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cherche à seconlormerau goûl de son temps. Voyez, [)ar exemple, le premier sonnet :
Qui voudra voir comme Amour me surmouto, Comme il m'assaut, comme il se lait vainqueur, Comme il renflamme et renglace mon cœur, Comme il reçoit un honneur de ma honte, etc.
Ces aniithèses, cette variété des expressions produites par l'amour, reviennent encore au sonnet XII .
J'espère et crain ; je me tais et supplie ; Or, je suis glace et ores un feu chaud ; J'admire tout, et de rien ne me chaut.
C'est à Pétrarque qu'il les a empruntées :
Amor mi sprona in un temo e affrena, Asseciira c spavcnta, arde e agghiaccia.
D'autres poètes y ont également recours. Loys(> Labbé a exprimé la même idée, en disant :
Je vis, je meurs, je me hriiie et me noyé''.
« C'est une chose étrange, dit Culh'tel, dans V Histoire des poëtes François^ que le premier s(»niici
' Iniltr (le S;i|'Iln.
— '■lui — de Ronsard, qui commence ainsi : Qui voudra voir comme amour me surmonte^ oit fait tant de mauvais singes. Vous diriez que la plupart de ceux de son temps, et après son temps même, n'eussent su par où débuter leurs sonnets amoureux, s'ils n'eussent celui-là pour règle et pour modèle. Mais, ô misérables copies ! que vous estes aussi éloignées du mérite de cet original, qu'un simple grotesque commencé est éloigné des portraits achevés de Michel-Ange. » Colletet pourrait attribuer à Ronsnrd lui-même ce qu'il dit de ses imitateurs; il n'est, dans toute cette partie, qu'un fade traducteur de Pétrarque, si fort à la mode alors.
11 ne faut pas davantage chercher son véritable talent dans les élégantes petites pièces où il traduit et imite Anacréon : l'Amour pifjué, l'Amour enchaîné, l'Amour prisonnier ne renferment l'expression d'aucun sentiment, et nous serions bien embarrassés si nous avions à étudier seulement d'après ces pastiches antiques les passions de Ronsard. Heureusement pour nous, il a écrit les Amours de Marie, d^ Hélène et de Genèvre; c'est là qu'il faut l'étudier, car c'est là qu'il est original.
Trois caractères principaux constituent le charme de l'amour de Ronsard. 11 est passionné, inconstant, mélancolique.
Imitateur de Pétrarque par la forme qu'il em-
ploie souvent, le sonnet, par ses comparaisons et ses métaphores, Ronsard n'a pas pourtant, comme lui, idéalisé l'amour. Il participe en cela à la toiii-nure générale de l'esprit de son temps. Pétrarque appartient encore complètement au moyen âge, époque où la femme est, pour ainsi dire, divinisée, du moins en vers, où elle est l'objet d'un cul le poétique, où placée sur un piédeslal, elle devient, pour ceux qui la chantent, une sorte de créature à part.
Laure est un être si pur, si céleste, qu'on est allé jusqu'à ne voir en elle qu'une personnilication de la gloire à laquelle Pétrarque avait consacré sa vie, un être dans le genre de la Béatrix, de Dante.
La Renaissance, époque païenne dans une mesure assez large, a presque partout négligé le côlé divin et surnaturel, que nous nommons aujourd'hui idéal. L'amour tel que le compienait Pétrarque y disparaît à peu près. Ronsard tient de son époque; il se conforme à ses mœurs; il aime à la façon d'Ovide et de TibuUe, il le dit lui-même :
Ainsi Tibulle aimait NY'incsis cl Délie.
Ml s'est même moqué de l'amour ])latonique de Pétrarque pour Lauie. C'est en vain qu'il a|)|)plle (léesaes ses maîtresses successives, qu'il veut placer leur ch(!V('lure parmi lesconslellatious ; son anutiir
n'est pas éthérép^il n'en considère pas lés objets comme^ippaitenant à une nature supérieure à la sienne^! est plus épris de leur beauté physique que de leur valeur morale/(exceplé pour Hélène, qu'il n'aima que dans sa vieillesse et d'une affection désintéressée) ; il se complaît dans la description de leurs charmes, et je connais mieux la couleur de leurs yeux ou de leur clieveux que les qualités de leur esjjrit.^1 semble qu'il considère l'amour terrestre comme le bonheur suprême. Nul n'en a mieux connu et mieux exprimé les transports : \
Amour, amour ! que ma maislresse est belle !
Je citerai comme modèle de ce genre, les stances: Quand an temple nous serons, Je veux Muses, aux brauxyeux (Odes, liv. \). Il Sciit également dépeindre à merveille les tourments qu'il endure. Ce madrigal, empreint d'un sentiment déjà tout moderne, en est une preuve éclatante :
Si c'est aimer, madame, et de jour et de nuict, Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire, Oublier toute chose et ne vouloir rien faire Qu'adorer et servir la beauté qui me nuit ; Si c'est aimer de suivre un bonheur qui me fuit , De me perdre moi-mesme et d'estre solitaire. Souffrir beaucoup de mal, beaucoup craindre et me taire, Pleurer, crier merci et m'en voir éconduit ;
Si c'est aimer de vivre en vous plus qu'eu moy-mesme,
Cacher d'un front joyeux une langueur extresme,
Sentir au fond de l'àme un combat inégal,
( liaud, froid, comme la fièvre amoureuse me traicte,
Honteux, parlant à vous, de confesser mon mal ;
Si cela est aimer, furieux je vous aime,
Je vous aime et sais bien que mon mal est fatal ;
Le cœur le dit assez ; mais la langue est nuiette.
Tout n'est pas irréproclinble dans celte pièce, mais le mouvement général en est bon, et l'ensemble en est empreint d'une émotion véritable. L'amom' est plus vrai chez Ronsard que chez beaucoup de poètes du seizième siècle. Un grand nombre d'entre eux chantent sans éprouver les sentiments qu'ils expriment, et tombent dans la fadeur, ou dans une déplorable exagération. Ronsard chante des impressions réelles ; il souffre d'une affliction profonde à la mort de Marie ; sa douleur se lit à travers chaque phrase ; on sent que cette perte l'a frappé au cœur. Malheureusement, chez lui, comme chez bien d'autres, les impressions, même les plus vives, ne sont pas très-durables : il semble que, lors du Irépas de Marie, sa vie, à lui, se soit brisée, et qu'il veuille suivre sa maîtresse au toml)eau; il s'écrie :
Kol (jui ail monde met son cœur, Fol qui croit à l'espoir mocqiieur Et à la beauté tromperessc !
Cependant, peu h pou sa douleur se calme; il oublie celle qu'il pleurait, et linit par la remplacer. C'est en vain qu'il dit de bonne foi cà son ami Pelletier :
Le temps léger s'enfuit
Je change jour et nuict de poil et de jeunesse Mais je ne change pas l'amour d'une maistrcsse.
Il devient inconstant; il le confesse lui-même ouvertement. Accablé d'idées sombres, n'ayant pas la force de les supporter, il cherche à s'étourdir par un enivrement passager.
C Mais ce qui fait le grand, le principal charme de la poésie erotique de Ronsard, c'est la teinte de vague mélancolie qu'il a répandue si souvent dans ses vers. La pensée de la mort est toujours présente à son esprit/ et c'est souvent au milieu des fêtes, dans les transports de la volupté, qu'il voit, comme Balthasar pendant le festin, un ari^êt fatal se dresser devant lui Ngl entend une voix qui lui rappelle la dure nécessité de quitter ce monde. C'est à cette pensée, si commune pourtant chez Horace et tant d'autres, qu'il doit ses meilleures, ses plus touchantes inspirations. C'est sous son influence que Ronsard a composé la célèbre odelette : Mignonne,
— 'il'i — allons voir si la rose., et le ravissant sonnet à Hélène : Quand rons serez bien vieille. Elle re- \ient à chaque page; elle semble l'obséder; c'est comme un glas funèbre qui retentit sans cesse à son oreille ^ /
Mais son âme, suivant la leçon d'une douce philosophie, sait qu'il est inutile de se roidir contre l'inexorable destinée, qu'il vaut mieux la subir patiemment, et jouir de la vie en attendant la mort.
^ Il arrive toujours à celte conclusion : Hatonsnous, car la vie est courte : >
Le temps s'en va, le temps s'en va, madame, Las! Je temps, non; mais nous nous en allons.
A mes yeux, ce désir de profiler d'une existence
' C'est la mélancolie de Calulle, qui p'iise, lui aussi, à la mort au milieu des plaisirs, et qui cherche par celte pensée, à s'exciter encore davantage à rinsouciance et à l'oahli :
Soles occidere et redire possunt Ni)bis quum seracl occidit brevis lux, N'ox est perpétua una dormienda,
Ce que notre poé'.e traduit ainsi :
La lune est coiislumi 're I)i; naisire tous les mois; Mais quand noire lumière Est éteinte une l'ois Sans nos yeux révcilior, Faut lon^'tcinps sommeiller.
si courte, celte appréhension porpétiicllo de sa fin constituent un des principaux charmes de la poésie erotique de Ronsard. Je le préfère dans ces moments de tristesse, et j'admire plus ses soupirs élégiaques que ses accents de triomphe et de bonheur.
Si Ronsard imite la forme, le tour extérieur des vers de Pétrarque, on peut dire, dans une certaine mesure, que Victor Hugo, en a imilé la partie idéale; non pas qu'il ait su créer un type qui puisse prendre place à côté de celui de Laure, mais parce qu'il envisage surtout dans l'amour le côté divin, et qu'il s'attache plus à l'union des âmes qu'à celle des corps. Il diffère, à cet égard, des poètes, ses contemporains, de Lamartine, qui, parfois, n'a été que le disciple d'Ovide et de Tibullc, et qui aimait à la façon de Ronsard, ou de Musset, disciple de Byron, qui, élevant l'amour à la hauteur du sacerdoce, a imaginé le type bizarre de Don Juan ; il est, avant tout, épris de l'amour intime et caché. Il dira , s'adressant précisément à Pétrarque :
Quand je sens ma pensée, ô chaste amant de Laure, Loin du souffle glace du vulgaire moqueur Eclore, feuille à feuille, au plus profond du cœur, Je prends Ion livre saint (piim feu célesle embrase. Où, si souvent, murmure, à côté de l'extase,
La résignation au sourire fatal ;
Ton beau livre, où l'on voit, comme un flot de cristal,
Qui, sur un sable d'or, roule à sa fantaisie
Tant d'amour ruisselant sur tant de poésie !
Si nous l'en croyons, il s'oublie lui-même dans son amour; il se sacrifie; il voudrait s'immoler : ces vers, quoique ce soit Hif^-Blas qui les adresse à la reine d'Espagne, semblent traduire ses propres sentiments :
Je suis un malheureux, qui vous aime d'amour. Hélas ! je pense à vous comme l'aveugle au jour. Madame, écoutez-moi ; j'ai des rêves sans nombre ; Je vous aime d'en bas, de loin, du fond de l'ombre; Je n'oserais toucher le boni de voire doigt ; Et vous m'éblouissez comme im ange qu'on voit.
11 avait exprime déjà cette idée dans Marion
Delorme :
Là haut, dans sa verln, dans sa beauté pieniière, Veille, sans tache encore, un ange de lumière, Un être chaste cl doux, à (jui, sur les cbemins, Les passants, à genoux, dcvjaient iendrc! les )nains. El moi, (pii suis-je, hélas! qui ramj)e avec la foule'/ Pounpioi troubler cette eau si belle, qui s'écoule? Ai-je droit (racce|)ler ce don de son amour Et de mêler ma bruuic cl ma luiil à son jour'/
Dans son premier drame représenlé, Hernan.i s'adressait ainsi à Dona Sol :
Doua Sol, mou amie,
Dites-moi, quand, la uuit, vous êtes endormie. Calme, innocente et pure, et qu'un sommeil joyeux Entr'ouvre votre bouche et du doigt clôt vos yeux, Un ange vous dit-il combien vous êlcs douce Au malheureux que tout abandonne et repousse?
Bien qu'il fasse parler là des personnages de sa création, on peut supposer, à l'insistance que met le poëte à revenir sur ces pensées, qu'elles sont naturelles chez lui. Lui, poëte, que la haine abreuve, suivant son expression, il craindrait de voir mêler la femme qu'il aime à sa vie orageuse ; l'amour est, pour lui, comme un port dans la tempête. Les qualités morales paraissent l'attirer encore plus que la beauté physique. Victor Ilugo n'excelle pas, comme Lamartine et Musset, à chanter les transports et les ivresses de l'amour; il en décrit plutôt les angoisses :
Oh 1 qui que vous soyez, jeune ou vieux, riche ou sage.
Si jamais vous n'avez épié le passage.
Le soir, d'un pas léger, d'un pas mélodieux.
D'un voile blanc qui glisse et fuit dans les ténèbres
Et comme un météore au sein des nuits funèbres.
Vous laisse dans le cœur un sillon radieux ;...
Si vous n'avez jamais, à l'heure où tout sommeille, Tandis qu'elle dormait, oublieuse et vermeille, Pleuré comme un eui'ani, à lorce de souiTrir... Si vous n'avez jamais senti que d'une femme Le regard animait dans votre âme une autre âme, Que vous étiez charmé, qu'un ciel s'était ouvert, Et que, pour cette enfant, qui de vos pleurs se joue, Il vous serait bien doux d'expirer sous la roue, Vous n'avez point aimé, vous n'avez point souffert !
Sa Muse est surtout la muse du foyer ; ce sont les joies de la famille qu'il peint le mieux, et les enfants lui ont inspiré ses vers les plus louchants : ce qu'il rêve, c'est moins le délire d'un moment que le calme d'une vie à deux, douce et paisible, les plaisirs intimes du foyer domestique :
Ah! si vous rencontrez quelque part, sous les cieux,
Une femme au front pur, au pas grave, aux doux yeux ,
Oh ! (pii que vous soyez, bénissez-la ; c'est-clle Mon orgueil, mon espoir, mon abri, mon recours. Toit de mes jeunes ans qu'espèrent mes vieux jours !
Ronsard el Victor Ilugo ont compris différemment l'amour. Celui-ci l'a considéré comme une chose grave et austère; il en a tenu les engagements pour sacrés; celle qu'il chanle, c'est la compagne de sa vie, la consolatrice de ses jours mauvais. Celui-là, au contraire, n'a envisagé que le
côté enivrant et passager do l'amour; il a bu à longs traits à la coupe du plaisir, sachant qu'elle se détournerait bientôt de ses lèvres, et se hâtant d'y puiser, pour le peu de temps qu'elle lui était offerte.
CONCLUSIOiN
Je ne veux pas terminer un si long parallèle entre ees deux grands poètes du seizième et du dix-neuvième siècle, sans ajouter quelques mois sur les destinées de leurs œuvres.
Autant que l'on peut préjuger de l'avenir, il semble qu'il y ait encore un dernier rapprochement à faire entre Ronsard et Victor Hugo, et que le jugement de la postérité doive être aussi sévère pour l'un que pour l'autre.
Ronsard s'est survécu à lui-même. Il est mort éclipsé par Desportes ; son nom est bientôt tombé dans l'oubli, et un arrêt définitif, quoique trop dur, fut prononcé sur son compte par Boileau, qui a consacré dix vers, à peine, à un des chantres les plus féconds de la France. Aujourd'hui même,
pour l)eaucoup do lecteurs Icltrés, le nom tle Ronsard demeure entouré d'un corlége d'épithètes qui en semblent inséparables ; on revoit tout de suite, en pensée, dès que ce nom estcilé, son faste pédan- Icsque^ et on ne parle qu'en souriant de ce poêle orgueilleux trébuché de si haut.
Cependant, après deux siècles de dédain et d'oubli, il s'était produit une réaction. L'école romanlique, par un mouvement louable, mais assez peu raisonné, crut voir une victime dans Ronsard et lui dressa des autels. Ce fut dans un but d'opposition qu'on le réhabilita à la fin de la Restauration. Il suffisait que Roileau l'eût attaqué pour qu'il trouvât aussitôt des défenseursacliarnés.Rizarre jeu du sort! Ronsard, le poète autoritaire [)ar excellence, le chantre de la maison de Valois, le poëte courtisan, fut défendu avec ardeur par les champions des réformes littéraires, qui l'égalaient ou le préféraient aux écrivains du dix-septième siècle, et voulaient le venger des outrages qu'avait reçus sa mémoire. Cette tentative de réhabilitation, dont Sainte- Beuve fut le principal promoteur, n'a réussi que dans une certaine mesure, et, en dépit de tant d'efforts, on n'est pas parvenu à le replacer tout à fait sur son antique piédestal.
Viilc;iiii iiiipiiiu'imiit ne Idiiilm p,is des ciciix.
Le poëtc erotique, l'auteur de plusieurs élégies charmantes, le traducteur d'Anacréon, est ffoûté des esprits cultivés ; mais jamais le poëte épique ne sera universellement accepté. Aussi, le sort de Ronsard semble-t-il à peu près fixé. Son œuvre est assez connue maintenant pour ne plus pouvoirdonner lieu à aucune surprise. Il y aura toujours un f^rand intérêt à l'étudier, et en lui-mème> et pour l'influence qu'il a exercée sur son temps ; mais sa langue et ses idées sont trop éloignées de nous, pour que sa poésie ait aucune application réelle pour notre époque.
Pour ce qui est de Victor Hugo, on comprend aisément quelle réserve doit être la nôtre, quand il s'agit d'indiquer le sort futur d'un poëte encore vivant. N'a-t-il pas dit lui-môme avec vérité :
L'avenir n'est à personne...
De quoi demain sera-t-il fait ?
Il semble déjà, cependant, que sa destinée poétique soit assez accusée pour qu'on puisse la pressentir. Comme Ronsard, Hugo se survit à lui-même : ses dernières productions ne sont plus que le& derniers vacillements d'une lueur près de s'éteindre. A mesure qu'il vieillit, ses qualités diminuent et ses défiiuts s'exagèrent. Il était parfois obscur, il
devient incompréhensible; il élail souvent oniré, il dopasse les bornes de l'exagération ; quelques ouvrages même de sa première manière ont déjà considérablement perdu. Quand l'auteur lan- (jait, comme un manifesie, sa préface de Cronuvel; quand il écrivait Hcrnani, pour jeler un défi h l'école régnante, il croyait imprimer, à la littérature contemporaine, un mouvement dont elle se ressentirait longtemps. Il s'est écoulé, depuis, à peine un demi-siècle, et on peut déjà s'apercevoir que l'étoile de Victor Hugo pâlit. Les années se succèdent; les points de vue se modifient, les idées et les théories passent ; les œuvres restent seules, et n'ont plus, pour se soutenir, que leurs qualités intrinsèques.Il est trop clair que l'heure du triomphe a cessé de sonner. — Qu'un aude demi-siècle vienne encore, et il semble probable qu'une ombre, de plus en plus épaisse, s'étendra peu à peu autour de ce grand nom. Puis, sans doute plus tard, dans l'ensemble considérable des œuvres de Victor Hugo, on choisira les meilleures et on formera un recueil d'extraits, une anthologie qui eu vaudra bien d'autres. La réputation du poêle flottera peut-être ainsi ballolée par le caprice de la mode, ne sombrant jamais sous la vague, mais ne p.irvenanl jamais non })lus au port, où les génies d'ini ordre su|)éiieur, les génies complets et jjurs
se reposent paisiblement, dans la possession d'une gloire indiscutée.
Assurément, un tel homme aura sa place marquée dans l'histoire de la poésie française, et son nom sera souvent cité. Il restera dans notre littérature, mais non pas tout entier ; en cela, il partagera le sort de Ronsard, si bien que ces deux écrivains fameux auront encore, dans leur destinée, cette dernière ressemblance , que la postérité ne conservera avec respect que des lambeaux de leur œuvre.
PAllIS. - IMI'. sIMO.N r.AÇ.lN ET COMI'., IICE D'iCliFClU 11, 1.