SECONDE PARTIE
Des Grâces de V esprit.
Il y a des personnes qui font paraître dansi leurs discours une manière de penser, unsentiment, un tour d’expression si agréableque nous ne pouvons les entendre sans être touchés de leurs paroles : c’est en général ce que nous appelons grâces de l'esprit; des beautés , ou plutôt des agréniens du discours,, qui non seulement nous plaisent par le sens (les paroles , mais qui nous font plaisir par le tour qui les accompagne. La conversation des honnêtes gens du monde, surtout quand ils ont su joindre un peu de culture à un. bon. fond de génie naturel, nous en fournit des exemples de toutes les sortes. Ce n’est pourtant pas dans c^es entretiens libres que nous allons considérer les grâces de l’esprit; car, outre qu’elles ne doivent s’y montrer, pour ainsi dire, que dans leur négligé, on les y voit ordinairement si mêlées avec l’agrément des manières , qu’il est très-difficile de les en bien
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distinguer. Il faut, pour s’en former des idées moins confuses , les envisager toutes seules dans ces discours suivis et pi-éparés , où il leur est permis de, paraître dans tout leur e'clat; je veux dire dans les discours qu’on appelle ouvrages d’esprit.
C’est donc là, Messieurs, que nous croyons devoir considérer les grâces dont je parle pour en découvrir le véritable caractère. Mais comme je n’ignore pas que je n’ai acquis dans la république des lettres aucun droit de prononcer sur une matière si délicate, j’aurai soin de ne rien avancer que sur la foi des plus grands maîtres du bon goût , anciens et modernes.
Jamais leur concert ne fut si unanime. Ils ont tous d'abord posé pour principe qu’un ouvrage d’esprit ne peut plaire sans lesGrâces. Hésiode les donne pour compagnes à toutes les Muses; Théocrite les invoque pour lui dicter ses vers; Cicéron “veut que son orateur en orne son éloquence, et à plus forte raison les poètes les doivent-ils regarder comme essentielles à leur art. C’est, dit Horace, une loi indispensable dans la poésie :
Nonsatis est pulchra esse poemata: dulcia sunto.
Vous avez fait un poème plein de beautés : ce n’est point assez pour plaire ; il faut que ces beautés soient louchantes et gracieuses : r/îz/cm sunto. Notre Uoi aoe français
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donne à nos poëtes la même leçon dans son Art Poétique :
De figures sans nombre égayez votre ouvrage ;
Que tout présente aux yeux une riante image :
Sans tous ces oriiemens le vers tombe en langueur , La poésie est morte , ou rampe sans vigueur,
La nécessité des grâces dans un ouvrage d’esprit est donc incontestable. Il faudra un peu plus d’attention pour découvrir en quoi elles consistent^ quelles en sont les sources naturelles, et enfin quelles sont les matières ou les sciences qui en sont susceptibles. Trois questions importantes que nous allons tâcher de résoudre, ou du moins de mettre en état d’être résolues par des esprits attentifs.
Pour décider la première, je vous prie, Messieurs , de vous rappeler le tableau des Grâces. Il y en a trois , dont les noms symboliques signifient brillant ^ douceur, vivacité J qui se tiennent toutes par la main ; toujours riantes, jeunes et vierges; décemment vêtues , simplement, mais avec élégance ; en robe traînante, légère , et d’une étolfe un peu diaphane.
C’est une énigme que nous avons déjà expliquée en général. 11 est ici question d’en appliquer tous les symboles aux ouvrages d’esprit en particulier. Pourquoi trois Grâces ? pour nous apprendre que, dans un discours , un seul agrément ne suffiit pas pour soutenir long-temj»s îioire aiiUtition.
Le brillant tout seul fatigue r la douceur toute seule affadit : la vivacité toute seule étourdit. Les trois Grâces doivent donc se tenir par la main dans une composition ; c’est-à-dire , que le brtllant doit être doux , la douceur, vive , et la vivacité douce et lumineuse i elles sont toujours riantes , parce que c’est la gaîté de l’esprit qui leur donne la naissance^ toujours jeunes, car elles sont de la nature de l’âme, que l’âge ne ride pas; toujours vierges , autrement ce ne seraient plus des Grâces d’esprit , mais des courtisanes indignes de nos regards ; elles sont décemment vêtues ; car comment la plus belle pensée , ou le plus beau sentiment, pourraient-ils nous plaire, si les paroles, qui en sont comme les vètemens , n’y convenaient pas? Mais, du reste, elles ne demandent pas beaucoup d’apprêts; la propriété des termes, avec un peu d’élégance, en doit faire toute la parure. Par la même raison, elles marchent en robe traînante; parce qu’un peu de négligence ne sied pas mal aux grâces, dont le principal soin doit être d’imiter la nature ; on ajoute enfin , que leur robe est légère et d’une étoffe un peu diaphane. Pouvait-on nous apprendre plus ingénieusement deux grandes règles de l’art oratoire ? La première , que , si un discours doit avoir des ornemens , il ne faut pas qu’il en soit trop chargé; la seconde, que ,
s’il peut souffrir quelques obscurités y il faut que la pensée de fauteur se découvre sans peine au travers.
Je ne crains pas, Messieurs ^ que les personnes un peu versées dans la philosophie allégorique des anciens, me disent que ces applications de leur tableau des Grâces aux ouvrages d’esprit , sont arbitraires ; elles sont trop justes pour n’êlre pas de la première institution du peintre. Mais si fon avait làdessus quelques scrupules nous avons de quoi les dissiper.
Consultons encore les oracles dés grâces littéraires. Nous les voyons représentées avec les memes traits dans les auteurs qui les ont le plus étudiées. Horace, l’esprit le plus fin de la cour d’Auguste, la plus spirituelle qui ait jamais été , nous les décrit en deux mots dans le portrait de Virgile, Varius, dil-il , a une force , une énergie , une vivacité de composition qui le feront toujours admirer ~ mais les Muses ont accordé à Virgile ce tour facile et agréable qui le feront toujours lire avec un nouveau plaisir :
I I ► forte epos ^ acer^
Ut nemo , Varius ducit. Molle , atque facetiim Firgilio annuerunt gaudentes rure Camœna.
Remarquez , s’il vous plaît , ces deux qualités qu’Horace réunit dans l’idée d’une composition gracieuse : Afo/Ze, atque face- /nw. C’est-à-dire, un style doux et piquant t
dei>x qualilés opposées en apparence, mais qu’il faut savoir accorder ensemble, ou renoncer aux grâces dans le discours. Autrement, qu’arriverait-il? la douceur du style', toute seule , deviendrait bientôt fade. iN’estce pas le sort de la plupart des élégies anciennes et modernes ? Le style piquant tout seul nous déplairait peut-être encore plus tôt par un sel trop prodigué. N’est-ce pas le sort de ces auteurs pointilleux , qui ne parlent que par épigrammes? Que faire donc enfin , pour plaire à coup sûr ? Tempérez l’un par l’autre. Il n’y a que l’accord bien ménagé du doux et du piquant qui puisse former ce qu’on appelle une composition gracieuse. Et apparemment c’est de-là qu’un de nos poètes a tiré cette belle définition de la poésie française :
L’art d’attraper facilement, ‘ j
Sans être esclave de la rime ,
Ce tour aisé , cct enjouement ,
Qui seul peut faire le sublime.
Sénèque (i) noos dépeint les grâces du genre oratoire à peu près sous les mêmes couleurs. Lisez Cicéron , dit-il â son ami Locile : sa composition est toujours ône , soutenue sans contrainte, nombreuse^ coulante , ornée^ souple J tendre , mais sans to.mber dans
(i) Sén. Ep, 100.
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l’infamie d’une mollesse efféminée : Legs Ciceronem : compositio ejus una est , pedem serval, curata , lenta , et sine irifamia mollis. Il ne manquerait rien à ce portrait des grâces oratoires, si l’auteur y avait ajouté le facetum d’Horace , qui , dans toute son étendue , convient mieux à Cicéron qua Virgile.
Mais il faut pardonner cet oubli à Sénèque en faveur d’une autre espèce de grâces, dont il a reconnu la nécessité dans la composition , et qui me paraît, je l’avoue , la plus belle des grâces de l’esprit ; c’est la justesse. Mais quoi! cette justesse que nous abandonnons si volontiers aux mathématiques pour en dispenser tous les autres genres d’écrire ? Oui , Messieurs , je tiens la j ustesse pour une grâce dans le discours en tout genre de composition ; et je veux ])ieo m’en rapporter à vous-mêmes , quand vous aurez pris la peine d’entendre Sénèque.
Voulez-vous savoir, dit-il à un bel-esprit ÿ)hilosophe , ce qui m’a plu dans votre lettre? Vous avez les paroles à commandement: elles ne vous entraînent jamais au-delâ de votre but, comme ces auteurs qui s’écartent à tout propos de leur sujet, pour courir après quelque mot brillant: c’est un écueil dont la belle apparence ne vous séduit pas. Dans votre manière d’écrire , tout est concis , tout vient juste à votre matière ; vous dites partout précisément ce que vous voulez dire ; et
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vous faites partout entendre plus que vous ne dites : Audi quid me in epistola tua de-' lectaverit. Hahes vetha in potestate : non éffert te oratio f nec longius, quant destinasti , trahit. Multi sunt f qui ad id quod non proposuerant scrihere y alicujus verbi décoré placentis vocentur ; quod tibi non evenit. Pressa sunt omnia , et rei aptata. Loqüeris quantumvis ; et plus significas , quant loqüeris. Le passage es t un peu long ; mais il est substantiel^ vif, plein j et il n’y a point là de paroles perdues. C’est ce que nous entendons par justesse dans le discours^ justesse dans la pensée , pour nous éclairer sans nous éblouir par trop de brillant : justesse dans le tour qui l’accompagne, pour nous y appliquer sans nous distraire par des sentimens trop vifs : justesse dans l’expression , pour nous rendre la vérité sans l’obscurcir par un tas de paroles superflues , ou trop figurées. C’est ainsi que tous les maîtres de l’art en ont jugé dans les beaux siècles du bon goût naturel. Or de-là, que doit-on inférer ?
Ma conclusion est , que nous devons mettre la justesse au nombre des grâces du discours : et il ne serait pas même difficile d’en trouver le symbole dans la taille fine et déliée que Socrate kur donne dans son tableau.
Jusqu’ici , Messieurs , je me suis laissé conduire par l’autorité des maîtres de l’art.
j5our établir la vraie idée des grâces de l’esprit : Il est temps de consulter la raison en elle-même pour répondre à nos deux autres questions. Quelles sont les sources naturelles des grâces du discours ? Et quelles sont les matières qui en sont susceptibles? Je répondrai à toutes les deux par le même priii’cipe.
Il est évident que les hommes étant composés d’esprit et de corps, le commerce qu’ils ont ensemble parla parole n’est pas un commerce purement spirituel ; mais un commerce d’esprit, où il entre du sensible pour donner , si j’ose ainsi dire , du corps à leurs pensées : c’est le principe. Et , pour me restreindre aux discours médités , qui sont ici mon principal objet, neconvient-on pas universellement que toute composition doit être une peinture , et une peinture animée pour soutenir l’attention du lecteur ou de l’auditeur ? Tirons la conséquence : la composition est une peinture; il y faut donc des images : c’est une peinture animée j il y faut donc des sentlinens. Mais ces images et ces seniimens, dans quelles sources les irons-nous puiser? L’Auteur de la nature les a mises dans nous-mêmes en nous donnant deux facultés toutes propres pour les répandre dans nos peintures : je veux dire dans l’imagination et le cœur ; rimaginatlon pour tenir le pinceau, et le cœur pour le conduire. Voilà
les deux sources naturelles des agre'mens du
discours.
Que rimaginalion en soit une , son nom seul en est la preuve. C’est la mère des images et des tours , qu’on appelle ingénieux ; c’est elle qui fournit aux orateurs et aux poètes leurs plus belles figures : c’est par elle, pour me servir des termes de Boileau ,
Que l’esprit orne, élève, embellit toutes choses,
Et trouve sous sa main des fleurs toujours écloses.
Nous savons qu’un grand philosophe de notre siècle lui a fait la guerre dans tous ses ouvrages , comme à une empoisonneuse publique. Mais , s’il a remporté sur elle quelques victoires , comme nous n’en doutons pas, c’est à elle-même , bien autant qu’à ses raisons , qu’il en a été redevable^ car on peut dire, que jamais l’imagination ne l’a mieux servi , que lorsqu’il l’a combattue. C’était un ingrat , dit M. de Fonienelle , pour qui elle travaillait malgré lui , et ornait sa raison en se cachant cT elle. Ainsi , plus persuadés par son exemple que par ses raisonnemens , nous ne laisserons pas de reconnaître l’imagination pour la première source des agré.. mens du discours.
Le cœur est la seconde ; nous osons même dire qu’il en est la source principale dans toutes les compositions, dont le but est d’affectionner l’ame aux objets qu’on lui pté-
sente ; à la vérité , par exemple , à la justice, à la religion , à la pureté des mœurs. En vain la plus belle imagination nous y étalerait-elle ses peintures les plus brillantes, il faut que le cœur prenne souvent le pinceau pour les animer par le sentiment : c’est une règle d'éloquence connue à tout le monde. Voulez-vous me toucher? Soyez touché vous-même : il n’y a que le cœur qui sache parler au cœur. C’est le cœur seul qui sait toucher les véritables cordes qui nous remuent par la sympathie naturelle de nos âmes : lui seul ^ qui sait trouver dans son propre feu les traits les plus propres pour iH)us enflammer , cet enthousiasme des grands poètes , ce pathétique fort ou tendre des grands prédicateurs.
Ici , Messieurs , il me semble entendre quelque murmure parmi nos philosophes.
Est- ce donc ainsi que vous abandonnez les Grâces à la conduite de deux aveugles , à l’imagination , qui est une folle , et au cœur^ qui est un imbécile, toujours esclave ou de ses fureurs ou de ses falblesses?Ne blasphémons pas contre les dons du Créateur. Nous avons déjà prévenu la difficulté eu mettant la justesse au nombre des grâces nécessaires dans le discours, si nécessaires même que sans la justesse nous prétendons que les plus brillantes images des poêles , les figures les plus pathéti(|ues des orateurs, les descriptions les plus pompeuses ou les plus fieu-
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ries des historiens iront qu’un éclat frivole, semblable à ces feux nocturnes qui , après nous avoir éblouis quelques momens , nous laissent tout à coup dans les ténèbres.
Mais après avoir accordé aux philosophes, ou plutôt demandé à eux-mêmes ce point fondamental de la composition , dites-moi , Messieurs, sera-t-il défendu , à une pensée juste qui se présente à nous , de prendre en passant la teinture de fimaginalion et du cœur pour paraître en public avec pins de grâce? Nous sera-t-il défendu de revêtir les idées de la raison de quelques images pour les rendre plus intéressantes, ou de quelques sensibilités pour les rendre plus aimables? Nous sera-t-il défendu d’y ajouter même , si on les trouve sous sa main , l’élégance des termes et l’harmonie du style, pour introduire la vérité dans l’esprit avec plus d’agrément? Et pour qui donc les grâces du discours sont-elles faites, sinon pour servir de parure à la vérité ?
Par ce principe, qui est indubitable, ma troisième question est plus qu’à demi résolue. Quelles sont les matières ou les sciences qui sont susceptibles des grâces du discours? Je ne crains plus de le dire, il n’est point de sujet si sombre où les grâces ne puissent pénétrer , tantôt les unes , tantôt les autres, et quelquefois toutes ensemble. On m’accusera peut-être encore d’avancer là un paradoxe- : paradoxe ou non , je prétends que
c’est une vérité dont la preuve n’est pas même difficile : et , en effet , quelle est la matière ou la science que l’on voudrait exclure de l’empire des Grâces.
Serait-ce la philosophie ? elle qui contemple de si beaux objets ; la raison ^ qui nous éclaire , l’ordre et la règle des mœurs , le grand spectacle de l’univers , qui est en. même temps si gracieux ? Mais depuis quand les philosophes auraient-ils renoncé à l’esprit? Les premiers savans , qui ont tenu école de philosophie, ont aussi tenu école des grâces. Platon y a su répandre tout le sel de son atticisme ; Cicéron , tous les agrémens de l’urbanité romaine ; et, sans aller si loin chercher des exemplesd’une philosophie gracieuse f nous avons un auteur qui a su revêtir les idées de la plus abstraite métaphysique, des images les plus riantes , et les animer , si j’ose ainsi dire , par les sentimens les plus tendres que les beautés de la sagesse éternelle puissent inspirer à ses amateurs.
Dira-t-on que du moins les mystères de la religion sont inaccessibles aux grâces du discours? Boileau l’a dit quelque part !
De la foi d’un chrétien les mystères terribles D’ornemens égayés ne sont pas susceptibles.
Mais si , par-là , il avait prétendu bannir toutes les grâces d’un discours chrétien , nous avons l’exemple des Pères de l’Eglise à lui Essai sua le Beau. li
opposer. Parmi les Pères grecs , saint Basile, saÎQt Chrysoslôme , saint Grégoire de Naziance, n’ont pas cru avilir nos mystères en les traitant d’un style que les beaux siècles d’Athènes n’auraient pas désavoué : parmi les Latins , saint Cyprien , saint Ambroise, Lactance , Minuiius Félix , le grand saint Augustin lui-même , n’ont pas cru aflàiblir les preuves de la religion chrétienne, en y mêlant quelquefois les fleurs de leur éloquence : parmi nous les Massillons elles Cheminais n’ont pas cru dégrader la chaire, en y portan t celte onction élégante et ingénieuse qui attirait toute la France à leurs sermons. Mais pourquoi citer les disciples, quand nous avxms le maître à produire en témoignage ? C’est lui dont il a été dit que la grâce était répandue sur ses lèvres. Images, sentimens, mœurs aimables , combien d’agrémens divins dans tous ses discours! On les allait entendre jusque dans les déserts; on s’y récriait que jamais mortel n’avait parlé de la sorte ; en un mot , on était ravi en admiration des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche: Mirahantur omnes in 'verbis gratios , qu(B procedebant de ore ipsius (i).
Enfin , que dirons-nous des mathématiques , dont on assure depuis si long-temps qu’elles se refusent aux ornemens du dis-
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cours ? Oii du a même fait titte espèce de proverbe :
Omati res ipsa negat , Contenta daâeri.
8era-ce donc une raison pour lès éxclùre du nombre des sciences , que l’on peut rendre gracieuses? Je m’y oppose au ndïrt de l’Académie royale. Et pourquoi les ert exclurions-nous ? Y a-t-il une loi qui dé*' fende aux Muses mathématiques de rire quelquefois; Ou plutôt, n est-ce point à hosr vérités qu’il appartient toujours de rire, puisqu’elles sont toujours sûres de la victoire? Je conviens qu’elles ont leurs épines; mais des épines qui se transforment bientôt en roses. La science des nombres, par ou elles commencent à nous instruire, n’éstelle pas remplie de problèmes divertissans , qui ne demandent qu’un tour ingénieux pour leur donner de la grâce? La géométrie, par où elles continuent à nous éclairer, présente à l’imagination les figures les plus élégantes , pour la mettre en belle humeur. Les parties sensibles des mathématiques, l’optique, la musique, l’astronomie, la géographie, en nous découvrant partout une intelligence bienfaisante , qui veille sans cesse à nos besoins, et même à nos plaisirs, n’oÉFrent-«lles point au cœur les objets les plus capables dé l’affectionner? Que manque-t-il donc à ces belles sciences pour être susceptibles dés
grâces du discours? il y a long-temps qu’ Archimède a commencé à mettre de l’aisance et de la légèreté dans le style mathématique. Aratus , poète grec , y a même su joindre les agrémens de la poésie. Le fameux Galilée n’est pas moins agréable dans ses Dialogues sur le Système du Monde. Le grand Descartes a orné sa Musique et sa Dioptrique , les principes les plus profonds de sa Physique, ses Météores et ses Tourbillons même , des images les plus gracieuses. Le père Pardies nous a donné des élémens de Géométrie et de Statique , d’une élégance qui ne le cède guère à celle de Vaugelas. Le marquis de l’Hôpital, dans laGéométriela plus sublime, nous montre dans son style net et concis, toute la bonne grâce d’un bel esprit, de qualité. Le brillant Fontenelle a trouvé le moyen d’y mêler son enjouement, et de rendre les mathématiques, non seulement gaies, mais riantes. Combien d’autres preuves de fait ne pourrions-nous pas citer, que ces belles sciences ne sont pas si austères, qu’elles se refusent aux grâces du discours; mais il est temps de finir.
Après avoir expliqué la nature des grâces de l’esprit ; après en avoir indiqué les sources ; après avoir soumis toutes les sciences à leiir empire, que resterait-il encore à faire, sinon d’y soumettre aussi tous les savans? C’est une entreprise. Messieurs, digne de votre zèle J et nous croyons pouvoir dit e que l'exé.
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cution en est déjà bien avancée dans cette ville , depuis le rétablissement de votre Académie^ par les soins d’un illustre protecteur, qui n’a qu’à se montrer pour nous faire voir toutes les grâces, et à parler pour nous les faire entendre.