que tout est préparé pour la défense. Ils trouvent en effet les postes changés et doublés en nombre aux portes de la ville , la population courant armée sur les remparts.

CoDvaiiicus que la retraite est le seul parti qui leur reste à prendre , les iusurgés veulent cependant l'opérer de manière à braver leur ennemi. Ayant partagé leur armée en trois corps ^ le premier et le second défilèrent courageusement sous les yeux de la garnison. Le troisième passait , commandé par le jeune Colonne , lorsque la garde urbaine ouvrit une porte pour fondre sur les derrières de l'armée en retraite. Le jeune Colonne^ malheureusement persuadé que cette porte venait d'être ouverte par ses partisans , lance son cheval au galop dans la ville , se croyant suivi des escadrons qu'il commandait. Nul des siens n'osant imiter son audace , il se trouve seul à la poursuite d'ennemis, qui dans le premier moment fuient devant sa course impétueuse , mais , s'apefcevant bientôt que le jeune Colonne est seul , ils font volte face pour l'arrêter. Le malheureux .chef, instruit trop tard de sa méprise, veutfuir àson tour^ le chemin de la retraite lui est coupé de toutes parts ; il se précipite dans une rue encombrée de masures , où, accablé par le nombre , il tombe percé de plusieurs coups d'épée.

Etienne Colonne soupçonûant le péril qui menaçait Son fils , était accouru pour le défendre ; enveloppé à l'instant même , il "est tué comme lui peu d'heures après. Rienzo , qui apprit tout à la fois et la mort de ces deux guerriers , et la retraite de l'armée rebelle dont il avait craint l'irruption victorieuse , fit éclater partout une joie immodérée. Par ses ordres , tous les temples de Rome retentirent de chants solennels d'actions de grâces. Il courut avec son fils auprès d'une

iis

mare d'eau dans laquelle Etienne Colcynne était tombé en rendaiït le derniefr soapir 3 la mare était encore rongie du sang de ce guerrier. Là , Rienzo ayant rempli le creux de sa niain de cette eau ensangltotée la jetsi sur son fils , en hii disant : « Tu seras le chevalier de la » victoire -, » et pais il commanda à t<nis lés seigneurs qui formaient son cortège de frapper les épaules ^e son fils du plat de leur épée , afin tie rendre complète la soilenuitë de sùù armement : ainsi le caractère primitif de RieoBo *e se dànentait pas. Chez lui la bouffonnerie s'était toujours mêlée à f audace et au courage > et quoique parvenu au faite de la grandeur , il ptéseulait au peiqple romain le spectacle de gravés pasqulnades.

<]!e même peuple les aurait pardonnées à fiiénzo s'il n'eût pÈts été «^édé de sa tyrannie. Déjà il murmurait tout haut , il se trouvai humHié d'obéir à m dief ^orti dé sa classe et souhaitait irràemuiient sa cbirte. Le cohnte de MiaorbifiO; aprës avoir pénétré ces secrètes dtspo^^ sitions des Romains , d^Beure persuadé que le m d'un seul contre la tyrannie suffit pour la renverser ; il se hasarde à monter au Capitole suivi de cinq ceints liommes ans cris de : Mêure ie Tribun /<je cri «est bienldt répété par la foule 5 le Trâmn s'en aHarmè ^ A veut t^iter encore une fois de soulever au son de la «dodhe du Capitole ce même peuple dont la force et Teotbour siasme l'avment revêtu de tant de puissance ^ maislepeU'^ pie , irrité d'avoir cofrrônné son opj^esseur y ^ r^ooit au contraire de sa chute prochaine , et n'a garde de Tenvironner pour le défendre* Rienzo y déconcerté par cet abandon général , ovbUe tout k h fois et son

Htre de souverain qui exclut la faiblesse d'iui.e , et le moyçQ qui ki reste d'éviter ligaominie , en cherchant une mort glorieuse dans un eon^bat inégal. Il hésitait encore sur le parti qu'il avait à prendre^ lorsqu'oQ vient ^ui annoncer la défection de la famille des Ursius, l^ienzo pleure comme ua faible enfant au récit de cette nouvelle , et court làcliement se réfugier au château Saint -Ange , d'où bientôt après il se sauve jusque chez le roi de INapIes pour implorer sa protection, et un asile. Pendant qu'il fuyait , le Sénat de Rome se reconstitue pour juger le Tribun et les actes de sa tyrannie. Le sénat le condamne à être pendu j pour s'être rendu, coupable d'oppression , de concussion et de lUeurtre sur les habitants de Rome, Rienzo fut exécuté en effigie , en face des fenêtres du palais même qu'il avait bal)ité. Aiusi commença et finit; dans \di même aimée , le règne despotique de cet homme ^ prodige d'ambition et d'audace y doué de toute l'habileté , de tQpt le courage qu'il faut pour renverser une tyrannie , mais privé des talents nécessaires au chef qui veut reconstruire après avoir démoli*

L'anii , l'admirateur ,'Ie conseiller mal écouté de Rienzo y avait passé l'automne de cette même année à Vaucluse j, toujours déterminé à quitter Avignon et a se rendre eu Toscane pour y achever sa vie. L'amour de la patrie , les pressantes invitations des seigneurs Lombards qui l'estimaient et le chérissaient ^ tout affermissait Pétrarque dans la résolution de chercher , sous le ciel de lltalie , les charmes d'un esprit tel que le sien : la culture des sciences et l'enthousiasme des

arts. Au-delà des Alpes , tous ses amis se disputaient Thonneur de le posséder : Jacques de Carrare lut offrait un logement à Padoue , Louis de Gonzague voulait l'attirer à Mantoue dont il avait le gouvernement , plusieurs princes aussi briguaient le même avantage. Celui-ci ne savait à qui donner la préférence. U mon^ tra encore , avant de quitter Avignon , un bel exemple de Tindépendance de son caractère et du peu de prise qu'avait Tambition sur son âme : il refusa toutes Les dignités que lui offrait Clément VI.

Parti de Vaucluse le 20 novembre de Tannée 15iï7 , Pétrarque , avant de se mettre en route pour lltalie , voulut revoir encore une fois Laure et lui adresser des adieux qui , à ,son insu , devaient être les derniers. La veille de son départ , il ne put la rencontrer qu'au milieu d'une société nombreuse , et Pétrarque déguisa mal adroitement la pensée douloureuse d'une longue séparation. Pendant un court entretien qu'il eut avec Laure , une sombre tristesse ombragea la physionomie de l'un et de l'autre. Le poète avait les yeux humectés de larmes qu'il s'efiTorçait de retenir ; Laure laissa tomber sur lui un regard qui semblait dire : vous ne me reverrez plus. Cette scène d'adieux ne nous est connue que par un sonnet que mes lecteurs verront bientôt en json lieu. Quoique la passion de Pétrarque neût plus cette énergie des premiers jours qui la virent naître, jamais il ne se séparait de Laure sans éprouver de vives inquiétudes : à chaque voyage , il redoutait un malheur . U n'était pas encore bien éloigné d'Avignon , lorsque la scène des adieux de la veille venant se peindre à son

rmagination , désespéré de fuir celle qui avait porte sur sa nouvelle absence un regard d'inquiétude , épouvanté par de funestes présfigcs ^il écrivit les v^rs suivants sur sesi tablettes :.

« O suave regard ! gracieux tangage ! reviendra-t-il Sokwet aiS^ » le jour où je pourrai vous revoir et vous entendre ? » Blonde chevelure dont Farnour a tressé des liens » pour enchaîner mon cœur , et le mener de la captivité M jusqu'à la mort cruelle !

» Charmant visage qu'un destin ennemi ne m'a fait » connaître que pour éteindre ma joie , et me donne r >^ des larmes en échange ! Piège enchanteur , dé- » licieuse fraude , pourquoi m'offrir un plaisir suivi » de tant de souffrances ?

» Et si y par hasard , il me tombe une faveur décente » de ces beau^ yeux où résident mes pensées et ma » vie, ,

» La fortune , prompte à me persécuter , fait aussi- » tôt marcher des chevaux , des navires , pour m'é-

» loigner , et me ravir le seul bien qui me reste i> encore. »

O dolci sguardi , o parolette accorte , Sonetto ai5.

Or fia mai '1 di ch' io vi riveggia ed oda 7 chiome bionde di che '1 cor m' annoda Amor , e cosl preso il mena a morte -,

bel vise a me date in dura sorte ,

Di ch' la sempre pur pianga , c mai non goda \

lia

O doîce ingattuo ed anaorosa^ fcoda :

Parmi ua placer che sol peaa m'apporte î

E se talor de' begli occbi soavi ,

Ove mia vita e 1 mio pensiero alberga ,

Forse mi vien qualche dolcezza onesta ;

Siibito , acciu cU' ogai mio ben dispergai E m' alloals^ae , or fa^ cavaHi or navi .

For^una , ch' al mia mal sempe' è $\ presla.

Pétrarque étaft à Gênes le 25 décembre. Ce fat dai>s eeUe vîHe qq'U eateivfit W^i^er géoéraleçaeut les actes tij^nsés de Riewo et Fexcès die sa tyrannie. Déjà son 9W télius \es lui av^Ot foi* pirçssenUr dans sa coçres^ pwdapce 5 mais la yw publique confirmant le réçH de Lélius ^ Pétrarque commença à se dégoûter de cet homme qu'il avait cru fait pour rendre sa patrie forte et glorieuse , et la délivrer du joug au Ucu de rasservir. Néanmoins l'amitié qu'il portait encore au Tribun lui fil faire une seconde tentative pour le ramener à dçs sen-. timentsplus digues çhi peuple qu'il gouvernatt.Pétrarquft lui écrivit sur \e ton sévère d'un maître qui parle à çpn disciple (1) j mais m tyran qui déjà avait osé bra--

{\) Lelioragguaglio il Petrarca dei cangiaroenti operati dalla fortuna nell' animo del Tribiino ; turbato alla dolente novella rispose vedere ovunque vojgea 1q sguardo, diduolo aspra

cagione e per teatare ogni via di ricondurre il Tribuno

sille republicane virtii , sempre maipiù vantate che pralicatc ,

acremcate lo riprese pçi ça^giati costumi.

Baldelli , page 83.

ver toutes les lois , toutes les censures de ses sujets ^ pouvait-il humilier sa fierté dédaigneuse jusqu'à prêter Toreille aux sages conseils d'un ami et d'un ami homme de lettres ? En vain Pétrarque se mit-^il en frais de maximes philosophiques , de peintures éloquentes du gouvernement paternel et du bonheur qui raccompagne ^ Rienzo n'en continua pas moins lés violences qui devaient bientôt amener sa cibute.

t^étrarque arriva à Parme au commencement de dé-^ ceml)re t ce fut la que des lettres venues de Rome l'instruisirent de la mort cruelle des deux Colonnes. Cette triste nouvelle qu'û arrûrsa de ses larmes fut bientôt après suivie de celle du renversement du Tribun et de sia fuite honteuse. Si Pétrarque ^ dans le premier mo-^ ment ^ en parut affligé , ce ne fut que par égard pour les opinions que dans le principe il avait manifestées sur l'entreprise de Rienzo y et l'heureux présage qu'il en avait conçu. Mais il ne put dissimuler son dépit d'iavoir été ta 'dope 4e l'innbftion et de llijiipoerisie cfadhées ^oas les apparences tle sentimeiils générei». H oublia bieilôt les chagrins 'de ramoor^profrre faunnlM pour déplorer un inatbctair yéritaUe ^ ^ jusqu'à la 4b de &es jdors déiNUla son e&tsdenoèi

La pesté , cfi fléau qui , par la célérité de ses ravages , laisse à peine le temps aux pareats et aux amis de pleurer ses victimes ^ qui souvent frappe les affligés eus-^mémes au milieu des pompes funèbres j s'était déclarée eu Asie dès le mois de janvier 1345 , et de l'Asie avait soufflé son poison sur l'Italie et la FraDce ; s'étendaot toujours vers le nord , au point qu'en l'année 1350 , l'Allemagne et les provinces voisines de cet empire turent envahies. Tous les caractères de cette peste étaient extraordinaires et sa contagion des plus rapides. Les animauxméme, qui , pressés par la faim , portaient les dents sur les vêtements des

pestiférés dont la terre était jonchée ^ à l'instant même îétaient frappés de mort. Il faut lire dans la préface du Décamérôn de Boccace les effets terribles et prodigieux de cette peste de Tannée 13^48 ^ effets dont Boccace lui-même nous assure avoir été le témoin oculaire; Mes lecteurs me permettront de les renvoyer à ce récit de fauteur italien y où les malheurs de tout genre qui affligèrent son pays à cette époque sont décrits dans les plus petits détails et avec^ sa rare éloquence. Nous reviendrons à Pétrarque qui se trouvait à Vérone pendant que la peste désolait Avignon , comme luimême nous rapprend dans la noie écrite de sa main ^ en langue latine y sur la couverture du Virgile qui lui avait appartenu 9 et qui a été conservé dans la bibliothèque Ambroisienne à Milan.

ta population d'Avignon s'était accrue considérable^ •ment dans l'espace d'un demi siècle. La peste la ravagea pendant sept mois en l'année 1348 , et les historiens contemporains du fléau portent à cent vingt miUe le nombre de ses victimes. D est certainement exagéré ; jnais en le réduisant à la moitié de celui que présentent les historiens , ce nombj^e est encore effrayant. Pétrarque en apprenant que la peste avait éclaté à Avignon y cojg^çut tout d'abord les plus vives inquiétudes. Aussitôt la vie de Laure lui parut menacée. Son cœur venait d'être frappé récemment dans une de ses affections. Un jeune italien ^Franceschini degli Albizzi y paré de toutes les vertus et ile toutes les grâces qui embellissent l'adolescence , cher à Pétrarque dont il était parent, arriva \ Avignon pour le visiter , dans les jours où la conta-

gion sévissait avec le plàs de farenr. Le jeuDe degli Albizzi ayant appris de Socrate que le poète était en Italie^ s'y rendait en toute hâte y lorsque le mal subitement le saisit àSavone, où peu d'heures après il expira. Les an-* goisses de Pétrarque augmentèrent encore à la nouvelle de la mort de son jeune ami qui était venà le chercher à Avignon. Chaque jour U interrogeait les étrangers venu» du midi de la France , et rarement ses questions rece*^ vaient des réponses satisfaisantes^ Tout ce que l'on racontait des ravages du fléau contribuait à accroître ses tourments plutôt qu'à les calmer. Ses journées étaient désolées par Tagitation deVincertitude et la prévoyance du malheur y et ses nuits par la vision du malheur méme^ Voici comment il nous parle des agitations de son cœur pendant le sommeil.

SomrET ai3. *^ Absente , eOe avait coutume de consoler mes nuits ^

» en présentant à mes songes sa figure douce et ange-'

» lique 'y maintenant sa vision me contriste et m^épou-

» vante y et je ne puis me dérober ni à la douleur ni

» à la crainte <

» Parce que sans cesse elle se montre à moi avec lé

» sentiment de la pitié et du chagrin imprimé sur ses^ » traits^ etses paroles m'apprennent quemôncœur doit » se désarmer de toute joie et de toute espérance^

» Ne te souvient-il plus ( me dit - elle ) de cette der-? » nière soirée où^ contrainte de m'éloigner Je te laissai » les yeu!( humides ?

» Je ne voulais ni ne pouvais te dire tout alors , mais » aujourd'hui je t'annonce un fait véritable et accompli : »» n'espère plus désormais me rev/)ir sur cette terre»

. Solea lontana in sonno consolarme Sohetto ai»*

Coû quella dolce angelica sua vista M|idonna ror roi spaventa emi contriçta.

JPÏè di duol ne di tema posso aitarme :

Che spesso nel suo volto veder parusse V,era pietà con grave dolor mista , Ëd udir cose onde il cor fede acquista , Che di gioja e di.s^me si disarme.

Non ti sovven di quelP ultima sera , Die' ella , ch' i' lasciai gli occhi tuoi molli ^ £ si^rzata dal tempo me n' andai ?

r non tel potei dire allor , ne volll ; Or tel dîco per^ci)sa esperta e vera :

Non sperar di vedermi in terra m'ai*

Ce songe fut pour Pétrarque comme une révélation du malheur gui l'aurait frappé à Avignon. Le trouble qu'il en ressentit pendant la journée qui suivit cette nuit même se peint dans les vers suivants :

« Horrible et cruelle vision ! serait -il dope vrai Sohnet ai3, » que le seul être qui charme ma vie par le tQurment » on l'espérance ait quitté la terre au milieu de son » voyage ?

» Mais comment; pour m'annoncer celte catastropJie, » ne m'est-il arrivé d'autre messager que la victime?

» Flélas! qu'ai -je dit? Non, non, ia nature entière^ » Dieu lui-même ne pourraient y consentir.

V Je me plais à croire encore à Texistence de cette » tète cl^armante qui honore mon siècle et soutient » ma vie.

» Mais si , pour remonter, aux deux , cçtte âme pure

» avait brisé ses liens terrestres ! ab ! dès lors je

» souhaite que mon dernier jour ne se fasse plus at- » ten<|re. »,

^çsMTTo 21 3. misera ed orribil visione !

È duoque verch' innanzi tempo speata Sia r aima luce , che suol far contenta Mia vita in' pêne ed in speranze bone ?

^a com' è, che si. grand romor non sene Per altri messi , o per lei ste^ il senta ?

Or gîà Dio e Natura nol consenta , £ falsa sia mia trista opiaione.

A me pur giova di sperare ancora

La dolce vista del bel viso adorn«» ,

Che me mantene y e 'l secol nostro onora^

Se per salir alP eterno soggiorno Uscita è pur del beir aibergo fora ; Prego , non tardi il mio ultimo giorno.

Le pressentiment de Pétrarque n'avait été que trop inalheureusement vérifié. Quatorze cents personnes à Avignon avaient succombé le premier d'avril parle vemo^

de h contagion ^ lorsque la belle ^ la sublime Laure et% fut atteinte le 3 du même mois de cette année 1348. La mort qui lui apparut dans sa plus affreuse vérité , ne pat l'affliger un instant de ses terreurs. Rassurée contre les écueils du redoutable passage par la paix de sa cons^ cience , Laure^ environnée de tous ses parents et de pki'< sieurs de ses compagnes qui la chérissaient , s'échappa de la vie sans secousse /ne leur laissant que sa dépouiUe insensible et ^es larmes.

Entreprendre de peindre la douleur de Pétrarque lorsque là nouvelle de cette mort vint retentir jusqu'à son cœur , ce serait faire des lient communs sur les douleurs de ce ge^rè décrites de tant de manières depuis qu'elles existent dans le monde. Si l'on vetit con^ naître combien son affliction fut vive , profonde et durable > il'faut lire les poésie^ que lui inspira l'absence éterneljie de cette Laure qu'il àyait a^e pendant vingt années de sa vie. Les Italiens doonekit au^ sonnels fu'* nèbres la préférence sur ceux que le poète écrivit en l'honneur de Lauré vivante , autant pour le charme mélancolique qui s*^ fait partout sentir que pour là richesse et l'élégance de l'expression. Le Français qui lit facilement la poésie italienne porte sur ces vers ins-r pires par la tombe le même jugement que les Italiens. Mais qui pourrait d'ailleurs mettre en question la vivacité et la durée de l'aQUction de Pétrarque ! Lauro fut, il est vrai ; la douloureuse rêverie de sa jeunesse -, mais les souvenirs de ses souffrances étaient devenus les délices de son âge mûr ^ et rien ne charme aussi agréablement la vie moyenne de llfomme ^ que la pré-

sence des objets vivants ou même inanimés y auxquels se rattachent les pensées de son jeune âge.

Laure , qui avait si long-temps occupé celles de Pé-r trarque y se séparait de lui ^ précisément à cette époque où son amour allait devenir la plus douce des affections humaines y une pure et véritable amitié. I^e poète a très bien décrit Tétat de son cœur et la nature de ses sen-> timents pour Laure au moment ou il venait de la perdre pour t^ïujpurs.

SovHET 47. « Toutes mes années pritannières et fleuries se fa-r » naient. Ce feu y qui jadis consuma mon cœur y je le » sentais déjà s'attiédir. Savais atteint le sommet d*où » la vie commence à descendre et puis enfin se j^ré- » cipite,

» Ma charmante ennemie y chaque jour s'enhardisi> sait contre ses premières craintes y elle tournait en » raillerie Vaveu de mes souffrances.

» Je m'approchais de cette époque où l'amour et » la chasteté marchent ensemble y où deux amants assis 9 l'un auprès de l'autre y peuvent impunément se dire » sans étude ce qui vient à la pensée.

» La mort cruelle m'>cnvia cette félicité , et jusqu'à » l'espérance 3 comme un ennemi tout armé , elle se » plaça sur mon passage. »

Soretto 47. Tutta la mia fiorita e verde etade

Passava', e' ntepidir sentia già '1 foco Ch' arse '1 jnjo cor , ed era giunto al loco Ove scende la vita ch' al fia cade :

Già incominciava a prender sicuitade La mia cara nemica a poco a poco De' suoi sospetti , e rivolgeva in gioco Mie pêne acerbe sua dolce onestade :

Presso era ^1 tempo dov' Amor si scontrax Gon Gastitate , ed agli amanti è dato Sedetsi insieme , e dir che lor incontra.

Morte ebbe invidia al mio felice stato , Anzi alla speme ; e feglisi alP incontra A mezza via , corne nemico armato.

I^étrarque ne cessa plus désormais de déplorer cette catastrophe dans toutes les circonstances qui la'Iiii rappelèrent. Dans i?es divers séjour^ à Va ueluse y dans ses voyages ^ aux époques anniversaires de son amour y d h^oublia jamais de payer un tribut à sa juste douleur^ paï* dé poétiques apostrophes y de mélancoliques consolations adressées ^ àon âme exaltée. Ses larmei$^ d'ailleurs y ne coulèrent pas seulement pour Laure ; le fléau dévastateur n'épargna pas non plus seâ amis. Le cardinal Colonne fut une de ses victimes y et cette mort fut encore une plaie pour le cœur de Pétrarqde. On lit dans la correspondance du poète une lettre qull adressa à ses amis d'Avignon y après la fin de la peste y dans laquelle il peint son désespoir de manière à at-^ trister son lecteur même.

Tous les historiens conteniporains du fléau s'accordent à prodiguer les éloges à la charité active , infa-tigable du pape Qément YI y pour arrêter autant qu'il ' était en son pouvoir la marche rapide de la contagion ^

bû pour soulager les infortanés qui en rèc^aîent l'at-^ teinte. On vit ce PonUfe jusqu'alors passionné pour le repos et la vie sensuelle , se montrer sans ménagement ^ sans nul souci du danger pour sa personne , partout où étaient le péril , la désolation ^ la douleur. On le vit augmenter le nombre des hospices pour les malades , consoler au nom d'un Dieu crucifié toutes les soi^rances > encourager par des dons magnifiques les citoyens exempts de la contagion à secourir leurs frères infectés^ faire déblayer les rues encombrées de cadavres; enfin parcourir tous les lieuic où la vie était le plus facilement compromise , sans autres préservatifs que les baumes et le gexu*e de vêtements dont on se eoavr^ dans ces temps désastreux.

Pétrarque génûssait profondément d'avoir perdu aa peu d'années ses i^ais mi^ les plus chers, L'évéqu^e Colonne , le roi Robert de Naples et le cardinal Goloan^» frère de l'évèque. M. Tabhé de Sades , auteur français , qfÀ s'est livré aux plus minutieuses r^^erehes sur les cireonstances de la vie de Pétrarque , prétead que oelui^î y dans sa oerr espoudance j skemb}e in&jiiiuer ipue le cardinal Coloone ne n^urut point frappé 4u fléau qfii régnait alors , mais qu'il succomba à kt violence du chagrin d'avoir vu périr en Qînqan^^ées^ sa mère et six dQ ses frères. Le vieux Eltienne Colonne , confère , âgé de près de cent ans , vivait enc.ore , pareil à ces ormes abtiqués qui ne cessent dé pdusseï^ vers le ciel .de verts rameaux / pendant que h charrie déchire les jeunes r«^toas«orUs d^ leurs radnes. Le vieux Colonne s 'était d^ fUTAnostivié à Itti-méitte oi^tte solitude de ses der*

lùers jours. EDe semblait impossible lorsque plusteurè Quoées auparavant j ce vieux guerrier eu révéla le pres*^ sentimeut à Pétrarque dans une promenade que tous deux ils faisaient ensemble dans les rues de Roipe , au clair de la lune. JPétrarque en écrivant au vieux Colonne une lettre de consolation après la mort du cardinal ^ rappelle au père affligé sa prédiction et en déplore l'accomplissement^

La mort du cardinal Colonne fut un deuil universel jpour réglisC) dont il était le plus vertueux exemple, pour les pauvres qui le nommaient leur père , pour les hom* mes de lettres dont il fut toujours le plus solide , le plus aimable protecteur. Après la mort de cet, homme » Universellement estimé , plusieurs de ses amis , qui l'étaient aussi de Pétrarque y quittèrent Avignon et se dispersèrent. Socrate seul continua à vivre dans cette ville; jes autres ayant tourné leurs regards Vers l'Italie se rendirent a Parme. Pétrarque , empressé de se réunir h des amis que la mor-t avait épargnés , se bâta d'écrire à ceux-ci ^ pour leur proposer de se rendre auprès de lui , et d'achever leurs jours ensemble. Mais quand la lettre de Pétrarque arriva à Parme , ses amis venaient de partir pour Rome , où un jubilé menait d'être publié en cette année 1350. Pétrarque jetant alors un regard en arrière sur sa vie passée , et voulant imprimer une direction toute céleste aux années terrestres qui lui restaient encore ^ pensa qu'il devait se préparer à ce grand changement par des émotions pures et pénitentes. Il résolut donc d^aller à Rome pendant le jubilé , pour y chercher la

torô'é abâ't Ik divine miséricorde , eh t'es téittps èè grâce f revêt lès cœurs t^ônlrits dé leurs 'fautes.

Pétrarque avait à se reprocher d'autres erreurs t(ùe sa pâssiôû pourliaùfe. Entré à Tàgé dèVingt-trôâ liHs f dans Tétat ecclésiastique , engagé dans tés ordres «kcrés f sans àvoit néaun^ôiûs reçu Tordre de ta prêtrise (1) , ïl était sorti de cèlïè sainte carrîète , peu confiant dans la vérité de sa vocation ; et puis , ^entraîné par lès pa^sioiïs de son clDeûr ^ il avait vécu tû coiùÀfiercé âC'afKJia'léiïi âVec àèn'x A:v1gn(ynnaises> 3ont lé nom Àe nous à pbînt été transmis par lésbiô-' graphe^ âe ^Pétrarque. Deux enfants ^un ûls nommée ïeaîi , une fille nommée Françoise , avaient été ïé îrmt de ses liaisons coupables. S pensa que le mo" inent était venu de pleurer amèrement ses fautes , et ii'en obtenir le pardon. Exemple frappant dfu pouvoir surnaturel de la religion sur les âmes 1 Ce ï^élrarque qu'un surcroît de gloire humaine avait rendu éblouissant h son siècle ^ qui ^ de son propre aveu ; avait connu les palpitations enivrantes de Vorgûeil y atlait maintenant ^ confondu dabs la foule obs« cure des pèlerins ^ rentrer ignoré dans cette mêiàé ville , où peu d'années auparavant tant d^applaudisse-* mênts Vavaient salué , où k couronne poétique avait gloriGé son génie. Aujourd'hui , dans la capitale dû christianisme p ce n'étaient plus les bruyantes louanges

mmmmàmm^kmmiatm^m

({) I^oïî sài^endosl peto , th* t^Xi pa^à^é ihâi al grà^b ^ac^td^talè. ( Mx^ATOfii. Pilai tiâl Petracà).

des hoaimes qui attiraient Pétrarquç^ ;^ mats, au qojjk traire Tal^négatioa de ses trio^ipbes, et l'api^robatic^ i^ystérieuse du ç^çi. Il écrivit ^ sop ami QuiUaum.^ de Pastrengo ^ pour lui propojseç le pèlerinage dujiH ]>ilé f de compagnie avec lui. Mais PastrengQ établi a Vérone avec sa famille . tout occupé de soins do^ mestiqQes ji ne put se r^pd^rç aux désirs de Pétrai^qqe; et y celui-ci ^ pour qui \^. société était un besoin de sqn existence ,^ choisit ppur CQjnpagnon de s.Qn voyage^ un vieil abbé de ses amis , respçcta|)le pour son, mérite.

En se rendant à Rome . Pétcarqjae voiolnt passer par Florence^ U se promettait une certaine ionis- Sjs^nce de rçvoir cette patrie si ingrat^ envers sa faqiil^. et^ lui-même ^ et d'y visiter eo. passant qu^H ques-uns de ses amis , entr'autres le célèbre Je^n de Certaldo , plus connu sous le n^oni^ de B.occace/ Ç^?; trarqye Vavait rencontré , jadis àv Naples ^ sjou^ .\ç règne du roi Robert ^ et ces ^eux bopjWj^^, ^'^t^i^ei[t^ tout d>bord s^çti^ 9Atir^s l'cfl vers V^^t^ff >, \ Ça*|s^ ^e plusieurs §inïilit^4çs dpAs Ip^ ça^ls ^t \^^ cirT, çp^taftçesj 4ç la yie <j^ çh^cup,

P^liraJrq^^!Ç çt Bocçacp ayaiept (ij^fljié ^ çft ^^ tqfls. lft% dçux ils avaient été nialbeujrçu^ d.p Iw! aipoui:., JÇ^-^ siojanés pour Tétude ^çs, sciences et 4^â leUr©?? ^ tojijis Ijç^ (jlçij)5 il3 répandaient sur \^\it% écrits les cl?.?;fT çjjç;i d'iifle ^)rillpnte Imagination. l?étra,i:qi|e aprçs a.yçiï; passé quelqye^ j,Qurs ayec spn ami à, Flof epce ,. 1^

ane semaine entière , pour se guérir d*une blessure k la jambe , résultant d'une chute de cheval. Aussi-^ tôt qu'il fut en état de marcher , Pétrarque ^ caché dans la foule des pèlerins ^ alla s'humilier et pleurer ses fautes sur les tombeaux des apôtres. Il convient lui-même , dans sa correspondance , avoir recueilli tant de grâces dans ce jubilé , s'y être revêtu de tant de force contre les penchants de son cœm , que , depuis cette époque , il n*eut plus à gémir sur de honteuses faiblesses.

En quittant Rome , Pétrarque voulut visiter sur sa rou^e la petite ville d'Arezzo , lieu de sa naissance : il semblait que la présence du poète invitât à se montrer au grand jour , les auteurs latins que cachait au monde lettré 1^ poussière de plusieurs siècles. En fouillant dans les archives d'Arezzo , Pétrarque trouva le maqus^ crit de Qnintilien tant soit peu délabré ; mais dans ua état à être lu encore facilement. Toute la population fut en mouvement et en fête pendant le bref séjour que fit PéL^arqué à Arezzo : les habitants, glorieux de citer comme leur compatriote le poète le plus illustre Cvt monde civilisé, environnaient Pétrarque et le suivaient en foule dans ses courses aux champs ^ ou dans la ville. Lejour qu'il avait fixé pour son départ, les principaux eitoyens du pays montèrent à cheval , et se présentèrent à lui pour escorter sa voiture ^ et^ pour le sur-^ prendre d'une manière agréable et tout à la fois ûatten^e , ils firent passer le cortège devant la maison où Pétrarque avait vu le jour, n'oubliant pas de.faire re-* )Ra>*^uer k celui-ci , que Tarchitectiire ancienne de la

ISS

maison ayait été conservée ; en ajoutant que son pro-» priétaire actuel ayant voulu faire quelques changements à la façade , une violente opposition du conseil de ville l'avait forcé d^abandonner ce projet (1). Pétrarque parvenu à la vieillesse se rappelait encore avec délices la réception que lui avaient faite ses concitoyens d'Arezzo. Il s'en glorifie dans une lettre à un de ses amis que Ton peut lire dans sa correspondance. Qui croirait que Pétrarque en quittant la ville où il avait vu le jour ^ fut dévoré du désir de retourner dans la solitude dont il avait fait sa seconde patrie ! Il lui sembla que le vallon de Vaucluse , tout empreint des souvenirs de sa jeunesse ^ serait un baume pour les plaies de son ame. Il jugea prudent néanmoins d'ajourner son voyage après l'iiiver , et d«î passer la froide saison àPadoue. Ce fut pendant Tbiver de cette année 1351 qu'il employa ses loisirs à faire une revue sévère de tous les écrits sortis de sa plume : plusieurs , éclos de son imagination encore trop jeune , avaient trop peu respecté les mœurs -, d'autres , exempts de boutades licencieuses , avaient été dictées par un goût moins délicat que celui dont l'âge mûr révèle la science. L'auteur se jugea avec toute la rigueur dont il se fût armé s'il avait dû prononcer sur les composi-

(4) Ai suo ritorao da Roma , passando in Arezzo^ accolto dai magistrati con pompa , gli fu mostrata Pumile casetta ove nacque , e per publico décrëto conserva ta nel primiero suo stato. Baldelli , page 96,

tloDS de ses amis. B cooserva un certiiip nombre de poésies latines et italiennes , des lettres , et quelques dialogues, et puis il brûls^ impitoyal^lement tout le re3te. On a regretté ces écrits. si^criOés. par Pétrarque non point à cause de leur propre mérite ^ puisque luir même les avait condamnés ^ux flammes , mais pour la connaissance de 'plusieurs faits particuliers à Tayteur et à son siècle ^ qui ont 'échoppé aux plus scrupuleuses ^vestigations des biographes italiens.

Pendant spn séjour a Padoue , Pétrarque allait {ré^ quemipcDt à Venise dont le doge An^dré Dandolp ^ qu\ se livrait avec passion a Tétude des lettres , lui tçipoi-> Çoait Tamitié la plus vive .

Le sénat de cette république Testimait au point de réclamer ses avis dans ses négociations avec les au^ très états de l'Europe. Pendant que le ppëtç se ré* jouissait du crédit que sa science et sa renommée, hijl avaient acquis auprès d'une si puissante répubUqiie ^ sçQ aipi Boccace vint le trouver au printemps de cette inén^e année 1351 . député par la république de f lojçeççe , pour annopcer à Pétrarque la fin de l'exi\ 4ont la (action Gaelj^he avai^ jadis infligé \^ peine \ ^ fan;iiUe. Le gouvernement, (youj^t Boccaoe , réiijb tégrait Pétra^<]^ue d^^ns la possession entière dç se3^ biens confisqués , et de plus le chargeait de présider ^université des sciences et des lettres que l'on venwt de fonder à Florence.

Pétrarque accueillit avec joie et reconnaissance le message des Florentins , qui lui apprenait , et son rappel dans ia patrie ; et L'honorable fonction qu'on

lui biftait f dé présider ^a nouveÛe académie. Là réponse dont il chargea son ami Boccace , respirait Fardent amour de la patrie , que les plus amëres rancunes de Vexil n'avaient pu chasser de soà eœur^ Pétrarque se félicitait ^rlôut glorieusement auprès d^é seà côûlpàtriotes , d'avoir été choisi par eux pour guider et: encourager racadémié nouvelle danà se^ tf'avàti^ , et contribuer ainsi à ranimer à Florèïice le goût des lettrés.

Après une telle réponse , les Florentins attendaient avec là plus vive impatience le jour où l^étrârque enfrerait Àans leur ville. Le poète était le sujet A0 tous lès entretiens y partout on tressait pour lui àes couronnes y le triomphe du Capitole aDait se renouveler j lors^ffùè Pétrarque , doTniné tout-à-coup par ce désir âe locomotion qui lûï était naturel , partit ao mois âô inai pour révenir en France , et revoir sa solitude de Vaucluse. Avant de se mettre en route ^ il avait écrit à Boccace pour le prier d'excuser aupris du gouvernement de Florence « son efaangemenC subit de résolution. Le besoin de repos après tant de «nal?" beurs qui Favaient frappé , disait-il à son umi , la nécessité d'achever dans son désert quelques ouvrages depuis iung*4.eilips iiitétràaipas > l\i^aieM ^t>^8int de pi^ndre ce âerbter "patùi

Le &5 juikl 15H ^ Ptéiritrqm étdft>6tabli dMi sft petite »aisoa k Vadchiw > «près qùatrb ànûëéè a*lil^ sence. Qaelle «pp^si^éii éùttt Ië6 jèut% ^ii% t>^^ actuellement dans cette vallée , et cens qn^il avait H \^ éàmm ààné m jeune àgë \ lÈSXé ô'babitail

plas la terre , celte Laare dont jadis il fuyait Jta présence dans la solitude de ceà rochers , cette Laare ^ dont Fimage se dessinait sous Tombre des arbres , et dans les ondes dé le source ! Accalilé

jf>ar la tristesse que le paysage de ces lieux renouvellait y Pétrarque ne retrouvait plus dans son ame affli'^ gée , Ténergie nécessaire à la composition des ou* vrages qull s'était proposé d'achever à Vaucluse* Portait-il ses pas dans les chemins frais et sombres ^ dont le silence jadis calmait ses douleurs , il ne trouvait plus là que tristesse et amertume. Entendait-il le gazouillement des oiseaux , leur mélodie joyeuse ne faisait plus retentir dans son cœur que Técho du désespoir. Une nuit que penché sur une fenAtre de sa maison ouverte sur la rive gauche de là Sorgue ; Pétrarque écoutait le rossignol soupirer des^chants plaintifs , nussilôt songeant à son malheur , il se dit à lui-même :

SoiwBT 4^ « Ce rossignol qui sans doute gémit sur la perte » de sa jeune famille ou d'une compagne chérie , » fait résonner les cieux et les champs de ses notes » mélancoliques.

» n semble vouloir ^ pendant la nuit , accompagner » mes cris douloureux (le sa mélodie , et me rap-* » peler une séparation cruelle ; un malheur dont je » ne dois ^ hélas ! accuser que moi-même ^ parce que y> j'ai cru la mort impuissante sur la vie d'un ange.

« ' Oh ! qu'il est facile à tromper ThoauBe qui toujours

>x se rassore ! qui jamais eàt peèsé que ces* beaux » yeux s'éteindrai^Dt et obscareiraient la terre !

» Mais y je le vois bien aujourd'hui que ma destioée » est d'apprendre en vivant dans les larmes , €<>m-r » ment toutes choses , ici-bas , n'ont ni véritables dé- ». lices ni longue durée. »

Quel rossignol ebe si soave pîagne Soketto 43.

Forse suoi figli o sua cara consorte , Bi.dolcezze empie il cielo e le eampagoe Con tante note si pietose e scorte ;

E tuta nette par che m'accompagne ^ £ mi rammenti la mia dura sorte :

Cb' altri che me non ho , di cui mi lagne ; Che'n Dee non credev' io régnasse Morte.

O che lieve è ingannaf chi s'assecura !

Que' duo bei lumi assai più che'l sol chiari , Chi pens6 mai veder £ar terra oscura )

Or conosco io , che mia fera ventura Vuol che vivendo e lagrîmando împarî Gome nuUa quaggiii diletta è dura.

Quelques jomrs après - Pétrarque voulut gravir la montagne qui longe la rive gauche de la source < Parvenu sur sa crête ^ il promena ses regard^ abattus sur le vallon où roulent les ondes de la source en cascades , sur la plaine qui s'étend hors de l'enceinte des rochers , et après quelques moments d'une méditation profonde ; il s'écria avec Taccent du désespoir :

la

SomiiT 33. « VaUon paisible dont je trooble le silence par

» mes cris et mes sanglots , SQjirce limpide qui rois

» mes larmes grossir tes ondes , bosquets sauvages p

w oiseaux amoureux , poissons qu'emprisonnent les

» rives escarpées de la Sorgue }

»-Air serein que je brûle de mes soupirs , sentier » jadis si délicieux à mes promenades , aujourd'hui » si plein d'amertume ; colline dont I43 sommet me » charmait autrefois , et qui maintenant me désespë- » res y ou l'amour cependant me traîne encore par » habitude y

» Je retrouve chez vous toutes les formes , toutes » les grâces accoutumées -, chez vous , non plus chez » moi qu'ua deuil éternel désole.

» Hélasld'ici même j'apercevais mon bonheur, et je » viens y revoir la place d'où cette âme chaste s'en- » vola vers les cieux laissant a la terre sa dépouille » charmante » (1).

(1) Ces vers de Pétrarque ont beaucoup favorisé le système de Velutello , commentateur et biographe du poète , qui veut que Laure soit née , qu'elle ait vécu et terminé 8a vie dans les environs de Vaucluse. Il est vrai que si l'on contrarie le système de Vel«tello , il serait bien difficile d'expliquer comment le poète italien aurait pu , du sommet des collines de Vaucluse , voir la rue d'Avignon où Laure , selon d'autres biographes , a fini ses jours. Néanmoins , tant d'aulrès déclarations de Pétrarque même , au sujet da

Yalle che de' lamenti miei se* piena ,, Fiume che spesso del mio pianger cresci , Fere silvestre , vaghi augelli e pesci Che l'una et l'altra vêrde riva , affrena ;

Aria de' mîei sospir caMa e serena > Doice sentier che si amaro riesci , Colle che mi piacesti , or mi riacresci ^ Ov' ancor per usanza Âmoi: mi meoa i

Ben riconosco in voî l'usate forme , Non , lasso ! in me ; che da si lîeta vita Son fatto albergo d'infinita doglia.

Quinci vedea *1 mio bene | c per quest' orme Torno a veder ond' al ciel nuda è gîta , Lasciando in terra la sua bella spoglia.

$<i»trTù z\.

Laure , font présumer la résidence ordinaire de celle-ci k Avignon ; qu'il serait peu logique de mettre en doute des aftirmations clairement énoncées , pour édifier une certitude sur une seule contradiction. On pourrait , ce me semble , concilier toutes les déclarations de Pétrarque par une suppo^îîtion assez vraisemblable : Muratori , comme nous l'avons vu , pense que Laure habitait quelquefois Vaucluse. Répugneraitil aux plus scrupuleux critiques , d'imaginer que Laure et son époux auraient , comme tant d'autres Avignonnais , fui Avignon dans le temps de la peste , que Laure , arrivée à Vaucluse , aurait été saisie par le mal dont à son départ d'Avignon elle portait les germes dans le sein , et qu'elle serait morte à Vaucluse même ?

Dévoré par ce chagrin de toutes les heures , Pétrarque n'oubfiait pourtant pas ses amis. U avait écrit à Tévéque Philippe de Cabassole , qu'il Irait le visiter à Cavaillon , après s*étre délassé des fatigues de son long voyage , après avoir , selon ses expressions , secoué dans les ôûdes àt la Sorgue , la poussière dont il était blanchi (1).

Désireux aussi de se présenter au Pape Clément VI , aux cardinaux qui composaient sa cour , Pétrarque se rendit à Avignon , quil trouva resplendissant de fêtes. Le roi de France , Jean second , Tenait d'y arriver pour remercier le souverafa Ponlîfe d'un éminent service qu'il en avait reçu , voici à quelle occasion :

Humdt^ert , dauphin de Viennois , après avoir cédé en toute propriété sa province à Philippe de Valois , en l'an 1513 , renouvelé même son acte de donation en faveur de Charles, dauphlu de Fram^^iUs du roi Jean , l'an 1349 , semblait se repentir de s'être dé- "potrtlM , d'avoir cédé trop prôiiiptemenl a des inspirations de chagrin ou de générosité. Sans cesse , il gémissait sur cet acte de donation ; et convaincu enfin qu'il pouvait l'annuller d'une manière légale , Humbert^ veuf et privé d'enfants ^ méditait de SDCôudes noces. Le roi de France itiétruit dii projet d'Humbert , s'eu allarme j il écrit aussitôt au Pape Clément VI, pour le prier de détourner flumbert de sa résolution. Le Pape , zélé pour les intérêts du roi de France , trouve le moyen de les servir avec une adresse merveilleuse. Il suggère au

(1) Lettres familières, livre 11 , cpître 10.

priooe Hambert la pensée de se faire conférer les ordres sacrés. Humbert déjà très-pieux , <Vun caractère timide y et peu disposé à la résistance , écoute assez favorabiement la proposition de Ciémeot VI , et deînaiide quelcpies jours pour y réfléchir. Â peine a-t-ii donné son consentement ^ que , sans plus de retard , ie Pape profitant de la solennité de Noël ^ confère au prince le soas-diaconat à la messe de minuit , le dia- -conat à ta messe de Taurore , et Tordre de la prêtrise à la messo du jour. Ce cfaangement d'état détruisit à jamais les prejels de mariage dliumbert ^ et de sa rérocation de Tacte de donation.

C'était dans le seul but [de témoigner an souverain Pontife sa reconnaissance , que le roi Jean s'était rendu à Avignon. Peu de jours après son arrivée , le noionarque était aHé se loger à Villenenve , bourg sépai'é d' Avignon parle Rhône et llie delaBarthelasse; mais , presque tous les jours ^ il revenait à Avignon , afin d'y assister aux £étes brillantes que sa présence jQuIttpHait. Une femme célèbre , Cécile deCommiages, vicontesse de Tnrtnoe > en augmentait l'éclat par sa beauté et les grâces de son esprit. Son crédit sur Tesprildii Pape était imaï!ense , disent les biographes italiens. Ceiç-ci , toujours injustes quand ils ont tracé le portrait des Papes qui siégèrent à Avignon , n'ont pas manqué dlnsinuer que la belle Cécile n'avait acquis de l'ascendant sur Clément VI , qne par des frais de galanterie qui n'auraient trouvé ce Pontife ni sévère , ni même insensible -, mais ; d'autres historiens plus impartiaux ; tout en reprochant à ce Pape des allures

tH2

Irop mondaines , assurent que la licence de ses mœurs uc fut jamais démontrée.

Le roi Jean , qui ne roulait pas demeurer en reste vis-a-Tis des Âvignonnais pour le gracieux accueil et les fêtes qu'il en avait reçus , imagina d^ leur ofirir en retour un spectacle tout français^ et surtout trèsnouveau dans une contrée méridionale : celui d'un tournois avec son magnifique appareil , sa lutte vive et animée. Ce fut dans File de la Barlhelasse que les seigneurs français de la suite du roi Jean rompirent des lances le 27 janvier 1 35 1 . Les dames d'Avignon les plus distinguées , et toute la cour romaine assistèrent au royal tournois.

Bientôt , au mouvement qu^avait excité la présence du roi , succéda une agitation plus curieuse encore , ' occasionnée par l'arrivée de la reine Jeanne de Naples. Après s'être fait une scandaleuse et criminelle célébrité par son excessive galanterie , et la mort violente de son époux , Jeanne sortait alors du château Arnaud^ où les Provençaux long-temps l'avaient retenue captive , afin de rempêclier , disaient-ils , d'échanger la Provence dont elle était souveraine, contre la Normandie où gouvernait le duc Jean. Le Pape ayant été sollicité d'appuyer de son influence une demande de mise en liberté pour la reine de Naples, était parvenu a détruire dans l'esprit des Provençaux l'impression des faux bruits répandus louchant l'échange médité par leur reine. Celle-ci , délivrée par les soins de Clément VI , venait à Avignon pour le remercier du zèle paternel avec lequel il avait embrassé sa défense. Elle fit son entrée

dans cette ville d'Avignon qui loi appartenait , en vcr!«table souveraine. Jeanne traversa les rues à pied sous un dais de drap d'or^ suivie de huit cardinaux, escortée d*un nombreux détachement des troupes du Pape y jas-^ qu'au palais qu'elle devait occuper.

Le Pape reçut la reine en plein consistoire. Après avoir exprimé au souverain Pontife sa vive reconnais-^ sance pour la liberté dont elle lui était redevable , Jeanne ^e bâta de lui parler de son désir de rentrer dans ses états ^ dont on l'avait expulsée après la mort violente de son mari. L'occasion était favorable, disait la jeune reine , pour reconquérir sa capitale. Le roi de Hongrie qui y était accouru pour venger la mort de sou fils , en était sorti lorsque la peste s'y était déclarée ^ et n'avait laissé dans la ville qu'un de ses capitaines ^ le duc de Warner , avec douze cents hommes. Jeanne pensait qu'il serait facile de gagner ce chef à sa cause , on de le réduire. La reine ayant fait conûdencé au Pape de tous ses projets , voulait le mettre de moitié dans ses intérêts , afin d'en obtenir de l'argent et des troupes 'j mais le souverain Pontife lui déclara ^ qu'il n'avait àfui offrir que des vœux pourla réussite de l'entreprise. Jeanne eut alors recours à ce triste expédient des souverains y qui y malgré la ruine de leurs finances^ veulent faire la guerre : l'aliénation de leur territoire. Elle vendit au Pape Clément VI la ville d'Avignon pour le • prix de quatre-vingt mille florins d'or. L'acte de vente fut dressé par le notaire apostolique et la somme payée comptant par le Pape. C'est en vertu de ce titre d'ac* quisitiou que les Papes ont possédé Avignon ^ en

toute propriété , pendant plus de quatre ^ièeles^ c'està-dire , jusqu'au l'I septembre 1791 , qu' Avignon et le Conitut-Véaaissin furent réunis à la France.

A cette somnie de quatre-vingt mille florins d'or , Jeanne ajouta de nombreux emprunts enfouinissant «es diamants etde^ meubles précieux pour garantie de- la dette ) et puis y avec des troupes levées à la hâte , elle s'embarqua à i^larseille , et arriva bientôt à Naptes ^ où elle entra triomphante au milieu d'une foule immense et des cris joyeux excités par l'allégresse unive^seUe ^ mais la joie des Napolitains et de leur reine fat courte.; peu de mois après , reparut sous les murs de INaples le roi de Hongrie à la tète d'une armée nombreuse et menaçante. JeannC; incapable de lui résister^ fut contrainte de se retirer à Gaëte. Le vainqueur rentré à i^aples ne se montrait point satisfait d'an succès aussi facile. Il demandait iHxpérieusement que la reine fut natise en jugement sur le fait du meurtre de son époux André ^ que la voix publique lui imputait. Cléinent YI ne pouvant se refuser aux solUcitaiions pressante!» du roi de Hongrie , cita Jeanne devant un consistoire pour venir répondre à Taccusation portée contre elle. Jeanne revint donc à Avignon et comparut devant les cardinaux assemblés , avec l'air majestueux qiù distingue une souveraine y et la douce fierté qui n'appartient qu'al'inno^ cence accusée. Elle-même voulut se défendre ^ et plaida ( disent ses Ustoriens ) très-éloquemmeat sa cause. Des témoins furent produits par la reine y qui , tocri. en dé^ posant de son aversion iasurmontable pour son jeune époux André , affirmèrent avec serment , que quelques

lierv)lètti^& dé h tetHe /pUfstëlëé pmir lé boMouttié

téiir fiiiattrâsse que pou^ la jtisUee èl 1« droit dds gens y avaient dODné la mort aa prince André de Howgrie , sans que la reine eût connn d'avance . encore irioins approuvé cet horrible attentat. Jeanne fut acquittée d'une voix unanime parles cardinaux ses jiiges, et bientôt la paix fut signée entre la reîhè de Naples et le roi de fiongrîe , et le traité ratifié par tè l*lpè Clément Vi le 14 janvier 1 352.

Pétrarque n'est cité par aucun de ses biogrétpbes pour avoir figuré dans les fôtes brlllantea qa|» âonna la ville ^'Avignon au roi de France. Il est dooc à présumer qu'après avoir rendu ses bomina* ges respectueux au soiiverain Pontife ^ sa tristesse fé ramena à VaUddse , et que > dans oetle rètràke^ il passa plusieurs mois h écrire sed composiiiofis latines Ou des vers en langue vulgaire ^ toujours siir le sojet de réternelle absence de celle (}u*n né celait d*«ifiier» Pend^tnt le mois d^àvrit dontlesixième joUr avaltmarqué dans sa vie deux époques si différentes ; Tune sidélicieuse , Fautre si lugubre , il se promena sur les bords fleuris de la Sorgue , jettant son regard mélancolique sur tous tes bois solitaires ou jadis il se réfugiait ; pour fuir jusqu'au souvenir deLaure. Ses yeux humides de larmes se fixaient sur lés feuilles naissantes des arbres qui l'avaient ombragée dans ses rares visites' àVaucluse. Quelquefois, accablé sôiis le fardeau de ses pensées douloureuses , il s'asseyait sur un rocher, et d'une niain nonchalante , il écrivait tous les sentiment ^oi froissaient soa cœur. H prêtait Unéoreitlé passion^

née au briiit répélé de la chute de Fonde , et sou?èoi il se persuadait aToir distiogaé la voix de Laure m milieu des agitations sonores du paysage :

SoHvxT II. « Si les soupirs des oiseaux ( écrivait Pétrarque ) ; » si le frissonnement de la feuille nouvelle au soufOe )» du tiède zéphyr , et le bruit sourd de Tonde cristal- » Une se font entendre sur une rive fraîche et fleurie y

« Et quCi là même -, sur un siège de verdure f ëcriver, >• tout pensif d*amour ( bientôt je vois , j'entends et « j'écoute celle que le ciel nous montra jadis, celle que s> la terre aujourd'hui nous cache ^ ceHe qui, encore vi- ^ vante ^ de bien loin répcmd à oses plaintes ;

» O Dieu ( me dît-elle ^ en jettant sur moi un regard » de Compassion ) y pourquoi veux-tu avant ton heure > consumer ta vie ? pourquoi ^ de tes yeux ^ laisses-tu » tomber tant de larmes ?

« Ce n'est pas moi que tu dois pleurer , moi à qui » la mort créa des jours sans fin -, moi qui , sur la » terre , ne parus fermer les yeux , que pour les » rouvrir à la clarté éternelle.

Se lamentar augelli , o verdi frondé Mover soavemeBte ail' aura estiva , O roco mormorar di lucid' onde S'ode d'una iiorita e f resca riva ",

Jjk 'v'io s^gia , d'Amor pensoso , e scriva ^ Lei cfae '1 ciel ne roostro , terra n* asconde , Veggio ed odo cd intendo : cb* ancor viva Di si loatano a' sospir ÎDÎei risponde.

Deh percli« iananzi tempo ti consume.

( Mi dke con pietatts ) 7 9 che pur versi pegU occbi tristl ua doloroso fiume ?

Dime non piangertu : ch' e' miei dl fersi Morei^dQ , eterni ; e nell' eterno lume 9 X^uando mostrai di chiuder g\i occbi apersi.

Poursaivi de ses mélancollqaes inasions , Pétrarque croyait Toir le fantôme de Laare se dessiner sur les bords de la Sorgae et s'affiîger de la doqleur qui le tourmentait lui-m^m^.

9 Que de fois dans ma douce retraite, fuyant toute Sounit i3, 9 société des hommes j, et, autant que je le puis , me lè fuyant moi-même , je marche humectant de mes >> pleurs ma poitrine et Vherbe de la prairie ^ rompant » de mes soupirs le silence de Vair qui m'environne \

» Que de fuis , seul „ et craignant encore d'être >» aperçu , je me suis enfoncé dans la nuit épaisse d'une >» forêt j cherchant dans mes souvenirs l'image de k » félicilé que m'a ravi la mort ^ cette mort que j'ap-^ » pelle sans cesse \

» Je l'ai TUS alors , tantôt sons la forme d'une nym<* » phe ou d'une autre divinité qui , s'élançant du fond « limpide de la Sorgue ^ venait doucement s'asseoir sur )à sarife^

9 Tantôt elle oi'est apparue comme une beauté yi* » yante de la terre ; je Tai vue feuler de ses pieds le » gazon et les fleurs ^ et m'exprimer par ses regards > u combien mon affliction la désole*

flQ^ETTro f^. Quant e fi^te al luiq doice ricelto ,

Fuggendo altrui e, $' Qsser puo , me stesso, Vo cogli occbi bagnando V erba e "'1 petto.

J|oinpeoclp çp' sospiv 1! sçve da presse;

Quante. fiate sol , piça di so^petto , Par luoghi oinbrosi e fosclii mi son messo , perça ndo cjI j)ensier 1* alto dtletto Cbe Morte ba tolto , ond' io lachiamo spesso ;

. Qi^ in loripa di lïîofa q d' ^Ura Oim CUe 4^1 piu cbiaro fqpdp diSorg^ Qsçgi ^ E pongasi a seder in &u la riva ;

Or 1 ho veduta su per V erba fresca Galcar i fior coin' una dqnna viva^ Mpitrando ia vista cbe di me le 'ncresca. (4)

(4)Miiçatori, danssesobservaliaiis 6urPéirarqMe,donnede& éloges à ce sonnet pour la marche du siiij^t , la vivaqité de^ images qu'il présente et la richesse de ses rimes. Le commenlaleur italien ^diiîire comment Pétrarque a cxprimq

d'une manière si concise dans un seul versq^e c'^st parce qu(^

la mort lui a ravi Laure, que lui-mêaie appelle la mort san^-

pesse.

i; alto diletto

Cbe Morte ba tolto , ond' io la cbiamo spesso.

Le poêle s'exaltait llmagloalion. aa point de remercier Laure de ce qu'elle lui apparaissait pendant fon sopimeilr

Wf 1 1^ ma p^ 1 ^

« Ame fotTtQaée X k|i dis^a^it-il ) qui sourent reviens }> sar la terre çt consoles mes nuits langoureuses par ?» un de ces regards que la mort , loin de (es éteindre , >> a fait éclater davantage.

>) Coo^bleo je tç rends grâces de ce qqe tu daignçs^ >> par tes fréquentes aj^parjtions » adoucir ramertume >> dç p^on existence ! aussi dans tous ces li^ux que tu ?> parcourus jadis je retrouve tes charmes.

» Partout oii je me promenai si longtemps moi'-

» méme^ ne chantant que to! seule^ je vais aujourd'hui,

» tu le vois , pleuraut ton éternelle absence : que dis-

^ je ! ce n'est pas toi que je pleure^ niais mon nwil- » heur,

» XJn seul bien tfïe rçste avec tant de souSran- >) ces ', c^est qu'à peinç tu reparais je t'entends , je i) te reconnais à ta démarche , à ta voix , à ton visage, ^ AU frôlement de ta robe élégante.

Almafèlicie, rjie.5py«ale torni Sonetto 14.

A consolar 1^ mie oolti doleçiti Cogli occbi tuoi che jV^orte non La speati Ma sovra*l mortal ipodo fatU adorni;

!, QuantQ gradisco cU' i miei tristi giorûi

A ralleçrar di tua vist^ coûseati !

Cosi incomincio a ritrovar preseuLi Le lue bellezze a^ suo' usati soggiorni.

La >e cantando andai di te molt- anni , Or , come vedi , vo di te piangendo ; Di te piaageado no , ma de' miei danni.

Sol un riposo trovo in molti affanni; Cbe quando torni , ti conosco C'^ntendo Air aodar , alla voce, al volto , a' pannit

Ainsi Pétrarque repeignait daps se3 souvenirs le, tableau des jeunes années de sa vie. Les larmes et les soupirs l'avaient suivi dans son premier séjour h Vau-^ cluse : maintenant , en proie à une douleur plus désespérante , le malheureux ne savait la calmer qu'en en rappelant l'origine.

Il n'était pourtant pas tellement subjugué par ses tristes illusions qu'il ne prît une part encore active au^ graves événemepts de son siècle. Pétrarque tout-àcoup sortit de ses rêves , en apprenant au mois de juin de l'année 1352, l'arrivée de Rienzo à Avignon. Cer lui-ci venait d'y entrer captif et enchaîné entre deux archers , suivi d'un petit nombre de soldats , médiocre cortège , pour l'audacieux tribun qui avait gouverné Rome , commandé ses armées et tant de fois s'était promené dans les rues de cette capitale suivi d'une cour nombreuse. Ce singulier entrepreneur de révolutions , d'abord réfugié à ISaples après sa chute 5 retiré ensuite chez les ermites du mont Majello , où pendant toute Tannée 1 5^9 il s'était livré aux prières ferventes , à des pénitences rigoureuses, et puis mêlé à la foule des pèlerins , s'était rendu à Rome pendant le jubilé de 1550, afiectant l'empressement d'une piété vive > maiik

au fonds ne donnant à son pèlerinage d'aiilrc but que celui d'observer Tesprit des Romains^ de s'assurer ^i leurs dispositions lui promettaient une chance de retour au pouVdir suprême y Rienzo enfin qui , pour» se isouslraire aux poursuites du souverain Pontife ^ dont la justice l'accusait d'une tentative d'assassinat sur lé gouverneur de Rome ^ s'était remis entre les mains de ]'ârchevéqué de Prague ^ avait été rendu au pape Clé* inént VI sui^ ses réclamations pressantes. Le prélat^ du consëntéméilt de l'empereur d^Àllemagne, avait mis en rbute Rienio sous bonne escorte. Malgré sa qualité de prisonnier ^ janiâis prince puissant et dans la splen* deur d'un règne illustre ne voyagea d'une manière aussi glorieuse que l'ex^tribun de Rome. Lès populations dé tous les divers pays que traversa Rienzo accouraient en foule ^ avides de jeter un regard sur l'iiomme qui avait conquis et exercé pendant un an la dictature dans la Rome nouvelle.

Dans quelques villes , on avait tenté d'arracher le jprisonnier à ses gardes. Â Avignon , la curiosité publi* que rendit aussi son entrée presque triomphante. Mais Rienzo fut immédiatement renfermé dans une des tours du Palais pontifical ^ le pied attaché par une chaîne , dont le premier anneau était fixé au sommet de la voûte.

Pétrarque commença alors à se repentir de l'admitalion qu'il avait prodiguée au tribun , et surtout de ses efforts pour faire partager à ses contemporains le même enthousiasme. Honteux d'avoir été la dupe de BtenzO; il écrivit une longue apologie ^ où^ se plaignant d*abord de la publicité qu'on avait donnée à ses lettres

louangeuses , il les justifiait par les senèiments géné« reux qu'avait réveillés dans sou âme, le titre de libérateur de la patrie adopté par Rienzo» Pétrarque ajoutait que , détrompé bientôt sur la nature des motifs qui animaient le tribun ^ il lui avait retiré son appui et se3 louanges , et avait enfin abandonné sa cause»

Néanmoins^ tout eh se séparanft désintérêts dé Rienzo , Pétrarque ne poussa pas l'indifTérence jus* qu'au parjure de Famidé qtfll lui avait vouée. Au coar traire 9 son désespoir ne connut plus de bornes lorsque, tout>à-coup, le bruit se répandit que son ami Rienzo allait être prité , devant ses juges , du droit qui appartient à tout accusé , quelqu'obscur , cpielqué criminel qu'il soit : le droit de présenter sa défense.

On ne peut lire sans un vif intérêt la lettre (1) qu'eu cette occa&ion Pétrarque adressa aux Romains pour les presser de réclamer la grâce de leur compatriote f leur ancien maître y ou tout au moins , de solUcifer pour lui la faculté commune à tous les accusés : celle de répondre a raccusation. La cause de Riem^o ( dit Pétrarque ) est celle de tous les Romains ensemble. JR les a affranchis du joug tyrannique sous lequel ils gémissaient. Une fois sou œuvre accomplie , Rienzo ^plutôt que de verser le sang en liittant contre des factions ennemies^ a préféré sacrifier sa prospérité^ sa puissance y au bonheur et au repos de sa patrie. Et c'est ce même homme dont le dévouement va être expié par le supplice !

MkanMi

(4) Efiitro IV , piii'dnl^ \¥^^^% ^He HiM.

Le manifeste de Pétrarque fut accueilli froidomenl à Rome. Tous les partisans d*uae liberté sage se rappelaient avec trop d'amertume que le client du poète ; ce prétendu zélé patriote ; n'avait semblé briser lé sceptre des tyrans que pour opprimer son pays d'un joug plus pesant encore. L'éloquent plaidoyer n'eut pas non plus an grand succès à Avignon , où Facc«sé ne trouva réellement son salut que dans l'indul-^ gence de ses jnges. Prévenu du crime d'bérésie , il se disculpa facileoient de cette imputation. Deux autres griefs embarrassaient plus sérieusement la défense. On accusait Rienzo d'avoir tenté de soustraire Rome h l'autorité du S aint*Siége , et d'avoir déclaré que les droits à l'empire romain résidaient dans les citoyens romains eux-mêmes. Cependant tous ces obstacles à l'acquittement de Rienzo furent levés -, et il fut absous par un motif qui aujourd'hui serait jugé avec raison très-bizarre. Pendant les débats du procès ^ le bruit se répandit que Rienzo était un poète distingué. Cette profe3sion avait alors un caractère sacré qui la rendait au plus haut degré l'objet d uno vénération umverseUe. Les juges de Rienzo auraient craint de se souiller d'un crime en prononçant la peine de mort ; au même d'un châtiment quelconque , contre un homme dont ta vie était merveilleasemeiit emioblie par de subli- Bses inspirations.

Pétrarque , tout en se félicitant de ta sentence d'absolution rendue en faveur de son ami , ne put s'empêcher de s'étonner du motif qui l'avait dictée. Ce motif repose sur un fait entièrement faux 9 dit-il^ dan^

la correspondaQce. Rienzo , selon Pétrarque , qui le connaissait bien > se faisait remarquer comme prosa^ teur élégant et harmonieux -, mais il n'était nullement {)oète (1).

Pétrarque n'avait point én(^ôrë quitté Vauclu^e -, son projet était d'y attendre l'automne pour retourner en Italie. Cependant le Pape Clément VI qui l'aimait ert estimait ses talents ^ voulait le retenir auprès de lui «par l'offred'ane charge qui eût donné au poète une honorable existence. Deux cardinaux partent pour Vaucluse et vont inviter le solitaire à se rendre à lû Cour d'Avignon. Pétrarque tes suit; et en arrivant > ses amis l'instruisent de Tintenlion qu'a manifestée Clé^ ment VI de l'attacher à sa personne en qualité de secrétaire privé. On exige de lui seulement un style |>lus familier que celui dont il revêt d'ordinaire ses compositions. Pétrarqne-, qui jamais n'eût osé refuser l'honneur que lui offrait le souverain Pbntife , osa le dégoûter de ses services^ par un innocent stratagème qui lui réussit. Invité par les cardinaux à traiter en style simple un sujet donné pour les faire juger si son talent d'écrivain se pliait à tous les genres > Pétrarque raconte lui-même qu'il prit à dessein un ton si am^ ' poule , si hyperbolique ,* qu'il fit un choix de mots si peu convenables au sujet proposé , que les cardinaux de Boulogne et de Talleyrand , ceux mêmes qui , de la part de Clément VI étaient aUés le chercher à Vaucluse^

(I) Livre 13 j ëpître 6.

tStJi

hi déclarèrent avec regret qall ne leur semblait nul^» lement propre aux fonctions de secrétaire pontifical.^ Bari d'avoir ainsi échappé an piège doré qu'on lut tendait , préférant aux honneurs et aux richesses ^ la liberté dont itfaisait ses délices , Pétrarque regagna au plus vite sa soUtude- ^ et y retrouva avec joie ce repos qu'il avait failli perdre. H passa à Vaucluse tout le mois d'août de Fannée 1352-^ et Ic^s mois de septembre et d'octobre à Avignon. C'est dans cette mêmeannée , que l'on voit Pétrarque , dans sa correspondance , tout occupé de soins politiques ; mais ^ selon sa coutume ^ toujours pour d'autres intérêts que les siens propres. Une de ses lettres datée du 1«'' novembre 1352^ est adl*essée aux Génois pour les conjurer de faire leur paix avec la république vénitienne. Déjà l'année précédente , il avait supplié le Doge de Venise d'éviter la guerre avec la république de Gênes. Citoyen zélé pour la prospérité de sa patrie , Pétrarque s'afBigeait d'une inifpitié qul^ ne pouvait être que désastreuse aux deux républiques ^ politique profond , il préVoyaifrles malheurs que devaient apporter à sa l'atrie les victoires ou les défaites de l'une ou dé Tautre. Les menaces prophétiques de Pétrarque dédaignées par des esprits animés du feu de la guerre civile y eurent leur accomplissement. Ëe^ 13 février 1352 , une rencontre avait eu lieu dans le détroit- de GallipoU entre les flottes ennemies ; elles s'étaient livré un combat opiniâtre pendant deux jours et deux nuits; les pertes furent immenses et jugées égales de part et d'autre.

Pétrarque quiUa Àvigaon au mois de noveiubre pour revenir à Yaucluse et y faire les préparatifs de soo départ pour Fltalie ^ où décidément il avait résoin de $e fixer et de finir ses jours.

Après avoir visité Tévéque Philippe de Gabassc^e , gui était malade à Gavaillon ^ il revint encore dans sa solitude 9 y passa le reste du mois de novembre et le pois de décembre. Il y apprit la mort du Pape Clér mentYI , et Tannonça aussitôt à son anii. Ce Pqntife , après avoir régné onze anset sis mois ^ était mort le C décembre 1 352 , d'un abcès qui s'était formé dans sa poitrine. Pétrarque , comme tous les Italiens ses compatriotes, ne lui avait point pardonné son opiniâtre^ k maintenir hors de Rome le siège apostolique.

Les bistqriens^impartiaux de son siècle , tout en bl^* Qiantle faste deClément VI, lui reeonnaissentde précieuses qualités : il éta|t , disent-ils , ami de la paix et de la concorde > et animé d'un grand esprit de charité , facile à pardonner les ofienses^ empressé même d'offrir des faveurs à ceux qu'il savait bien ne pas l'épargner dans leurs discours. Il avait terminé des entreprises grandes et difficiles en politique , aidé de son zèle constant à faire triompher la justice ^ et du pouvoir de son éloquence toujours douce 6t persuasive ; il avait chéri les lettres ; et toujours s'était montré leur protecteur.

Teyssier dit : (1) que ce Pontife ce était si naturel- » lement grand et généreux , que même ses ennemis ,

{i) Teyssier. Histoire des souverains Pontifes qui ont siégé ^ans Avignon , page 2 05.

» qui Tavaient persécaté pendant quHl n'était que » simple particulier , lai demandaient avec confiance , » assurés qu'ils étaient d'obtenir ^ qu'il donnait avec » profusion aux pauvres y surtout à ceux qui Tétaient \> devenus après avoir été riches j et à qui la honte >} faisait cacher leur misère. »

Tous les mérites de ce Pape n^'empéchèrent point Pétrarque dans son dernier séjour à Vaucluse ^ d'écrire en vers latins plusieurs églogues satyriqnes contre Clément YI. On les lit dans ses œuvres complètes. Le yoile que le poète a jeté sur l'objet de ses invectives jBst si transparent , qu'il est impossible de s'y méprendre. Aussi voit-on avec peine un poète aussi distingué par la noblesse de ses sentiments que par la sensibilité de son âme , torturer son génie pour lui faire exprimer de pareilles injures. On aime mieux Pétrarque avec ses faiblesses^ Pétrarque avancé dans l'âge mur , et pourtant sans cesse travaillé par le souvenir de son amour , trouvant le moyen de rattacher ce souvenir à la circonstance la plus ordinaire de sa journée. Dans une promenade qu'il faisait à Vaucluse , à l'entrée de la nuit , par un temps brumeux du mois de décembre y Pétrarque entendit le chant mélancolique d'un oiseau prinlannier qui , fuyant l'hiver , allait chercher les températures méridionales.

« Oiseau charmant (lui dit le poète), quivaschan- Sonnet 90 » tant ou pleurant peut-être tes jours passés , qui fuis » devant le froid et la nuit sombre , regrettant le ciel » bleu et les mois de verdure ^

» Si , connaissant tes propres douleurs tu savais. » que j'en éprouve de semblables , tu volerais au sein » d'un infortuné sans consolation , pour partager avec 9 lui les tourments de la vie.

» Je ne sais si nos destinées seraient bien égales , » car la compagne dont tu pleures l'absence respire » peut-être encore , pendant que la mort et le ciel ^ » avares de mon bonheur , m'ont ravi pour toujours la » mienne.

» Mais l'ingrate saison ^ l'heure triste du soir , les » souvenirs de joie et de deuil de mes années , m'in* » vitenty pour m'entretenir avec toi , h t'arréter sur » ton passage. »

SoHSTTo 90. Vago augelleto che canta ndo vai ,

Ovver piangendo il tuo tempo passato , Vedendoti la notte e 'l verno a lato , E 1 di dopo le spalle , e i mesi gai ;

Se corne i tuoi gravosi affanni sai , Gosl sapessi il mio simile stato , Verresti in grembo a questo sconsolato A partir seco i dolorosi guai.

r non so se le parti sarian pari :

Che quella cui tu piangi , e forse in vita ;

Di che a me Morte e U ciel son tanto avari :

Ma la stagione e 1' ora men gradita , Col membrar de' dolci anni e degli amari , A parla r teco con pietà m' invita.

Pendant que le poète à Vaucluse cherchait dans tous les objets muets ou sensibles un aliment k sa douleur ^ les cardinaux à Avignon , réunis en conclave,^ s'occupaient d'élire un successeur à Qément \1. Tous unanimes dans le dessein d'opérer une réforme dans la Cour romaine y avaient d'abord jeté les yeux sur Jean Birel > général des Chartreux y qui , par sa haute piété , ses mœurs rigides , un entier détachement des biens de la terre y garantissait le succès de la réforme méditée^ Mais y après de mûres réflexions y les cardinaux redoutèrent chez Jean Birel y précisément cette rare austérité de mœurs qui lès avait séduits. Us hésitaient pourtant encore entre C€(lui-ci et d'autres prétendants , lorsque le bruit courut que le roi de France Jean se rendait à Avignon pour diriger y par son influence , l'élection nouvelle. Craignant alors d'avoir un Pape tout dévoué au roi de France , les tnembres du con* clave se hâtèrent de porter leurs Voix en grande majorité sur Etienne Alberti , cardinal d'Ostie , qui prit \ son exaltation le nom d'Innocent VI. Sa famille était sans titres y sans illustration ^ mais ses mœurs étaient pures y et sa vie sainte. Pétrarque fut le seul à désapprouver cette élection , parce qulnnocent étant Limousin y il le voyait déjà comme ses prédécesseurs maintenir k Avignon le Siège apostolique. Cependant , invité par plusieurs cardinaux de ses amis a se faire présenter au nouveau Pape ,' il quitta y aucluse le 3 janvier , tint passer à Avignon vingt-quatre heures et regagna sa retraite. Depuis , ni les instances de ses amis y ni l'appât d'une fortune presque certaine qu^en lui faisait

entrevoir , ni les considérations de bienséance sô^ ciale ; des devoirs de Finférieur envers un chef supréme , ne purent le déterminer à sacrifier son indé^ pendance aux honneurs qu'on lui destinait.

Il semblait , cette fois ^ résolu de finir ses jours à Vaucluse , et il avait annoncé ce projet à son ami Zanobi qui vivait à Florence. Mais celte humeur impatiente du repos ^ cette inconstance en fait d'habitation surtout , dont Pétrarque convient lui-même avoir été dominé , changèrent ses pensées. Il céda au désir irré-« sistible de fixer enfin sa vie errante en Italie ^ sa patrie véritable. Il voulut , avant de se mettre en route ^ embrasser pour la dernière fois a la chartreuse de Mon* tricuxy son frère Gérard qui y vivait au sein des joies célestes et des pratiques de la plus austère pénitence.

Pétrarque arriva à la Chartreuse, et les embrassements des deux frères furent bien tendres après une si longue séparation. Le saint Chartreux raconta tous les désastres qu'avait éprouvés leur mcMiastère pendant la durée du fléau de 1348 , et toutes les souffrancéa qui affligeaient , depuis cette époque , les religieux soits la domination tyrannique des seigneurs d'alentour : le pillage exercé journellement dans leurs modiques possessions y des contributions de toute espèce qui pe^ salent sur eux ^ telles étaient les violences pratiquées sur les pauvres solitaires par des voisins puissants et avides. Pétrarque ne put retenir ses larmes en voyant celte paix céleste que son frère avait achetée par la pénitence et tant de sacrifices , troublée encore par les désordres d'un monde qu'il avait fui. H en acquit la

conviction plu& certaine , qu'une félicité exempte de tribulations nest le partage de personne dans la vie terrestre. Il vécut quelques jours au milieu des solitaires dé Montrieux y recherché et admiré de tous y adoucissant leurs peines par d'éloquentes et pieuses consolations. Et puis , ayant adressé de touchants et derniers adieux à son frère y Pétrarque repartit pour Vaucluse , et ne s'y occupa plus que de son retour en Italie. A peiné sa résolution dé se fixer sous le ciel de sa patrie , fut-elle connue à Florence , que plusieurs grands personnages lui offrirent , comme a l'envi ,leur palais pour retraite. André Dandolo , Doge de Venise , le suppliait de choisir auprès de lui son asile. Nicolas Acciiijoliy jadis am1)assadéur du roi Robert ; à la cour d'Avignon y voulait attirer Pétrarque à ISaples ^ enfin y le roi de France y Jean II y demandait à Pétrarque ■ la préférence pour Paris ; mais le poète y bien décidé à ne quitter Vaucluse que pour l'Italie y se rendit à Avignon le 26 avril y et prit sa rotule par le mont Genèvre ; et lorsque pa'rvenu à ta cime du mont , les champs de l'Italie déroulèrent à ses yeux leurs riants tableaux / lui y sentant sa verve poétique se réchauQer par Vamour de la patrie , salua de ses chants sa terre bien aimée. On 3e plaît à lire dans le recueil de ses poésies latines les vers que lui dicta ce magnifique spectacle.

Sa première visite y en arrivant a Milan , fut pour le gouverneur de la ville et de la Lombardie y l'archevêque Jean Visconli. Celui-ci ,JLout glorieux de voir dans ses états Thomme dont tant de princes y tant de

iafanls s^étaient disputé la possession , se proifiti bien de ne plus se séparer de Pétrarque. Il Tinvita même à ne plus chercher d'autres villes que Milan pour son séjour y d'autres palais que 1^ sien pour demeure •■ En vain le poète voulut-il présenter quelques objections pour refuser les faveurs de Farchevéque : sou goÂt pour la soUtude y son antipathie f son incapacité même pour se charger d^un emploi quelconque ^ ThabiC ecclésiastique qui lui interdisait' de paraître dans le& sociétés mondaines -, Varchévéque Yisconti combattit ses excuses par des raisons victorieuses : Pétrarque^ pourrait vivre à Milan (disait-il ) dans une maison particulière eu personne a'irait troubler la paix de' sa solitude } il ne serait jamais eonlrainl d'jacceptéi' aucun emploi , il pourrait se Kvreir à se'S études accoutumées j Ubre de* fréquenter scfti palais aux heoresp deS' réunioBs nombreuses ^ ou de s'en abstenir. Pétrar^ que céda > mais à regret ^ aux volontés de Farchevéque. Il fut logé près de la Basifique Saint- Ambroise. Par les fenêtres qui s'ouvraient sur la campa^e il portait sa vue jusqu'au sommet des Apennins. Par celles qui' faisaient face à la viUe ^ son regard plongeait sur ce jardin célèbre y où jadis le' jeune Augustin ; pendant qu'il hésitait pour choisir entré les voluptés de la terre yet lés ardeurs du^ ciel , avait eMendu te voix qui lui criait iolk et kge. Ce voisinage seul rendait délicieuse à Pétrarque k maison où l'avaiè logé l'archevêque pi s'était d'ailleurs toujours passionné pour les écrite de saint Augustin y et pour la personne' même de cet illus^ Ire Père de l'Eglise. H prétendait avoir remarqué entre^

loi-même et le saint avaat sa conversion , èertainos conformités d^esprit et de cœur : imagination ardente , «sclavage -des passions ^ vague désir de céder la victoire à la grâce divine.

Malgré sa résolution bien prononcée de vivre dans la retraite , il se présentait pour Pétrarqne , des oc«casions de reparaitrç au milieu des gloires mondaines : une fois ^ ce fut à cause du cardinal Atbornos ^ qui sè rendit à Milan , le i /t septembre 1353 , en qnafité de légat du Bape ^ pour reo^ettre sous son obéissance » d^sprovincesqpie quelques sei^eujrs italiens en avaient soustraites,

Pétrarque se crut obligé de suivre l^rôhevéque de Milan qui allait à la rencontre du légat , et d'assister «ux félins qui fiifent données à celui-ci , pendant son séjour, Pétrarque ressemblait peut-être à beaucoup drbommes supérieurs qu>H a vos de tout temps se plaire à vivre dans la retraite , mais non dans Foobli. Une autre fois {a guerre opiniâtre qui durait toujours entre les deœc républiques de Gênes et dç Venise , Oôntraignit Pétrarqnç de quitter çncore sa solitude. La flotte génoise avait été écrasée par Tescadre véni-r tienne , dans uo con^bat qui eot lieu sur les c^les de Sardaigne. I^a république dé Gênes réduite an désespoir , privée de tous moyens de défense , était venue offrir à farchevêque de Milan la souveraineté sur la ville et le territoire de la république ^ à la seule condition de les garantir de Vesclavage dopt les menaçait Venise. I/'archevêque ayant assemble son conseil , pour recevoir les ambassadeurs génois , y appela

Pétrarque pour assister aux déMbérations ^ et Faider de ses Inmiëres. Le poète ^ malgré sa répugnance ^ien connue pour les aflaires politiques ^ se rendit à rappel de Tarcbevôque -, et son amopr pour la patrie lui fit appuyer 4e son éloquence les propositipns des ambassadeurs de G^oes. L'accheTéque Visconti les ayant acceptées envoya à Gènes une armée qui ranima le courage de cette population abattue ; et }a mit eu ^tat de ne [lus craindre le joug des Vénitiens;

Mais Vemper^ur d* Allemagne ^ Charles {V , effrayé (de l'accroissement de puissance du Seigneur de Milan , depuis que Gènes faisait partie de ses états , menar çait de por|;er des secours à la république de Venise. Aussitôt Tarchevéque craignant de ^outçnir la guerre avec un trop grand désavantage , voulut se h^ter de conclure 1^ paif avec le Doge ^ et désjra que Pétrarque fût le chef de rambassadjc qui porterait ses propor sitions au sénat de la rj^publique. Pétrarque obéit , mais à regret^ Ses gouis d'étiide et d'isolement , contrastaient de plus Qu plus avec les agitations soucieuses de la diplomatie ; mais il n'eut pas la force de résister a Tarchevéque son protecteur. Introduit avec l'ambassade daus |e sénat de Venise ^ Pétrarque prit }a parole ^ et avec son éjoquence accoutumée , peignit avec d'affreuses couleurs les désastres que la guerre venait de causer en Italie. Opposant ensuite au tableau fies malheurs , celui de la prospérité que devait pror curer à la patrie une paix honorable , il. conclut ^ demander Tacceptation du traité proposé par Tarr phevéque -, mais tout ce que put lui dicter de plus

fiafoiie ; sa profonde politique , sa sage expérience , son ampnr désintéressé pour le pays ^ se brisa sans force contre l'immuable détermination du sénat vénitien. Pétrarque ayant eu quelques conférences particulières javec le Doge , et n'ayant pu changer ses dispositions hostiles ^ reprit la route de Milan , peu content de lui-même , surtout peu confiant dans ses moyens oratoires de persuasion dont il avait d'abord présumé , abreuyé en un mot de tous les dégoûts qui viennent assaillir un hpnime supérieur , lorsqu'éloigné volontairement des affaires publiques , un maître absolu Fa ramené au grand jour , pour renverser des p}3Stacles contre lesquels il échoue.

L'archerâqueVisGODli mourut Vannâe suivante 1354, U avait par son testament divisé ses états entre ses trois Dereus , Mathieu , Barnabe et Galéas. Le dernier , de mœurs douces , amateur des lettres , était celui des trois frères avec qui Pétrarque sympathisait le mieux. H s'éloignait de Mathieu , dont la vie dissolue lui inspirait de l'aversion , encore plus de Barnabe , dont la férocité n'avait d'exemple que chez les populations sauvages. Cependant ces trois princes , de caractères si divers , concordaient sur le point de continuer k Pétrarque la môme estime , la même déférence que lui avait témoignées leur oncle. Les soins

et les faveurs dout ils ne cessèrent de les combler ^ engagèrent le poète à prolonger son séjour à Milan. Il fut bientôt étonné d'apprendre que son ancien ami Rienzo vendit de reparaître sur la scène politique* Un Romain nommé François Baroncelli , écrivain du sénat y tenté par l'e^Eemple de la souveraineté improvisée de Rienzo y avait voulu imiter celui-ci , quoique moins capable que son oiodèle ', de soutenir et d'achever une pareiRe entreprise. François Baroncelli avait succombé y et laissé sa patrie dans un état de iroables et de divisions tel y que le Pape ne vit pas dans sa eoùr on homme plus capable de rétablir à Âoafee et Fautorlté po^atiâcate , et Fordre public y que ee même Rienzd tout récemment jngé au tribunal apostolique po^ur crime d'usurpation. Le Pape se hâta doiEC d'envoyer Riondo k Rome , après lui avoir conféré k dignité de sénateur , et celui-'Ci ne tarda pas à montrer combi«in tes prévisions du jpape étaient fausses . Tout ce que lUenzo avait eU de magique à son premier essai du pdtivoir suprême y sept années auparavant y était oublié. Le peuple Romain , désaflèc^ tiooné de oe cbef^ ne se rappelait plus que sa tyrantife dans le succès , sa faiblesse et sa lâcheté dans la mauvaise fortune. Un prince bien autrement colosse de gloire et de valeur que Rienzo ^ a montré , dans notre siècle , combien étaR pâle le retour à la souveraineté une fois perdue. Aussi ,1a foule qui se pressa sur les pas du sénateur à son entrée dans Rome , Fempressement avec lequel on sembla raccueiilir , tm certain mouvement de fête que Fon remarqua- dans

les rues , et que les historiens de Vépaque ont voufii comparer aux ovations anciennes des consuls romains après la victoire , toutes ces démonstrations furent provoquées par la curiosité plutôt que par le dévouement pour Rienzo , dont Tiiumeur légère et cruelle' n'avait point changé dans l'adversité. Le peuple né tarda pas à se repentir de son empressement à solenuiser le retour triomphant de Rienzo. A peine installé/ le sénateur ne s'occupa que d'accroître son trésor , pour fournir a ses dépenses de luxe y et résister par la guerre' aux ennemis qu'il prévoyait devoir bientôt l'attaquer. Déjà Etienne Colonne , qui avait refusé le serment de fidélité /venait sans cesse à la tête d'une armée insulter le sénateur jusqu'aux portes de Rome. Rienzo n'osant plus ^ pour remplir ses coffres ^ charger le peuple d'impôts extraordinaires / eut recours au moyen si souvent mis en œuvre par les tyrans avides de richesses ^ celui de la confiscation. Sous le prétexte d'une cons|>iration , dont jamais il ne put bien prouver l'existence , et dont le chevafier de Montréal était le le chef , an dire de Rienzo , ce seigneur romain fut saisi , décapité , et ses biens confisqués au profit du trésor. Celte exécution inspira au peuple une horreur extrême pour le gouvernement du sénateur. La haine s'accrut encore , lorsque l'on vit Rienzo sur de simples bruits d'un nouveau complot envoyer au supplice Pandolphe de Pandelfucci , vertueux citoyen dont la haute sagesse et les mœurs douces rappelaient les plus beaux caractères de l'antiquité. Alors les deux*, familles Colonne et Savelli fomentent chaque jour la

rdgédoF pedj^te (]nt: est à son coiïibie y et Teitoitent é»i ptm «Bf^gh» à' 1» ven^asee. Et ônfln ^ le 8 octobre de corde niénfe sfmme 1354', ih^ vienne At assiéger le Caipitalë aoBCci^de t^/W le peuple romain/ meure le l^ranl Sl0i»c( eruli d^abord pouvoir dominer celte insurrec^ tknr' en*t ntonUraiit de^Kajudace à ses eilneoiis au lieu de teftiibiesse ,. qiw dmisr Taltaque contre son premier n8gae3a?9îi oaiisé sa^ ciniÛ3. Ks^'avanoe totttarmé sur la^ terrasse éssti Caprlole' ^^ enorf^ie des paroles persuasivesr pdotr arrêter isr filretir des a'ssailtant^^. mais ik' voit: aveir peine- se» disdofirs produire un effet con£ruire âf-€te4ui<q«i1l eft attendait. Le peuple , do plusi( eli^phi^ irvkd: , caonraiseni^U a envoliit les cours doiCapitole; Rtoneo'crmgflit'pout'sa^vie^t ef<se disposa ii^ prendre la> fliîte. Il dtangea^ cootl^e dé dusérables vêtement» ses' iticliesr Itabits y noircit^ son visage y se couvrit la) tète dfiiinr éhorme^ coussia et de linge y et ^ croyaiil» s'échapper sans- péril a la- faveur de ce dé* goisenient , Rienzo^ descendit précipitamtneût- resealietf db Capitolet^ en manière d'uft hooMiie déjà chargé di» botini Ofais'; pour mieux assar<3P sa fuite ayant àdtessé là. paoole à* un indÎYida de \^^ populace-, l'engageant à courir au pillage y Riéozo^ut reconnu, diA^oiVy^ ptar celui-ci,, à des bracelets d'or qu'il avait outAié d^enleverà sesbras. A riûstant'môme , Bienzo fafc. arrêté: et traîné sur le perron dû Lion , où , luinftèoie, pendanfcses deux règnes' avait prônoticé tant ()ë semtenoesi de mort contre les citoyens de Rome* LJà y Riëiifto fut: attaché à un poteau par les coûjurés , clone' le- dessein y san4 doute , do l'efe^posar aux plus

grossières railleries , aax infamants outrages d'ane^ vile popalace. Tel était néanmoins le respect redoutable imprimé à tous les esprits par Taspect du tyran , que , malgré là singularité de son costume , le ridî« eule de son visage noirci ^ il fut pendant plusieurs heures contemplé en silence ; et préservé de toute insulte. EnGn ^ un homme de la lie dur peuple y poussé par l'instinct d'une haine féroce , se précipita sdr Rienzo et lui passa son épée au travers du corps; Mille autres coiq>s suivirent le premier et terminèrent sa vie. Son corps fut traîné dans les rues jusqu'au palais Colonne et suspendu à dés fourches^

Telle fut la fin de cet homme doué des grandes qualités qui mènent l'ambitieux an pouvoir suprême > mais privé de celles qui doivent Consolider le succès d'une pareille entreprise : la modération poilr faire ^ de ses ennemis , des amis après la victoire ; la science législative pour organiser une autorité puissante ^ et l'esprit de justice pour la conserver.

Pétrarque n'avait pris aucune part au retour dé Rienzô à Rome. Ses amis Tavaicht trouvé mtfet sur ce grand événement , et le sénateur n'avait pkis ob*^ tenu les éloges de sa plume éloquente . Pétrarque ; passionné pour la liberté de sa patrie , mais implacable ennemi de quiconque voulait l'asservir ; n'était pas homme à se laisser duper deux fois par l'hypo-^ crisie de Rienzo. D'ailleurs ^ d'autres spins l'occu-* paient alors. L'empereur Charles venait d'entrer en Italie h Ta tête d'une armée. Le poète se hâta de lui écri<*e pMr le féliciter sur te parti qu'il venait de

preiAre , et lai déclarer que ^ maintenanl , il regar^ (}ait comme réalisés les vœux si souvent formés pour la prospérité de Fltalie. L*emperear répondit a Pétrarque sur le ton de la pkis douce bienveillance , et termina sa lettre en l'invitant à se rendre auprès de sa personne. Flatté à l'excès par cette faveur du prince, le poète partit sur-le-champ pour Mantoue où se trouvait l'empereur. U en fut reçu av^c une distinction toute particulière. Dans l'épitre troisième du dixième livre de ses lettres familières , PéWarque raconte que l'empereur voulut apprendre de sa bouche même l'histoire de sa vie > qu'après avoir résisté long^temps au désir du monarque , il fut contraint de le satisfaire , et qu'il fit un récit détaillé des faits même les plus minutieux de sa vie entière. L'empereur voulut le détourner de son projet de finir ses jours dans la retraite. V voulait que Pétrarque le suivit^ d'abord h Rome ou il allait se rei^dre , et continuât de vivre ensuite aoprès de {ni en Allemagne. Un long débat d'oSres généi^^uses et de refus réitérés s'établit entre l'enoypereur et le poète. La constance invincible de celui-ci- l'emporta enfin ; il ne passa que huit jours k Mantone , et reprit le chemin de Milan.

L'empereur y qui ambitionnait la couronne de fer, préférait , pour l'obtenir , la voie douce des négociations à la violence, meurtrière des armes. Aussi inclinailMl vers la paix: il fit consentir les Génois et les Vénitiens à signer y au moins une trêve , et peu de mois après , la paix fut conclue entre la république de Venise et celle de Gênes et les Visconti. Ces prin-

ces ayant permis à Tiempereur Charles 4'entrer 4ans MUaD pour s'y €air« eouronoei* , pouTFu cfii'il «« fût suivi que île trois cents cavaliers sealement , Oh»i4e« 7 arriva ayec le nombre de soldats 'Connenu et y tb^ eut , le 6 janvier , d;ftn$ TégUse Saini-Aiabreise ^ ia couronne de 1er , d^s mains de l^ar.dbeviquie de Atilan. En sortant de celle ville , le prineie , aride de couronnes ^ in9rcim droit à Rojnè poi^ y raoefioir <e£Ue «le rEmpire roioain»

<c Le cardinal d'Ostie la hii mit sw la tète le §ow de Pà(]«e$ 5 avrH 13î>9. Après la «éréoiome ^ Tempereur , saoa quitter sa couronae^ moula kcbeval , portant le sceptre d*or dans la m^ain droite , et dans ta gauche , un globe surmonié d'une croix d'or. E^wironné d'one suite nombreuse de princes , de aeignears et de peuple , lempereur se rendit à l'é^e de Saint- J,ean-de'Latran j et puis ', sous prétcKle d^oller h ta chasse , îl sortit de la ville , et n'y rentra plus ; autant poqr se montrer fidèle a la parole qu'il avait donnée à Innocent VI de sortir de Rome le jour même de son couronnement , que poiir se tirer de rei|ri>arras ôix TavaieBi placé les citoyens de Home , ^n déclarant que leur ville appartenait de droit à Tèmperenr , et le siippliant lui-même de les rétablir dans lenr ancienne liberté. » (1)

Le séjour de l'empereur en Italie ne justifia , du reste , en aucune manière y les haqtes espérances que

(i) TpjssjEn. Histoire des souverains poutifes qui ont $ic{;c dao« Avignon , paçc 225.

sen apparritrcm y avait fait naître. Ce pays fut , comme par fe passe , tiëdiiré par les factioas. Le prince faillit éevcinr 1ai-«iênie victime d'une sédition qui éclata à l^ise i; îl se Mta de regagner rAUemagne , cherchant plutôt à se ¥mre la -renommée de patron des sciences pX 4e^ lettHres que celle d'un pacificateur puissant , ré-^ clamé depnis tant d'années pat les citoyens sages, lifigués des désordres de leur patrie. Il avait donné le laurier poétique à Zanobi de Strata , len récompense de son fisérite littéraire , quoiqu'^^sez médiocre. A JSse , «yaiït rçncûotré le jurisconsnlle Barlhole qui y JNTofessaitle droit, et dont les ouvrages sur cette science étaieiâ; lort estimés , TeiBpereut lui conféra les honpeurs ^et les privflég^s 4}ui , pour Tordinaire , sont le pnitiige «les plos illustres eoiurttsaqs de la suite d'un soaveraio.

Pétrarqae , qui , le premier , avait applaudi à Tenr tpéc du iiionarqtte allemaqd ea Italie ^ ne pqt contenir son indignation en apprenant du fond de sa soj^iude la retraite précipitée de ce prince. H osa , dans une épitre familière , lui tracer le tableau de tout le bien qne .sa présence pouvait opérer en Italie , et de tous les maux qu'allait causer sa fuite : il termina en adressant à l'empereur de sévères reproches. Pétrarque ne cessait de déplorer finulililé de ce voyage sur lequel sa patrie avait fondé tant d'espérances. Il ne fallut rien moins pour le consoler , que la publication du traité de paix entre les Vénitiens et les Génois.

Mathieu Visconti mourut subitement victime de

ses longues et fiiriepses (}ébaaches. La Lombardie fat de nouveau partagée entre l^s deux frères Galéas et Barnabe , qui ne tardèrent pas à se brouiller pour la Gf atipn des limites de leurs états. Vivant dans Içs tourmcnts d'une défiance réciproque , les deux frères ne marchaient plus qu'à la léte de bandes armées. Pétrarque , suivant sa modération accoutumée, n'ayant, pris aucun parti dans la querelle des deux frères , n^perdiC l'jimitié ni de l'un ni de l'autre.

On venait d'apprendre au mois de septembre de cette ^nnée 1356 , la célèbre bataille de Poitiers, si désastreuse à la France par la captivité de son roi qui en fut la suite , et les révolutions que cette captivité fit naître dans ce royaume. Galéas Visconti, pensant que dans une si funeste circonstance , il devait des paroles de consolation au Dauphin. Charles, fils du roi Jean , pria Pétrarque d'être auprès du jeune prince français , l'interprète de ses sentimeats ^ et ce*? lui-ci acquitta la dette de Galéas par une épitre la-r Une où les plus nobles , les plus aflSectueuses consolations étaient présentées par le poète au Dauphin , et revêtues des grâces ordinaires de son style , sans s'inquiéter de ce que les éloges mérités par ceJLte^épitre, dont lui Pétrarque était auteur , seraient prodigués par

la cour de France à son ami Gciléas.

Autant pour s'éloigner du grand monde que pour s'abriter contre les grandes chaleurs , Pétrarque s'était établi à Garignano , village situé près des rives de FÂdda , à trois lieues de Milan. 11 y passa tout l'été de l'année 1357 dans une petite maison qu'il avait fait

bâtir k rentrée du village. Il allait s'y renfermer toutesles fois que l'on venait troubler à Milan le silence de ses études. Pétrarque passa l'automne entier de Taunée 1358 dans cette retraite qu'il avait nommée Linterno ; il y écrivît son traité des Remèdes pour la bonne et la mauvaise fortune , qui eut h Celte épi^que une si grande renommée, que le Dauphin de France, Charles , voulut en posséder tin exemplaire dans sa bibliothèque » et plus tard le fit traduire en français.

Caché aux yeux des oisifs dans son habitation de Linterno , Pétrarque n'en était pas moins tenu eu haute estime dans toute lltalie , et les savants , les littérateurs de toutes les provinces accouraient à Milan pour le visiter. De tous les enthousiasmes que fit éclater le talent du poète , aucun n'eut plus de singularité que celui d'un orfèvre de Bergame qui s'était livré fort tard à l'étude des lettres , excité par l'admiration seule que lui inspirait Pétrarque. Dévoré du désir de connaître celui qu'il appelait son génie , l'orfèvre se rend à Linterno , aborde Pétrarque avec de joyeux transports qui tenaient du délire , et Pétrarque l'accueille avec le même empressement qu'il aurait témoigné au plus grand écrivain de son siècle. A force d'instances y l'orfèvre obtient de Pétrarque la promesse qu'il viendra le visiter à Bergame. Pétrarque accepta àon invitation dans le seul but de rendre complète la félicité de cet artisan lettré qui souhaitait sa présence avec tant d'ardeur. Au jour marqué pour la visite ^ Pétrarque tint parole ^ et comme il approchait de Ber* game ^ il trouva lorfèvre qui , suivi d'un grand nom-

ITft

bre de hauts dignitaires et de KttétfataiicS' dd pays , avait marché à sa r^eoconlre. Ce loa^ coFtége pré* sentait autant de rivaux qui voulaient disputée au^pauvre orfèvre rbonneur de loger le: poète,. Moîsreeluiei^ résistant aiix sollicitations des grands-personnagas^j se rendit chez Thôte pour qui seulila^aiifaitle vojftigB de Bergame. Il passa deux j^ours^ dan» kh nniiâon'de Torfèvre , où les fêtes brillantes*^ lesloiHiog^ eÊle^ hommages» d*unc foule empressée ^le tinrent coDStaoir ment en représentation* L'orfàvr^^^iiidipe â«iP6tracque dans sai correspondance y, se moiHca petndunt oe»? detâit jours ^ dans un^ état d^xattiiliaQ. tel ,. c^ua. s» faottUe

craignit de le voir toflri»eR dans raÙtiDaftoB* mcntal&v ou dans une grande nmladie. Fâtranc|ii«;quittiaiBei^me pour retourner à Lintern» escorté: jusqNbkiimBgoândà dâstaiwe de la ville par Ifei oompagoie nontoeiiee qui. avait honoré- déjà) son enUréet, eèfxariseaiièl^V ai qui' il^ftilbit presque &îrâ?ieléoeft poon leisèparetidé Pétcafqpe^ (0.

(I) lié- ftit est racontié par Wttarque Ihi-mêfne' dâas une letire.à un* de ses ami& Ga'htlit'dÈiiiS'Jè'necueH'dè s^tKir^ rei^poodaDQe,J/Vre XII das^épùreSifamiàièncs^.éçiUreJ Xli^ Yir est uaus littûrarum temiiinatitia ^;.s6â isgeoio acmtsî tempestivè iitleris datunoLess£>t', .adilicio. autem. aiicif^bec loque 60 longe eminens. ... . ... Hic quidem jama&tate ^ro?

veclior, cùm forte meum nomen audisset , famae lenccLaio confëstim'in amiciliâe meae shidîum velieraenter exarserat.....

Est igilur viro Henricus cognonrentum Capra. . , . Hic ergo talls inse», et erga metalh jàmdaduin'orsrrô'institltjutr sefjue siiuaM[ue]arcniiailiy3nta^digiiai%rc:aK)d:^ et imius^aUem^liici!^

 la fin de ràutomne Pétrarque , se rendit à Pàdoilë , et de là à Venise , où il passa Thiver. Son retour à Milan fut réjoui par la visite inattendue de. iBoccace , qui venait d'arriver tout .exprès pour voir son ami. Bien que l'un et fautre se fussent souvent rencontrés eii divers lieux , et qiie le goût des lettres dominât exclusivement ces, deux hommeà ^ jamais ils n'avaient eu l'occasion de vivre long-temps ensemble < Aussi profitërent-ils avec délices des jours dé leur réunion. Pétrarque lisait à Boccàcé ses coinpositions latines ou italiennes | et dans cette épreuve réitérée du vrai talent soumis k la censure ^ le poète savait dépouiller $ôn amour-propre d'auteur^ pour accepter patiemment les avis et les corrections , et Tarai son indulgence , 3a prévention naturelle > pour dicter des sentences sévères.

. Les journées ainsi employées semblèrent à Pétrarque s'échapper bien vite. Mais après quelques semaines ^

lâora sicut ipse aiebat,' omnibus seculis gloriosuin ac feliciem

facerem Veni ergo Pergamum ÏII idus Octob. ad vespe*-

peram..)... Mujto cum gaudio excipior, et à- belli duce et à primoribus popu^li certatim pro se quoque instante in palatium publicum et nobilium domos yocor : illo intérim, mire anxio et tantis precibus pavente ne vincerer. Feci autem quod me dignum credidi ad humilioris amici domum

cum sociis descend! ïbinoctem illam egimus; nec uoquam

piito laetiore hospite ulla nox acta est. Tantâ enim Ixtitîà gestiebat ut timerent sui , ne forte in morbum aut amentianx vêrteretur sive quod mullîs olim accidit in mortem.

Boccace le quitta^ pour r^pumer à Florence où it avait fixé sa demepre; L'an et Vautrç adpactrent l'ennui âé leur séparatioi^ , par uqç correspondance rarement interrompue* Bientôt une occasion se présenta f poiir Pétrarque / de quttter sa retraite ^ de troubler ce repos qu'il semblait désirer iomuab^ y pour entre.* prendre un long vqyage , et s§ obarger d'une briïtoate ambassade i le roi do France ^ Jean , venail de fermi-^ ner sa captivité par s^ite du traité de paix conclu entre h France et l'Angleteççe ï Bretig^y , le 7 mai 13QQ. Galéas Yisconti ^vait demandé et obtenu du roi d& France sa fille Isabelle , âgée de, douze ans^ , pour l'unir eki mariage à son fils aîné* l^e roi Jean , appauvri par la Ipngue guerre qu'il venait de soutenir et tes sommea d'argent que le traité de paii( 1^ contraignait de payf r ^ voulant se refaire de tant de pertes yavait vendu cher au prince italien l'honnéw d'alUer soa sang k ce|ui des rois de France, fl ne consentit à marier sa fille fe^elte au fils de Galéas ( selon ViUani ) , qu'à la condition ' de recevoir du père six cent mille florins.

Le prix de vente étant accepté par Galéas ( qar (^ ,liit une vente plutôt qu'un contrat de o^ariage , d'après ks expressions de l'historien Villani ) , Isabelle de France' se mit en route pour lltalie , et fut accueillie à Milan par tous les honneurs dus à une princesse française , par des réjouissances publiques extraonli- Baires et des fêtes brillantes à la cour de Galças, telles qu'on n'en avait point vu encore jusqu'à celtç époque. Mais le prince italien ne borna point à ces fêtes le ^moignage de sa satisfaction pour une semblable al-

Uahce.. Il voulut que Pétrarque allât complimenter à Paris le roi Jeaa sar sa sortie de captivité et son retoar dans ses états. Le poète , malgré sa résototioQ li'édipser sa vie au monde , n'osa refuser Tfaonneur d\ine telie missioin. D'ailleurs les voyages n'avaient pas cessé de lui plaire. Il partit suivi de qaelqaes genûthoffîniés milanais ^ui composaient l'ambassade , et se dirigea vers le nord de la France. Partout ses yeux fuirent frappés pai- des traces de ruines ou de dévastations , da&s ce royaume dont les provinces trente ans auparavant lui àvateni parues si riantes et si fécondes ; tristes résultats de la guerre contre les Anglais et des divisions intestines qui en étaient la suite ! Pétrarque nous apprejid dans sa correspondance ^ que la solitude affreuse qui régnait sur plusieurs points de. sa route , la misère extrême qui assiégeait les lieux habités , la désôlatio» générale dont les cris retentissaient jusquli ses oreittes , rémurénl plus d*une fois jusqu'à lui arracher des larmes. Le même aspect de tristesse et de désastres l'attendait à Paris , qui , pendant la captivité de son roi , avait beaucoup souffert , çt de la guerre civile et d^s émeutes populaires (1).

{\) traversaado egli ((uella un ô\ flovidissima regione., vide ovunque solitudine , mesttzîa e pianto , incolti e devastati i campi , cadenti ed abbandonate le case , déserte e rovinate le città , deformato Parigi dagP iacendi e dalle rovine. Talcbè più non riconobbe quel reame clie visitato aveva nella sua giovinezza. {Del Petrarca e délie sue opère, BALDEtLi , édition de Florence, 1797 , pages H3 et 4 M. )

Pétrarque y arriva le 13 octobre 1360. Il y fut t4moin des préparatifs que faisaient les Parisiens pour recevoir en triomphe leur roi qui s'était arrêté à Calais, Mais les cris de joie , le$ décorations des i:ues , les arcs de triomphe qui de tous côti^s s'élevaient poni; célébrer le retour d'un souverain malheureux et chéri de son peuple , pouvaient à peiqç capher les traces dq la désolation qui avait frappé sa capitaler.

Ce fut le 1 3 décembre , que Jean II fît son entrée solennelle dans Par^s , recevant partout sç^r son passage , les p\uLs franches démonstrations de tendresse et de dévouement , de la part d'un peuple qui avait pleuré sur sa longue captivité et sur les malheurs dont celte captivité fut la cause.

Pétrarque introduit devant le roi , qui déjà connaissait sa renommée , s'attira au premier abord les regards curieux de toute la cour j et la harangue latin^ qu'il prononça , embellie de toutes les grâces de son éloquence , fut suivie d'un retentissement général dp murmures approbateurs (1). * '

{i) Cette harangue existe manuscrite dans la bibliothèque palatine à Vienne en Autriche. Je l'aurais citée ici même , si les auteurs français ou italiens que j'ai feuilletés nous l'avaient transmise ; il parait que l'abbé de Sades même dont les recherchesont été si multipliées , a ignoré l'existence manuscrite de la harangue de Pétrarque. Baïdélli seul nous apprend qu'elle se trouve à Vienne.

Nella biblioteca Palalina di Vienûa anche V arringa pronunciata in questa occasione si conserva coU' iutitolazioue :^

he roi sut un gré infini à Caléas de loi avoir envoyé .un ambassadeur aussi iiluslre. Il combla Pétrarque d'amitié , et de soins tout particuliers , le rapprocha de sa personne , en fit lé compagnon de toutes ses courses ; aussi, de tous côtés, le poète partageait-il avec le monarque les empressements de la foule. Jean , quoique faible dads l'étude des lettres , savait néanmoins discerner ce qu'elles ont de recommandable , et surtout apprécier leur mérite dans l'immense talent de Pétrarque. Quant au Dauphin Charles , il étonna celui-ci par la force de son intelligence , la justesse de son goût , çt sa vaste érudition. Il fit aussitôt de Pétrarque son ami intime et nécessaire -, l'admit tous les jours à sa ^ble , et ne voulut jamais se séparer de lui pendant toute la durée de son ambassade. Mais au grand regret

du Danptiin , Pétrarque ne prolongea son séjour à Paris que jusqu'aux premier s jour s de février de l'année 1361. Le pohié li:^ annonça alors , ainsi qu'au roi son père > chez qui il dinait , sa résolution de repartir pour lltalie. Charles, passionné pour l'étude des lettres» et surtout pour la conversation de Pétrarque qui était comme le complément de ses études , ne put apprendre , sans g'afiQiger , sa prochaine séparation d'uu

« Gollacio brevis facta ia palatio régis , Parisiis , per domi- )) num Franciscuin'Petrarcham poefam , coram illustri do- ^ mino Joanne Francorum rege , propter liberacionem suam * de carceribus régis Angliae, anno \^6\ , die décima tertia )) mensis Januarii.BALDELLi.De/ Pefrarca e délie sueopero) page 1^3.

Ifoattrc aussi aimable qu'habile. {1 joignit ses iastanees à celles du roi son père , pour le supplier de rester encore auprès d*^u% ', d'y passer méoietous )es jours de sa vie ; mais Pétrarque ne put se décider à se faire une dernière patrie d'une viUe où Ton n'entendait pas sa langue. |l ignorait le français ^ il n'avait pi| l'apprendre à Avignon , pay« de France oii sa résidence avait 0té (a plus longue » parce que le Hangag^ avignoanais , au siècle de Pétrarque > n'était qu'un patois provençal mêlé d espagnol et d'itaUea corrompus. Contraint à Paris de discourir eu latin pour se Caire entendre, là majorité même des érudtts de la cour, peu famtfiariisée avec le l&tin parlé , et de plus pro^noncé à là manière itàlienni^) ne prii^ait qu'avec Met attention pénible des enifettens de Pétrarque»

Il refusa donc les offres honorables d'asile qiti hA étaient faites, prît ebngé du rori et du Dâopbîn Gharfosf, et se ffiit en route pour Milan , chargé de lettres pùur les Visconti à qui lès fMrinces IraÀçaiâ recommandaient surtout d'employer leur influence sur Péli*ar<|uè pour obtenir qu'il fixât s^ démeure dans leur palais à Parîs^/ Mais rien ne put éloigner le poète de ^a obère Italie. Il re|>oussa aussi , par les mêmes motifs > une t&vitalioé de l'empereur d'Allemagne pareille à celle du roi de France.

Pétrarque de retour à Milan , au commencement du mois de mars 1361 ^ eut le chagrin de voir cette ville une seconde fois ravagée par la peste ^ moins cruelle , il est vrai , que celle de l'année 1348 , naais assez contagieuse pour contraindre les habitants de la fuir. Les

cona^agoies de guerre formées pendant la captivilé dii Foi Jean par les faateurs de la guerre civile , se dirigèrent en partie sur le Milanais , le ravagèrent et y portèrent les germes de la contagion. Pétrarque se retira d'abord à Padoue ^ mais la peste y ayant éclaté ^ il se réftigia àVenise(l).

Son ils naturel dont nous avons parlé déjh ^ périt vietîme dé petté peste dé i36t . Ce fils , nommé Jean , avait causé de vifs chagrins à son père par son dégo^ deTétude , et sa vie désordonnée. Cependant , il regretta beaucoup sa perte ; parce que l'infortuné jeune homme lui fut enlevé dans le temps lùème qu'il comjD^neait à corriger ses mœurs. Pétrarque eut d'abord lïdèé de revenir à Vaucluse pour y chercher des consotatioBs aux douleurs qui ne cessaient de Taccabler. Cette retraité s'offrait toujours à son imagination , chaque fois qu\in malheur venait le frapper ^ mais les bandes armées qui infestaient toutes les routes jusqu'aux Alpes , le détournèrent de son projet. Il resta donc k Venise y attendant que la peste eût cessé ses

(i)r DAlla Fraacia piûieterona sull* Ital^ nuav« ^cUgure , poichè l'^narchia e T interregno lasciaado libéra corso ^ niuaerose bande di predatori r^ipaci , queste scorrevano

ovunque a straziarla sotto arditi capi Ud conte di

M'onferrato pote assoldare quelle milizie colla oiediazioae

de! Papa Giunti sotto quel condottiero per la via di

Provenza la Italia , ed entrât! nel Milanese , vi portatono la pe$te , e lo bruttarono con ogni scelleraggiae. Baldelli page H7.

tûn

ravages ^^ et voulant lémoigûer à la république, sa gra-, titude pour les honneurs , que journelleoient elle lui rendait , Pétrarque fit don à celle-ci , de sa précieuse bibliothèque qull avait fornriée avec tant de soins et de reçJwfches;

Le Pape Innocent VI venait de mourir à Atignon ; le 12 septembre 1562^ après neuf ans de règne. Les cardinaux réunis en concl^tve avaient porté tous leurs' suffrages sur Guillaume Grimoard ^ ^bbé de Saint-^ Victor 4e Marseille. Celjai-ci se trouvait alors kP^apleç^ où le Pape Innocent VI l'avait envoyé pour soutenir les droits de la reine Jeanae , et veiller aux intérêts du Saint-Siège (1). L'abbé Grimoard ayaqt rempli sa mission y s'était remis en route pour revenir à Avignon^ lorsqu'il fut rencontré par le courrier expédié parles cardinaux afin de lui annoncer son élection à la Pa-^ pauté. Les intention^ de Guillaume Grimoard touchant le retour du Saint-Siège à Rome n'étaient pas douteuses : plusieuiçs fois on l'avait entendu s'écrier , avant d*étre élu : « Je mourrais plein de Joie, si je pouvais revoir le pape à Rome. » U arriva à Marseille le 28 octobre 1362 et se hâta d'envoyer aux cardinaux son consentement écrit à leur élection. Le 30 octobre , il entra à Avignon / où il fut intronisé. U prit le nom d'Urbain , parce que tous les papes qui avaient porté* ce nom (disait-il) s'étaient distingués par leursaîntéfé. Après avoir été couronné de la tiare le 6 novembre /

(<). TETrssiEK. Histoire des Pontifes qui ont siégé dans Avignon.

il rëriisà de parcourir à bbevâl \éi rUes d'Avignon , bien ijuc ce Mt r««agé et tjue tout tùl prêt poUr fcfetie cérémonîe (1). Urbain déclara que feetté tiiârché tridmphale lui sëtiiblait trop fastueuse pbttr titi eliëf de rEglîsë. ,

L'ëleclidU M universeUeméni applaudie . Pétrftr<|tie , un des preifaièrs en témoigna sa joie Ibrsqti'il apprît par ses atois le penchant que manifestait Grbàlii V , pour ramener à Roitie le siégé apostolique. Cesmémeë amis , voyant avec pëlue t^ëtral*qùe vivre dans Vobs- <^urîtë , éloigné des affaires , lui faisaient entrevoir sd fortune comme assurée auprès dti bôùvëau P»pë > è'il Voulait se rendre à Avignon. Lës( pI4)s brillàilts ëiîiptoi^ lui seraient o^rts ( disaient-'fls ) , où dii tboin^ iï n'^rti'^ tait que la peine de les demander ; maii^ Pétrarque , constant dans son système de retraite et dlndépeii-' danee , répondit avec froideur aux sollicitudes àé feeâ hmis pour son élévation > et demeura ^étxvé à leurâ prières. Depuis tong-tefaps ëon Coèifr n'était plus h^n que lorsque la ttiort le frappait dans ses plus libères affections. Le fléau qui désolait lltalie lui enleva eëfle même année Azon de Corrëge , Lélitis , Simonide et Èarbate de Sulmone. Ces quatre intimes amis de Pétrarque figurent souvent dans le recueil de sa correspondance. Lé poète gémissait amèrement sur leur f)erte , lorsque Boocace vint , de Naples à Venise ,

(i) Tetssïer. Histoire des Souverains Pontifes (fui ont siégé dans Avignon , page 252.

^ôûr lui apporter quelques consolations. Il arriva suivi d'un Grec nommé Léonce Pilate , natif de Thessalontque ) très-savant dans la littérature de son pays. Boccace avait promis à Léonce Pilate de lui obtenir à l'Université de Florence une chaire pour y enseigner sa langue. En attendant que le professeur fut installé y Pétrarque , toujours dévoré de la même ardeur pour accroître le domaine dé ses connaissances ^ reprit avec Léonce l'étude du grec qu'il avait commencée dans sa jeunesse avec Bftrlaam , et bientôt interrompue. par l'éloigbement de son premier maître. L'inconstance du second fit échouer encore une fois les beÛes disposH lions du disciple. Après un séjour de quelques mois à Venise y Léonce Pilate prit subitement la fantaisie de retourner à Constantinople , et partit , sans que Jes instantes prières dé^ ses deux illustres amis pussent le retenir. Cependant Pétrarque et jBoccaee avaient profité de sa science en littérature grecque , pour lui faire traduire 9 avant son départ ^ et sous leur direction^ les poèmes d'Homère en langue latine. Cette version de Léonce Pilate , fruit de sa patience , aidée de l'érudition de Boccace , des encouragements et des généreuses gratifications de Pétrarque y fut la première version du poète grec qui parut en Italie ) et dès-lors ,. se manifesta chez tous les jeunes érudits de la Toscane , l'ardeur pour l'étude de cette langue harmonieuse et abondante qui , au siècle de Pétrarque , vivait encore avec presque la même physionomie , les mêmes toursV les mêmes sons qui avaient charmé l'auditoire de Péviciés et de Démosthènes.

Boccace , après s'être séparé de Pétrarque, était rer iourné à Florence y et la république l'avait député au pape Urbain pour détruire dans son esprit les fausses préventions qu*on y javait fait naître contre le gour vernement de Florence, eQ accusant les citoyens d'in-r difl'érence à servir las intérêts de TEglise. Boccacç parvint à effacer jusqu'à la plus légère trace des fâcheuses impressions qu'avaiei^t reçues le Souverain Poqtife en lui ocrant , de la part de son' gouverncT ment , cinq galères armées pour son voyage par mer , lorsqu'il se rendrait en Italie , et cinq cents gendarmes pour Tescorter après son débarquement. Boccace s'était arrêté deu^mois à iivignon , et pendant son séjour

i| avait beaucoup fréquenté les amis qui restaient encore à Pétrarque , Févéqne Philippe de Gabassole surtout , qui conservait un tendre souvenir du poète et de ses écrits. li pria Boccace de demander pour lui à Fauteur son Traité de lu vie solitaire, Boccace , de retour à Florence , écrivit II Pétrarque pour l'entretenir de ses amis d'Avignon et lui faire connaître le désir de l'évêque. Celui-ci pêçut bientôt une copie du Traité de la vie solitaire que Pétrarque s'empressa de lui adresser, et Pbilij^pe de Gabassole, plein d'estime pour cet ouvrage , se le faisait lire chaque jour p.endant ses repas.

En écrivant à Pétrarque pour le remercier , l'évêque d<3 Cavaillon s'étendait en magnifiques éloges sur la sage et prudente conduite du Souverain Pontife , les éminentes vertus qu'il montrait en préceptes et en pratique , les réformes qu'il avait apportées dans le

t§8 costume des ecclésiastiques , dans l'abas des bénéiiceis , des privilèges 4'iiBinuDUés dont jouissaient plusieurs a)ODastëre,s. Pétrarque éprouva uue satisfactioo complète enlisant ces losanges prodiguées aii pape UrbaiOi pa.r son ami revenue de Cavaillon , do^^ il, connaissait la justice 7 le sensi droit et la vériicî té. Il écrivit aussi^lot au Pape pour le félJLcitér des salutaUçs réformes qu'il venait (^'opérer dans la discipline de TEglise ; mais, après avoir exprimé /comme il le devait , son admiration pour le saint zèle qui animait Urbain , Pétrarque saisissait cette occasion pour lui pr,ésenter la requête (uie tant de fois il avait portée aux pieds de ses prédécesseurs : c'est-a-dire le retour.au berceau du christianisme en Oçcid.ent. Dans celte épîlre , Pétrarque n'oublie aucun des motifs qu'il sait devoir agir le plus efficacement spr l'espril; d'un Pontife aussi^pieux, aus^ juste qja^ Tétait Ui;baia, Il lui rappelle son élection presque miraculeuse , ^t qui sen^blait révéler le dessein, de Dieu de se servir d'Urbain poifr reporter à Rome le siège apostolique. Ce retour dans la cité humectée du sang des apôtres , aiout^ Pétrarque , serait un acte bien digne de la foi vive , de la piété profonde d'Urbain. Quelle gloire ce serait pour lui , de rétablir Tordre de la Providence , depjiis taqt d'années troublé paf* ses prédécesseurs ! (1) Il blâme ensuite avec énergie la mol-

(1) Quanti hocdemùm meriti apudChristum reris, Ecclesiam ejus vagam ibi reposuisse iibi ille eam posuit , cujus Providentia , sicut scriptum est , in sua disposilione non fallitur y quiqiiQ si expédions fuissôt eue non illaia , adMo-*

lesse des ca^c^^al« français qqi , sans autre molit qq^ celpi de leurs intérêts tout matériels , comme pai; |^3çeniïple 1a préfé^e^ce qu'ils accordaient aux productk<m de t^ c<>te du Rliôoe sur les comestibles et les vins de l'Ii^I^ j^ ijetens^eut de l,out leur pouvoir le Pape à Avigoan, P^trai:quj<f s'indigne de celte préféreuce j il se l^te de rch^uss^r Iç médite de sa patr^ , de sigoa-r ter sa préémineiî^ç s^ir le C;omla.t-Véftaissin , pour sa fécQucjyîté , ses pi^oductions agricoles djg tout genre , k sérénité de s.oa ciel , ses chefs-d'œovre des arts , la ciyjlîsâtiQa (ie s.<$Si habilwts, U finit en suppliant lei P^e de pernp^ttr^ au mpins , que Temperear vieime régi^er à Bo^ae , si lui-«iéQie. , destiné par le ciçl è y ^Ofmn^nder , dédaigoe d'y port:0i: le. seepire

Le Pape répondit à Pétrarque dans des tepqies, d'up^ amitié expans^ve , i^s sans s'expUqvber sur le fait prinr çipal qui avait (Jéterminé Pétriuique à lui écrire,. Oft 4pit présupiBiL n4^Qi»ains , que les paroles de P4tr«^qiie^ durent ayojir una^ grande influence sur la résplutû^a que prU quelque&mois après (e Souverain Pontife de se irendre à Rome , et 4'y «ésicler. En effet, il anqonça.ce projet; ai:u(cai:dii9au^ , et donna Tordre de réparer: au. plutj6Me palaÎ9 apostolique à Rpiae /et d^ disposer le^i

danum posuissQt ! sedconsuUo , iocus insignior est electus , ut ubi , terreni caput imperii fuerat , ille cœlestis impeini sedes esset in terris , fide solita et sanctitate , liumili fundata et a postôlbrumsacrisacinartyrum compacta G ruoribus.... ( Francisci Petrarchœ Epist. Rerum senilium lib, VII. Epistola / , Urbano^ V , JÇo/i^ max.

fogeiueuts pour le recevoir à Viterbe , où il devait s'air réter quelques jours avec sa suite. Une violente opposi? lion de la part des cardinaux éclata contre le projet d'Urr bain ^ mais lui, sans s'inquiéter de leurs murmures, quitta Avignon le 30 avril de l'année 1367 , alla coucher dans son palais , bâti près le village de Sorgues , et de là se rendit à Marseille, où il s'embarqua le 19 mai , sur une galère vénitienne. La flotte qui escortait Je Pape , autant pour sa sûreté personnelle , que pour lui faire honneur , se composait de 25 galères et de plusieurs autres navires fournis par la reine de-Naples, les Vénitiens , les Génois et les Pisans. Le 9 juin te Pape était à Viterbe -, il y reçut l'hommage de tous les princes dltalie. Une ambassade venue de Rome , lui remit les clefs de la ville et du château Samt-Ange. Au mois d'octobre seulement , Urbain fit son entrée à Rome. Le peuple , privé depuis si long-temps de la présence de ses souverains , se précipita en foule sur son passage , en poussant des cris joyeux ; l'allégresse se manifesta sans exception dans toutes les classes.

Pétrarque apprit à Venise l'arrivée triomphale du Souverain Pontife à Rome , et son bonheur fut au comr ble. Le retour du si^ge des Apôtres au lieu même de sçp origine avait été une illusion favorite de sa vie eqtière. A chaque élection nouvelle d'un chef de TEglise ' sa plume éloquente s'était mise en frais de pressantes exhortations pour dégoûter le Pape dei la triste et irrégulière résidence d'Avignon. Le Pape Urbain venait de réaliser le souhait de Pétrarque sur la première invitation que lui en avait fait le poète. Celui-ci, dans lai

vive émotion de joie qu'il ressentit , écrivit au Sdu^ verain Pontife pour le féliciter d'avoir mené à sa flo une entreprise aussi bardiç , malgré les obstacles dont on avait voulu l'entrave r.

lie premier acte d'autorité que fit le Pape Urbain en entrant à Rome , fut de lancer un manifeste contre les Vîsconti ^ pour inviter tous les princes d'Italie à ruiner la puissance de Galéas et Barnabe , considérés par le Pape comme les auteurs de la guerre civile qui depuis long-temps désolait les provinces. Galéas redoutant l'orage qui grondait sur sa tête y bienf qu'il eût pris tous les moyens pour se garantir , né voulut pas néanmoins négliger les voies de conciliation. H courut' à Venise , pria Pétrarque d'être son médiateurs auprès du Pape , et de lui obtenir , au prix des plus rigoureuses conditions s'il était nécessaire , un traité de paix. Pétrarque accepta la mission difficile

de Galéas ^ se renéit k Bologne auprès du légat du Pape / et lui fit entendre les paroles pacifiques que Galéas l'avait chargé de porter^ Mais l'habile médiateur éprouva le chagrin d'échouer dans sa négociation; il convient lui-même y dans sa correspondance > que le légat du Pape demeura inflexible.

Cependant le prince Galéas , pendant que Ton préparait sa ruine et celle de son frère Barnabe , traitait le mariage de ësk fite Violante avec Lyonel , duc de Glarence , second fils du roi d'Angleterre , Edouard IQ.

Le contrat de mariage étant signé par les deux parties , le duc de Glarence traversa Paris et la France pour se rendre à Uilau où il entra le 17 mai 13G8 /

avec tous les honaeurs dus an fils d'on polissant monarqae. Oaléas marcba & sa rencontre Jusqu'à la pointe de Pavie, suiri de la princesse safemme, Blanche de Satôie^ de sa belle-fille, Isabelle de France y et de qtiàtte-tingt^ dames choisies parmi celles de sa cour et de la bâtfte noblesse de la yille. Le mariage du prince anglais et de la jetiné princesse Visconti fut célébré deralit la porte de Téglise de Saintè-Marle , le 15 juin de /'Année

La cour de Galéàs Fut pendant phisièfir^ joiirs agitée |iaT les festins et les fAtes qui Suivirent les noces. Pétrarque fut placé a table avec les seigneurs italiens du plus haut rang et les princes anglais qui avaient smv! le duc de Clarence. L'historien FroisSard avait aûcùtù^ pagné le Duc en Italie.

L'abbé de Sades ^ dans së& Mémoires p'oair èetviir d Fffisloirt et PétMirùw , d'étonft« qae Firôissàrd lie parle ni dé la conr de Gàléas > ni de Pétràrquiè , aprèd avoir donné cependant dans son histoire ^ de si lông^ détails s^r l^aockiëil que IK le Comte de Savoie M prïfoOe an^ië ,* et qiié > d'un autre côté , Pétrarque dans Sé9 écrits t»e menliontiè nnltem'eMia présence de lliistoriefi français à Milan. L'ii^bé de l^dë^ ajôtlte , qu'R lui durait pat'd aàtu^é1 an donttâite c^ue cns déni liOidrfiies ^ fiissent f ô^^ochë^ , et qu'ils étfssènt éirtWtenti lètfrs lecteurs l'un de l'mitre. Il eipfeqiîre le ^ilehce de

l^étrar^fe en cette occasion y par le peu d'intérêt qt*e Itri aurait inspii^ le jeune Frôiss^rd , qnl, l^g^ dé trente aâs à ^tie é|]k)qne ^ absorbé par les goûts frivoles et lessoudisde i'amoi»r ; iàies*éhiitiyoint encore appliqué

d'ailleurs aux études sérieuses. Le poète italien , selon Tabbé de Sades , ^n'aurait pas distingué riiistorien futur de cette foule ignorante de courtisans qui n'escorteni les princes que pour prendre part aux joies et aux fêtes prodiguées sur leur passage. On ne peut expliquer d'une manière plus vraisemblable le silence de Pétrarque sur Froissard. Mais celui-ci pouvait- il avoir les mêmes motifs d'inattention à Tégard d*un poète dont la renommée remplissait alors toute TEurope civilisjée ? Si Froissard a décrit minutieusement les fêtes du comte de Savoie , croyons que s'il se fût trouvé à la table du prince Galéas ^ à Milan , vis-à-vis de Pétrarque , cette rencontre eut été citée dsins se$ écrits comme une brillante époque de sa vie. Mais il est à présumer que le jeune Froissard , aussitôt après la célébration des noces y profita du séjour prolongé du prince anglais à Milan , pour faire des courses dans plusieurs villes dltalie , pendant que l'occasion en était si favorable.

On remarqua surtout aux festins de Caléas y trente jeunes gens , membres d'une académie que Pétrarque avait formée dans sa solitude de Linterno. Invités avec leur maître par Galéas aux noces de sa fille , ces jeunes littérateurs contribuèrent beaucoup à augmenter l'éclat des fêtes et le charme des repas somptueux , eu récitant devant l'auguste assemblée leurs compositions poétiques appropriées à la circonstance. Mais , pendant que le fondateur de la nouvelle académie se glorifiait des succès de ses disciples ., une lettre de François Brossano , époux de sa fille naturelle y vint

loi annoDcer la mort de leur enfant , Âgé de denx ans : Pétrarque était attaché par l'amour le plus tendre à ce petit-fils. Le tumulte et les réjouissances de la cour lui devinrent dès-lors insupportables ; il partît brusquement pour se rendre k Pavie auprès du père et de la mère , afin de consoler leur douleur , et laisser on cours libre à ses propres larmes. Sous l'influencç de sa profonde mélancolie , le poète fit ériger à Pavie même / un mausolée à son petit-fils , et 7 fit graver une épitaphe 011 Fenfant lui-même racontait sa destinée. Cette brève nécrologie est un chef-d'œuvre de sentiment et de naïveté :

« J'étais à peine on nouvel b6te de ee monde ; k » peine , de mes pieds faibles et délicats , j'avajs » touché le seuil funeste de eette vie doat le v^l est « si rapide ^

i> François fut mou pèr« , Françoise ma vxl^xf^ 1 » k leur. exemple je pris le même nom sous la fontaine » sacrée.

'3» Brillant de beauté , je fus le charme de oses pa- » rents , aqourd'hui je suis leur dodeur , seule pensée » qui jrend ma destinée mmns douce.

» Mais du reste , je suis heureux , j'ai aeqai$ sitôt et » sans efforts les joies d'upe vie véritable , et d'une » vie sans fin !

ce Deux fois le soleil avait achevé dans l'espace sa » route circulaire , la lune quatre fois ; et la mort

» vÎDt à ma rencontre -y je me trompe , c'est moi qui » marchai au devant de la mort.

» Vepise me donna au monde ^ Pavie m*en arracha , » je ne me plains point ; ici . la terre au ciel devait '» me rendre. »

Yix mundi Qovus bospeserain, vitaeque volaatîs

Attigeram tenero Iiimina dura pede FranciscuB genitor , genitrix Francisca , secutus

Hos de fonte sacro nomen idem tenui.

lof ans formosus ^ solamen dulce parentum , r

Nunc dolor , hoc uno sors mea laeta minui Gsetera sum felix et verae gaudia vitae

Nactus , et aeternx , tam cito , tam facile.

Sol bis , luna quater Oexum peragraveratorbem.

Obvia mors , fallor , obvia vita fuit.

Me Venetum terris dédit urbs , rapult Papia.

Nec queror , hinc cœlo rcstituendus eram.

De Pavie, Pétrarque alla{a Padoue^Tlsiter son ancien i , François de Carrare. Ce fut chez ku qu'il recul ane lettre du pape Urbain V , qui témoignait le plaisir que lui causerait la connaissance de Pétrarque. Le po^e honoré au-delà de toute expression , par les arvances bienveillantes d'un Pontife qu'il vénérait , se bâta de répondre que , malgré le vif désir qui l'excitait

à se rendre à Rome pour s'agenouiller aux pieds du Saint Père , néanmoins ^on âge avancé , l'ardente

température de la ville chretienDe en élé ^ le forçait , à regret , d^ajourner son voyage à FautoniDe prochain. Urbain , qui aimait Pétrarque sûr la seule lecture de ses écrits , pria Tévéque de Cavaillon , depuis peu créé cardinal , et son légat à Bologne ^ de joindre ses sollicitations à celles que lui-même venait de faire , afinrd'altirer Pétrarque à Rome. Philippe de Cabassole écrivit à son ami de manière à lui ôter tout prétexte de refus. Mais la santé du poète s'altérait de jour eu jour. Sa faiblesse physique était telle , qu'il eut besoin d'avoir recours à une main étrangère pour répondre au cardinal de Cabassole. Il lui répétait avec chagrin que , profondément touché de la faveur que lui témoignait le Souverain Pontife » sa santé délabrée lui rendait impossible le voyage de Rome. Mais Pétrarque ayant appris que le Pape était prêt à écrire lui-même , pour obtenir de sa part cette visite qu'il refusait à tant de prières , et jugeant qu'une plus longue résistance à une si aimable invitation serait désormais inconvenante , annonça au Souverain Pontife qu'il allait se mcfttre en route. Pétrarque partit en effet ; mais arrivé à Ferrare , il fut contraint de s'y arrêter , accablé par la chaleur et la fatigue. A son extrême faiblesse succéda un sommeil léthargique qui le priva de tout scntimeut pendant plus de trente heures. Le seigneur de Ferrare , Nicolas d'Est ^ touché de l'état allarmant de Pétrarque , l'avait fait transporter dans son palais , aOn de lui prodiguer des secours plus prompts et plus assidus. L'assoupissement du malade ne diminuant point d'intensité , parut enfin si semblable à la mort , que

Ton commença aie pleurer comme si on Teùt léellenicnt perdu. Une douleur universelle se manifesta aussitôt à Ferrare et dans les environs : riches seigneurs , classe moyenne de la population > hommes de lettres , tous accouraient en foule pour assister aux funérailles de celui qui était honoré comme un illustre parent dans chaque famille. Cependant l'homme qui faisait couler tant de larmes , et qui , en efiTet , s'était trouvé si voisin de la mort , reprit le sentiment de la vie au bout de trente heures ; mais craignant de poursuivre son chemin après un pareil accident , et ses forces d'ailleurs étant incertaines et chancelantes y Pétrarque se décida à revenir sur ses pas j il fut ramené dans un bateau jusqu'à Padoue. Résolu désormais de vivre à la campagne pour respirer un air plus salubre ^ il acheta auprès d'Ârqua une terre plantée d'oliviers et de vignes ^ où il fit bâtir une petite maison d'une architecture simple mais élégante. Et, comme chacune des retraites de Pétrarque avait vu éclore un ouvrage de son imagination sans cesse active y il acheva dans celle d'Arqua y le traité commencé depuis trois années </(? Jgnorantiâ sui ipsi'us et multorum. Le but que se proposa l'auteur dans cet écrit y fut de confondre l'orgueil de quelques jeunes gens de son siècle f qui ^ après lui avoir témoigné la plus humble déférence y avoir professé pour son talent et sa science une admiration sans bornes , recherché et goûté ses entretiens , considéré ses décisions comme des oracles incapables d'erreur, afleclèrent tout-à-coup de mépriser Pétrarque ; de le proclamer ignorant , petit esprit qui

n'avail du sa renommée qu'à la barbarie du siècle dans lequel il avait vécu -, que si tant de monarques , de princes, de puissants seigneurs Tav aient recherché, il n*avait du leurs caresses et leurs louanges qu'à la douceur de son caractère , àTaffabilité de ses manières, mais point à sa science , ni à son talent littéraire qui étaient nuls. Ces jeunes gens nourris des doctrines d'Âverroës(l), lequel, étayé des principes d'Aristote, avait nié la Providence , Timmortalilé de Tâme et sa spiritua- Hté , choisirent Pétrarque pour le sacrifier comme première victime aux sarcasmes de leur secte , parce que la Croyance de celui-ci aux dogmes du christianisme était une conviction profonde , et que la science dont on le prétendait dépourvu , était au contraire manifeste et incontestable. Ce fut alors que pour tirer une vengeance éclatante du mépris qu'on lui témoignait, Pétrarque écrivit cet excellent traité : De sa propre ignorance et de celle d'un grand nombre. Il consent à peine à se défendre contre la principale accusation dont on veut rbuniilier -, il avoue que bien des choses lui sont inconnues -, mais que ce défaut de science lui est com-

{<) Averroe2 , ou Aven-Roes , était un niédecyi arabe qui vivait à Cordoue , en Espag-ae , dans le 42iBe siècle : ou l'avait surnommé le Commentateur. Extrêmement laborieux et doué d'une grande pénétration , il se signala par ses commentaires sur presque toute la philosophie d'Aristote. Bien qu'ennemi juré du cbristiauisme et de la religion des juifs , il disait que le mahométisme était une religion de pourceaux , parce qu'elle n'avait pour objet que la satisfaction des sens.

mon avec na grand nooibre d'hommes , et il ajoute , que bien qu'Aristote 3iit beaucoup ^ il ignorait encorç ^ plus qu'il ne savisit.

Passant ensuite en rèVue les philosophes grecs , ij montre ayec une profondeur et une érudition pea communes , re^ravag^^Oioe , le ridicule qu'offrent toujours par quelque côté leurs divers systèmes du monde^ V prouve jusqu'à r,évidence qu'après les avoir méditiez loag-teo^s f la science humaine sur les grandes vérîtés qijua Von a cherché dans leurs livres , se réduit k pea d^ chose et presque à rien.

Malgré l'air vif et pur des montagnes Euganées qui avoisinaientrhabitation de Pétrarque , sa santé ne put entièrement se rétablir* P;étrarque y vivait avec une extrême sobriété 9 ne mangeant que des herbes et des fruits pendant les ardetiirs de l'été. Son médecin, allarmé de ce régime révère ^ voulait au contraire qu'il se prp* vàt de végétsi^u;;; pour ?e nojurrir d'aliments plus subfrtj]iiitiel3« Mais ie malade cwtinua.^a manière de vivre, et répondit a $lQQ joaédeein qu'il ne pensait pas que ia Providence eut faJUt juiitreejgi /si grande abondance )as fruits et les lé^unes pendaj;it la chaude saison , si leur usa^e devait être nuisible a la ^anté des hqimiiQ^ Il éprouva un chagrin véritable p en apprenant , fi^ mois de septembre 1 370 , que le Pape Urbajn venait de quitter Rome et l'Italie pour retourner à Avignon. Le Souverain Pontife avait motivé son départ de Rome , sur la nécessité de se rapprocher du roi de France , et de lui offrir, ainsi qu'au roi d'Angleterre , sa médiation , afin d'amener les deux monarques ri?a.ux a la

conclusion d'une paix durable. « L'Italie est en paix à » présent (avait dit Urbain) , et je veux prévenir la » guerre qui est prête à s'allumer encore entre la » France et l'Angleterre » (l).

La consternation fut générale à Rbmô , lorsque l'on y connut le projet d'Urbain , et l'on n'oublia rien pour lui faire changer de sentiment. Mais toutes les tentatives de ce genre furent vaines. On a cru généralement , dît l'abbé de Sades^ que l'amour de la patrie , la difficulté de s'habituer au climat de Rome , et surtout les sollicitations des cardinaux français , sans cesse renouvelées en faveur du retour à Avignon , avaient considérablement influé sur la détermination du Pape.

Urbain ne jouit pas long-temps du séjour d*Avignon^ où on l'avait entraîné. Arrivé à Marseille le 16 septembre , entré à Avignon le 2^1 du même mois , il tomba malade peu de temps après. Son état , qui ne présentait dans le principe aucun symptôme dangereux , devint bientôt allarmdint -, il mourut le 19 décembre 1570 , dans la soixante et unième année de son âge , et la huitième année accomplie de son règne.

Pétrarque témoigna de sincères regrets de la mort du Pape Urbain. 11 blâma avec sévérité l'excessive indulgence avec laquelle il céda aux désirs de ceux qui voulurent le ramener à Avignon ; mais il n'iiésita point à proclamer ce Pape un très-saint homme. L'opinion

{\) Teissier, His:toire des Souverains Pontifes qui ont siégé dans Avignon , pag. 286.

générale se trouva conforme à celle de Pétrarque. Eb France , comme en Italie , la mémoire d'Urbain V fut vénérée. Dans plusieurs villes , son nom fut invoqué dans les prières publiques. Dans Tabbaye de Saint- Victor à Marseille ^ où il voulut être inbumé, plusieurs miracles furent opérés sur sa tombe (1).

Les cardinaux assemblés en conclave pour donner un sucCesiseur à Urbain, élurent le cardinal Pierre Roger, qui prit , à son exaltation y le nom de Grégoire XI. Doué des plus belles vertus , remarquable surtout par sa douceur et sa modestie , Pierre Roger n'était âgé que de trente-neuf ans , lorsque le sacré Collège lui confia les clés de l'Eglise. Il avait connu Pétrarque en passant à Pavie pour se rendre à Rome en 1367. Cette rencontre avec le poète ayant toujours été depuis pour le nouveau Pape , un agréable souvenir y il écrivit à Pétrarque y peu de temps après son élection y pour le confirmer dans l'idée que ses sentiments lui étaient restés favorables y et qu'il se trouverait heureux de recevoir Pétrarque à Avignon , et de cultiver avec plus d'intimité sa connaissance. La lettre du Pape Grégoire parvint à Pétrarque , dans un moment où il rêvait un dernier voyage dans le Comtat-Vénaissin > où il exaltait son imagination et son cœur par l'idée d'une promenade sur les bords delà source de Vauclusc; il s'occupait même des préparatifs

(i) Teyssier. Histoire des Souverains Pontifes qui ont siégé dans Avignon , page 290.

poar ftOD départ , ioraque , le 7 mai 1371 , mi YioleiA l^c^ès de fièvre le saisit, et le plongea daos un som^^ içeil léthargique dont Tiiitensité fut si aHarmante , que Ips médecias oa présagèrent d'autre résultat que la o^vt ; Us prescrivirent néanmoins quelques remèdes pour le malade et recommandèrent surtout à ceux qui devaient passer la nuit auprès de son lit ; de ne pas laisser PéjU'arquis seul on instant, et de tourmenter à cbaqup minute^ par Tadmiaistratiofl d*ùn de ees remèdeÇy son ^ssoupissieniei^t extraordinaire. CétaiiVumque fQoyep , di'^iaiient-ils ^ de prolonger encore de quelques îoi^rs Tiexistence du malade. Celui-ci , avant de tomber dans cette profonjde léthargie , avait ordonné , au coplxaire, ans personnes qui fassistaieiit de ne jamais profiter de sa fajblesse qu'il sentait 5^aceroître , pour hn faire avaler <)es boissons à l'efficacité desquelles fl ne croyait point. Il voulait , disait-il , qu'on le laissât en repos , quel que fût le nouvel accident qui si& déclarerait. On obéit à Pétrarque et non aux médecins* Cenxrci ne se présentèrent que le ieu'^ demain au logis , avec l'appréhension de trouver mort leiir malade de la veiUe. Mais grande fut leur surprisje^ , en l'apercevant assis et écrivant dans spn c^bifîiet. Les médecins se retirèrent en s'écriant^ (( Pétrarque n'est pas un homme comme un aup >,re. » Cependant , malgré cette prompte convalescence , Pétrarque ne s'abusait point sur le danger qui le menaçait après deux accidents semblables. Il comprît qu'il devait désormais renoncer aux longs voyages , et soigner une santé qui se délabrait tous

fes jours davantage. L'aniertame de eette pensée 6é€ adoucie par une lettre du cardinal de Gaba^sole qui lui annonçait son arrivée à Pérouse. Le cardinal y était venu avec la mis'sion de faire rentrer dans Tobéis-* sance cette ville révoUée coûtre le Pape son souveraia naturel.

Pétrarque prit la plume avec joie pour répoifdré au cardinal de Cabassole. Celut^ci était le seul de tous ses amis du Comiat qui vécut encore. Aussi , lui exprkua^t-il avec la plu^ vive tendresse y le plaisir ru'il éprotiverait de le revoir avant de mourir. Il rappela dans sa lettre y avec un empressement mêlé de re* grets y les jours heuf eux et p^aisibles que tous deux e«seB^le ils avaient pa^sé à Vaucluse. Il promit au* cardinal d'aller le visiter à Pérouse au printem^ de Tannée suivante 1572. A Tépoqué fixée pour se rendre auprès de son ami , Pétrarque tenta de monter à cheval ^ imaginant que cette façon de voyager seraît pour lui la plus commode \ mais son extrême faiblesse Lempécbant de se tenir aveé fermeté sur la selle , il renonça a son projet , el fit part à Phifippe dé Cabassole du chagrin qu'il éprouvait en cédiant à de â' triâtes obstacles. Le moment approchait où cet uuiqhe ami qui restât à Pétrarque de tous ceUx qtfil avail! chéris dans le Comtat-VénaissiUy allait être encore ravi à ses affections. Le climat de lltalie , qui parut d^abord peu favorable à la santé du cardinal , lui devint funeste. Quelques mois après /ses forces dimi-^ nuèrent sensiblement ^ une maladie de langueur qui se déclara , consuma lentement sa vie ^ il mourut à.

Pérouse lo[^26 août 1372. Conformément à ses dernières Yolontés j son corps fut porté dans le Gomtat- Vénaissin et j enseveli dans une Eglise qui avait appartenu dans le principe à Tordre des Templiers, bâtie auprès de^la chartreuse de Bon-Pas , non loin du village de Caumont (1).

Cette mort fut la dernière plaie dont le cœur de Pétrarque futjdéchiré.Jfne pouvait se consoler d'avoir laissé mourir sans le revoir un]| ami si rapproché de lui. La perte successive de tous ceux qui avaient été Tobjet de 6on affection particulière , Tavertissait que lui-même , aussi y devait se préparer à quitter la terre. U attendait paisiblement la dernière heure du départ dans sa solitude. Le repentir de ses fautes ^ et la pensée du bonheur céleste se reflétaient dans ses poésies. Pétrarque se reprochait , surtout , la passion longue et délirante qui avait dominé son cœur pendant tant d'années.

SowKBT SB * Chaque jour (disait-il) , je vais pleurant mes jours » passés que je consumai dans l'amour d'une beauté » mortelle sans jamais m'élancer vers le ciel , et pour- » tantj'avais des ailes, pour ne pas offrir au monde » de vulgaires exemples;

» Toi qui fus le témoin redoutable de mes actions » indignes et impies , invisible et immortel roi des

(i) Les dépouilles mortelles du cardinal de Cabassole ont été transférées il y a cinq ou six ans à Gavaillon.

» cieax , viens prêter ton secours à mco âme égarée » eifragile^ répare ses imperfections par FâbondanfCe- » de tes grâces !

» Et si j'ai yécu dans la guerre ou au sein des » des tempêtes ^ que je meure du moins dans la paix » » dans un port sans orages ; en6n que mon départ » soit innocent , si ma demeure fut criminelle l

» Pendant ce peu de jours de vie qui me reste eu- » core , et pour l'heure d& ma mort , grand Dieu , » que ta main soit prompte à m'oiBfrir un appui , tu » sais bien qu'en nul autre qu'en toi je ne fonde plus » mon espérance ! »

r vo piangendo i miei passati tempi , Somtto 86 <

I quai posi io amar cosa mortale Senza levarmi a volo , avend' io V aie Par dar forse di me non bassi esempi.

Tu che vedi i miei mali indegni ed empi , Re del cielo , iavisibile , immortale , Soccorri ail' aima disviata e fraie , £ '1 suo difetto di tua grazia adempi :

Siccbë , s' io vissi in guerra ed iii tempesta , Mora in pace ed in porto ; et se la stauza Fu vana , almen sia la partita onesta.

A quel poco di viver che m'avanza ,

Ed al morir degni esser tua man presta ;

Tu sai ben , che 'n altrui non ho speranza.

La santé de Pétrarque fut toujours languissante ; il

B6 sortit plas de sa soliliide d*Ârq»»^ eu îl passait ses journées à s'entrelenir aVee les voisins qui le visitaient ^ et surtout avec son ami François de Carrare. En l'année^ 1374 y qui fut la dernière de sa vie ^ le poète n'écrivit plus rfen de remarquable. Il ne rester dé hïi , àt là daée de^ cette année , que quelques lettres à^Boccace ^ une entré" afutres ^ oà , le complimentant' ^f les grfteed de âtylè dont il a orné le Décamérôn , ri l'Q'ette éùv 1^ jeunesîsé de Fauteur , à l'époque où il écrivit ses Contes. , la fauto dont il s'est rendu coupable , en y outrageant les mœurs et la religion même. Pétrarque ajoute ^ néanmoins , que l'histoire de Griselda , exempte de souillures , l'avait ému lui*méme jusqu'aux larmes ; et qu'il, l'avait traduito en latin pour en faire goûter le charme à ceux qui ignoraient la langue^ italienne. Parmi les Contes de Boccace , celui de Gi'i^elda excite en effet au plus haut degré h sensibilité de Tânde , et c'est le seul où l'auteur ne s'ëcarfe jamais du respect que l'on doit à la morale ^ le seul dont le récit puisse être écouté sans reproches des personnes les plus sévères sur les principes dé la décence^ Cette lettre fut la dernière de Pétrarque à ses amis. Cette même année 1374 et le 18 juillet, selon quelques biographes , ou le 19 selon d'autres, se teru»oa la vie de l'homme qui était la gloire de son siècle. Ceux qui ont varié pour fixer le jour de sa mort , ne se sont pas mieux accordés sur la nature de la maladie qui l'avait causée. Les uns ont cru qu'il avait succombé à une attaque d'épilepsie , d'autres ont affirmé qu'il avait péri , frappé d'une apoplexie foudroyante. Jean Manzini de W Mbtbe , dafts.

ikûè lettre écrite à ses amis en 1388 , raconte la mort de Pétrarque d'une tout autre manière. Ses domes^tiques (dit Jean Manzini)^ ayant trouvé leur matlco assis dans sa bibliothèque , vis-à-vis d'upe table > ai la tête penchée sur un livre j ne s'aQarmèrent pas d V bord de son immobilité , parce qu'ils connaissaient l'habitude contractée p^r leur maître , de s'endormir après un long travail. Mais ^ surpris enfiq de ne pas l'entendre respirer , ils s'approchèrent d0 Pétrarque > et s'aperçurent qu'il était sans vie.

Muratori ne croit pas que Pétrarque ait été subi^ temeat frappé par la mort ; il pense , au contraire » que celui-ci ne succomba qu'à la suite d'une longue maladie ^ après avoir enduré des souffrances aiguës , «t reçu les sacrements de l'Eglise avec une piété remarquable. Infermatosi Jinalmente a morte , nella sad" detla villa d^ Arqua dopo avère con gran' sofferenza , sostenulo il mate , e con singolare pieià ricevuti i sacra* tnenti délia Chiesa , in età danni settanta adi iSdi Ifiglio delt anno W7 fi manco di vita. ( Vita di Francescp Petrarca compllata da Muratori ).

En6n ^ comme la vie entière de Pétrarque avait été merveilleuse , quelques témoins de ses derniers moments ont voulu aussi que sa mort eut été accompagnée de prodiges. Lombard de Serico racontait que Pétrarque ayant expiré entre ses bras , on aperçut à l'instant même , une nuée blanche qui s'éleva de son lit jusqu'au plafond de l'appartement où elle s'arrêta quelques minutes , et s'évapora en&oHe. L'historien Philippe Villani assure avoir ouï lui-même raconter le fait par Lombard de Serico.

Aussitôt qae la nouvelle de la mort de PéirarqUé fut répandue en Italie , la consternation y devint générale. Pétrarque était Foracle et Tadmiration de tous ses compatriotes. Les écrivains de Tépoque perdaient en lui un conseil et un modèle > les jeunes lettrés tin protecteur , tous les princes souverains un ami^ François de Carrare accourut le premier à Arqua i avec toute la noblesse de Padoue , pour assister aux funérailles de Pétrarque. L'évêque de Padoue y arriva bientôt aussi ^ suivi de son clergé. Le moine Bonaventure de Peraga prononça Toraison funèbre , et les larmes qui inondaient tous les visages parurent i disent les biographes italiens , aussi éloquentes que les paroles de l'orateur. Le corps de Pétrarque fut inhumé à Arqua , devant la porte d'une chapelle que lui-même avait fait construire , et qu'il avait dédiée à la Vierge. François de Brossano érigea dans la suite en face de la porte de la chapelle , un tombeau en marbre supporté par quatre colonnes f dans le^ quel le corps de Pétrarque fut enfermé. Ce monu^ ment existe encore aujourd'hui à Arqua ; on y Ut l'inscription suivante t

Frigida Frangisci lapis me TEGiT ossA Petrarcje y

SOSCIPE , VIRGO PARENS ^ ANIMAM SATE VIRGINE PARCE t FESSAQ^ JAM ÏÉRRIS COELl KEQUIESCANT IN ARCE ,

Asano DOMosi MCGCLsxun xvm JULn.

Pétrarque eut dans son siècle une renommée dont nul homme de lettres n'a joui depuis. A tort on à

ÎS09

Toulu considérer rigoorance de ee siècle même où il a vécu , comme la cause miique de Tadmiration universelle qu'excita sou talent. Mais d'abord , ne peut-* on pas répondre à cette opinion hasardée que mémo dans les temps où^ les sciences et les lettres sont le plus cultivées y on proclapierait extraordinaire le talent de rbomme qui redonne la vie à une langue qui meurt et perfectionne en la fixant celle qui vient de naître? c'est là pourtant la mervetile qu'opéra Pétrarque ! La pure latitaité ne se montrait plus chez aucun auteur de soà siècle^ lorsqu'il entreprit de reproduire dans son style la manière des écrivains de Tancienne Rome ; et s'il ne fini imiter qu'imparfaitement I9 fluide éloquence de Cicéron ^ la noble et mMe simplicité de César ^ la concise originalité de Salluste » la mordante précision de Tacite , et la riche abondaacade Ttte-Live , il faut convenir que Ton distingue quelquefois. chez notre prosateur de modei^ne latinité , quelques traits épàrs qui semblent tracés par la plume de ces grands modèles. C'est surtout dans la correspondance de Pétrarque que son érudition latine se montre dans toute sa force et sa délicatesse. A l'autour lui-même , Xkous avons du le choix de ces nombreuses épttres qu'il recueillit dans les dernières années de sa vie , et qu'il classa squs les noms de /amiliires ou variées , et d'autres sous le titre de/aiis de la vieillesse Familiarium, Variarumy Senilium^ Il dédia les dernières àSimonide, les premières à 5o^râ/^. L'empire 'qu'exerce Pétrarque sur le lecteur de sa correspondance est prodigieux. Il enchaîne son attention et multiplie

868 jouissances , tantôt par la gravité et la logique da philosophe , et tantôt par lenjouenient et la gatté da jeune courtisan aimable et spirituel.

Plusieurs de ses lettres adressées à Fempereur Charles IV « au tribun Rienzo , au pape Urbain V , aux citoyens de Rome , peuvent être considérées comme de très éloquents plaidoyers ^ où les moyens oratoires de conviction sont toujours associés à de nobles et poétiques images. Pétrarque instruit , intéresse et attache ^ soit qu'il traite les hantes questions de la politique , soit qu'il conseille les souverains ou les peuples , ou qu'il tente de pacifier des républiques en guerre ^ soit même, lorsque dévoilant sa bienveillance naturelle dans les plus minces détails de sa vie , il recommande un de ses amis à de puissauts seigneurs. Enfin le grand mérite de la corres-^ pondance de Pétrarque y c'est d'être tout à la fois et la véritable biographie de l'auteur , et les archives historiques de son siècle. La variété des stgets qui y sont traités rendent cette collection récréative et profitable , au philosophe qui peut y étudier les hommes dont il a été précédé de cinq siècles dans le monde; à l'historien scrupuleux qui ne rencontre là que des faits bien observés par un narrateur éclairé et contemporain ; au philologue qui veut marquer avec certitude l'époque où expirent la lit-^ térature et la langue latine , et signaler l'enfance ou compter les pas d'une littérature qui renaît et grandit sous l'influence du génie de Pétrarque. Mais c'est surtout par ses compositions italiennes que le

poète a obtenu un beau triomphe, et un triomphe durable : il n'est pas une des expressions ^ pas une des tournures contenues dans les Sonnets et Cantoni^ (disent les littérateurs italiens), qui ne puisse être employée aujourd'hui^ non-seulement dans la poésie, mais encore dans la prose.

L'auteur s'est occupé avec tant de soin du choix des mots , de Tordre et de la variété des pensées , revêtant celles-ci de couleurs vives à la manière des anciens, qu'il a donné à la langue toscane pour peindre toutes les passions de Tame , une abondance et une énergie qui semblaient n'appartenir qu'aux langues grecque et romaine. Sans goûter la grâce et la finesse des tours poétiques dans les Sonnets et Canzoni au même degré que les Italiens eux-mêmes, l'étranger qui les lit avec facilité , ne laisse pas que de charmer son esprit par les fleurs qui y sont partout semées , pendant que son ame se délecte dans les sentiments délicats et décents qui peignent l'amour du poète, comme dans la douce et chrétienne phi* losophie qui le consolent après son malheur* Les pensées poétiques de Pétrarque sont exprimées d'une manière si concise , le mot inutile en est si sévère** ment exclu , que l'on se rappelle toujours ses vers , après en avoir orné sa mémoire. Plusieurs mêm& sont de gracieuses ou sublimes sentences. Les Italiens ont toujours considéré ^les poésies qu'ils ont nommées il Camoniere comme le code invariable de leur langage et du bon goût. Leurs poètes épiques ,, lyriques y didactiques, élégiaques, et même drama^

tk|ae9 f ont . fouillé dans le Canzonierc comme àtjiS, Moe mine inépuisable p pour, en e^slxaire des peosées

pf.ofpjides, des images riantes , et jusqu'à la. nw-i Y,eauté de l'expression. Au fait « on ne peut s'empé-i cher de rendre à Pétrarjque cette justice , qu'à^ lex-. ception de quelques sonne^ts et d*un petit nomtM^e dOi y^rsr dan3 les Canzoni. où le trait, saillant quelquefois s'évapore en upe (voide antilhèsCi en. un vain jou. de mots, genre d esprit, du reste rque le$ auteurs^ latij;is du siècle de la décadence n'avaient, que tropi^ i^is ^n vogue, la majeure partie <]|es inspirations

de Pétrarque ne serait; pas d.ésavouée> aiypurd'liiiii », par celui de nos poètes à qui:oDt e^ fer 9it honneur. J'ajo^jte, qu*U. existe entre le poète italien et ceux, de notre époque en Fi^pnce, uue gïrande similitude* L'auteur du Canxoniere fut rinveotçi^r A^ cetlei poésie; soliloque et rêveuse qui, par: sa renaissance, il Jv a environ vingt an? , produisit unp révolution Utté*. raire. Quelle mélancolie inspiratrice et féconde dut agiter l'imaginatiou, de Pétrarque , pour lui dicter un volume de poésies dont les regret9 sur la mortf de Laure sont la pensée dominante, unique, et tou-. jours admirablement variée. Aussi, ^ un. poète célèbre, de nos jours , comme Pétrarque , frappé au cœur , diins l'objet de ses tendres affections , un poète dont les chants doux et mélancoliques se distinguent par un caractère d'originalité qui semblait être sa propriété exclusive , a voulu faire au poète, italien une large part dans les éloges que lui-même avait reçus, de la France entière. Le jour où les portes dp

Mcadémie s'oavrirwt. pour c% poète , ea. ce . jour solennel où» assis paPioi tes membres . du corps Ijt-? tëraire de là nation > il leurf parlait pour la première feis , el lëar dévoilait se3 plus intimes pensées , il BÏtésita^ pas à. preclfeu^er . Pétrarque le père de IouIa j>€4sîe motktme (i), Ën^ e^et ^ chezr le «poète italiiei^ conmne.chèz les Français* de notre âge » Taie >. l^s ^u^ j^ IjËîs arbres^ lèa fleara et' ^berbe de la prairie , tonl{ s'anime à la parole inspiratrioe pour reconnaître et honorer dans robjet aimé >. la pins belle merveiUe dé la natnre^ chez ll^alien encore comme chez les- Fran** cals, les regrets sur la- perte de Tobjet aimé sont consolés par la pensée d'une vie immortelle.

(^) M. de Lamartine, dans son discours de réception pF% nonce il y a quelques années à l'Académie Française , après avoir signalé la grande révoluttion littéraire opérée par le Christianisme et qaifait sentir son i influence dans les écrits 4e Dante y. Pétrarque y Tasse et. Hilton, ^'exprime de la manière suivante en énumérant les exigences de cette révolution chrétienne dans les lettres : a Elle nous demandé quel- )) que chose de grave et de mystérieux comme la destinée )) humaine , d'élevé comme nds espérances , d'infini Comme » nos désirs , de sévère comme nos devoirs , de' profond et y) de tendre comme nos pensées et nos'afféctipns; ellenoas y> demande enfin ce que le père de toate poësie nii^(|enie » a si bien défini : // cantar cke nelV anima si sente (♦). )) Ce langage qui s'entend , qui se parle , qui retentit dans » rame humaine , l'écho vivant de nos sentiments les plus » intimes, la mëlodiè^de notre' peiïsée. »

(*) Vers de Pétrarque dans le i78»« sonnet où le poëte décrit \t% perfections ^^Laare.

On a reproché à Pétrarqae certaines obscarités ; mais on n'en a pas assez remarqué la caase , laquelle provient le plus soorent de Tignorance da sqjet traité par le poète , ou de la circonstance qai lai a inspiré tel sonnet on telle Canzone. Qoelqnefois aussi , mais plus rarement, la difficulté de saisir le sens a pour cause le peu de soin que prit l'auteur de donner le dernier poli à des productions qu'il ne pensait pas dcToir être si estimées par ses contemporains et la postérité. Pétrarque nous assure lui-même qu'il les aurait travaillées davantage , s'il eût connu le prix que Von attacherait un jour à ses soupirs poéti* ques:

S' io av^essi peAsato che si care Fosser le voci de' sospir miel io rima.

Une chose assez remarquable dans les poésies de Pétrarque » c'est qu'il y décrit certains faits de l'his-. toire naturelle dont ressort la preuve que lui-même avait étudié la science et observé ces faits. Je n'en citerai que deux exemples parmi un grand nombre : ainsi, dans le sonnet 161, on voit que l'auteur connaissait la clôture de la corolle des fleurs pendant la nuit , clôture que les botanistes appellent le som* meil des plantes;

L' aura gentil che rasséréna î poggi Destando i fîor per questo ombroso bosco.

« La brise charmante qui égaie les collines, et » sous l'ombre de leurs bois , réveille les fleurs ça* » dormies. ^

i^fcftJMtfi '"f ffif TTrii y

Dans un 2^xiré sonnet, Pétrarque nous apprend comment de petits papillons qui viennent en été voltiger sur Toeil de l'homme , et trouvent la mort sous sa paupière, abaissée à Tinstant même , y sont attirés par l'éclat dont brille Tœil humain que ces insectes con^ fondent avec la flamme de la lampe.

Gome talora al caldo tenlpo Mole SempHcetta farfalla al lume avvezza Yolar negU occhi altrui per sua vaghezza , Ond' avven ch' dla more altri si dole :

« Gomme l'on voit dans une journée d'été y Timpru"' )> dent papillon, accoutumé à voltiger autour de la » lampe , venir aussi se jouer dans l'œil de l'homme, ^ où cherchant son plaisir il trouve la mort et cause » une douleur....» (Sonnbt 110.)

Je craindrais de fatiguer mes lecteurs par des citations multipliées ^ mais ils peuvent s'assarer par euxmêmes , en lisant le Canzoniere avec attention , qu'il 7 a de nombreux passages où Pétrarque a mêlé la science aux plus belles inspirations poétiques.

L'amour de Laure ne fut pas la seule passion dominante dans Fâme du poète ; deux autres j exer* cèrent toujours un égal empire s l'amour de la patrie et l'amour de la science. Le premier ,, le fit souvent déserter la solitude et le repos qu'il chérissait , pour accepter d'importantes et difficiles ambassades ^ abandonner des travaux littéraires commencés , pour écrire d'éloquentes épitres à des papes , des empereurs , et d'autres princes', afin de les émouvoir

âl6

par la peiniure de Topp^éssion soàs laquelle gémissait ritalie i et d*ea obtenir de puissants secours contre les auteurs de ces désastres. L'amour de la science poussa constamment Pétrarque ai la recherche des anciens manuscrits ^ et ses investigations plusieurs fois heureuses en déconyertes ^ contribuèrent icertai'^ nement a ressusciter le goût des études savantes dans sa patrie. Tous les monarques s'ekilpressaient de répondre à la voix du poète et favorisaient de tout leur pouvoir le succès de ses fouilles curieuses. Et lui , après une abondante moisson de connaissances , bien loin de cacher ses richesses ^ ou de n'en laisser voir que ce qui pouvait établir sa supériorité ^ était , au contraire ^ tourmenté du besoin de les répandre : il multipliait les manuscrits anciens par des copies t encourageait les sociétés littéraires existantes , en fondait de nouvelles, remplissait >Béjne les fonctions de professeur. Lé célèbre Jâan de Havenne > un des savants lésplts diatkigués. dans le 14'*'' siècle et -ta commenconent . du l^'^^ avait été disciple de Pé*** trarqae^ il fol appelé par les.Elorenttns pour ensei-^ gnér idans leur iviHe les • lettres ..et les sciencesTi . et les.meilieurs'littérjiteurs du qiMzième sièele^.lets que Léotiard et Charles Aretin , le Pogge , Ambroise le Camaldole, Jannozo Manneti, s'étaient formés aux leçons de Jean de Ravenne. C*èst de cette époque , l'an 1397 y xjuHi faut faire dater la renaissance des lettres comme des études savantes en Italie ; et ce n'a pas été ^ pour Pétrarque , une gloire médiocre que d'avoir été ^ quelques années auparavant , pour

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r^cconiplisseiiieBl de ce grand œuvre , le modèle éi rUistitutear des premiers fflaitnes.

Si dé rexameû des services qu'il a rendus ii la science , on passe k cehii de tous les écrits ^ de toilles les ambassades^ de tous les discours de Pé* trarque qui n'avaient d'autre but que la paix et la prospérité de sa patrie , et jamais celui de soHiciter pour lui-même la moindre faveur de tant de pfhicetf qui le traitaient en ami) il faut couvenir que Ton Irotfve^» tait difQcilemcQt an autre citoyen dont la vie privée et publique aH été aussi bien remplie qiié cette de t'étrarque. N'y a4-il pas sujet de s'étonner ^ en viiyànf tous les souverains de son époque le recherctieri s'empresser de lui offrir leur palais f&&t adte^ le si^plier d'y fiser sa vie , si Ton n'expliqae cette ar« dente émulation pour voir oo posséder un tomme de lettres ^ pat le haut mérite de celui qui fut Tobjet de tant d'avaoûas , par le cbariM doin et p^esqfue^ magique de ses diseours? Dira^t*ofl que son talent poéliqne ^ si rare dans son siècle , fit éclater de toiles parts cet ejutbousiasme universel? Mais Dm te avatt été poète avant Pétrarque » et poète plus imen'^ tetir que Ittt : Dante n'eut jamais cepeadaét id dana le monde polHîque ni aiqprès des souveraine de VEûtvp&f nue seisblàble in^ortattce ^ une si briltante renoasméei Ce qui rend les succès de Pétrarque plus mer«eil^ leux encore , c'est que , fils d'un èiàlé > ayant latt sa première édaeation sur la terre étrangère , n'ayant recueilli dans l'IiéréiMié paternelle qu'nae foetune' et un nom médiocees > entièreiaiient dépourvu do pTo<^

lecteurs , il ait tout d'abord flxé Tattention et conquis l^estiiue des grands dignitaires de la cour romaine , et que , parti ^ en un mot , des plus humbles rangs de la société ^ son génie seul lui ait frayé le chemin à la renommée , au triomphe du Capitole , à Tintimité des rois , des empereurs et des Souverains Pontifes!

Mes lecteurs ne seront peut-être pas fâchés de trouver ici le portrait qu*a tracé de Pétrarque ^ un de ses biographes :

« C'était un homme (dit Muratôri) a qui la nature » avait départi des dons incomparables, et Tétude » des lettres de plus merveilleux encore. Son phy- 3) sique était robuste , sa santé ^ toujours dans un » parfait équilibre , avantage qu'il dut à l'habitude » de s'abreuver d'eau plus que de vin , et de s'ali*^ » menter de végétaux plus que de viande. Ses yeut » étaient vifs ^ sa vue perçante. La couleur de son » teint tenait le milieu entre le blanc et le brun. » Ses eheveux avaient commencé à blanchir dès les » années de sa jeunesse. Sa physionomie ^ tout à la » fois imposante et gracieuse , lui gagnait au pre^ >» micr aspect la vénération et l'amour de tout le » monde ^ à tel point, qu'un jour le prince Galéas » Visconti , pendant que les personnages les plus ?> distingués de sa cour l'environnaient , ayant corn- » mandé à son (ils aîné encore enfant , ^de choisir » dans cette illustre société l'homme le plus sage 9 et de le lui amener , l'enfant , après avoir pro- » mené ses regards sur l'assemblée, marcha droit à » Pétrarque et l'entraîna vers son père.

» La eoQYersalion de Pétrarque était coDsCam*^ » ment iiitéressaote et agréable. li ne manifesta ja* » mais ni la soif ni le mépris des richesses. loac- » cessible à tout sentimeut d'orgueil , il D*en avait » pas moins la conscience de son propre mérite ; » mais il n'en était pas le prôneur. Ambitieux de » la gloire y on ne le voyait point la rechercher avec » afiectation , il la laissait d'elle-même oiarcher . à » sa suite. Il sacriGa sans peine à la jouissance du )> repos et de la liberté qu'il préférait à tout , d'émis ^ nentes dignités qui venaient à lui , et de plus belles » espérances encore. Quelquefois , il est vrai , des » considérations de nécessité ^ d'amitié , ou d'honneur » ]fd firent accepter le fardeau d'ambassades loin- » taines -, et par suite , le contraignirent de vivre » au milieu des cours , mais on sait qu'il ne se laissa » pas enfermer long-temps dans ces chaînes.

» Dans la m&lurité de Tâge , Pétrarque se dis- >^ tiugua surtout par un excellent fond de piété et » par de sévères pratiques religieuses , ainsi que » l'attestent ses propres écrits ^ son. leâtament et les » relations de ses historiens. Soumis rigoureusement a aux abstinences ordonnées par l'Eglise , il s'était » imposé y en outre , l'obligation de jeûner toi^ les » vendredis , jours pendant lesquels il .ne prenait » qu'un seul repas composé de pain et d'eau.

» Pétrarque se plaisait à jouer du luth , k dormir » souvent tout habillé , afin de se lever au milieu de » la nuit^ et de pouvoii^ se mettre plus promptement » au travail. U refusa toujours les bénéiices ecclésiasr

5tâO

i> tiques aiufquels était attaché le soin des âmes. » L'adversité ne put jamais abattre son courage , d{ » la fréquentation du grand monde et des cours 1» akérer son. caractère dHiomme de bien. Il aima » tendrement son frère Gérard le Chartreux ; plu-? » sieurs lettres du recueil de sa correspondance >» sont adressa \ ce frère » Pétrarque en fit aussi ^ mention dans son testament.

» Parmi les inlimes amis de Pétrarque , il faut » compter Létius et Socrate que lui-même nous a » fuit connaître sous ces deux noms supposés , et » que ses biographes ont cru être deux jeunes gens » attachés à la maisoii Colonne. La manie, de chan- » ger de pays qui posséda toujours Pétrarque ; cette » impatience qu'il éprouvait dans le repos, et qui n ne lui permettait pas de se fixer dans un emploi » quelconque , lui attirèreot surtout de la part de » certains amoureux , le reproche d^bomme incons-*. » tant: mais Pétrarque répondit d'une manière vie* » to rieuse à de pareils censeurs.

tt \l était infatigable au travail , et doué d'une » mémoire prodigieuse qui , de tous les souvenirs , » ne laissait échapper que celui des injures. On peut » dire que son genre fut admirable , et que Tappli" ift cation constante avec laquelle il le cultiva > le ren- » dit rhomme le plus remarquable et le phs sjHri- » iael de son siècle. En examinant ce siècle dans » lequel vécut l'auteur, on admire Pétrarque bien » davantage. Le manque de goût se faisait sentir à ^ cette époque dans les lettres comme dans les

9 étiute solîdea* Â resception de la titéologie et

V de? la jqrispriideiice , seoie» études en crédit alors^

»^ et giie Ton aaratl pa enseigner par de meilleares

w méthodes y les arts et les seieMes étaient négU^

^ gés , méprisés , même' en Europe. Fétr arque

» qui faisak ses débces dés écrivaiofs' htins les plus

» célèbres, se mit à écrire eo leinr (augae , je ne

» dirai point avec une pureté éé^ stj^le semblable à

n celle de ses modèles , mais; ce>rtainémeftt avec nue

» correction et une grâce inoonnuas: à ses cou-»*

)i temporains. Il aima p&ssionnément Virgile , Qcé'r

» ron > Sén^i^fi et saint Augustin* • . • • • » ...... Personne n'égala Pétrarque pour l'éru-t

9 dition antiqoe et la composition des vers latins.

» Cependant bii-méme s'aperçut plus tard que sea

» vers en langue vulgaire feraient plutôt sa renommée

^ que ses poésies latines. Daiks une lettre qu'il écrivit

^ un jour à Boccaee r i^ témoigna le regret de n'^oip

>^ pas employé presque tout aon temps à écrire dan»

1 la langue nouvelle., plutôt que dans l'ancienne. En

» effet , aujourd'hui: , pen de gens lisent VAfnqae.

p Ce poème lalin que Pétrarque avait travaillé avec

ïs une prédilection tonte particulière , [^érite pe^ nos^

s éloges. Mais quiconque entend bien la langue

^ italienne et 9a poésie, ne peut être insensible à

» la beauté des vers de ce parfait génie. On acr

» corde sans peine à Pétrarque Iç titre de prince

w de la poésie lyrique , comme on le proclame aussi

» un des meilleurs modèles^ un des plus brillai\ts

» créateurs de notre poé^e et de notre langue

» Â tapt de mérites littéraires unis aux

» mériles personnels , Pétrarque dat Thonneur d'être

» recbercbé par tous les grands de son siècle. Jae^

» qaes-Jean et Etienne Colonne , plusieurs autres

» cardinaux et éyéques , les comtes d'Ânguillara , les

» seigneurs de Corregio , les Scaligeri y les Yisconti ,

» les Carrare , les Malatesti , les Gonzague , le ché-

)? rirent et le comblèrent d*iionneurs. Il ne reçut pas

>i de moindres témoignages d'estime et d'affection

» des papes Clément VI , Urbain V et Grégoire XI ,

» du prince Louis de Bavière , de l'empereur Cliar-

» les IV et du roi de France Jean II. »

Me voici arrivé au bout de la carrière que je m'étais proposé de fournir : faire connaître dans un rapide essai > la vie de Pétrarque , et autant que je l'ai pu ^ sa poésie à ceux qui ignorent et la langue et les faits de la vie du poète. Les personnes dont le roman historique est la lecture de prédilection , me repro^ cberont certainement de n'avoir pas répandu plus d'intérêt sur l'amour de Pétrarque pour Laure. Mais il aurait fallu pour les satisfaire inventer dçs couversalions, des rencontres , une correspondance amou^ reu§e qqi li\^ se trouvent nulle pprt dans les bio-r graphes du poète et que je ne crois pas avoir jamais existé. Satisfait donc de ne donner au public qu'une bisfoire jvéritableî, je répondrai à ceux qui veulent du drame même inventé , par quelques lignes d'un juste apréciateur du mérite littéraire de Pétrarque , M. VictQi' Courtet , qui , dans un article critique iu-r

sëré il y a qaelqnes années dans le Messager de Faucluse , s'exprimait ainsi :

(c  quel litre connaissons-nous Pétrarque ? n'est-ce » pas comme poète ? La gloire qui a rejailli sur l'objet » de son culte est-elle donc autre chose qu'une om- » bre de sa propre gloire 7 Sans Ovide et Catulle , >v qui citerait Corinne et Lesbie ? que serait , sans » Properce ^ fe doua; nom de Cinihie ? Ferrare aurait- » il retenu celui d'Eléonore > sans les malheurs et les » nobles inspirations de Tasse ? Otez à Pétrarque » son auréole de poète , quel compte tiendra-t'on » de ses faméliques amours ! . . . . Eh ! ne sentez-vous » pas la verve du génie à chaque strophe de ces » odes qui ^ parlant à la fois de religion , d'amour et » de patrie , vous transportent par l'imagination à ua » âge que rêve involontairement votre cœur ! Exaltez » ce type original. Montrez combien il est grand au » sein de la demi^barbarie qui Tcntoure ; et > si votre » préoccupation est de retracer des scènes contem^ » poraines pour jeter sur votre œuvre une lueur du » temps d'alors ^ faites du moins converger tous les » rayons de cette incertaine clarté sur la grande » figure qui pose devant nous. »

L'étranger qui va aujourd'hui visiter Yaucluse n'entend citer de Pétrarque, que son nom répété Iraditionnellement par les habitants du village. Ces mêmes habitants , comme la plupart des voyageurs qui les interrogent , ignorent l'histoire du poète italien ; et savent seulement , pour l'avoir ouï dire , qu'il fit un long séjour sur les bords de leur source. Le

plus souvent encore , i|s îBcfaisente» erreur rétrftnger , en désignant comme rhabitatioo dePétrargae, le efaâteau de révèqpe Philippe de Cabiiasaie:« J'ai tenté , par cet essai , de remplir riounonse lacune qui existe dans la tradition locale. Je ser^i sattsCait si après» ravoir lu on pense y avoir trouvé eç qqe l'on chercher dans les ouvrages de ce genre : instmotion et intérêt. Si les naturalistes désiraient eonnaîti^e la topogra* pbie de Vaucluse , la minéralogie et la Flore de ses montagnes , des recherches sut .les eâm originelles gui atimeetent la souree , des observations exactes wv la crue , rabaissement et la températiire de celle-^ ci 9 iliS doivent cansulter rexeeilenl ouvragée publié par M. Guérin> sous le litre dé: IhscnjaûfAA ia

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