‹ Essai sur le cancerChapitre 6 sur 7 · QUATRIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME OBSERVATION

Mademoiselle ***^ âgée de trente et quelques années, d’une constitution très-frèle, avait reçu un coup au sein droit, qui devint bientôt le siège de douleurs fort vives. Bientôt aussi une glande s’y développa , et pendant trois ans je m’estimai très-heureux d’empêcher, par des soins assidus , de nouveaux progrès de ce mal : je n’osais en espérer la guérison que j’ai cependant obtenue très-vite dès que j’ai eu recours à la préparation emplastique. Mais la santé de cette demoiselle n’en est pas devenue meilleure , et tantôt des douleurs d’estomac , des diarrhées opiniâtres ou une sciatique douloureuse viennent témoigner de la persistance du mal sous une forme différente.

Ces deux faits auxquels je pourrais en ajouter d’autres à peu près semblables , me paraissent d’un grand intérêt, ils proclament la puissance

d'’un moyen peu connu pour combattre le cancer dans le lieu même où il fait explosion , mais ils montrent aussi toute rinsuffisance du traitement local dans cette redoutable maladie.

Voici la formule de Templâtre dont je me sers.

DIapalme . . 16 grammes.

Axonge. . ( grammes.

Cire. ... C

Lilharge . ^ grammes.

On voit que cet emplâtre a une grande analogie de composition et d’action avec celui de Fouquet, que ce savant médecin recommandait comme fondant. Il ressemble beaucoup aussi à un emplâtre très-connu à Paris , sous le nom de madame veuve Bossu ^ et dont on raconte une foule défaits analogues à ceux que je viens d’exposer.

Il est des personnes dont la peau est tellement irritable , qu’un emplâtre quelconque agit sur elle comme le ferait un vésicatoire. Pour ces organisations exceptionnelles , si la compression , si la cautérisation ne peuvent pas être employées non plus , on a encore une ressource dans le long usage d’applications de carottes crues et râpées sur le lieu malade.

J’ai TU des glandes de nature fort suspecte céder à la longue à ce moyen. ïci Faction n’est plus la même que celle de l’emplâtre doux , quoique le résultat soit quelquefois pareil.

Les carottes râpées agissent comme toutes les

applications humides émollientes , en soustrayant à la peau qu’elles recouvrent rélectricité négative dont la combinaison anormale avec rélectricité contraire ^ à travers nos tissus , cause la plupart des phénomènes inflammatoires.

Mais ces cataplasmes de carotte ^ indépendamment de la difficulté que Ton éprouve à les maintenir sur le lieu malade , ont encore besoin d’une grande surveillance , pour qu’on les remplace avant qu’ils ne se soient desséchés» Alors^ en effets non-seulement ils ne pourraient plus remplir le but auquel on les’ destine ; mais encore ils ajouteraient au mal par le frottement douloureux qu’ils occasionneraient.

Les moyens que je viens d’examiner trop rapidement peut etre ^ ont^ comme on le voit ^ une grande importance chacun ^ mais ils ont tous le même inconvénient, ils ne s’opposent qu’aux effets du mal sans en attaquer la cause , ils sont incomplets au meme titre que l’extirpation , mais la plupart ont sur elle de précieux avantagés. Mon ami , M. le docteur Coz , professeur et doyen de la Faculté de Medecnie de Strasbourg , appliquant au traitement des cancéreux , un traitement que nous avions indiqué , mon frère et moi, contre la phthisie pulmonaire , fit vivre ses malades dans une espèce d’étuve , en compensant par une boisson abondante d eau ou de tisanes îég’ères les pertes qu ils faisaient par de coiitinuclJes sueurs.

Üïoiisieur le docteur Cloz obtint ainsi des résul" tats extrêmement remarquables , il réduisit à Taspect de plaies simples , d’énormes tumeurs cancéreuses J mais ce savant professeur ne put pas en obtenir la cicatrisation.

C’est que si les traiteinens précédons avaient le tort de négliger la cause ^ celui-ci oubliait peut-etre trop l’effet.

En débarrassant l’économie des substances acides qui la surchargeaient, en rétablissant l’équilibre entre les deux électricités , il diminuait bien la masse des accidens , mais il n empêchait pas la communication fatale des deux électricités par la plaie cancéreuse.

Peut-être aussi la température à laquelle ces cancéreux étaient soumis était-elle trop élevée. En effet si l’on passe un certain degré , l’excitation trop forte et trop prolongée de la peau , finit par l’affaiblir et par amener souvent assez rapidement cette débilité , cette pâleur que nous contractons sous les régions équatoriales et qui entraîne là , comme une de ses conséquences, les maladies du foie si communes et si redoutables dans ces contrées.

D’après mon expérience , je crois qu il ne serait pas prudent pour les cancéreux elles pliibisiques , de dépasser une température habituelle de 28 a 29 dégrés Réaumur. Je sais bien qu’au Sénégal , par exemple , les hommes vivent sons une tempé-

rature de 58 à 40 degrés. Mais cette excessive chaleur, ainsi que je viens de le dire, a Finconvénient de produire , quoique par un moyen opposé, les mêmes accidens ou des accidens à peu près semblables à ceux qu'engendre le froid humide.

Du reste , la règle que je pose n'est pas sans exception. Ainsi , je connais des personnes à peau très-faible , et qui ne pourraient pas s'accommoder d'une température aussi élevée. La moindre sueur devient pour elles une cause d'affaiblissement qu’il faut savoir éviter, tout en activant le plus possible la transpiration insensible.

Chez ces malades , il faut donc stimuler la peau avec plus de mesure. Alors les lotions d'eau froide, d'eau légèrement alcaline et salée , le massage , les promenades au grand air , soit à pied soit à cheval , viennent en aide au médecin.

Chez tous les cancéreux, s'il est indispensable d'activer les sécrétions acides, il ne l'est pas moins de diminuer toutes les sécrétions alcalines et principalement celle de la bile. Il faut donc que ces malades soient habituellement constipés , comme les goutteux , les apoplectiques et les phthisiques. Proscrivez donc , dans ces cas, les prétendus dérivatifs sur le tube intestinal dont Faction inévitable

t£tt

sera toujours l'aggravation des accidens que vous voulez combattre et souvent le transport de l'explosion cancéreuse de l'extérieur à l'intérieur , d un organe peu important à la vie sur un organe qui lui est indispensable.

Les cancéreux doivent être en général soumis à un régime tonique et peu abondant , et bien loin de proscrire le sel comme nuisible à ces malades y il faut au contraire le considérer comme leur étant très-utile.

Mais ceci m’amène naturellement à parler des cancers internes. Ce que j’ai dit de la grande cause génératrice des cancers , doit leur être appliqué. Le traitement général doit être à peu ^ près le même.

Le régime , alors que le cancer attaque quelques parties du tube intestinal , a sans doute besoin de modifications que tous les praticiens sauront apprécier , mais dans ces cas graves , il ne faut point négliger la peau qui recouvre l’organe malade.

Très-souvent, en effet, cette peau prend une part fort active aux accidens internes , il devient donc très-important de l’entraver par un des moyens que j’ai indiqués dans ce mémoire.

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