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On voit que le tonnage des bâtiments employas dans le commerce de nos côtes, est aujourd'hui plus considérable que celui de toute notre marine marchande en 1851.
I/abolition des droits diiTérentiels; Tadoption du grand principe de réciprocité dans le traitement des pavillons; des règlements fixes et bien calculés dans les juridictions maritimes; le droit accordé à l'étranger résident de devenir propriétaire de navires chiliens; celui de pouvoir nationaliser des bâtiments étrangers; rétablissement de beaux phares dans nos principaux ports ; la construction active de môles et de magasins de dépôt; de nouveaux ports ouverts de jour en jour au commerce de cabotage; la grande facilite que les docks naturels des régions australes offrent pour les réparatic^ns ; les établissements de constructions navales dut Chiloé, de la Conception, du Maule et de Valparaiso, et les bénéfices que réalisent les navires chiliens 1 — contribueront sans doute aux progrès de notre marine marchande, sans lesquels la marine de guerre nfest et ne peut être qu'illusoire.
Le Revenus de la République montaient^ en 1817, à 1,752, 127 piastres. En 1846, ils en atteignaient à peine 3,62;3,9i8. C'est-à-dire qull a fallu 29 années pour les voir doubler. Ils unt fait, depuis cette époque, des progrès de plus en plus sensibles; car, dans Je seul espace de dix années, nous les voyons s'élever à 6,287^26 piastres^ et rien ne présage une stagnation, malgré les modifications journalières qu^on introduit dans le système des rentes, pour diminuer et pour répartir plus également les taxes consacrées par Tan» cien régime. Voici quelle a été la marche annuelle des revenus perçus par lEtat, depuis Pannée 1841.,
En rapportant le revena à la populatidtn, sans enirer dans l'investigation des sources d'où il jbrovîent, on pourrait croire que le citoyen de la Répabliqae chilienne est moins grevé de contributions que Tha* bitant d'aucun autre Etat du monde civilisé ; ^ mais si l'on porte ses regards sur ces sources, on ne tarde pas à .88 convaincre que c'est seulement une partie de la population chilienne, et non pas sa totalité, comme cela devrait être, qui jouit d'un pareil avantage. La raison en est dans la distribution imparfaite et inégale des taxes. Ce défaut, auquel on n'a pas encore pu remédier, malgré les eiforts constants de toutes nos administrations, tient jusqu'à présent la plupart des contributions à Tétat d'essai; mais nous sommes heureux de constater que ces essais prennent de jour en jour, par Texpérience, le caractère et la forme de vraies institutions financières qui ne tarderont pas beaucoup à faire accorder les besoins de TEtat avec
l*équité dans la répartition des impôts qui doivent y satisfaire.
Voici l'indication des revenus perçus par TEtat en 1855, comparativement avec ceux de l'année précédente:
Angmea- Utlon
Dlminii-
tiOB
Dounnes . . . . '
Articles monopolises'
Dinie
Contribotioo territoriale
CadaKtre
Alembalas
Impôt sar les capitaux a 0€B80 . . .
Brevets
Papier timbré . . .
Monnaie
Poste»
Droits de Péage . .
RereOQ cas|iel . . .
LTotaux
Aogmentatién en 1855 341,300:33
Les V 237,226 piastres figurant dans le tableau sons le i^om de dtme, sont une partie de cet imp6t qui était encore due à l'Etat et qui complète le dernier sacrifice que Tagrieulture à eu à faire avant de se dégager définitivement d'un semblable fléau.
Notre législation douanière est incontestablement plus parfaite et plus libérale que celle de France, d'Angleterre et des Etats-Unis d'Amérique. La pensée principale de nos législateurs a été d'assurer, au plus bas prix possible, à l'industrie nationale et à Tbabitant de la République, tout ce dont ils pouvaient avoir besoin, et d'accorder au commerce les facilités nécessaires pour ses expéditions, en le délivrant des inves-
tigations méticuleuses du fisc, des évaluations arbitraires et des caprices malheureusement trop fréquents des employés des douanes. Les droits se prélèvent ad Tâlèreim Les valeurs sont fixées par un tarif annuel, qui est également entre les mains du commerçant et entre celles des agents de la douane. Dans ce tarif, rempli de libéralité, le ci-devant système protecteur ne se fait sentir que faiblement dans ce qui a rapport à l'introduction des meubles^, des habits et de la * chaussure. Le paiement des droits n*a lieu qu'après six mois; aussi voit-on que les revenus des douanes entrent pour plus de la moitié dans le total des ressources de TEtat.
La contribution de l'Estanco ou celle d'articles monopolisés fut mise en vigueur par le Gouvornement en 1824 , afin de se procurer des fonds pour le paiement des dividendes de la dette anglo-chilienne, dont nous parlerons bientôt. *
Les articles monopolisés sont: le tabac, lealiqueurs étrangères, les cartes à jouer et le thé. La vente en est rigoureusement interdite, ainsi que la cplture du tabac, à quiconque n'y est pas expressément autorisé.
Cette taxe, quelque odieuse et antiéconomique qu'acné soit 3 doit son origine à la plus pressante des nécessités, et n^a pu être abolie jusquici, bien que l'on en connaisse les inconvéniens et les défauts. Ses produits entrent pour près d'un douzième dans le revenu général de la République. La suppression de l'estanco doit donc laisser un grand vide dans les ressources, si on ne crée une nouvelle taxe pour la remplacer, et c'est précisément la difficulté de trouver
cette noavelle taxe, dans notre état actuel, et surtout celle de la faire accepter qui soutiennent encore le monopole a
Dans un Etat où la volonté du chef est la loi, et où les impôts, vraies exactions que fait la force à la faiblesse, doivent très souvent leur origine à des besoins factices enfantés par le luxe et les dissispations des cours, un seul décret peut abolir une contribution, sans que le vide qu^elle laisse dans les recettes soil d'une conséquence véritable pour le bienêtre de la nation. Mais dans une modeste République où la volonté du chef n'est rien, où toutes les dépenses qui se font sont nécessaires, et où l'on ne tolère pas une nouvelle taxe sans qu'elle ait été soumise à l'examen le plus scrupuleux et motivée par le plus pressant besoin, les lois abolitionnistes ne peuvent être créées au'avec la plus grande circonspection. L'oppression produite par Testanco entre dans la catégorie de ces npaux qu'on ne saurait guérir par une violente amputatif)n. Four en amoindrir les effets, le Grouvernement suit la seule voie que la prudence lui laisse à prendre,' celle de diminuer graduellement les droits exorbitants imposés aux articles monopolisés, jusqu'à ce qu'ils puissent entrer dans le rang des autres denrées du commerce. En attendant, et malgré rabaissement des droits, le produit net de ce revenu est sujet, comme il est naturel, à toutes les atteintes par lesquelles la contrebande dédommage toujours le commerçant des lois prohibitives. En 1842, ce produit était de 365,000 piastres, et onze années après il en atteignit à peine 475,973; pourtant ^ depuis cette époque, nous le voyons augmenter sans discontinuer, comme on peut le remarquer par les chiffres suivants:
En 1852, il était de 475,973 piastres M 1853 . 486,828
ir 1855 r; 529,125
La contribution territoriale fut instituée, par la loi du 25 ocl^bre 1853, pour remplacer la dtme. Elle consiste dans le prélèvement de 7,11 piastres pour cent sur le rapport présum<^ des propriétés rurales. Pour établir la nouvelle taxe, ou évalua les rentes d'une manière si imparfaite, que les propriétés territoriales, qui sont au nombre de 32/822, ne présentent qu*un revenu de 7,408,876: 00 piastres, tandis que les produits ruraux exportés en 1855 atteignent le chiffre de 5,436,691 piaiitres. On peut calculer, d'après cela, combien cette appréciaticn est loin même dHme exactitude approximative. i>;
La contribution du Gataatro repose enoor<^ sur des bases plus fautives. Elle fut établie en 1831 pour remplir le vide que laissait dans les recettes Tabolition des taxes monstrueuses de Tancien régime connues sous le nom d'Alcabalas 4e coiitratos et de droits de Cabexan. Le catasUo consiste dans le paiement de 3 pour cent prélevés aussi sur le revenu des propriétés rurales. Mais sur 82^822 propriétés, il ne s^en trouve que 12,028 payant la contribution; 20,794 en sont exemptes par suite de la mauvaise évaluation faite par les commissions nommées à cet effet.
La contribution territoriale et celle du cataatio affectent donc directement Tagriculture, et on peut dire qu'en les instituant, on a eu plutôt soin de diminuer les impôts des anciens contribuables que de créer de nouvelles charges qui pussent peser en même temps sur ceux qui n'en ont jamais payé. Le besoin
de dégager le plus tôt possible Tagriculture des taxes écrasantes du système espagnol, a été la cause principale des défauts qu'on observe dans celles qui les ont remplacées; aucun des travaux préparatoires si indispensables pour établir avec équité une contribution territoriale, n'avait été fini; mais on travaille sans relâche à remplir ce besoin impérieux, et, en attendant, l'agriculture respire et se remet»
L'Alcabala est un droit qui se perçoit sur les sommes résultant de la vente des propriétés foncières, rustiques et urbaines, ainsi que de celle des mines et des navires. Le droit prélevé sur le prix de vente des premières est de 3 à 4 pour cent, et de 2 pour cent sur la valeur des seconds. Cette taxe n'a jamais produit;, au Chili ce qu^^elle devrait produire, car il y en a peu qui se prêtent plus à la fraude. L'acheteur et le vftndeur s'entendent généralement entre eux pour fixer à (l'objet vendu un prix nominal, et c'est sur ee prix qu|e la contrîbation est perçue.
Llijiipdt sur les capitaux a censo est un droit de 5 pour-cent qui frappe les capitaux placés sur des *biensfoiids à intérêts perpétuels ou temporaires.
LeWlroit des brevets (patentes) se prélève sur les navires nationaux, sur tontes les maisons de consignation et de commerce en gros et en détail, et, à quelques exceptions près, sur tous les établissements mercantiles et sur les fabriques qui existent dans la République.
Les établissements de commerce et d'industrie se divisent en trois catégories, pour la perception de cette contribution. Dans la pren^ière se trouvent ceux des provinces de Santiago et de Valparaiso; dans la deuxième ceux des provinces de Coquimbo, de Talca
et de Conception; ceux des autres provinces sont compris dans la* troisième. La valeur des brevets que chaque établissement est tenu de payer augmente ou diminue selon qu'il se trouve dans la première ou dans les dernières catégories. Elle n*est jamais audessus de 200 piastres ni au-dessous de quatre.
La durée des brevets pour les navires est de deux années^ et le montant de la contribution est réglé par le tonnage lorsqu^il excède 2<j tonneaux. Ainsi, les navires qui jaugent
de 26 à 50 tonneaux paient 6 piastres „ 50 à 100 „ „ 12
,9 500 et au-dessus ,, 200
Le droit du timbre, qui est la plus légitime de toutes les contributions, iorsquil est modéré^ et qui constitue, à lui seul, la huitième partie du revenu de l'Angleterre, entre à peine pour la quatre-vingtième partie dans les rentes du Ohîli. L*organisatio» de ce droit y est tellement défectueuse, que les recettes qu'il produit diminuent au lieu d'acquérir, de plus en plus, le rôle important qu'elles devront nécessairement jouer dans nos revenus, lorsqu'il aura appelé l'attention des législateurs. 11 devrait figurer chez nous au moins pour un demi-million de piastres.
Une grande réforme a été introduit^ tant dans l'ancien système monétaire que dans le mode de fabrication. L'adoption du système décimal et Tintroduction des machines européennes commencent déjà à rendre à Vhôtel de la monnaie Timportance qu'il avait presque totalement perdue depuis l'époque de notre
émancipation politique. La fabrication des monnaies n'est pas considérée chez nous» comme une source de revenu, mais uniquement comme un moyen d'augmenter les facilités des échanges: aussi, les entrées de l'établissement sont presque toutes absorbées par son entretien et par la réformation des anciennes monnaies, dont la valeur, plutôt nominale qu^ntrinsèque, perd beaucoup par la refonte. Le reste du revenu est consacré à l'achat des pâtes et à des anticipations qu'on fait à bas intérêts aux vendeurs^ afin de ne pas paralyser les travaux de la fabrique, et d'augmenter les espèces en circulation.
Le revenu des postes, après les grandes réductions qu'on a faîtes dans les anciens tarifs 5 ne suffit pas encore aux dépenses que sa propre institution exige; mais il s'accroit de jour en jour.
Le^ droits de péage se prélèvent presque e^clusivemei^t sur le grand chemin 'qui relie Santiago à Valpara^iso; ils entrent pour très peu de chose dans les revetnus généraux.
Lefij revenus des municipalités ne figurent pas dans le j con)pte rendu par le Ministère des Finances, attendu qu'étant la propriété particulière des corpora«tiens municipales, ils sont affectés aux dépenses des communes où ils se prélèvent Dans l'année 185(^ ils atteignirent le chiffre de 1,002.609: 27 $, lequel, ajouté aux recettes générales, élève le revenu de la République, dans la même année, à ia somme de 7,290,135:52 piastres. Cette quantité est bien faible sans doute, si on la rapporte aux grands besoins d*amélioration qui se font sentir partout; mais le budget des dépenses, formulé toujours avec la plus grande circonspection, garde une si parfaite harmonie avec
les ressources, que rien ne présage qu'une crise puisse venir interrompre la marche, progressive qu^on a observée jusqu'aujourd'hui dans toutes les branches de Tadministration.
Les dépenses correspondantes à l'année 18â5 furent de 5,484,687 Si celles de 185f>, de 6,095,641 Jf, et le budget qui vient d'ècre approuvé pour Tannée 1857, s'élève à 6,336,069 $. Les dépenses, comme les revenus de l'Etat, suivent une progression croissante. En 1850, elles n'étaient que de 4,080,461 f.
Ministères. 1850. 1857.
Intérieur et Extérieur 578,318 $. . . . 1,648,826 J
Justice, Culte et Instruction publique 651,768 „ 1,094,568^
Finances 1,501,038 „ l,67li385 „
Guerre et Marine 1,349,340 „ 1,889,289 „
4,080,464 „ H,336y068if
Dans le dernier budget figurent 21L,527 % destinées aux pensions, à la jubilacÎDB ^) des anciens serviteurs de TEtat, au mont de piété et au sou^tien des invalides.
Le montant de la dette chilienne, tant étrangère que nationale, est de 8,440,900 piastres, dont 6^480,503 pour la première et 1,960,400 pour la seconde.
Le Chili contracta sa dette extérieure avec l'Angleterre , lors de la guerre de l'indépendance, et ne pouvant songer qu'à se défendre et à assurer sa liberté, il lui fut impossible de veiller au paiement ré-
') Nous avons supprimé les fractions.
^3 On nomme jnbilacion la jouissance du Iraitemeiit que les serviteurs de TEtat eontinuent k touclicr après un certain Âge, bien que ne rendant plus de servleea actifs.
gulier des dividendes, et, bien moins, de penser à ramortisseinent. Les affaires de TEtat s'étant un peu
remises en 1842, la première pensée du Gouvernement
fut de faire un arrangement avec les créanciers de la nation, d'où résulta la division de la dette anglochilienne en deux sections: celle qui représentait le capital^ avec une rente de 6 pour cent, et celle qui résumait les intérêts non perçus. On convint d'accorder 4 ^ette dernière une rente annuelle de 3 pour cent Le chiffre de la dette extérieure se montait de cette manière, en 1843, à 8,452,535 $, dont 4,670,003 correspondaient aux titres de 6 % et 3,782,585 aux titres de 3 %. La religiosité avec laquelle on commença dès lors à payer les intérêts, en amortissant en même temps u^e partie du capital, a non seulement conso-^ lidé le c^réditdu Chili au point que les titres de sa dette se ^vendent au pair; mais déjà en 1855 la totalité de fia dette extérieure s^est trouvée réduite à 6/480,50(9 piastres.
La jilette intérieure, considérablement augmentée à plusieiirs reprises pour les besoins extraordinaires de TEtatj ne s'élève à présent qu'au chiffre que nous venons d^indiquer.
Le Pérou vient de solder le compte de sa dette avec le Chili, en payant 1,080,000 piastres.
Une crainte peut-être puérile, ainsi qu'on l'a déjà qualifiée, empêche nos hommes d'état de mettre à profit le crédit dont jouit la République; mais on ne peut que louer la sage distribution des richesses dont ils disposent sans avoir recours aux emprunts.
L'état des chemins publics est aussi bon que le comportent leur étendue, le besoin d^en frayer de nouveaux et les dépenses que demande leur entretien,
avec le peu de moyens que l'exiguité de nos recettes permet d'y employer. Trois grands chemins parcourent le pays longitudinal émeut du nord au sud: celai de la vallée centrale, reliant entre elles presque toutes les capitales des provinces; celui de la vallée de la côte, et un autre qui côtoie le littoral maritime. Le premier, plus important et plus surveillé que les deux autres, a reçu des améliorations tellement importantes, qu'on peut dire qu'il a été iormé de*i|ouveau« Celui qui relie Santiago à Valparaiso ne le cède en rien aux bons chemins européens ; autant peut être dit du dernier, qui a été frayé sur la montagne de Chacabuco, entre Santiago et Aconcahua. Dans la composition de ces cbemins, on suit le système de Arc Adam. D'autres cbemins, presque perpendiculaires à Taxe des Cordillères, et réunissant à chasque moment entre elles chacune des grandes artères de la circulation, mettent en rapport les villes seciondaires et les centres d'agriculture avec les moyens (3*expédition qui leur sont nécessaires ; mais ces derniers sont loin encore de satisfaire convenablement aui^ besoins de la population et de lindustrte. On cpmmence déjà à voir figurer sur nos torrents des pontj^ magnifiques, au lieu des ponts suspendus en corde. Ceux qui sont jetés sur le Maipo et sur le Kancahua excitent Tétonnement du voyageur par leur grandeur et leur solidité. Quant aux* différents chemins de fer, il en a déjà été fait mention. Outre le télégraphe électrique de Valparaiso à Santiago, qui fonctionne depuis quelques années, deux autres lignes télégraphiques, destinées à joindre les deux extrémités de la République à la capitale, sont en voie d'exécution. Le service des postes maritimes et terrestres a éprouvé
des améliorations inappréciables. L'Europe reçoit à présent toas les quinze jours les communications du Chili, tandis qu'il n*y a pas longtemps il fallait des mois entiers pour en avoir des nouvelles, et toujours d'une manière éventuelle et peu assurée. On attend à chaque instant l'établissement d^ne ligne directe entre l'Angleterre et le Chili. M. M. Seymour&Peacock, de Londres, viennent de lancer le premier navire à hélice qui doit ouvrir à l'humanité cette nouvelle voie de communication si longtemps demandée par Ilntérêt du commerce.
Quant à la force armée, nous n'avons que le nombre de soldats strictement nécessaire pour le service qui ne peut être fait par la garde nationale et par les corps qiLÎ constituent la police urbaine. On ne compte que 2,79S soldats de troupes réglées, dont 5d^ composant un régiment d'artillerie, 1,6(10 f# 4 bataillons dinfanterie,
57& M 2 régiments de cavalerie, et
8f) élèves de Técole militaire.
Quelque insignifiant que paraisse le nombre des troupes permanentes , la belle institution de la garde nationale' et les cadres d'officiers qu'on a soin dé conservei^, mettent TEtat à même d'organiser^ sans beaucoup de peine et en peu de temps, un corps d'armée respectable pour sa défense.
L'inspection générale de la garde nationale, en 1855, après le licenciement des individus ayant plus de 10 années de service, a donné le résultat suivant:
Artillerie 886 hommes,
Infanterie 24,434 //
Cavalerie 15,430 i,
Total . . . 40,750 hommes.
Les soldats des troupes régulières sont non seulement tenus de s'exercer sans relâche dans les armes} mais, lorsqu'ils sont hors du service immédiat, ils sont encore forcés de se livrer à l'étude dans les écoles primaires que Ton a instituées dans les casernes.
Le corps des invalides est formé de 127 sergents, de 73 caporaux et de 310 soldats.
La marine de guerre n'est pas comparativement plus nombreuse que Tarmée permanente, surtout après la perte de deux steamers et d'un transport, que deux naufrages et un incendie accidentel ont enlevés en moins d\ine année. Elle est donc réduite aujourd'lini à deux corvettes, dont une à hélice de la force de 200 chevaux, à^un vapeur remorqueur, de la force de 100 chevaux, et à trois bricks à voile, portant) en tout 66 canons. Le personnel de ces bâtiments, d^spais le grade de mattre canonnier jusqu*à celui de pousse, n'atteint que le chiffre de 289 marins. Celui Ides matelots au service des chaloupes des gouverneufrs maritimes dans les ports, des vigies et des arsenjaux, est de 106. La brigade de marine, presque détruite par la perte malheureuse des trois navires que noué venons de signaler, ne se compose en ce moment que de 178 hommes.
La nécessité de surveiller nos côtes; de protéger les citoyens de la République dans quelques uns des malheureux Etats du littoral de la mer Pacifique; de relier, par des communications plus fréquentes, les provinces isolées du sud à celles du centre, et, avant tout, d'entreprendre de nouvelles explorations sur nos côtes inconnues, a6n d'ouvrir de nouveaux ports au commerce, réclame la prompte augmentation de notre marine de guerre. Aussi^ le Gouvernement, qui en a
déjà demandé l'autc^isation aux Chambres, s^est occupé, pendant tout co^ dernier temps, de former des dépôts de bois de construction à 3Iaule et à Curanipe, d'ériger des arsenaux et d'améliorer les écoles nautiques, dont Tune, pour la marine militaire, est installée à bord du ponton Chile, à Tancre devant Valparaiso; l'autre, qui se trouve «^ San Carlos de Cliiloé, est destinée à former des pilotés pour la marine marchande.
tleureusement le Chili n'a pas besoin, comme tant d'autres pays, d*un grand encombrement d'appareils de guerre pour pourvoir à sa défense. II n'est vulnérable que par ses côtes; et encore, pour y arriver, faut-il entreprendre une longue navigation et affronter les périls du cap. Un disert inabordable le sépare, au nord, du reste de TAmérique, et la chaîne formidable des Andes, une fois que le petit nombre de gorges périlleuses qu'elle laisse au passage de l'homme, est occupé par de faibles détachements, ferme hermétiquement du côté oriental Paccès de la partie civilisée du Chili.
L'état relatif de l'instruction publique mérite certainement l'appréciation non seulement de ceux qui savent ce qu'elle était il y a quelques années, mais encore de tous ceux qui se plaisent à voir Thumanité s'élever, par le savoir, au niveau des grandes conceptions qu^elle parait appelée à réaliser. Itépandre l'instruction par tous les moyens qui étaient mis à sa disposition,* a été une des tâches principales de l'administration actuelle.
Lorsque, en 1830, un fermier chilien pouvait obtenir, .pour la direction des travaux de sa propriété, un majordome qui sut lire et écrire, il croyait avoir fait une découverte précieuse^ et il se vantait de son
acquisition; — en 1854, déduc îon faite des enfants aa-dessotts de 7 ans, on trouvait déjà, sur 7;47 individus, une personne sachant lire et écrire. Cette proportion est sans doute satisfaisante, si l'on considère que réducation publique ne se régénère que par les enfants. L'Institut national, dont les chaires sont occupées par des professeurs nationaux et étrangers d^une haute capacité; les collcges,*et, à leur défaut, les
' ;es de chaque province; les deux écoles normales,
■ Ton forme des précepteurs des deux sexes pour écoles primaires établies dans les couvents, dans
. casernes, à bord des bâtiments de guerre, au fond
campagnes, enfin partout où les revenus qui leur
• • affectés permettent d'en fonder; les établissements
^ : itifiques, tels que le Musée d'Histoire naturelle,
f irdin des Plantes et l'Observatoire astronomique;
nstitutions spéciales pour former des religieux,
• .narins et des militaires; l'école d'agriculture; celle des arts et métiers, dont les ramifications se sont étendues jusqu'à Talca, et qui, de même que l'école de sculpture, a déjà présenté, en 1856, de beaux produits à Texposition de Santiago; les écoles de sourds-muets pour les deux sexes; l'académie de peinture et le conservatoire de musique, etc., rivalisent de zèle et d'ardeur pour répandre partout Unstniction et les lumières. On a fait de nombreuses éditions d'ouvrages élémentaires que Ton distribue à bas prix à ceux qui ont les moyens de les acquérir, et gratis à ceux qui en sont dépourvus. Chaque chef-lieu de département a sa bibliothèque publique, dont les ouvrages qui existent en double^ peuvent être emportés i domicile moyennant un reçu, si la personne qui les emprunte mérite la confiance du bibliothécaire, ou,
en cas contraire, contre le dépôt de leur valeur : de cette manière^ la bibliothèque publique des départements est la bibliothèque privée de chacun. On accorde des prix annuels au travail, à la vertu et au savoir; et des agents du ministère de l'instruction publique parcourent incessamment le pays, sous le nom de visiteurs des écoles, afin de surveiller les professeurs, d'écouter leurs observations et de transmettre au Gouvernement le résultat des investigations dont ils sont chargés, pour qu'il puisse donner à l'éducation des masses un développement plus large et plus conforme à leurs besoins.
Nos relations extérieures sont satisfaisantes. La loyauté et la bonne foi, inséparables de la dignité, ayant' toujours présidé aux actes diplomatiques du Gouvernement Chilien, lui ont acquis le respect, la considération, Tamitié et le bon vouloir de tous les autres* gouvernements avec lesquels il est en rapport; la paix et le commerce ont donné à la République le plus dinfluence et de pouvoir parmi les Etats d'origine espagnole.
L'affaire des délimitations territoriales avec l'Etat Argentin^ laquelle menaçait de troubler notre tranquillité^ a été ajournée par le plus libéral des traités d'amitié et de commerce, pour être décidée h himiable ou soumise à un arbitrage, sans qu'on puisse en venir aux armes. Les traités conclus avec le Pérou, la Nouvelle-Grenade, le Mexique, l'Amérique du Nord, les Provinces Argentines, l'Espagne^ la France^ le Royaume Uni de la Grande - Bretagne et la Sardaigne, font honneur aux parties contractantes, par leur libéralité et par les franchises mutuelles qu'ils concèdent à l'homme, à l'industrie, au commerce et à la marine. La Repu-
blique, en se ralliant à tous les grands .principes d'économie politique et de droit international, a non seulement suivi^ pas à pas, les réformes que l'esprit du siècle a créées^ mais encore elle les a devancées ; car avant que le Congrès de Paris eût pensé à discuter les quatre points du droit maritime, qu1l a sanctionnés, le Chili les avait stipulés, avec peu de différence, dans deux traités, et les avait signalés, comme bases de ce droit, à Facceptation de toutes les répuiiliques américaines.
Au principe de Tégalité du pavillon et à ses 'âges réciproques, ont adhéré envers le Chili : les
• s Libres et Anséatiques, la Suède et la Norwége, nemark^ Oldenbourg, le Hanovre, rAntricfae, IWn- -Te, la Belgique, les Pays-Bas, la France, la Sar- •e, les Etats-Unis d'Amérique, le Brésil et quelunes des républiques hispano*américaines. Cette
• ;ntion si avantageuse n'existe pas aussi complète
• l'Espagne, car le décret royal du 3 janvier 1852 > n ; orde la réciprocité que dans les droits de ton- ' ge, et laisse en vigueur les droits différentiels d^în- ' rnation.
Pour veiller à la conservation 4es relations interiiationales et aux intérêts du commerce, le Chili entretient deux ministres plénipotentiaires, un en France et un autre au Pérou; cinq consuls généraux, dont trois en Europe et deux en Amérique, et cinquante consuls ordinaires, distribués dans les places principales du monde mercantile.
Nous touchons au terme de la tâche que nous nous sommes imposée: de tracer une esquisse assez générale du Chili pour qu'elle puisse donner une idée de son ensemble comme pays et comme Etat, et assez
peu volumineuse pour être ù la portée des négociants et des ëmigrants, auxquels elle est principalement destinée. On pourra nous taxer de peu de connaissances scientifiques dans les différentes matières qu*elle embrasse; mais non pas de manque de vérité. Nous considérons notre but atteint, si elle parvient à fixer sur le Chili Tattention de TEuropéen, dont la pensée plane superficiellement sur le nouveau monde et ne s'arrête que devant les noms traditionnels du Pérou et du iMexique, avec lesquels le Chili n'a d'autre ressemblance que la communauté d'origine.
Nous le répétons, le Chili est le seul refuge de la paix, de l'ordre et du progrès dans l'ancienne Amérique espagnole; là, les garanties individuelles sont un fait accompli; Tagriculture n'est plus écrasée par le poids de lu dime; les majorats sont abolis; l'introduction des machines et des instruments qui se rattachent à la culture des terres est libre, ainsi que celle des animaux, des plantes et des nouvelles graines; les mines ne sont plus grevées de leur anciens impôts; le fer, l'acier, la poudre à canon, les briques réfractaires, le coiiibustible, les machines et les outils destinés à en faciliter l'exploitation, de même que les spécifiques pour le traitement des minerais^ ont été exemptés des droits. L'amour du travail est activé par des rémunérations généreuses, par Tinstruction publique, par les nouveaux besoins qu'on a su créer et par le désir de les satisfaire immédiatement. L'industrie étrangère est appelée^ protégée, subventionnée. Les voies de communication terrestres et maritimes, ces artères du commerce et de la civilisation ^ presque impraticables auparavant par les efforts combinés des lois prohibitives et de la nature, sont multipliées, améliorées et
mises à la disposition de riiomme. Etablissements de bienfaisance publique, caisses d'épargne, associations industrielles et commerciales, banque d'escomptée, crédit hypothécaire, voies ferrées, gaz, — enfin, on trouve proportionnellement chez nous, en parfait état d'exécution ou en voie de réalisation, autant d*améliorations qu'on peut en trouver dans les états les plus civilisés de la Vieille Europe. L'humanité doit au Chili un nouveau code de lois civiles, élaboré par un urisconsultes les plus distingués de notre époque ; dences naturelles, le grand ouvrage publié, sous uspices du Gouvernement, par le professeur Gay; (i • stronomie, les rectifications résultant des obser- V'. 18 faites à demeure dans l'hémisphère austral, /eut-on savoir ce qn était le Chili en 1823? A époque^ le Directeur suprême Freire, dans son iii ' ge an Congrus Constituant, s'exprimait ainsi: iN' • >rédécesseurs ont fait voir é la nation que, de . ;>i ''|iie côté qu'on pût tourner les yeux^ on ne trou-
!t qu*une institution à former ou qu^nn ouvrage
'M' f '''reprendre, et qulm nouveau gouvernement au- / . .t <)récisément tout h créer. J'ai senti le poids de f'M »fe vérité."
En 1827, le Congrès — qui venait d^ccepter la dénission de ce chef, et de forcer le vice-président à prendre la place peu ambitionnée de Directeur del'Etat — demandait avec anxiété aux peuples étonnés de leur propre liberté, dont ils ne savaient que faire, pour quelle forme de gouvernement ils voulaient enfin se décider! *)
Décret du 22 jtiiUet 1827.
Fin.