AVANT-PROPOS
J'ai tenté de faire sortir de Fombre où elle était oubliée la vie d'un grand homme. Je me suis servi de tous les historiens et surtout de ceux du pays ; j'ai beaucoup trouvé, dans les chroniques, les lettres et les ouvrages d'alors. Afin de ne pas alourdir mon livre, j'ai supprimé autant que possible les notes et commentaires, m'efforçant d'indiquer au cours même du récit les sources où j'avais puisé.
On raconte que sir Walter Raleigh, alors qu'il était enfermé à la Tour de Londres, déchira désespérément un ouvrage historique auquel il travaillait pour n'avoir pu découvrir les raisons premières d'une dispute entre deux prisonniers, malgré qu'il eût tous les renseignements nécessaires et que cette dispute se fût déroulée sous ses yeux. Comment attendrai-je au passé?
Il AVANT-PROPOS
pensa-t-il. Je n'ai pas eu Timplacable courage de sir Walter Raleigh ; et, malgré le reste de mécontentement que j'avoue devant les pages suivantes, j'ai été moins sévère pour moi-même. Que la faute en soit rejetée à cette histoire florentine, une des plus passionnantes que je connaisse. Lorenzo de' Medici m'a retenu violemment. J'ai aimé, en racontant son admirable exemple, me rendre compte de la façon dont une âme fervente et réfléchie était parvenue à museler la chimère d'un gouvernement républicain. J'ai pensé qu'à notre époque de lâcheté, de petitesse et d'infamie boiteuse, le parfum de la Renaissance offrirait une leçon.
Et je demande au lecteur de s'en tenir à ce mot net et loyal : Essai.
ESSAI