‹ Essai sur le ChiliChapitre 29 sur 32 · CO«0X · texte numérisé non relu

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Des quatre départements composant la proyinee d'Atacama, celui de Copiapô proprement dit a le plus d*intérét. Il est limité à l'est par les Andes, et à l'ouest par le département de Caldera. Sa ville principale, San Francisco.de la Selva, est en même temps la capitale ^ toute la province et le siège des autorités les plus notables. Il compte en outre quelques petites bourgades, dont les plus remarquables sont: Juan Godoi, au pied de la riche colline de Chanarcillo, Très Puntas, près de la mine du même nom, San Fernando, Nantoco, San Antonio et quelques autres de moindre importance, situées sur les bords de la rivière du Copiapô et aux environs des usines d'amalgamation.

La ville de San Francisco de la Selva, reliée au port de Caldera par le plus grand ohemin de fer qui ait été construit dans l'Amérique Méridionale, eyt à 50 milles du port, sur le bord septentrional de la rivière Copiapô, par 27^24' lat S. et 15' 50" long.E. du méridien de Santiago. Elle est à 396 mètres andessus du niveau de TOcéan. Son aspect, le mouvement de vie qu'on y observe et la multiplicité de ses ressources depuis l'établissement de la voie ferrée en rendent le séjour aussi intéressant qu'agréable. Simple village il y a 6 ans et traînant uneesistence précaire et coAteuse, cet endroit n'était pas même habité par les propriétaires des mines. Chassés par l'ennui, ils se portaient toujours vers les régions centrales pour mieux jouir de leur fortune. Mais après 1851, tout y changea de face: le chemin dç fer apporta le gaz, les beaux édifices, le théâtre, les promenades publiques, les commodités, le luxe, Tabondance du combustible ainsi que des substances - alimentaires, et

Tesprit d'entreprise par association, lequel fait affluer tons les jours dans la ville et dans le département un grand nombre d'étrangers et de nationaux qui s'y établissent d'une manière définitive et permanente* La ville a une belle église avec un autel en marbre d^un goût remarquable, deux couvents, appartenants aux religieux de la Charité et de St. François, et deux chapelles publiques entretenues par des particuliers.

Il existe dans la ville, sous le nom de Qremiô de lineria, une corporation qui veille au maintien de Tordre et à la direction légale des travaux dans les mines^ à l'entretien des chemins, à Pouverturé de nouvelles voies de communication et à ^emploi^ quelconque 4es fonds pour les objets d'utilité publique. Ses revenus étaient, en 1853, de 31,253 piastres, prélevées, au taux de ^A de réal par marc, sur l'argent exporté. Le reste des dépenses ^ auxquelles ses ressources ne peuvent pas sufGre, sont à la charge de l'Etat.

On évalue à 1,900,000 piastres la valeur des nouveaux édifices bâtis dans cette ville deux années après la création du chemin de fer, dont les bienfaits se firent simultanément sentir dans les villages de San Fernando, de San Antonio et de Juan Godoi. Une population aussi disséminée, et dont les centres de réunion changent au gré des nouvelles découvertes, rend Taction du Gouvernement peu efficace dans les améliorations matérielles et intellectuelles qui pourraient être introduites dans ce département. Outre la voie ferrée, qui vient d*ètre prolongée de sixiieues plus à l'intérieur, on remarque les chemins communiquant entre la capitale et Chaîiarcillo, Romero, Sacramento et Ferez, qui sont autant de mines considérable.^

et la route de Très Pantas au port de Flamenco. Tous ces chemins sont carrossables et parfaitement entretenus.

Le département de Caldera, situé à l'O. de celai de Copiapô, comprend dans sa juridiction le territoire maritime de cette section et celui qui correspond à la vallée que nous avons appelée de la côte, jusqu'à MejiUones. Sa population, comme scm existence, ne date que depuis quelques années: elle est de 2533 habitants^ répartis dans le chef-lien Caldera, dans quelques mines en exploitation, dans les petites bourgades également improvisées et dans les ports de Cha&aral de las Animas, de Flamenco, de Paposo et de Barranquilias, les seuls jusqu'à présent par ou Ton exporte les produits septentrionaux de la province. Les productions de ce département^ comme celles du Copiapô, sont seulement celles des mines, dont le chemin de fer, qui le traverse, commence à augmenter la valeur et l'exploitation.

Cette fraction aride et sablonneuse du désert d^Atacama prouve de nouveau que la race humaine, est capable de passer des régions les plus favorisées par la nature aux recoins les plus ingrats da monde, lorsqu'elle y est attirée par Pappàt du gain. Au port de Caldera, aujourd'hui capitale du département, on ne trouvait, il y a 6 ans, que des sables et du gravier brûlants; pas une goutte d'eau potable, pas un brin de bois à brAler, pas une chaumière pour s'abriter. Ce fut pourtant cette place inhospitalière que l'esprit dissociation choisit pour y établir le point de départ de la ligne de fer qui devait porter la vie industrielle à Tintérieur et mettre à la disposition du commerce extérieur les grandes richesses qu'elle était appelée à

fournir. Dès que la ville eut été tracée, le terrain fut raffermi par des moyens coûteux; sur ses sables naguère mouvants on vit s'élever de jolis édifices publics et des magasins particuliers^ et le plus beau môle des ports du Pacifique fut jeté sur l'Océan. Le port de la Caldera, fréquenté par tous les pavillons du monde, devint, dès le moment de sa fondation, un des premiers ports du pays. On peut en apprécier Timportance graduelle par ces simples données statistiques: le chemin de fer fut mis en activité en 1851; le mouvement maritime du port, fut dans'la même année, de 161 navires nationaux et étrangers, jaugeant 48958 ton^ ; en 1852^ de 226 navires nationaux et étrangers, jaugeant 78,678 ton^ , et en 1855, de 634 navires nationaux et étrangers, jaugeant 238,386 ton^- Il est vrai que dans cette dernière année on a réuni au mouvement du port de la Caldera celui qui eut lieu en même temps dans ceux de Chanaral de las Animas, de Flamenco, de Paposo et de Barranquillas, qui en forment les dépendances et commencent à être visités.

Le manque d*eau a été suppléé par de fortes machines de distillation dont le produit suffit à la consommation de la ville, des navires et des chaudières des locomotives. Le port a deux môles remarquables: le premier, destiné au chargement et au déchargement des allèges et des bateaux , a 220 pieds de longueur, sur 70 de largeur. Le second, qui a 24 pieds d'eau à son extrémité et 16 du côté de la terre, a 320 pieds de long, sur 34 de large; il est joint au continent par une chaussée en pierre, d'une étendue de 1200 pieds . Ce dernier môle a des rails où trois waggons peuvent marcher de front en même temps.

Les deux départements du Haasco, et de la Freirina ont chacun une ville chef-lieu du même nom. La ville de Vallenar, située dans la vallée centrale et sur le bord septentrional de la rivière Huasco, est ik 18 milles de celle de Freirina, qui se trouve dans la vallée de la côte^ sur le bord opposé de la même rivière.

Les habitants du Huasco sont groupés dans ces deux villes principales, dans les villages du Huasco alto et du Huasco bajo, dans ceux de San Feliz et del Transito, difns quelques bourgades plus ou moins insignifiantes, dans les mines nombreuses et dans les ports Chanaral, PeBa blanca, Herradura, Pajonales et Huasco proprement dit, — de sorte que le pays parait désert hors de ces localités.

La garde nationale de la province se compose de 4 bataillons d'infanterie, formant un effectif de 1959 fantassins, et de 8 escadrons de cavalerie avec 670 cavaliers.

Si nous examinons Pétat de Tinstmction publique dans la masse de la population, nous trouvons, sur 408 individus, une personne sachant lire et écrire, et une, sur 348, sachant lire seulement

La division de la propriété territoriale est comme suit:

Province

Départements

Propriétés

Revenus

Dime prélevée en 1852.

Alacama

Conîapo . . > Caldera . . ] Freirina . .

Vallenar . .

ToMl

Quiconque voudrait porter un jugement sur l'ëtat industriel et mercantile du Chili, sur les habitudes et les moeurs de ses habitants, sans sortir du Copiapô — •qui est pourtant non seulement une partie de la République, mais encore le rendez -vous de tous ses grands capitalistes — commettrait une grande erreur. Copiapô est l'ensemble du caractère de toutes les nations qui ont des relations plus ou moins directes avec le Chili: ses habitants ne s'accordent en rien que dans l'activité qu'il faut déployer pour acquérir les trésors que le jeu aventureux des mines fait entrevoir. Sous l'empire des illusions heureuses et des espérances déçues, leur caractère se ressent de la pression constante qu'exercent l'indécision, la galté et, plus souvent, la tristesse.

C'est en rapportant cette faible population, en majeure partie agricole, aux grandes masses de minerai exportées de la province, qu'on peut apprécier la valeur de ses mines ft s'assurer de la nécessité absolue qu'il y a d'augmenter le nombre des bras pour l'ex^ ploitation de celles qu'on ne jfait qu'effleurer, ou qui sont délaissées parce qu^elles ne donnent pas un rapport fabuleux aux entrepreneurs. D'ordinaire, les travaux ne sont poussés que faiblement, et on les abandonne aux premières difficultés que les ressources mesquines qu'on emploie seraient hors d'état de vaincre. L'élan donné à présent à l'industrie minière se fait déjà sentir partout, car, depuis le mois de janvier • 1851 jusqu'en avril 1853, 2 vieilles mines d'or, 98 d'argent et 105 de cuivre ont été de nouveau mises en exploitation dans la section du Huasco, et dans la même époque on a entrepris des travaux dans 5 mines d'or, 82 d^argent et 138 de cuivre nouvellement

découvertes. Le Gouvernement contribua notablement à favoriser cet élan par les privilèges concédés aux entrepreneurs de la voie ferrée, par la fondation de nouveaux ports, par la construction de magasins de dépôt et d'un beau bâtiment de douane^ par la régn* larisatîon du service postal, par la réparation des che- mins, par la création de nouvelles écoles gratuites, par l'érection de maisons de bienfaisance, par Taugmentation des juges lettrés et notamment par le traité conclu avec le gouvernement de la Confédération Argentine, le 30 avril 1856, lequel abolit tous les droits d'importation et d'exportation par la voie des Cordillères, entre les deux nations. Cet acte, dont on ne saurait trop estimer Timportance pour le Chili en 'général et pour la province d'Atacffima en particulier, va contribuer d'une manière très efficace à activer l'exploitation des mines dont le rappo*rt ne suffisait pas pour couvrir les dépenses d'extraction.

Lindustrie proprement dite ny date dans TAtacama que depuis quelques années. On n'y employait que la force directe de hhomme; les moyens spéculatifs, qui multiplient cette force, lorsqu'ils sont combinés avec elle, et qui servent à utiliser les ressources locales et les lois générales de lamécanique,n'y étaient pour rien. L'industrie minière et l'industrie agricole^ ces deux éléments de prospérité qui commencèrentà sortir de leur enfance lors de la consolidation de notre état social, sont très loin encore d'atteindre à la perfection. L'exploitation des mines, malgré Tessor qu'elle a pris, laisse beaucoup à désirer, car, comme nous Tavons dit, on ne fait qu'effleurer les matières premières que la nature a répandues à pleines mains sur cette contrée. La science n'y est presque pour rien. Une

simple indication 9 dont les Chiliens mêmes qui tra- Taillent aux mines n'oseront contester la justesse, sufBra pour prouver cette vërité. Il existe dans la province plus de mille propriétaires qui se nomment mineiirs de profession» et chacun d'eux se croit en droit de critiquer la marche du travail de son voisin, sauf à être critiqué par lui à son tour. Dans les excavations, on commence à faire usage des puits perpendiculaires pour extraire, à Taide de machines, le métal et les morceaux de roc. La plupart du temps, cette pénible opération se fait à dos d'homme. Des apprentis mineurs, portant sur les épaules un grand sac en cuir rempli de débris de pierre et de métal, parcourent les galeries souterraines, avec une lumière au bout d^un bâton pour voir où ils mettent les pieds, et grimpent sur les anfractuosités des précipices les plus affreux jusqu'à la surface du sol, où ils ne font que jeter leur pesant fardeau pour redescendre encore, afin de répéter cette opération aussi lente quinhumaine. Lorsqutm filon est intercepté par quelque dérangement dans les couches de la formation où il existe, personne n'est encore à même d'indiquer, d'une manière à peu près sAre, dans quel sens doivent être pratiquées les galeries pour le retrouver ; et les actions judiciaires, soutenues de part et d'autre avec chaleur, sur les intemations souterraines dans la propriété d'autrui, attestent que les travaux ne sont pas tous conduits pas de vrais ingénieurs des mines. L'opération de séparer le minerai de la pierre ou des masses qui n'ont qutin aloi de peu de valeur^ est généralement assez parfaite. Comme on n'a pas d'eau pour les lavages, et qu'on ne peut pas non plus employer, quant à présent, les machines à broyer, cette sépara-

tion se fait aa marteau. Les travailleurs sont assis par terre; une pierre leur sert d*enclume pour concasser le minerai et en faire le choix.

Jusqu'au mois de novembre 1852, on ne tirait parti que des minerais d^argent qui se prêtaient à l'amalgamation immédiate. Le reste était jeté, à iiioins qu'il ne tût d'un excellent aloi, et dans cecaso on le vendait à vil prix pour être exporté en Europe. ^) Aujourd'hui, on commence déjà à voir quelques établissements où Ton fait usage des procédés scientifiques pour préparer le minerai à Tamalgamation médiate et pour employer la fonte dans les opérations. Quant aux travaux d'amalgamation immédiate^ il se font dans les nombreux ateliers de TAtacama avec autant de perfection que dans beaucoup d'établissements européens, notamment que dans ceux de Freiberg. Les machines sont plus finies, plus parfaites et plus expéditives. Pour les mettre en mouvement, on ne se sert pas encore d'engins à vapeur ; on les remplace par la force de l'eau, et on ne peut s'empêcher d*admirer qu'on soit parvenu au Copiapô — avec le faible courant d*eau de sa petite rivière, qui roulait sur des sables brâlants il y a quelques années et n'arrivait que rarement jusqu^à la mer -* non seulement à mettre en action vingt fortes machines de broiement et d'amalgamation; mais encore à répandre la fraîcheur et les gras pâturages sur les bords de l'étroite vallée de la rivière, depuis le torrent de Pulido, à 2370

^) Depuis le 1er janvier ISôl jusqu'au 90 juin 18&3, c'està-dire dans l'espace de deux années el demie, on a embarqué pour l'étranger 21,156300 livres de minerai qui ne se qualifiait pas pour ramalgamation immédiate.

mètres de hauteur au-dessas. du niveau de la mer, jusqu'aux coteaux de sable de la côte maritime.

On broie le minerai avec des meules perpendiculaires en granit ou en fonte, d*un poids moyen de 3000 kilogr., et dans l'amalgamation on emploie également le système américain de patios (amalgamation en tourtes), celui des tonneau tournant sur leur axe, en usage à Freiberg, à Oberschlemma, à Afansfeld, etc., et celui appelé de Cooper. C^ dernier^ très en vogue au Chili, n'est autre chose que l'ancien genre d'amalgamation norwégien considérablement perfectionné. De grandes cuves remplacent les petits tonneaux; le fond de chacune, en fer de fonte, soutient dans son centre im arbre vertical qui met en mouvement une croix pesante également en fonte. Cette croix pro« duit le triple effet de triturer la pâte, d*en atténuer les molécules, par son froissement vigoureux sur le fond, et d'aider à l'amalgamation par l'action chimique d'un acide et du fer sur les chlorures.

Tons les établissements sont munis d'appareils de distillation pour séparer le mercure de l'argent el^ de petits fourneaux à réverbère pour fondre le métal d'amalgamation, qu'on livre ensuite au commerce sous le nom de plata en barra (lingot.)

En examinant le résultat des travaux d'amalgamation immédiate exécutés dans cinq de ces établis* sements pendant deux années et demie, depuis le l^c janvier de Tannée 1851 jusqu'au 30 juin 1853, on trouve que Taloi moyen du minerai est de 0,40 pour cent Le plus fort aloi obtenu fut de 3,492 livres et demie, sur 6,400 livres provenant de Chanarcillo.

Avant l'ouverture du chemin de fer, un filon argentifère dont le minerai n'atteignait pas un aloi de

six livres d'argent, par mesure de 6400 livres, ne payait pas ses frais, à moins que la situation n'en fût très avantageuse et la puissance très considérable. Actuellement on travaille même les filons dont le minerai est d'un aloi inférieur; mais faiblement, et toujours dans Tespérance de les voir s'enrichir.

Dans les districts- de Cbanarcillo, de Très Puntas^ de Sacramento^ de Romero et de San Antonio, où sont les mines d'argent les plus célèbres, on entreprend l'exploitation des filons entièrement stériles à la surface et même de ceux qui le sont à une très grande profondeur^ dans l'espoir ou de traverser une couche argentifère ou de voir le filon devenir riche par quelque accident imprévu, ce qui arrive quelquefois. De lA, le grand nombre de mines d'argent en activité et le peu de résultats favorables qu'en retirent à Tordinaire ceux qui ne possèdent pas des mines productives.

La quantité de filons travaillés en pure perte, l'argent et la main-d'oeuvre qu'ils réclament, et la ruine qui en est la conséquence pour les entrepreneurs, ont fait naître, sur l'abondance et l'aloi général des minerais chiliens, des erreurs graves dans les calculs sur la richesse comparative de nos mines avec celles de l'ancien continent. On se plaît à attribuer la productivité de l'Atacama plutôt aux grandes masses de minerai qu'on extrait facilement des mines, qu'à son fort aloi. Il est vrai que la plupart des filons métallifères sont d'une grande puissance; mais leur rapport est en sens inverse de leur largeur. Aussi * travaille-t-on des mines dont les filons encaissés dans un rocher qui ne cède qu'à la poudre, n'ont que quelques Jignes d'épaisseur; mais ils fournissent de Tar-

gent presque natif: c'est ce qui arrive dans les veines métallifères appelées guias.

Au Chili, on n'extrait des minerais d'argent et des minerais de cuivre qutme partie de l'argent ou du cuivre qu'ils contiennent, parce que les déchets vendus à l'étranger supportent les frais du voyage et d'un nouveau traitement et laissent encore du bénéfice aux entrepreneurs. En Europe, on extrait du minerai toutes les substances utiles qui entrent dans sa composition.

Dans les mines du Bammelsberg^ au Harz infé* rieur, on travailla, en 1850, 8,992^20 mètres cubes de minerai, et leur produit en argent, retiré avec la perfection européenne^ ne dépassa pas 8,792 marcs et une fraction. Il n'est pas rare de voir au Copiapô une seule mesure de 64 quintaux de poids en pro* duire davantage. Ainsi, entre le Içr janvier 1851 et Je 30 juin 1853, on retira du Manto Peralta des me* sures de 64 quintaux d'un aloi de 6,983 mfircs, et du Retamo, de San José et du Manto de Ossa 2,708, 2,285 et 987 marcs par cajon ^).

Voici quelques autres observations plus générales sur cette question.

Le minerai argentifère qu'on retira des mines de Freiberg et de ses dépendances, dans l'année 1853, fut, d'après les Annales de l'Académie Koyale de ce district, 315,342 quintaux, lesquels donnèrent pour résultat 98,500 marcs et une fraction.

Cinq établissements d'amalgamation immédiate^ pendant le cours de deux années et demie, du l^** j^m. vier 1851 au 30 juin 1853, ont travaillé 150,823 quintaux de minerai d'argent qui leur sont arrivés in-

') Mesure de 64 quintaui.

distinctement des diflférentes mines da Copiapô. Le poids, comme on le voit, n'atteint pas la moitié de celui du minerai argentifère de Freîberg, et l'argent n'en a pas été extrait en totalité. En yoici pourtant le résultat:

Noms des établissements:

CerriUos . . . . .

Omji

Transito . . , . .

Punta del Cobre . .

PavcUoQ

Quintaux de minerai:

Marcs d'argent.

69575 qx. 47i livres.

27726 M 13 33595 f> 56 4969 rr 82 15956 n 51

150,823 qx. 49} %

A présent, voici la manière de calculer, au Chili, l'aloi du minerai. Comme on le sait, les substances métalliques sortant des mines sont presque toujours des agrégats plus ou moins compliqués et impurs de divers minéraux. On les soumet en Europe à des préparations mécaniques, pour donner à la partie utile le plus grand degré possible de concentration avant de la remettre aux usines sous le nom de minerai, pris dans son acception particulière. Ces préparations sont: 1^ le débourbage^ 2^ le cassage, 3® le triage, 4^ le criblage, 5® le bocardage et le lavage. Toutes ces opérations^ ou la plupart du moins, sont du domaine de Texploitation des mines, et au Chili, hors le cassage et le triage, on ne les connaît même pas de nom. Le mineilr fractionne le filon, dont les parties utiles sont très souvent inégalement distribuées dans sa masse. Ces débris, jetés à terre sur une petite esplanade à l'entrée de la mine, sont concassés au marteau: les morceaux jugés de quelque utilité sont

mis de côté; le reste est lancé du haut en bas de la colline. Voilà toute la préparation qu'on fait subir aux substances provenant de la mine avant de les livrer aux ateliers d'amalgamation immédiate, qui ne iont que les réduire en poudre et soumettre le résultat entier de la mouture à l'action du triturage et du mercure. L'aloi est calculé sur le plus ou moins d'argent que fournit cette masse sans dépuration.

L'exploitation des filons argentifères dont le mi* nerai ne se prête pas à Tamalgamation immédiate, a été reprise dernièrement; on en vend le produit brut à Tétranger, faute de bras et de connaissances pour en tirer bénéfice au Chili. Le nombre des mines d'argent qu'on* travaillait dans la province en 1853) était de 536, et la plus grande profondeur à laquelle on fût arrivé, était de 1,368 pieds, dans la mine de St. Domingue, district de Chafiarcillo.

Après Targent, c'est le cuivre qui prend la première place dans Undustrie des mines de TAtacama. Les filons de cuivre sont plus répandus, plus puissants et généralement plus fructueux pour les entrepreneurs, attendu qu1ls ne les travaillent pas comme les filons argentifères, c^est-à-dire simplement poussés par Pespérance de trouver tôt ou tard la fortune; mais en présence de bénéfices immédiats ou qui commencent par payer les frais d'extraction. Le nombre des mines de cuivre exploitées ou amparadas ^) en 1853 était de 266; il s'est considérablement augmenté à présent. Elles se trouvent le long de la côte. On n'opère jamais dans celles qui sont situées à l'intérieur, quelle

'} Terme dont on se sert pour dire qu'une mine a un propriétaire, quoiqu'elle ne soit pas eu exploitation actire.

qu'en soit la richesse, à cause du manque de travailleurs et de moyens de transport.

Dans leur exploitation, on suit le même système qu'on emploie dans celle des filons argentifères L'usage des fours à réverbère devient de jour en jour -plus général, et on ne perd plus Ténorme quantité de métal qui, par la mauvaise construction des fours à mâche, restait dans les scories et dans les crasses. Plusieurs entrepreneurs ont fait de grandes et rapides fortunes rien qu'en soumettant de nouveau ces résidus abandonnés à un traitement mieux réglé. Le manque de combustible et de connaissances est encore cause que l'on exporte pour l'Europe de grands chargements de minerai de cuivre. Les départements de Freirîna et de Vallenar possédaient^ en 1853, vingtcinq établissements avec trente-quatre fours à réverbère, dont trois seulement fondaient à l'aide du charbon de terre. L'aloi le plus élevé du métal de cuivre est de 80 %; la moyenne générale de 90, et la plus basse de 6.

Les départements de Copiapô et de Caldera comptaient à peine^ dans la même année, six établissements pour la manipulation du minerai de cuivre; le peu d'ouvriers dont on pouvait disposer étaient occupés aux mines d^argent, et la cherté du combustible tint cette industrie endormie jusqu'à la création du chemin de fer. Aujourd'hui, on voit dans le port de la Caldera plusieurs superbes usines où l'on traite ce minerai.

Dans le Mémoire sur la province d\\tacama, présenté au Gouvernement, en 1853, par l'intendant de cette province, M. de la Fuente, nous trouvons les remarques statistiques que nous reproduisons ici:

Mines exploitées en 1853:

Départements

Or.

Argent.

Cuivre.

Total.

Travailleurs.

Copiapo ) Caldera 1 Vallenar Freirina

Total

Produits de ces mines, du !«■' janvier 1851 au 30 avrU 1853:

Argent • . . »

Minerai d^argent , Cuivre . . . « Minerai de cuirre Cuiyre, Ire fonte .

893254 marcs .

211569 quintaux

8,709,226 piastres* 3,173,520

De ce total de valeurs, 11,910,()67 piastres correspondent aux départements de Copiapo et de Caldera et 2,209^880 à celui du Huasco. Le taux de l'argent est fixe pour former ces calculs ; il est à 9^75 piastres le marc; celui du minerai argentifère est à 15 piastres par quintal ; celui du quintal de cuivre en lingots à 16; celui du minerai de cuivre à 2,50) et celui de reje, résultat de la l^^ fonte, est à 8,50.

Le nombre des ouvriers employés dans toutes ces mines, en 1853, était de 8164, dont 6869 pour celles du Copiapo et 1290 pour celles du Huasco.

Les mines d'or, dont Texploitation Hâte du temps de la conquête et même d'une époque antérieure, puisque Ter du Copiapo lut le principal mobile qui lança les conquérants sur le Chili, n'attirent que faiblement Tattention des mineurs.

Voici quelques renseignements pour les étrangers qui voudraient consacrer leurs efforts à l'exploitation des mines au Chili.

Tous les filons et tous les dépôts de substances minérales, à l'exception de ceux qui contiennent le charbon minéral, le soufre, la chaux et autres matières analogues, sont censés appartenir à l'Etat. Celui qui en fait la découverte et prétend en entreprendre r exploitation, adresse une pétition an gouverneur du département, et la propriété lui en est concédée, sans quMl ait d*autres dépenses que celle du papier timbré sur lequel est écrite la pétition, les droits du gouverneur qui concède et ceux de Técrivain public qui en prend note. Ces frais ne vont presque jamais au-delà de trois piastres. Il doit, en outre, faire avec leproprié^ taire du terrain où se trouve le filon ou le lit métallifère, au cas que ce terrain n'appartienne pas au Gouv^ernement, un arrangement pour la valeur de l'espace destiné aux usines de l'établissement. Le propriétaire est forcé de renoncer à ce terrain pendant le temps que durera l'exploitation, moyennant une indemnisation dont le montant est fixé par des arbitres nommés par les intéressés, et en cas de besoin par l'autorité. Celui qui fait la découverte d'un filon a droit à trois propriétés sur le même filon, sll en fait la demande en compagnie. Chaque propriété est divisée en 24 actions, appelées barras. Le concessionnaire d'une propriété n'a d'autre devoir à remplir que de Texploiter; pourtant il est libre d'abandonner le travail quand cela lui conviendra ; mais Tabandon une fois constaté, il perd ses droits, et le premier venu peut lui succéder, après en avoir sollicité la permission des autorités. Les travaux d'exploitation sont

sujets à llnspection des juges des mines, afin qu'ils soient conduits selon les prescriptions légales, auxquelles tout propriétaire de mine est soumis ; s'il s'en écarte, il perd son privilège. Ces prescriptions tendent, en général, à prévenir les éboulements et les autres dangers auxqi^els les mineurs pourraient être exposés.

Il existe, dans les villes principales et près des gisements métallifères, une foule de magasins de dépôt pourvus de tout ce qui peut être nécessaire aux exploitations. Ces maisons s'occupent non seulement de la vente ^directe de leurs marchandises, mais elles fournissent aux mineurs qui n'ont *pas de quoi acheter au comptant^ les vivres et les outils dont iU ont besoin. Si la mine produit quelque chose, les fournisseurs (habilitadores) trouvent moyen de se payer; si elle ne produit rien, ils perdent généralement le prix de leurs avances. Malgré les risques de cette spéculation, comme les bénéfices sont énormes si le travail est couronné dtin heureux résultat, le nombre de ces fournisseurs, loin de diminuer^ augmente de jour en jour.

Outre ces établissements, il y a dans les villes des maisons qui achètent les minerais et les métaux. Elles sont connues sous le nom de casas de rescate* Grâce au profit énorme qu'elles réalisent, elle se créent en très peu d'années de grandes fortunes. Ce sont elles, à l'ordinaire, qui fournissent des capitaux aux habilitadores et qui imposent un lourd tribut au travail, par les prix modiques auxquels elles se font livrer les produits des mines. Voici quel était le prix fixé à ces produits en Tannée 1853: je me plais à le

signaler, afin d'appeler sur une affaire aussi importante

Tattention des capitalistes européens*

Le prix de la Plata pina (argent d'amalgamation)

était de 9 piastres le marc ; celui du minerai d'argent

se régie d'après Taloi, comme suit:

Aloi de 50 — 75 marcs par caJOB : 3,81 piastr. le marc. « ,, 76 — 100 „ u „ 4,77 ,, w

w w 101 — 150 u ' If tf 5,25 M tf tf

f* M 151 — 200 tt f tt . 5,70 tf ft ft

n r, 201 — 400 rr u f» 6,18 u r/ n

r/ f, 401 — 600 n tt tt 6,92 n 99 ' tt

tt f 601 — 800 t, „ ft 7,17 tt n tt

tt tt 801 —1000 ff n I, 7,30 'tt n ft

n ,.1001—2000 „ „ ,/ 7,41 tt tt u

r»addelà de 2000 tt tt tt 7,55 tt tt t, Prix du cuivre:

Cuivre fondu tt tf tf 15 à 16 m le q»^- Minerais de cuivre: Piastres:

5 pCt. •••••* 0, 62§ tt tt

6 tt 0, 75* tt tt

7 tt •••• .«0, 87^. tt tt

o tt .•••«•.••••.. 1, 00* tt tt

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14 tf ••••• 1, 75* tt tt

15 tt 1, 87^. tt tf

16 tt 2, 00. ,f tf

VJ tt g, 12i. tt tt •

18 tt ••• 2, 25* tt tt

19 tt .> • • 2, 37f . tt tt

Minerais de cuivre: Piastres:

20 pCt. 2, 50. le q«»-

2^ f 3, 00. M rr

A partir de ce dernier aloi» on payait 0, lôf piastre par chaque unité pour cent qu'on trouvait de plus au métal, qu*on faisait essayer à plusieurs reprises afin d'être plus sûr de son contenu. Aujourd'hui, à peu de différence près, les prix du rescftte sont les mêmes.

Quant à l'industrie agricole de la province, nous n'avons qu'à dire qu'elle laisse encore beaucoup à désirer pour atteindre à la -perfection; cependant elle pourrait servir de modèle en ce qui concerne les prairies artificielles. Le besoin, plutôt que la science, y a dicté des règles par la combinaison et l'observation desquelles on sait mettre à profit jusqu'aux moindres incidents de terrain à l'atteinte de l'eau.

On cultive aussi le blé et tous les légumes connus, mais en une quantité toujours proportionnelle à la petitesse des champs que l'influence directe des irrigations met en état d'alimenter des végétaux. Sans le secours qu'on tire de la République Argentine en denrées alimentaires, la moitié des travaux entrepris à l'heure quHl est, seraient sûrement abandonnés, par suite de la difficulté que l'on éprouverait à se procurer des vivres ailleurs.

Je termine ici mes indications générales sur cette province remarquable, à laquelle nous devons l'esprit d'association qui commence à se développer partout

ae*

et les grandes richesses qui le mettent en action. Les chiffres statistiques que je consigne plus loin compléteront cette légère esquisse.

L^année 1844, où la statistique mercantile du Chili commence à avoir une forme régulière^ montre, par les produits de TAtacama et par leur valemr, où en était alors cette branche importante de nos richesses territoriales. Les métaux se payaient à vil prix. Dansles départements du sud, les minerais d'argent commençaient à peine à s'extraire à l'essai, et au Copiapô on n*en faisait pas même mention. Quatre années après, malgré la prohibition des relations commerciales avec les Provinces Argentines, on voit déjà les proportions que le commerce prenait dans Taccroissement des productions et dans l'augmentation de leurs prix. L'année 1851 vint donner une nouvelle face à ce commerce, et quoique l'état des mines ne soit pas, à beaucoup près, aussi brillant quil Tétait à Tépoque de leur découverte, le rapport en devient de jour en jour plus considérable.

Les produits minéraux qu*on exporte de la province sont: l'or, en petites quantités; l'argent dont la plus forte partie se livre au commerce intérieur; le cuivre qui commence à jouer un très grand rôle dans l'exportation; les minerais de cuivre et d'argent, ^ont on expédie des masses énormes en nature et à demi travaillées . le plomba le cobalt et le nickel, qu'on extrait plutôt par manière d*essai que comme un objet d'une utilité notable pour le commerce de retour.

Sous le nom de produits industriels, nous comprendrons ceux de Tindustrie agricole, les récoltes de lichen et le faible provenu de la pêche, de la chasse et de quelques industries locales.

Commerce d'exportation des produits nationaux, par les ports de Copiap6 et daHuasco, pendant les années 1844, 1846, 1848, 1850, 185^ et 1855.

Produits minéraux. Produits industriels Total.

i Ck>piap6 ^ Huasco

i Gupiapo ( Huasco

( Copiapo ^Huasco

i Copiapo r Huasco

4 Copiapo /Huabco

ctranerer 234825 $ — 696 $ - 235521 $

intérieur 973979 " — 3587 w — 977566 m

étranger 392667 n — 1210 tf — 393877 n

intérieur 120006 it — 2434 tf —

étranger 138900 r^ — — » —

intérieur 1370092 « — 7347 r/ —

étranger 473220 " — 753 •/ —

intérieur 244191 " — 9919 f> —

étranger 217324 « — 480 w —

intérieur221726l n — 3967 r/ —

étranger 4S1756 »' — 706 rr —

intérieur 129993 » — 2679 it —

étranger 1061460 '»

intérieur 4999999 f»

étranger 374019 tr intérieur 270097 m

122440 ff

217804 If

2221228 tf

482162 ff

132672 it

— 4099 'f — 5004098 it

— 8163 '/ — 382182 ft

— 1036 " — 271133 ff

— 370939 tr

ft

tf

étranger 1006703 r; — —

intérieur 3534452 if — 5537 ir

étranger 367389 t» — 3550 /'

intérieur 171317 >f —25681 rr — 199998'/

étranger 3184442 // — leo m — 3184602 ff

intérieur 3724919 '/ — 5035 tt 3729954 '/

étranger 832050 '/ — 305 '/ — 832355 "

intérieur 105042 // — 9541 ^ — 114583'/

i Copiapo I Huasco

Quant aa mouvement maritime des ports de la province, depuis le premier mars 1855 jusqu'au 30 avril 1856 9 nous ne pouvons en fournir d'autres données que celles qui se rapportent au port de la Caldera: Entrée: 314 navires, jaugeant 115,483 tonneaux Sortie: 307 ,, t, 111,220

Sur le nombre total de navires, on compte 311 navires nationaux^ jaugeant 81,486 tonneaux.

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