‹ Essai sur le ChiliChapitre 26 sur 32 · CO A · texte numérisé non relu

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La ville de Qnillota^ sur le bord sud du Rio Aconcahua, et à quelques milles de son embouchure, n'a de remarquable que son climat délicieux et la beauté de son emplacement. C'est la promenade favorite des habitants de Valparaiso. Le chemin de fer qui va joindre ces deux villes entre elles, vient de lui donner une importance considérable, Qulllota est devenue le jardin de Valparaiso et ne tardera pas à être celui du Chili. Déjà les terrains y ont pris une valeur monstrueuse; la culture européenne y est introduite, et de beaux édifices et des plantations régulières pointent en même temps dans plusieurs localités de la riche vallée où la ville est située.

La ville de Casablanca n'est qu'un méchant bourg à existence stationnaire, au S. S. £. de Valparaiso, sur le grand chemin qui met cette dernière ville en communication avec celle de Santiago. Le département de Casablanca est assez pauvre; et comme l'endroit où Ton jeta les fondements de la ville, en 1796, n'est pas une situation nécessaire, elle n'est considérée que comme point de relais pour les nombreuses voitures qui traversent jour et nuit sa place principale pour se rendre à Valparaiso ou à Santiago. La ville de Valparaiso montre un exemple frappant de ce que peut devenir, d*un moment à un autre, une misérable bourgade, lorsqu'elle est poussée par l'industrie et par le commerce. Le port en était détestable; les environs, arides. Elle ne présentait presque point d'emplacement qui se qualifiât pour y bâtir une ville; enfin, rien n'en présageait limportance future. En 1819^ ses habitants, dont le chiffre atteignait à peine 5000, étaient si pauvrement installés et si arriérés ^en tout, qu'ils dépendaient de llndustrie

Santiago, même pour se chausser. Trente-cinq années après, elle est non seulement devenue une ville européenne où les embellissements, la commodité, le luxe et la civilisation ont été introduits; mais encore la ville la plus industrieuse de la République, Tentrepôt du commerce dans TOcéan Pacifique et une des premières sources de la ricbesse du Chili. Valparaiso est en tout supérieur à Santiago, comme ville; mais non pas comme résidence. Ses édifices ont la forme^ Télégance et les commodités européennes; ses rues, quoique irréguliéres, sont parfaitement pavées et munies de trottoirs. Parmi ses bAtiments publics, nous nous bornerons à citer le théâtre, le palais de Tlntendance, la douane et les vastes magasins de dépôt Cet ouvrage^ dont la ville a lieu de s'enorgueillir, compte 246 magasins, qui oifrent une capacité de 5,756,972 pieds cubiques pour les marchandises, et a coûté à TEtat 6,054,750 francs. Pour se procurer un emplacement si vaste, tant' pour les constructions que pour les rues spacieuses qui y aboutissent, il a fallu démolir par la poudre un large promontoire dont la base était, il y a 8 ans encore, battu par l'Océan, et gagner en même temps du terrain et sur la mer et sur le roc. Le même système a été suivi sur plusieurs points de la ville trop rétrécis par les eaux pour qu'on pAt y bâtir. De celte manière^ Valparaiso s'élargit chaque jour, en disputant pied à pied à la houle pesante de sa baie les localités qui se couvrent des plus beaux édifices, et, à cet efiet, on y construit déjà des môles en fer, qui seuls peuvent résister à Taction de la mer.

L'éclairage au gaz, une police nombreuse et res* pectée, des marchés pour Tapprovisionnement journalier

de tous les fruits des tropiques et du ^pays ^ de nombreuses voitures de place parcourant la ville en tout sens, la bourse, les caisses d'épargne, les institutions de bienfaisance, les clubs, les journaux, le télégraphe électrique entre Valparaiso et la capitale, le mouvement résultant du chargement et du déchargement des navires, l'esprit d'action dont les habitants sont animés, les travaux du chemin de fer de Valparaiso à Santiago et dont une partie est déjà livrée à la circulation, — en un mot, tout fait de cette ville une fraction de TEurope, transportée à 4000 lieues de distance dans l'Amérique Méridionale.

La garde nationale de la province est organisée avec autant de soin que celle de Santiago; elle compte actuellement 4994 soldats, dont 315 d'artillerie, 2517 dinfanterie et 2162 de cavalerie.

C'est par ce port, le premier et le plus important de la République, que les provinces de Colchahua, de Santiago, de Valparaiso et d'Aconcahua exportent une partie de leurs productions pour le commerce extérieur et pour celui de Hntérieur qui se fait par la voie maritime. Désigner quelle part chacune de ces divisions territoriales prend dans ces transactions mercantiles, serait une opération irréalisable avec les notes statistiques que nous possédons. Le port de Valparaiso, en même temps qu'il exporte leurs articles de commerce, sert aussi de débouché à ceux que les autres provinces, dont il est le vrai entrepôt, lui expédient, et à ceux qui lui arrivent des Provinces Argentines par la Cordillère d'Aconcahua. Ces marchandises étant toutes de la même nature, se confondent et se localisent, pour ainsi dire, à Valparaiso, d'où elles sont expédiées sans qu'on fasse attention

à leur provenance. Ce serait donc une grave erreur que d'attribuer aux quatre provinces en question la valeur des objets qui sortent par ce port, dont le mouvement maritime correspondant à Tannée comprise entre le premier mars 1855 et le 30 avril 1856 ^ est comme suit:

Entrée : 1,426 navires, jaugeant 333,948 tonneaux,

dont 596 provenant du cabotage et 530 de l'étranger. Sortie: 1,121 navires, jaugeant 311,231 tonneaux,

dont 726 allant au cabotage et 395 à l'étranger.

Pour donner une idée approximative de la part qui revient aux quatre provinces, nous examinerons quatre époques différentes: l'année 1844, où commencent nos observations statistiques, celle de 1854, qui se rapporte à l'époque la plus récente, et deux autres années intermédiaires.

Voici la valeur des produits naturels et industriels nationaux des provinces de Colchahua, de Santiago, de Valparaiso et d'Aconcahua, livrés au commerce intérieur et extérieur par le port de Valparaiso pendant les années 1844, 1849, 1852 et 18ô4. Nous l'avons calculée en rabattant de la somme totale des produits chiliens exportés par Valparaiso, celle des articles de la même nature qui lui ont été expédiés, dans la même époque, des provinces chiliennes et argentines.

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