‹ Essai sur la vie et les œuvres de LucienChapitre 13 sur 140 · Même ouvrage, ibid · texte numérisé non relu

Même ouvrage, ibid

4. Lucien, d'après les Portraits, était en Asie en 163; or, d'après le Traité sur la manière d'écrire l'histoirCj il était en Achate en 164, ou, au plus tard, au commencement de 165. Il est donc venu d'Asie en Grèce en 164. Mais ce voyage est-il celui dont nous lisons le récit dans l'Alexandre ? Je le crois, et voici pour quelles raisons.

Dans son écrit sur la mort de PérégrinuSy qui est de 169 , comme on le verra plus loin , il dit à son ami Cronios : — c Tu te souviens que je te racontai tous ces détails , il y a longtemps déjà, lorsque je vins de Syrie; 1 je te dis alors que depuis la Troade , j'avais navigué avec lui , etc. i (Pérégrin.y 43 ). Il résulte de là que Lucien était venu de Syrie en passant par la Troade , c'est-à-dire en traversant l'Asie Mineure , plusieurs années avant 169. On ne peut guère douter que ce voyage ne soit identique à celui de 16i, car l'expression TrâÀai ne se justifierait pas, s'il était plus récent. Donc en 164, Lucien est venu de Syrie en Grèce par la Troade, et la phrase même du Pérégrinus indique suffisamment qu'il n'a suivi qu'une fois cette route avant 169.

Passons à présent à l'Alexandre. L'itinéraire décrit est le même. Si donc le voyage raconté là est antérieur à 169, c'est nécessairement celui de 164. Or on peut démontrer de plusieurs manières qu'il est antérieur à 169.

1" Le voyage raconté dans V Alexandre eut lieu (c. 57 } lorsque Eupator était roi du Bosphore. Eupator^ qui avait commencé à régner sous Antonin,

BIOGRAPHIE. t9

C'était donc bien , dans sa pensée , un départ définitif. Après avoir traversé la Cappadoce , il se détourna seul de sa route pour venir voir à Abonotichos en Paphiagonie le célèbre hiérophante et devin Alexandre. On peut lire Texposé de leurs relations dans l'écrit satirique que Lucien lui a consacré. 11 suffit de dire ici qu'elles ne furent rien moins qu'amicales. Lucien entreprit de démasquer publiquement l'imposture d'Alexandre ; et celui-ci , pour se venger , tenta de faire périr Lucien. Heureusement échappé à ce danger, il vint retrouver les siens à Amastris sur le Pont-Euxin , séjourna quelque temps en Bithynie pour y poursuivre une juste vengeance, à laquelle il dut renoncer , et finit par s'embarquer en Troade sur le même vaisseau que l'ascète Pérégriaus , dont il allait bientôt raconter la mort *.

ne semble pas avoir prolongé son règne an delà de la première moitié du règne de Marc-Aurèle ( Bceckh, C. I. G. t. II, p. 95 et 152 ). M. Fritzsche ( LucianxUj 1 , 2* p., p. 63) fait même remarquer que la majeure partie des monnaies d'Eupator ont été frappées entre 162 et 164. — 2* Une heureuse correction de MM. Burmeister et Jacobitz a restitué au ch. 57 de V Alexandre le nom de Lollianus Âvitus , qui fut gouverneur de Bitbjnie entre 161 et 169. Il est vrai que cette correction a été contestée par Fritzsche qui n'admet pas la forme Âuccroç. Cette forme en effet ne se trouve nulle part ailleurs ; mais^'est là une simple question d'orthographe; car la forme 'Âoûîroç , qui est dans Dion Cassius , peut être substituée à l'autre dans le texte de Lucien. La correction n'en subsiste pas moins y et avec elle une concordance précise permettant d'établir que le voyage de V Alexandre est antérieur à 169. — 3* J'ajoute que l'imposteur Alexandre ne paraît pas avoir vécu au delà de cette date. Les derniers événements auxquels nous le voyons mêlé sont des années 165 ou 166; et si c'est de lui qu'il est question dans la supplique adressée par le chrétien Athénagoras à Marc-Aurèle et à Commode en 177 , il était mort alors depuis longtemps déjà.

Je conclus de tout cela que le voyage raconté dans l'Alexandre est le même que celui qui est mentionné à la fin du Pérégrinua , et que ce voyage eut lien en 164.

i. Tous ces détails sont empruntés à V Alexandre. On est bien forcé de suivre le récit de Lucien, puisqu'on n'a aucun moyen de le contrôler. J'avouerai toutefois que je ne l'accepte pas sans quelque défiance. Les plus graves imputations à l'égard de ses ennemis lui coûtaient peu ; et il y a certainement quelque chose de suspect dans ce fait qu'il reconnaît lui-même n'avoir pu obtenir justice.

Lucien était à Corinthc vers la fin de 16i ou le commence ment de 465*. Quelques indices permettent de soupçonner, mais de soupçonner seulement . qu'il se rendit de nouveau en Italie pour accomplir une mission dont les gens de Samosate Tavaient chargé * . Sans doute il avait laissé sa famille en Grèce. II semble bien qu'il assista aux jeux Olympiques de 165'. A partir de ce moment , ses allées et venues nous échappent complètement ; mais on peut affirmer d'une manière générale qu'Athènes devint alors son séjour. Cela résulte des allusions dont ses dialogues sont remplis.

Prédilection de Lucien pour Athènes. — Le public athénien au second siècle. — Lucien , d'abord avocat et sophiste , abandonne la rhétorique et les tribunaux y pour se faire moraliste et satirique.

Nous avons déjà dit un mot précédemment des sentiments qu'Athènes inspirait à Lucien. Ce n'était pas seulement en raison de son glorieux passé qu'il l'aimait ; c'était aussi et surtout à cause des qualités toujours persistantes de ses habitants.

Page 1