LATTES
On décréta également dans cette même réunion qu’er cas de colonie partiaire la cotisation serait payée par ou pour le métayer. L'inscription étant ainsi faite au nom du métayer, s’il vient, en changeant de ferme, à emmener une ou plusieurs de ces juments, il n’a pas besoin de’ payer une nouvelle inscription. La mesure était bonne en principe mais la plupart des propriétaires en ont profité pour se désintéresser de la question et n’ont pas compris ou voulu comprendre l'invitation discrète contenue dans ces mots : « par ou pour le métayer ».
A-t-on bien réfléchi que ce procédé était peu favorable au développement du stud-book ? D'où doit donc venir l'exemple si ce n’est des propriétaires qui, eux, ont fondé ce stud-book ? En même temps qu’ils le créent ils lui donnent le coup de grâce ou tout au moins entravent sa marche. Il ne faut pas se dissimuler que cette petite phrase pas très dangereuse à première vue a contribué plus que tout le reste au peu d'enthousiasme manifesté par les cultivateurs pour l'inscription. [ls comprennent mal qu’il leur faille supporter seuls ces frais alors qu'ils devront partager le bénéfice. éventuel et problématique avec le propriétaire.
Combien il eût semblé plus naturel que ce dernier, qui, en principe, doit mieux comprendre l'intérêt du but envisagé, dise à son métayer : « Vous aurez l’embarras de présenter vos juments à la commission d'inscription, vous y perdrez du temps, ce sera pour vous l’occasion de menues dépenses,
eh bien ! je paierai cette inscription. » Le résultat, sans être
bien merveilleux pour des raisons que nous exposerons plus loin, eût été cependant plus encourageant, n’en doutons pas. Le cultivateur, ne voyant pas pourquoi il s’intéressait à une organisation dont son propriétaire se désintéresse lui-même, s’abstient. Ce ne sont pas là de simples suppositions que nous faisons car ce raisonnement fort naturel nous a été bien souvent tenu par ceux auprès de qui nous faisions de la propagande pour le stud-book.
Dans notre région où le métayage est une règle presque absolue, il est à déplorer que le propriétaire ne se serve pas davantage de la faculté que lui donne cet usage d’orienter. son fermier vers tout ce qui constitue un progrès. Et pour cela point n’est question naturellement d'employer la force, mais la persuasion.
Il nous semble que personne ne contestera qu'il faille « semer pour récolter ». Eh bien ! la plupart des propriétaires récoltent maïs ne sèment pas. Ceci ne veut pas dire bien sûr qu’ils devraient mettre la main à la pâte, ce qui serait loin d’arranger les choses. À chacun son métier. Le
fermier a ses bras et son expérience de la culture ; le pro-
priétaire, lui, a l’argent. C’est cet argent dont il devrait
savoir semer un peu, quelques parcelles seulement, pour en récolter davantage. Nous allons indiquer quelques moyens, en plus de celui préconisé plus haut, de le faire.
Certains étalonniers possèdent des « chevaux de tétR » suivant l'expression consacrée. Ils demandent pour la saillie
de ces animaux des prix plus élevés que ceux qui sont
pratiqués d'habitude. C’est normal, puisque le capital engagé et exposé est plus important et l'amortissement plus onéreux. Le propriétaire ne devrait-il pas dire à son métayer : « Cette jument est particulièrement bonne, faites-la couvrir par cet étalon, je paierai le supplément de prix de saillie. En revanche, si le produit est une pouliche, vous l’élèverez quel que soit le prix qu’on puisse vous offrir pour vous tenter. » Une semblable pratique aurait deux avantages : celui d'accélérer l’amélioration de la race et aussi celui d'augmenter plus rapidement la valeur du cheptel de J’exploitation. Tout le monde y trouverait son compte et les étalonniers, sûrs d’avoir des juments pour ces chevaux sortant de l’ordinaire, en achèteraient plus volontiers.
Mais nous savons que certains d’entre eux ne trouvent pas avantageux d’avoir ainsi deux prix de saillie. Ils préfèrent avoir un bon ensemble et un seul tarif. Il serait utile néanmoins de les encourager aux dépens de ceux qui se contentent d’étalons médiocres dont la disparition est désirable.
Avec notre système cette élimination est facile à obtenir et cela sans violence.
Ces étalons de bas étage n’ont la clientèle de certains fermiers que pour deux raisons : leur proximité, le tarif réduit de la saillie, ce dernier facteur étant le plus important. Qu'a donc à faire le propriétaire pour jouer son rôle ? À payer la différence du prix de saillie et le métayer ne se
fera pas longtemps prier puisqu'il y trouvera son compte.