‹ Essai sur la vie et les œuvres de P. de RonsardChapitre 22 sur 25 · DE L AMOUR, CHEZ RONSARD ET CHEZ V. HUGO · texte numérisé non relu

DE L AMOUR, CHEZ RONSARD ET CHEZ V. HUGO

Nous avons eu souvent, dans le cours de celle élude, l'occasion de parler du côlé arlificiel de la poésie de Ronsard. Nous l'avons monlré, embouchant la trompette épique, pindarisant et tout plein du dieu qui l'inspirait. Mais, avouons qu'il sait parfois quitter ce rôle, et que, lorsqu'il aborde l'élégie amoureuse, il peut connaître la simplicité. Poêle erotique, dans toute la force du terme, Ronsard a saisi toutes les nuances, toutes les finesses, toutes les délicatesses de l'amour, et il les a décrites avec succès, en sachant passer par les tons les plus variés. Son langage, fréquemment roide et guindé, devient, dès qu'il aborde les sujets doux et tendres, [)assionné et vrai. Un de ses grands défauts, c'est que souvent il chante pour chanter, n'ayant rien d'important à dire, et qu'il tâche de déguiser, sous

la richesse tle la l'orme, le vide de sa pensée. C'est alors qu'il fait intervenir tout l'appareil niythologique, qu'il prodigue les comparaisons; mais dès qu'un sujet sérieux s'offre h lui, dès qu'il rester véritablement lui-même, sa pensée s'élève et s'épure.

Nulle part Ronsard n'a été plus lui-même qu'en matière d'amour ; nulle part aussi, il n'a été mieux inspiré; nulle part il n'a eu d'accents si touchants. Remarquons qu'il faut distinguer chez lui la partie originale et l'imitation, soit des anciens, soit des modernes.

Quand Ronsard commence à chanter Cassandre, premier objet de son amour; au moment où il est de retour de ses voyages avec Baïf, Langey, Lassigny, il n'a pas encore passé par l'auslère école de Daurat, et il est tout plein de souvenirs italiens. En lisant les sonnets de sa jeunesse, on découvre une parenté intime entre Ronsard et les poètes de l'école de Marot, qui ont inti'oduit chez nous le sonnet : fond et forme, tout est généialement emprunté à Pétrarque, dont le charme incomparable ne passe malheureusement pns dans les traductions. ^

Pour quiconque a une légère notion de la littérature du seizième siècle, le premier livre des Amours est à peu près dépourvu d'originalité : il n'y faut voir que le travail d'un jeune homme qui

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