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Les villes et les villages méritent à peine nne mention. Dans les constructions, la terre pétrie avec de la paille de blé hachée et quelquefois les briques et les tuiles cuites commencent à remplacer le bois^ qui, comme nous Tavons vu, est la seule matière première employée dans les contrées du sud.
L'effectif de la garde nationale n'est que de 3133 individus, dont 1091 dlnfantérie et 2042 de cavalerie.
L'état de l'instruction publique est naturellement arriéré, cette section du pays ayant été Considérée, jusqu'à l'époque récente de son élévation à la caté* gorie de province^ plutôt comme une frj^ntière militaire que comme une colonie. Aussi, sur 9, 12 personnes, on n'en trouve qu'une qui sache lire et écrire, et une sur 7, 61 qui sache lire seulement.
Le nombre des propriétés territoriales, leurs revenus calculés et la dtme prélevée sur leurs productions en nature, dans l'année 1852, se résument dans les chiffres suivants.
ProYlBce
Départements
PropriétéB
Beveniu
Dtme prélevée
Arauco
Laja . . .
Arauco . .
NacimicDto .
Total
Le mouvement commercial de TArauco, comme celui des provinces de la Conception et de Nubie, peut seulement être rapporté aux ports de la baie de Conception, les seuls à présent par où l'on exporte leurs produits.
Avant de quitter cette province, qui contient avec Valdivia tout ce qu'il y a d'Indiens incivilisés au Chili, abstraction faite des peuplades patagoniques, il est à propos de fixer les idées sur Pétendue du territoire appelé par quelques uns Araucania et sur le nombre approximatif de ses habitants, afin de 'combattre les craintes puériles que la tradition historique entretient encore dans quelques esprits irréfléchis.
Le pays occupé par les Araucaniens n'a pas 120 lieues de longueur, comme le dit Letrone. Ces Indiens ne possédaient pas une étendue aussi considérable de terrain, même à Tépoque qui suivit immédiatement la conquête, et bien moins encore en 1844 lorsqull écrivait.
Avant la paix de Negrete, le territoire indien était depuis longtemps limité au nord par la rive australe du Bio-Bio , et au sud par les établissements des £s« pagnols à Valdivia. En 1726, époque de ce traité avec les Araucaniens, cette délimitation fut non seulement confirmée d'un commun accord; mais encore les Indiens furent tenus d'aider à rétablir les forts qu'ils avaient détruits eux-mêmes sur la ligne limitrophe.
La colonie de Valdivia, moins inquiétée que celle de Conception, à cause de la nature plus pacifique et même lâche des indigènes qui l'environnaient, s'était augmentée considérablement^ et les propriétés rurales des Espagnols s'étendaient jusqu'à Ia%ase des Andes. liSL reconstruction de la ville d'Osorno, 32 années après lé traité de Negrete, sur un vaste territoire que les Indiens cédèrent spontanément aux Espagnols, et l'érection du village de Rio-Bueno sur les bords du fleuve du même nom, annexèrent an domaine des lois le reste du continent depuis la ville de Valdivia jusqu'à Par-
chipel d'Âncttd. Aiiwi, en V7SSs le territoire inclien n'était plus qne la contrée comprise entre les fleuves Bio-Bio et Calie-Calle.
Depuis cette époque, jiisc[n'à celle de la gaerre de Tindépendance, à laquelle le Chili doit son émancipation politique, une conquête moins violente, mais plus humaine et plus sAre, celle de la civilisation^ avait considérablement r^réci le domaine de la barbarie, tant par les frontières du nord que par celles du sud. Le territoire primitif d'Ârauco n'était plus au pouvoir des indigènes; une ville, qui porte encore ce nom, et un fort espagnols le tenaient soumis à la juridiction immédiate de la province de Conception, et les développements des villes et des forts de Santa Juana, Nacimi^ito, Negrete et Santa Barbara avaient poussé la frontière qui limitait au nord le territoire indien, jusqu'au parallèle 37. 36. L. S , dans toute la largeur du pays, depuis la mer jusqu'à la Cordillère.
Le progrès de la civilisation avait suivi dans la frontière indienne du sud une marche non moins rapide. Les tribus Guiliches et Muluches, qui peuplaient le territoire aflfecté alors à Valdivia, étaient déjà si assimilées aux races européennes, qu'elles formaient un partie intégrante de la population civilisée. Elles avaient adopté la langue, la religion et les usages des campagnards espagnols, avec lesquels elles se trouvaient le^lus en rapport; leur fierté avait disparu, et leur soumission aux autorités allait quelque^ fois jusqu'à la bassesse. La rivière Calle-Calle n'était plus la «frontière indienne de Valdivia: elle s'étendait déjà vers le nord et gagnait du terrain surtout du côté de Touest jusqu'au district de Cruces, sur le parallèle 30. 33. L. S.
Dans Pépoqae actuelle, cette frontière et celle du nord se sont bien plus rapprochées entre elles par les seuls efforts du temps, de la tranquillité et de la civilisation; et déjà deux missions de propagande, à la demande même des Indiens et sous leur protection» ont été érigées dans l'intérieur des terres, où ils n'avaient jamais voulu les tolérer. Les indigènes n'occupent donc aujourd'hui qu'une section transversale d'un degré et demie de largeur. Voyons quel peut être leur npmbre approximatif, en prenant pour point de comparaison le reste du continent^ qui e^t également une section tranversale, jusqu'au canal de Chacao, mais qui a deux degrés et 14 minutes de largeur.
Dans ce territoire — soumis depuis longtemps à l'action directe des lois, du commerce et de l'agricul* tare, et peuplé par la race européenne et la race mixte, ainsi que par de nombreux Indiens civilisés* — Pïous comptons quatre villes principales, sept villages, plusieurs agglomérations d'habitants le long des chemins et 1688 propriétés rurales répandues en tout sens et ayant chacune une maison plus ou moins grande. Ainsi, le voyageur rencontre à chaque pas de belles campagnes ensemencées et un toit pour s'abriten La population pourtant n'est que de 36152 habitants. Parcourez à présent le territoire indien, qui a moins d'étendue: pas une seule ville ne se présente à vos yeux; la vallée de la côte est presque tout-à-fait déserte; de faibles bourgades, appelées fédnctioas et composées de quelques familles, sont éparses sur les bords des ruisseaux, sur la lisière des bois, et à de grandes distances les unes des autres. La vallée centrale, surtout vers la base des* Andes
où la présence des gens ciyilisés est interdite^ est la partie la plus peuplée; mais il suffit de Tavoir parcourue une seule fois, avec l'esprit dégagé de préoccupations^ pour calculer le nombre de »e8 habitants. Je puis dire, d'après mes propres observations, qu'il paratt ridicule d'assigner à ce petit territoire la moitié de la population existant dans les fractions des provinces du sud que nous venons de signaler. Un fait assez récent vient encore à Tappui de cette présomption. Le plus puissant levier qui agisse spr Tesprit belliqueux des Indiens, c'est l'appât de la guerre, du pillage, des femmes et de la boisson: tout cela leur fut oifert par la révolution de 1851; et, malgré cela, à peine six cents hommes prirent-ils part à la bataille de Loncomilla. Nous disons six cents, quoique quelques personnes portent à huit cents le chiffre des combattants indiens dans cette journée.
Si la population indigène eût été aussi grande qu'on se plaft à le croire, le nombre de ses guerriers n'aurait pas été aussi insignifiant.
Les Araucaniens ne forment plus cette masse compacte et belliqueuse que mettaient en action Tamour de la patrie et la haine contre les Espagnols. A peine découvre-t-on entre eux quelques unes de leurs vertus primitives à travers Tesprit de pillage et de vengeance et le goût de Tivrognerie, qui en ont pris la place. Les hordes éparses ne se réunissent en troupes plus ou moins considérables que pour se piller entre elles, et quelquefois pour exercer des actes de brigandage sur les troupeaux des propriétés rurales des descendants de la race européenne qui ont rimprudence de s'établir trop avant dans leurs terres.
La guerre entre la Colonie Chilienne et la
mère-patrie, lora de la chute de Ferdinand VII, roi
d'Espagne, vint prouver bien plus encore que les
Araucaniens d'alors n'étaient plus que l'ombre de leurs
prédécesseurs si renommés. Us se divisèrent en deux
partis et grossirent en même temps les armées royales
et celles des Indépendants. Le sort ayant été funeste
aux premières, la guerre continua parmi les Indiens.
Les uns se battaient à outrance pour soutenir les
débris d*une domination qui les avait constamment
oppressés; les autres, pour faire triompher les enfants
de ces mêmes oppresseurs, lesquels n^étaient pas
moins leurs ennemis naturels! Pourrait-on trouver
dans un semblable peuple l'ancien' Âraucanien?
Les Indiens chiliens, malgré leurs défauts, ne sont pas, à beaucoup près, aussi sauvages qu'on le pense. Ce ne sont plus des peuples pasteurs ; ils sont déjà agriculteurs. Leurs maisons, bâties en bois et à demeure, ont des enclos où -ils font paître des bestiaux* Ils cultivent le blé, la pomme de terre, les fèves, le maïs et quelques autres plantes utiles à Téconomie domestique. Il se livrent également à la culture du lin pour en retirer la graine, qu'ils réduisent en gâteaux après l'avoir torréfiée, moulue et imbibée de miel d'abeilles. Les pommiers sauvages leur fournissent une grande quantité de cidre. La laine de leurs moutons est toute employée à la fabrication d'un drap grossier et bizarrement colorié dont ils se servent pour confectionner leurs habillements. Ils travaillent avec beaucoup d'adresse des brides et des lasos tissés ea cordons au moyen de longues courroies de peau finemoit découpées. Us aiment le commerce et l'échange de leurs produits naturels contre l'argent
monnayé, les outils en fer et les liquears spirituenses. Ils ne refusent pas l'instruction, accueillent avec empresse ment les forgerons et les orfèvres, et envoient leurs enfants aux écoles des missionnaires, lorsqu'elles sont près de leur domicile. Pendant que j'étais chargé du commandement de la province de Valdivia, je leur ai offert plusieurs fois rétablissement de nouvelles missions apostoliques dans leur territoire; mais ils les ont toujours refusées. Ils n'aiment pas beaucoup les missionnaires; mais ils demandent des écoles primaires et des maîtres pour l'apprentissage des métiers. Leurs chefs les plus notables, questionnés par moi — àl'époque de la viaite d'hommage qu'ils font annuellement à l'intendant de Valdivia — sur leur répugnance à admettre des missionnaires chez eux, m'ont tous répondu que c'est parce que l'abolition de la polygamie, à laquelle ils ne veulent pas renoncer, en serait la conséquence immédiate.
Leur indépendance des autorités républicaines n'est pas absolue, et même avant de prendre quelques mesures violentes entre eux, ils viennent souvent en demander l'approbation aux chefs des provinces limi« trophes. Le Gouvernement entretient parmieux quelques fonctionnaires qui^ sous le nom de capitainei tfamis, arrangent leurs différends et leur servent d'interprètes et d'agents auprès des autorités civiles et militaires de leurs sections. Quelques uns de leurs chefs les plus puissants reçoivent une petite subvention du trésor public, non pas en qualité de tribut, comme quelques voyageurs ont eu la bonhomie de le croire, mais en récompense des services rendus du temps de la guerre de l'indépendance, ou de ceux qu'ils rendent actuellement en contribuant, par leur influence et «avec leurs forces, au
maintien de l'ordre et de la tranquillité parmi les tribus qui les enviroiinent.
Jasquiei on n'a mis en usage que des moyens religieux pour arriver à la réduction et à la civilisation des Indiens. On compte quinze missions établies dans les deux provinces de Valdivia et d'Arauco. Chaque mission a une école pour T instruction primaire. Les professeurs de ces établisseinents, pour percevoir lebrs émoluments, sont tenus de prouver quils enseignent au moins vingt indigènes ; et afin d*éviter les inconvénients de l'éloignement, le Gouvernement paie à chaque missionnaire les aliments des élèves qu*il entretient dans la mission. Chaque chef dindiens a 40 piastres par an pour chaque douze enfants de sa tribu qu'il envoie à récole.
Ces moyens sont lents, il est vrai; mais on en tente aujourd'hui d'autres plus efficaces, non pas pour la destruction de cette fraction intéressante de notre population; mais pour sa plus prompte et utile assimilation à la grande famille sociale.
Les Indiens du Chili sont trop souvent incriminés par la presse des Provinces Argentines, au sujet de leurs prétendus vols, pour qu'il ne nous soit pas permis de dire quelques mots en leur défense. On prétend que ce sont eux qui détruisent et saccagent les propriétés rurales de Buenos Aires, et on a été même jusqu'à formuler des accusations contre notre Gouvernement, parce quil ne prenait pas des mesures propres à empêcher ou à rendre moins fréquents de semblables crimes. Les aborigènes des Pampas sont assez nombreux et assez enclins au vol et au pillage pour assumer à eux seuls toute la responsabilité de lears constantes déprédations, sans qu'il soit nécessaire
d*aller chercher à l'étranger la cause de lenr rapacité. n est vrai qu^on trouve parmi eux des Âraucaniens; mais cela n'est pas une raison pour attribuer à ceuxci les crimes que commettent les Pampas. Il est encore vrai que les principaux chefs des hordes transandines sont quelquefois des Araucaniens; mais cela prouverait tout au plus que l'Indien chilien, lorsqu'il se bat à ^étranger, est plutôt fait pour donner des ordres que pour en recevoir. Ce qu'il y a d'avéré dans tout cela 9 c'est que PIndien pampa, après avoir volé les bestiaux des fermes argentines^ est volé à main armée par l'Indien chilien, lequel est souvent attaqué et volé à son tour par ses propres compatriotes qui l'attendent à son passage des Andes, lorsqu'il revient chargé de son butin. Tout le reste ne repose que sur des incriminations gratuites ou fondées sur de fausses suppositions.
Province de la Conceptlony
wèéê Par U loi da SO Août ISae.
Cette province est une des plus renommées du Chili, à cause de l'abondance de ses blés, de la qualité de ses vins, qui sont les meilleurs de l'Amérique, et de la richesse de ses mines de charbon de terre. Elle est limitée, au nord et à Test, par le fleuve Itata; au sud, par la province d'Arauco, et, à l'ouest, par le Pacifique* Son sol, très accidenté, est, par rapport à sa richesse, de la même nature que celui de l'Arauco; mais il est plus favorisé par le climat» lequel est, en
géDéral, plus doux et moins pluvieux. 11 est aussi moins boisé, et laisse à l'agriculture plus de coteaux et de plaines pour l'exploitation immédiate. Le Bio-Bio, le plus grand des fleuves du Chili, traverse cette province de l'est à l'ouest, et on y voit déjà des bateaux à vapeur rendant d'importants services à la circulation fluviale. Les côtes présentent les plus beaux ports. La baie de Conception, connue depuis longtemps de la marine et du commerce, en compte quatre: Talcahuano, Penco, Lirquen et Tome. Ce sont les principaux de la province. Au sud du Bio-Bio, il y en a encore deux, Coronel et Lota-Colcura, très fréquentés par les navires qui vont charger du charbon de terre.
Les productions en céréales, en vin et en houille ne sont pas la seule base de la richesse de la province ; elle fournit aussi au commerce intérieur et extérieur de nombreux bestiaux élevés dans ses belles prairies naturelles, des laines, des fruits secs, des légumes, du bois de construction, quelques articles manufacturés, tels que des salaisons et du biscuit, pour l'usage de la marine nationale et étrangère, des peaux tannées, des tissus grossiers de laine, des jam« bons, des fromages et des tapis de roseaux, dont il se fait une grande consommation dans les provinces du nord.
La grande exportation de blés, par les ports de la Conception, a porté à un haut degré de perfection les superbes établissements à moudre qu'on y trouve pour la fabrication des farines. Modelés sur les plus parfaits de l'Amérique du Nord, ils combinent la rapidité de la mouture avec l'excellence des produits, dont tout le littoral occidental de TOcéan Pacifique, l'Australie, la Polynésie^ Buenos-Aires et le Brésil
sont les plus notables dëbonchés. La préparation des vins n'est pas, à beaucoup près, aussi avancée: on peut même dire qu'elle est encore dans sa première enfance; et si, malgré cela, le vin de la Conception a déjà un nom, on peut calculer ce que cette brancbe d'industrie doit devenir avec le temps. Le moût est livré à la consommation, aussitôt qu'il a fini sa fermentation tumultueuse. On ne trouve pas de caves ni de -celliers assez grands pour donner au cni une année de repos : il faut qu'aux vendanges suivantes, il ait déjà fait place à la nouvelle récoite. On n'emploie ni les pressoirs mécaniques ni ces grandes cuves si nécessaires pour donner à la première opération de la fermentation tous les soins qu'elle demande^ et on commence à consommer le vin^ avant qu'il ait terminé sa fermentation insensible. Malgré ces défauts, le vin de quelques barriques que les propriétaires réservent pour leur usage particulier^ figure avec honneur sur les tables, à côté des meilleurs vins d'Europe.
On n'exporte le vin qu'en très petites quantités^ car 1 suffit à peine à la grande demande pour la consommation intérieure.
Lindustrie minière du charbon fossile est tout-àfait nouvelle, et cependant elle est devenue la source de grandes fortunes. Nous avons déjà fait connaître la bonté du charbon chilien, en parlant des productions minérales. Si la province de la Conception n'avait pas la ressource de ses blés, ses mines de houille lai assureraient une des premières places parmi les p;t>vinces les plus riches du Chili. Les ports situés au sud du Bio-Bio sont devenus TentrepAt de charbon de la mer Pacifique. La ville de Lota fut improvisée en une année; une colonie écossaise y est établie, et
l'ony voit déjà de puissants engins à vapeur pour Textraction du charbon, et des voies ferrées pour en faciliter l'exportation. Toat porte à croire que cette branche dl^^dustrie acquerra un grand développement, avec les nouvelles mines qu'on découvre de jour en jour et avec celles qui se trouvent le long de la côte, vers le sud.
Six départements composent la division politique de cette province: Coelemu, Tplcahuano, Conception et Lautaro, situés le long de la c4te, et Puchacai et Rere, dans la vallée centrale, à Test du département de la Conception.
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