CHAPITRE I
Sltutloii et Limites du Oblli, son Importance, son Aspect extérieur et les Inégalités de son Sol.
Il paraît que tous les géographes moderpes se plaisent à ne pas être d'accord entre eux, lorsqnll s'agit d'assigner au territoire de la République Chilienne ses vraies limites* Quelques uns l'ont rétrécie jusqu'au point de dire qu'elle n'est comprise qu'entre le désert d*Atacama et la rivière Bio-Bio, oubliant tout à fait les provinces de Valdivia et de Chiloé^ dont les côtes seules s'étendent de cent lieues maritimes plus au sud. D'autres, plus généreux, mais également instruits, prétendent que ses limites méridionales ne dépassent pas la grande île de l'archipel d'Ancud. J^aime à croire que ces derniers, en traçant de pareilles bornes, n'ont eu en vue que de signaler la partie du territoire qui se trouve sous le domaine de la civilisation; car il n'est pas possible de supposer qu'ils eussent pu, autrement, tomber dans des erreurs si grossières. Si le territoire d'une nation n'était que sa partie civilisée, où en seraient les droits que prétendent avoir à leur territoire la plupart des nations du monde?
Notre Constitution politique même a contribué à propager Terreur de croire que le Chili est seulement la partie du continent américain comprise, à l'ouest des Andes, enti% le désert d'Atacama et le cap de Hom. Cette démarcation, faite du temps de la guerre de l'indépendance, n'a pas eu, assurément, pour objet Pabandon du territoire qui avait toujours appartenu à la Capitanie générale du Chili : la République s'assignait alors les seules limites qu^elle pàt défendre contre les réactions des forces espagnoles; mais elle n'a jamais aliéné ses droits au reste de ce qui lui a légitimement appartenu. *Aussi, lorsque la paix générale, la population, le pouvoir et la richesse lui ont permis d'élargir son action civilisatrice sur les peuplades de la Patagonie, nous l'avons vue jeter les fondements de la colonie de Magellan, sur les eaux du détroit du même nom, comme la base principale de ses opérations ultérieures.
La République n'a d'autres limites maritimes à l'orient que ses côtes patagoniques, depuis l'embouchure du Rio-Negro jusqu'au détroit de Magellan, et à l'occident, la mer Pacifique, depuis le cap de Horn jusqu'au parallèle de Mejillones.
Elle se trouve, comme on le voit par sa configuration, divisée en deux sections parfaitement caractérisées: le Chili oriental ou transandin et le Chili occidental ou cisandin.
La première section, qu'on appelle aussi Patagonie, est limitée au nord par le Rio-Negro dans tout son cours depuis sa source dans les neiges étemelles du penchant oriental des Andes, par le 36^^ degré de lat. sud Jusqu'à son embouchure dans la mer Atlantique; à l'est, par ce même océan; au sud, par le détroit de Magellan^ et à
l'ouest, par la ligne culminante des Andes, depuis le cap Froward, situé par 53 <> 68' 43" lat. S. et 73» 38 ' 39 '^ long O. du méridien de Greenwich, jusqu'aux sources du Rio-Negro.
Le Chili occidental, qui est le seul sujet de cet Essai, se trouve compris entre le parallèle de Mejillones, sur la frontière de la Bolivie, le cap de Horn, la ligne culminante des Andes et la mer Pacifique. C'est à cette section qu'appartiennent les tles de Juan- Femandez, de Masafuera^ de Santa-Maria, de la Mocha, et les archipels d'Ancud, de Guaitecas, de Chonos et des îles de Feu.
Tons les calculs qu'on a faits jusqu'ici sur son étendue approximative en lieues carrées ont été aussi défectueux que le tracé de ses limites. La positiongéographique de la ligne culminante des Andes est non seulement inexacte, elle est textuellement indéterminée dans presque toute l'étendue de la chaîne depuis Atacama jasqu^au cap de Horn. C^est en rapportant à la nouvelle carte de la province de Santiago — dont les principaux points ont été relevés astronomiquement — les meilleures cartes du Chili que nous possédions jusqu'alors, que l'on peut apprécier l'état d'imperfection où se trouvent les connaissances géographiques sur ^Amérique Méridion<ile, même parmi les adeptes. D'après la nouvelle carte, la ligne du versant occidental des Andes est à Santiago sur le 72"><^ degré de longitude O. du méridien de Paris, tandis que dans celle du professeur Gay, enrichie de tout ce nous connaissions jusqu'à l'époque très récente de sa publication, cette même ligne est placée 36 minutes plus à l'ouest. La position des points qui dessinent la côte occidentale de l'Amérique Méridional^ vient d'être
trouvée également défectueuse, car d'après les observations faites par le professeur Moesta dans l'observatoire astronomique de Santiago, et publiées dans les Annales de l'Université Chilienne de 1856, ce tracé se trouve sur toutes les cartes du nouveau continent plus à l'ouest qu*il ne doit être. ^)
Nous saisissons cette occasion pour dire une fois pour, toutes que les indications géographiques figurant dans ce travail, ne sont et ne peuvent être autre chose que Texpression exacte ou erronée des connaissances actuelles; nous ne nous eu constituons garant en aucune manière, laissant toute la responsabilité aux auteurs dans lesquels nous puisons nos renseignements.
La seule chose qu'il soit permis de dire c'est que, comme il n'existe aucune base sâre, même pour assigner au territoire occidental de la République une étendue approximative, toutes les opinions émise» jusqu'aujourd'hui sur ce sujet, sont aussi fausses que devront l'être toutes celles qu'il pourra faire naître dans la suite, si elles n'ont pour point de départ de meilleurs antécédents.
La forme du Chili se rapproche beaucoup de celle d'un parallélogramme étroit et allongé dont le côté occidental, baigné par la mer Pacifique depuis Mejillones jusqu'au cap de Horn, a une longueur de 32» — 51' — 31'^ de latitude; et la prolongation
^) Voici le résultat de. ces observatioDs par rapport au méri' dien de GrecDwich.
Santiago • . 4 heures 42 m. 32t4.
Valparaiso .4 if 46 ir 28,9.
CaUao . . . ô tf S t* 37,a ... 5 f* S ff 8,6.
d^une ligne droite tracée entre ces deux extrémités fait voir que sa position sur le globe ne s'écarte pas beaucoup de la perpendiculaire sur l'équateur.
Il suffit de jeter un regard sur l'angle austral du continent américain pour voir de quelle importance est le rôle qu'il est appelé à jouer dans les destinées politiques et commerciales de la mer Pacifique. Comme il est situé dans la région du sud de la zone tempérée de l'Amérique Méridionale, la longueur de ses côtes occidentales le rapproche au nord de la zone torride, et au sud des glaces du pôle antarctique. Si nous n'avions d'autres données pour calculer la variété de son climat, ce simple fait pourrait nous l'indiquer; mais ce ne sont pas là les seules que nous ayons, et comme la chaleur atmosphérique plus ou moins grande ne dépend pas uniquement du rapprochement plus ou moins grand de la ligne équinoxiale, mais à mille autres circonstances, qui se réunissent au Chili, on peut dire que ce pays présente à lui seul tous les climats de l'Univers.
Si la nature a donné à la République Chilienne des limites calculées pour sa défense, elle s'est mon* trée plus généreuse encore dans les avantages qu'elle a accordés à sa situation par rapport au reste du monde, en frayant, à travers son territi>ire, à deux océans — auxquels le Chili sert de barrière, et qui semblent faire d'impuissants efforts pour confondre leurs eaux depuis les glaces des régions boréales jusqu'au détroit de Magellan — ce beau passage qui n'aurait jamais pu être fait par la main de l'homme, qui rétrécit les distances^ facilite le commerce et délivre les navires et l'humanité des périls et des tourmentes du cap. Les intérêts mercantiles réclamaient depuis
longtemps ce bienfait dont les armateurs n*osaient pas jouir, par la crainte que leur inspirent toujours les côtes inconnues. Aussi a-t-on vu les grands spéculateurs américains revenir, à plusieurs reprises à ridée de la canalisation de l'Isthme, et^ rebutés par les difficultés d'une semblable entreprise, créer enfin la voie ferrée qui rapproche encore plus les deux Océans, mais qui ne les réunit pas. Le Gouvernement Chilien, en attendant, au lieu de lutter à forces inégales contre la nature, a su mettre à profit les avantages qu'elle offrait à Phomme sans exiger de lui le moindre effort. Il ordonna de faire les reconnaissances les plus scrupuleuses dans le détroit de Magellan, et choisant sur le continent la place la plus convenable, il y fonda une colonie, qui, par sa situation géographique et par ses riches mines de charbon de terre, deviendra la clé et peut-être l'entrepôt de la mer Pacifique.
Quelles que soient les facilités que le chemin de fer de llsthme de Panama présente au commerce, il est incontestable qu'une voie d*eau qui fera arriver les objets directement du point où ils sont expédiés à leur destination définitive, sans qu^ls soient sujets à trois frets successifs, à diverses commissions et, surtout, aux embarras des débarquements et des embarquements, sera toujours plus économique, et n'occasionnera aucune détérioration des marchandises.
Ces faits n'ont pas échappé à la pénétration du Gouvernement de la République, et la colonie de Magellan, malgré les malheurs qu'elle a éprouvés dans le premier période de son existence, s'est vue renaître grâce à l'accroissement de l'importance que lui donne sa position comme point nécessaire dans la configu-
ration du continent. De colonie pjénitentiaire qu'elle était, elle s'est transformée en colonie agricole et industrielle. L* immigration étrangère» appelée dans son sein par les plus généreux efforts, commence à y exercer son influence bienfaisante. Les navires de l'Etat croisent le détroit dans toutes les directions, ce qui prouve quil y a absence complète de péril en ces parages et doit engager les bâtiments marchands à suivre l'exemple des navires de guerre.
L'aspect extérieur du Chili, dans chacun des deux océans qui baignent ses c6tes, présente des caractères bien différents. Les côtes orientales, dans la mer Atlantique, — n'ayant pas, comme les côtes occidentales, la vue imposante des Cordillères, dont les sommets gigantesques, couverts de neige^ paraissent, au loin, supportés par la plus puissante végétation, — sont tristes à Toeil, arides et monotones. Une succession de collines basses brisées, sablonneuses et dénuées de verdure, et quelques ports silencieux et déserts — où l'on n'aperçoit que des ruisseaux saumâtres, des oiseaux marins, et des phoques, qui s'élancent, épouvantés, du haut des rochers à rapproche des embarcations • — sont les seuls objets qui fatiguent la vue du voyageur sur cette plage, depuis la belle embouchure du Kio-Negro, où Ton dit adieu à la riante nature, jusqu'à la baie de Sait Grégoire. La physionomie inhospitalière du littoral maritime de la Patagonie a fait émettre sur son importance les idées les plus absurdes, idées qu*on n'a pas eu de peine à généraliser au point que certaines personnes portent un jugement téméraire sur l'intérieur d'un pays qu'on a trouvé plus facile de calomnier que d'étudier et de connaître en y pénétrant. Mais si une contrée^ par
le seul désavantage d'avoir des côtes arides et de Teau siiumâtre dans ses ports — quoique l'eau soit excellente à peu de distance du rivage — mérite Tanathème du voyageur qui ne cherche que de vaines jouissances et de brillants points de vue, elle n'est pas exposée au même jugement aux yeux du naturaliste, qui sait déduire les productions par l'aspect du paysage et par la connaissance des latitudes; ni à ceux du statiste philosophe, qui calcule l'avenir en présence de la situation nécessaire des régions qui s'offrent à sa vue; ni à ceux du marin; ni moins encore à ceux du vrai voyageur, qui cherche des pays lointains pour s'instruire et pour les faire connaître, et non pas pour se permettre de leur donner des noms effrayants avant de les avoir étudiés. Jamais il ne s'avisera d'appliquer le mot de Désolation aiLX faces et aux contrastes imposants que la nature déploie devant lui. Si la morne perspective des côtes suffisait pour nous faire fuir les pays qui en sont bordés, où en seraient les richesses de la province de Copiapô^ dont les collines arides, sablonneuses et brûlantes sont décorées des noms les plus pompeux? où en serait la Bolivie, un des plus beaux pays de TAmérique, et qui a pourtant besoin de transformer en eau potable les eaux de la mer, qui se brise avec fracas sur les rochers de son seul port, situé au milieu d'un désert? Et pourtant ce désert, qui donne aussi de temps en temps de l'eau saumàtre, recèle sous des sables mouvants les mines les plus précieuses de salpêtre, dont l'exploitation comble de richesses ses entrepreneurs et soutient une active colonie.
Il y a malheureusement bien peu de voyageurs qui sachent envisager l'avenir à la vue des pays
qa'ils yisitent La colonie de Magellan est encore jugée inatile par beaucoup de personnes qui ne voient que le présent, bien que son aspect ne manque pas d'attraits. Un rocher, quelque aride qu'il soit, est intéressant et doit être peuplé^ si c'est un point nécessaire. Les bords marécageux et insalubres de la Néwa, dans lesquels il fallut planter des pilotis pour que les maisons ne fussent pas englouties dans la fange, étaient un point nécessaire. Le génie du Czar Pierre lui fit prévoir Tavenir qui leur était réservé, et, malgré Topposition la plus tenace, Saint Pétersbourg est devenu la capitale d'un grand empire. Mais sans aller jusqu'en Russie, nous trouvons tout près du Chili les lies Malouines, qui sont à présent sous l'influence du pouvoir britannique, et nous ne tarderons pas à voir à quel degf é* d'importance le génie prévoyant de TAngleterre saura élever ce désert dont deux nations puissantes ont faiblement tenté la colonisation.
Lorsqu'on arrive à la baie de Saint Grégoire, la physionomie de la côte patagonique devient plus riante. On observe déjà quelques taches d'un beau vert sur les pentes des collines stériles et en décomposition qui la bordent. Au fur et à mesure qu'on avance dans le détroit, ces oasis deviennent de charmants enclos et des vallées dont la verdure contraste avec la couleur foncée des rochers qui les entourent.' A Punta Negra, la végétation recouvre tout son empire. C'est là que la nature commence à étaler ses plus brillants attraits; c'est là aussi que commence la vie. Des montagnes couvertes de bois magnifiques jusqu'à leurs sommets, des vallons toujours verts, des cascades, des sources d'eau pure et potable, des rivières d'un abord facile, ombragées par des forêts qui ne se dépouillent
jamais de leur feuillage, paraissent être placés là pour rendre plus frappant aux yeux du voyageur l'aspect que présente, surtout vers l'ouest, la côte opposée des fies de Feu, dont les terrains inféconds et presque inaccessibles élèvent leurs pics noirâtres et fantastiques sur les bords d'innombrables canaux frayés dans les rochers par la mer du cap. Au milieu de cette morne nature, formée par l'extrémité méridionale des Andes, s'élève le mont del Diable, dont le pic, couvert d'une neige étemelle et bleuâtre^ perce, de temps en temps^ la brume épaisse qui Tenveloppe.
En nous tournant vers le nord, où se trouve la colonie chilienne du détroit, nous voyons la scène changer complètement; là, nous laissons la nature pétrée, morte, avec ses faces imposantes, ses entrailles déchirées, ses mystères, son silence et, ^eut-étre, ses richesses encore inexplorées; ici, nous retrouvons le mouvement, le charme et la vie. C'est en voyant ce beau pays que le capitaine Bj^on a dit: r»je ne puis m'empècher de croire que, sans l'extrême rigueur des hivers, ce pays deviendrait, par la culture, une des plus belles contrées du monde.'' ^) Ur, il est déjà prouvé que l'extrème rigueur des hivers n'existe pas et n'a jamais existé dans les terres du détroit, comme nous le ferons voir dans la suite. Et, en effet, peuton concevoir cette extrême rigueur des hivers en présence de fleurs qui ont besoin de serres pour vivre au nord de l'Europe, en voyant la presque nudité des habitants et en entendant dans les. bois les caquets des perruches et le bourdonnement du colibri? Dans
^) Byroii (commodorc}, Voyage autour du Monde, Cliaji. IV.
toates les observations thermométriques faites par les officiers de la marine chilienne depuis la fondation de la colonie pénitentiaire de Magellan , ainsi que dans toutes celles qu'on a pu recueillir des différents "voyageurs qui ont traversé le détroit, on ne trouve pas un seul chiffre indiquant que le thermomètre soit tombé à plus de sept degrés au-dessous de zéro, dans le plus fort de l'hiver, depuis Pigafeta jusqu'à nos jours.
Le nom de port Famine fut le legs que le sort de la malheureuse colonie de Sarmiento laissa à cette contrée aussi inconnue que calomniée par les écrivains qui,, n'étudiant pas les faits^ se bornent à déduire des conséquences des simples noms. -Parce que la colonie de Sarmiento a péri de faim, est -il déjà décidé que ^ toutes les autres fondées à la même place subiront lé même sort? Le détroit^ du temps de Sar miento, était-il fréquemment traversé par des baleiniers, par des bateaux à vapeur des Etats-Unis et d'Europe? Avait-il à son embouchure orientale une colonie établie et soutenue par la plus puissante nation maritime du monde? Le Chili faisait -il alors, comme à présent, séjourner ses bâtiments de guerre dans le détroit et prêter toute sorte de secours aux embarcations qui le traversaient? Voilà les questions qu'on aurait dû se faire avant de qualifier d'impossible une réalité intéressante. Dans la vallée la plus fertile et sous le ciel le plus heureux, on peut très bien mourir de faim, si les provisions qu'on y a apportées ne suffisent pas pour c[ue l'on puisse attendre la récolte des grains qu'on a semés ; et personne ne s'est encore avisé d'ap**
peler établissements de la Famine et des anthropophages les colonies anglaises de James Town, où les colons
mounirent de faim après s'être dévorés les uns les autres.
C'est au cap Froward que commence le continent du Chili occidental pour se terminer à Mejillones^ sur la frontière de la Bolivie. En parcourant la côte du nord au sud, on découvre un désert aride, encaissé entre la vaste chaîne des Andes et les dunes sablonneuses que baigne le Pacifique. Ce désert est celui d'Atacama; il embrasse toute la largeur du pays jusqu'à la base de ces montagnes colossales, et il doit être considéré comme un des biens précieux que la nature a accordés au Chili, en établissant entre ce pays et les nations limitrophes une barrière infranchissable. La vue morne des côtes jusqn^à la latitude de Cjxquimbo serait plus triste encore que celle de la Patagonie, sans la présence des Cordillères, dont les cimes, couvertes d'une neige resplendissante, se dessinent sur Tazur de l'atmosphère la plus pure. L^idée des richesses incalculables que cette contrée recèle, et la navigation facile et tranquille de ses côtes, que les tempêtes ne troublent jamais, ont pu seules la préserver des noms sinistres que Ton a prodigués aux régions Australes. Déjà en face de Coquimbo, le règne végétal semble en lutte avec les collines métallisées jusqu'à leur base: on y voit des vallées verdoyantes et quelques arbrisseaux tortueux se soutenant à peine sur un terrain ingrat; mais, derrière cette espèce de haie qui borde la mer, que de richesses végétales, quelle fertilité du sol! Aux approches de la latitude de Conception, la végétation semble tout envahir, et au-delà du parallèle 38 elle prend des formes si robustes, qu'on la voit s'élancer des plages mêmes de la mer et monter aux sommets
des montagnes maritimes, qu'elle accroît de plus de cent pieds, — telle est la masse compacte et serrée de sa vigoureuse constitution.
C'est là que commence aussi la région des rivières navigables produite par l'élargissement du pays et par l'abaissement des Cordillères. La hauteur des plaines au-dessus du niveau de la mer diminue à mesure qu'elles approchent d'Ancud^ et, en arrivant au canal de Chacao, elles plongent dans l'Océan et ne laissent voir au-dessus de l'eau que leurs points culminants, qui constituent les nombreux archipels du Sud. Ces îles sont, sans contredit, un des points les plus pittoresques du Chili. En les longeant du côté de l'ouest, on les prendrait moins pour des lies que pour le même continent qu'on vient de quitter, et qui semble entrecoupé en tout sens par des fleuves navigables
prenant leur source dans les Andes. Dans ces nom-
breux canaux, les ports les plus sûrs et le plus capricieusement formés s'offrent à chaque pas aux navigateurs. Ces tles sont encombrées de forêts épaisses qui fournissent d'excellent bois de construction, et les marées montant à deux époques du mois à 22 pieds de hauteur, couvrent le rivage de poissons.
Chacune des régions dont nous avons reconnu de loin les contours, est douée de certains avantages naturels qui lui sont indispensables et que la main de l'homme ne peut lui fournir quMmparfaitement. Chacune a ses productions particulières; elles sont toutes liées par la convenance et par le peu del argeur du pays, et l'abondance des ports établit entre elles la plus étroite communication, malgré la longueur des cAtes^
La région des mines manquant de tout à cause de son aridité, mais riche en métaux précieux, attire
à elle les populations et les objets de première nécessité, que les provinces agricoles s^empressent de lui apporter en échange des trésors métalliques, qu'elles n'exploitent pas encore dans leur propre territoire. Les habitants des provinces, du sud, sans les rivières navigables et les îles, ne pourraient pas tirer profit des forêts vierges dont les racines plongent souvent dans l'eau, de sorte qu'il est facile d'emporter les arbres.
Magellan, le seul canal interocéanique du continent américain, avait besoin de ports abondants et sArs et, avant tout, de charbon minéral, aujourd'hui que la navigation à vapeur tend k se combiner avec le système à voile: eh hien^ il a des ports, et les eaux de ses rivières présentent au voyageur des échantillons de son excellent charbon. On ne peut encore rien avancer sur la partie patagonique^ sinon qu'elle paraît calculée, jusqu-à présent, pour la production spontanée des bètes à cornes et des chevaux sauvages, qui servent à repeupler tous les ans les pâturages artificiels de la région de l'ouest.
Passons maintenant aux inégalités du sol chilien dans sa partie occidentale.
Pour mieux les comprendre, il faut se représenter un parallélogramme allongé, divisé lougitudinalement par une ligne centrale. Chacune de ces trois parallèles serait une chaine de montagnes avec plus ou moins d'irrégularités et d'interruptions, et les parties qui se trouveraient comprises entre elles, seraient deux vallées dont celle de la Cordillère occuperait près des deux tiers de la largeur du parallélogramme. Telle est, au premier abord, Tidée générale que Tas-
pect d'une carte géographique de cette région du Chili fait naître.
Le Chili occidental peut-être considéré comme la pente des Andes qni descend en s'échelonnant jusqu'à la mer Pacifique. La première parallèle représenterait cette chaîne puissante; la seconde, les montagnes connues sous le nom de Cordîllera del Hedio, et la troisième, les montagnes de la côte, qu'on appelle aussi Cordilleras de la Costa. Les vallées longitudinales comprises entre la première et la seconde chaîne prennent le nom de Talles de la Cordillera ou Andinos, et celles qui s'étendent entre les montagnes du centre et celles de la côte, celui de Talles de la Costa. — Cela posé^ voyons quelles sont les modifications que la nature imprime à cette régularité hypothétique.
La largeur du pays depuis le 23"*^ jusqu'au 33^^ degré lat. S. est présumée moindre que celle qui se trouve comprise entre le 33™« et le 40»"« degré. Les Andes de la première section étant en général plus élevées que celles de la seconde, donnent aux contrées qu'elles dominent un aspect montagneux, et les profonds ravins que les torrents creusent avec eiFort dans leurs flancs inclinés, lors de la fonte des neiges, forçant les eaux, par la dureté des rochers, à prendre des détours sinueux, répandent partout Tirrégularité. Tandis que. Pon voit au sud des plaines verdoyantes, on n*en trouve au nord que dans d'étroits vallons surmontés par des montagnes et par des coteaux en général arides* Ici les vallées sont rares, crevassées et sèches, car la ligne des neiges perpétuelles, «dépassant dans ces latitudes 4800 mètres d'élévation, terme moyen, ne couronne pas les Andes de ces immenses glaciers qui alimentent les fleuves du sud. Mais quelque confuse
que paraisse la position des montagnes centrales^ et quelle que soit la perspective informe qu'offrent ces vallées, on y reconnaît encore sans peine des massifs, des points culminants et des plaines, qui tendent à prouver l'exactitude des trois divisions primordiales que j*ai indiquées. Déjà, dans TAconcahua, on les voit distinctement daos les branches du Campanario? quoique cette région soit la plus étroite du pays et qu'elle se trouve épaulée par la plus haute montagne du système andin. A partir des montagnes de Chacabuco, le pays tend insensiblement à s'élargir. La chaîne des Andes, dont la direction au S.S.O. semble chercher dans ces latitudes la ligne de la côte mari-
time, qui s'incline de son côte au S.S.E., prend la direction opposée et, après un cours de 40 milles, va droit au sud, tandis que la ligne de la côte s^éloigne en s'écartant vers le S.S.O. jusqu'au parallèle d^Arauco.
C est des flancs méridionaux de la côte de Chacabuco, par le 33"^^ degré lat S.^ que part, parfaitement caractérisée, la vallée de la Cordillère, fermée h l'ouest par la hante montagne de la Dormida, qui est aussi le point de départ de la chaîne centrale vers les régions australes. La Cordillère de la côte est plus régulière et plus fortement prononcée que celle du centre, depuis les sables du désert d'Atacama, qu'elle soulève pour les montrer au loin aux navigateurs, jusqu'au cap de Horn, malgré les efforts de la mer pour la détruire, comme on le voit dans les débris du continent qui constituent les archipels de Chiloé, de Chonos et de la Terre de Feu, dont les éminences ne cessent pas pour cela d'en attester la continuité*
Le même phénomène s*observe relativement aux vallées.
L'abaissement graduel et continu de la ligne culminante des Andes chiliennes, depuis le pic d'Aconcahua jusqu'au cap de Horn, est en proportion directe de l'aplanissement de leur base; il est très sensible dans les provinces de Conception et d*Arauco, et plus encore dans celle de Valdivia, où la vallée, si élevée à Chacabuco, se trouve presque au niveau de la mer. Dans la province d'Ancud elle disparaît dans l'Océan, comme nous venons de le dire, et ne laisse à découvert que les. crêtes des montagnes centrales dont elle est bordée à Touest.
Les deux extrémités des Andes chiliennes, celle du nord, dans TAlta Atacama, et celle du sud, dans le rocher du cap, paraissent être sur le même degré de longitude.
L'unité du tronc principal de cette vaste chaîne, dans son cours de 660 lieues, a été constatée par des voyageurs dignes de foi, depuis le 25™^ jusqu'au 39"*® degré lat. S., et j'oserai ajouter mon propre témoignage au leur^ ayant passé onze fois les Cordillères dans les différents cols compris dans ces latitudes, sans jamais y trouver autre chose qu'un seul et même corps toujours massif et uni à leur base puissante.
La configuration de la chaîne comhience à être si irrégulicre et confuse au sud du 39"*® degré lat. S., qu'on ne saurait, avec le peu de données qu'on en a, lui attribuer Tinaltérable unité qu'elle montre au nord.
Le professeur Domeyko, dans s#s importantes études géologiques sur les montagnes du Chili, bien qu'il n'eût pas encore port^ ses profondes investigations vers le sud, dit en parlant des irrégularités et des transformations de la chaîne, qu'une étude réfléchie fait prévoir, au sud du 33">« degré lat. S., par l'appa-
rition de noayelles roches et «le nouvelles formations, un grand changement dans la nature de ces montagneâ et un point de transition qui présage encore d'autres Tariations dans leur continuation vers le sud. Helms avait déjà indiqué que les empreintes des plus grandes révolutions que la nature ait opérées dans le monde, existent partout dans les Cordillères des Andes, et j'ajouterai que c'est surtout dans les éboulements et dans les gorges mystérieuses des Andes patagoniques que Ton trouve le grand livre de la nature, dont les pages se tournent toutes seules pouf qu^on y puisse lire les secrets de la création.
Le détroit de Magellan est la seule interruption connue qu'éprouve dans ses hauteurs cette formidable chaîne après un cours de 3700 lieues, de 25 au degré . C*est en y arrivant qu'elle se brise pour la premier» fois, s'écroule, plonge dans l'Océan, et ne reparaît, ' au milieu des décombres de la Terre de Feu, que pour s'engloutir pour toujours dans les abimes de la mer du cap. L'Ile de Diego Ramires pourrait être appelée son dernier adieu, car elle en est sansdoute la dernière fracticHi.
La mesure des hauteurs des points culminants des Andes chiliennes, dans leurs différentes latitudes, ne peut pas être présentée comme infaillible, malgré les efforts qu'on a faits jpour la préciser. Quelques uns donnent au pic d'Aconcahua une élévation de 7076 mètres ^^; le géographe Pissis ne lui en accorde que 6797. Le pic de Tupungato, qui, d'après ce dernier, atteint 6710 mètres, ne s'élève, selon Miers, qu' à la hauteur de la ligne des neiges perpétuelles, c'est-à-dire 15000 pieds, tandis que le docteur Gillies O Fiti-Roy.
prétend que le passage du Portillo, lequel est infini- Bient aa- dessous, a une élévation de 14365 pieds. Le col du chemin d'Uspallata aurait, selon Gillies, 12530 p., et, d'après Miers, 11930. N'étant pas appelé à juger de l'exactitude de ces calculs, je me borne à les indiquer, et je laisse à la science le soin d'y faire des rectifications.
Voyez la carte des hauteurs, dans laquelle j'ai tâché de réunir le résultat des calculs le plus généralement reçus.
La région culminante des Andes du contii>ent américain se trouve donc au Chili, par Je 32™« degré ôO^ lat. S., dans le pic d'Âconcahua, dont le sommet gigantesque se montre en même temps et à l'habitant des pampas et aux navigateurs de la mer Pacifique, à plus de 200 milles de distance. Ces montagnes, pourtant, quelque élevées qu^elles soient, ne projeti tent à Toecident aucune branche qui puisse mériter ce nom. Les inégalités qu'on y remarque sont plutôt rélargissement de leur base échelonnée, et creusée par des torrents, que de vraies chaînes secondaires. Ces masses, qui gardent entre elles un certain parallélisme, forment avec leurs angles rentrants autant de vallons d^une fertilité' étonnante et s'élevant graduellement jusqu'à la limite des neiges perpétuelles. Les' angles saillants (qui, en plongeant dans les terrains d'alluvion de la Yalle de la Cordillera, déterminent toujours le coniluent des rivières dont leurs flancs sont bordés) se montrent de nouveau dans la chaîne centrale^ où ils se groupent, s'allongent et se ramifient, et ils ne disparaissent dans les ValldS de la Costa, que pour former, en se rehaussant encore, la troisième chaîne, laquelle constitue le rempart maritime.
La haute chaîne des Andes est la source dé toutes les riii:ières du Chili et celle de nos richesses dans les trois règnes de la nature ; elle détermine la variété étonnante de nos climats ef sert au payç, au nord-est, de barrière internationale insurmontable.
Voici la hauteur de quelques points principaux des angles de sa base.
Proviacea.
tatl- Ifaatevr tilde, ««trei.
Autorités.
AUcmma.
El Pao, groUe qui sert de logement aux voiragcurs.
Portexuelo de Manflas^abondant en coquilles fossiles iiiArin^8 t.
Domeyko.
Fort de MaiiflaB
Las Juiitas
Coquimbo.
Cordillera de Doâa Ana, coaiiillefi fbs
La Lafinina
Chanilca •...
RivadaTiii ..
Aconcahua.
Ciiesta de Chacabuco ....
Poeppîg.
Mien.
îd
Santiago.
Cerro de la Viseaclia. . . • •
Pissis.
id. de Garfiai. .........
ifl. Azul
id tflp Iar MAilPti^fl
id. San Pedro Nolasco .
iil. Peiialoleii
id. Ghada
tt
id. Colina
San José
tt
Colchahua.
Rineon de los Minerus . . .
Casai Pintadas.
Domeyko.
Talca.
Cuefifa de laa d'ucos
tt
Veinas de San Jiiaii
Plan fltf> C^karav .....
tt
*.^oiiccption.
Fort de Ballenar
It
Llanquibue.
Pointe de Pichi Juan ....
Division des eaux sur la pente boréale du volcan d^Osorno •
Philippi.
Pied du Huclonco
tt
Confluent du Manzo et du Huelonco. ••..
tt
Cameralda riac*).
Osorno ryolcan')* t . • . r t r ^
Fits-Roy.
Calbuco
Les seules branches de quelque considération que je connaisse dans la chaîne que nous parcourons, se trouyent sur le territoire de la colonie de Llanquihue, par 4P 8^ lat. S. Ce sont les branches d'Osorno et de Calbuco, qui enferment entre elles le lac d'Esmeralda. La première se prolonge à Touest dans une ligne presque verticale à Vaxe de la chaîne centrale, s'arrête tout-à-coup sur la côte orientale du lac de Llanquihue, où elle atteint dans le pic du volcan d'Osorno la hauteur de 2300 mètres, et va en décroissant vers le N. N. O. jusqu'à ce. qu'elle se confonde avec les plaines du lac de Llanquihue. La seconde, qui forme la côte méridionale du lac d'Esmeralda, après s'être dirigée à Pouest avec une légère inclinaison au sud, s'arrête au volcan de Calbuco, atteint dans son sommet la hauteur de 2250 mètres et, prenant droit au sud, se termine brusquement dans le canal Astillero de Reloncavi, après avoir parcouru i> lieues dans cette dernière direction.
Le changement de formes qui se fait remarquer dans la chaîne depuis le lac de Villarica, par 36^ 40^ de latitude australe, vers le sud, deviâit ici de plus en plus sensible. Les hauteurs en sont moins marquées; des lacs ont remplacé tes plaines à pente décroissante de ses angles rentrants; la ligne culminante perd son uniformité, et la hauteur de la vallée centrale tend à se niveler avec rOcéan. Plus au sud, depuis 41^ 50^ lat. S., la mer prend la place des vallées. Des goulets profonds et étroits pénètrent dans la Cordillère, qui encaisse leurs eaux dans d'imposantes masses de rochers taillés à pic. Le canal Astillero de Reloncavi^ dont les épouvantables bouffées de vent périodiques balaient tout ce
qui se trouve sur ses eaux, marque 80 brasses de profondeur à 10 milles de son embouchure, et tous les points culminants jusqu'à Magellan sont écartés à l'est et à l'ouest de l'axe attribué jusqu' à présent à la chaîne.
Les phénomènes qu*on observée au sud du canal de Chacao — par lequel il semble que l'Océan soit entré pour envahir toutes les vallées méridionales de la partie occidentale de la République , et pour disputer même aux Andes leur domaine en les minant par leurs fondements - * sont dignes d'appeler Tattention du pliilosophe naturaliste, qui aime à étudier les x changements qu'éprouve la surface du globe soit par l'effet de violents cataclysmes, soit par l'action lente du décroissement des hauteurs d'ancienne formation, lesquelles, entraînées par les alluvions et les rivières, rétrécissent l'espace des eaux, ou soit par les invasions de l'Océan dans l'intérieur des terres par l'effet de leur affaissement accidentel.
En jetant un regard sur les archipels d'Âncud, de Guaitecas, de Chonos et des terres magellaniques, on remlirque que les ttes situées le plus à l'ouest suivent la même direction que la côte septentrionale. Si l'on examine après la forme et le cours des vallées longitudinales, qui traversent le pays du nord au sud, on voit que dans les archipels les eaux occupent précisément la place des vallées dans leur prolongement jusqu'au détroit, et que les tles marquent les . sommets de la chaîne intermédiaire. Ou le continent s'est subitement affaissé dans ces endroits, on, ce qui est plus probable, il l'était auparavant, et il tend à présent à recouvrer son unité, par suite des modifica-
lions qu'éprouve le fond des eaux dans le cours des «iècles.
On attribue généralement aux tremblements de terre les phénomènes de Fexbaussement et de l'abaissement du sol chilien par rapport à Tancien niveau de la mer, bien que les forces qui engendrent ces épouvantables secousses de Pécorce du globe ne soient qu'une des causes qui contribuent à opérer les changements qu'on y observe. On connaît Teffet opposé de la chaleur interne lorsqu'elle agit ou sur •une couche de grès ou sur une couche d*argile^ et celui de tant d'autres causes qui concourent au même résultat Cependant voici les observations qu'on a recueillies sur divers points de la côte du Chili à l'époque de quelques tremblements de terre.
D'après Mayen et Darwin, le tremblement de terre de 1822 produisit sur toute la côte centrale de la République un exhaussement de 4 pieds au-desstis de Tancien niveau de la mer. Selon Fitz-Roy, celui de 1835 souleva de 2 à 3 pieds la terre ferme de Talcahuano, de 6 celle de Tubal, de 2 celle de l'ile de la Mocba, de 8 celle de Santa Maria dans son extrémité méridionale, et de 10 dans son extrémité septentrionale. Le capitaine Coste ayant mouillé près de l'ile de Lemus, dans Tarchipel de Chonos, à la même place où il avait jeté l'ancre deux ans auparavant, reconnut que le fond de la mer s'était élevé de plus de 8 pieds; il attribue ce changement à la commotion de (1837. A quelque cause que l'on puisse rapporter cet exhaussement presque général, le fait est qu'il existe.
Les informations des habitants des lies, qui s'occupent de Tabatage des bois de construction sur
les Cordillères en face de Chonchi, par 42^ 30' lat. S., portaient à croire qae les Andes perdent en plusieurs endroits la continuité de leurs hauteurs dans, ces localités 9 et qu'on pourrait les passer par des vallées profondes, sans avoir besoin de faire la moindre ascension jusqu'aux plaines des pampas. Le Gouvernement de la République se détermina donc à envoyer, en 1849, sous les ordres de Munos Gamero, officier de la marine chilienne, une expédition pour explorer le passage andin conduisant de Cbiloé à l'ancienne mission de Nahuelhuapi, situé sur le versant oriental des Cordillères. Le résultat, quoique intéressant par rapport à la lumière qu'il jeta sur le» contrées si peu connues du sud de Valdivia^ n'atteignit point le but principal qu'on avait en vue: celui de trouver le passage dont on supposait l'existence à l'est du lac d'Emeralda ou Todos los Santos. L^issue de plusieurs autres expéditions tentées par des particuliers malgré des difRcuItés inouies, faisait déjà ranger ce chemin au nombre des fables traditionnelles, lorsque, honoré par mon Gouvernement du commandement civil et militaire du territoire de Llanquihue, j'eus le bonheur de trouver le vieillard 01avarria, qui, dans sa jeunesse, avait accompagné les prêtres espagnols lors de la fondation de la mission de Nahuelhuapi, en 1795. Profitant de cette heureuse rencontre, je fis partir une nouvelle expédition, en 1855, sous les ordres de M. Geisse. Le résultat répondit à mes espérances : la Cordillère fut traversée à une hauteur de 5 à 800 mètres, et le lac fut trouvé. Il n*est pas possible dans ce moment de calculer toute l'importance qu'une voie continentale aussi facile dans ces latitudes, et dont l'existence a été constatée
par Texpédition de 1856 ^}, aura pour les intérêts du commerce et de .la civilisation.
La chaîne centrale ou Cordillera de! ledio occupe, comme nous l'avons déjà indiqué, le centre du pays entre la chaîne des Andes et celle de la côte.
La grande élévation des Andes et le peu de largeur du pays font prendre naturellement au sol la forme d'un plan incliné vers l'occident. Cette pente précipite la marche des rivières; elles s'élancent en lignes presque perpendiculaires à là chaîne qui leur donne naissance, et se fraient, sans faire de détours, un passage à travers la Cordillère del Medto et celle de la Costa* Par cette disposition des eaux, les deux dernières chaînes se trouvent divisées en autant de sections distinctes qu'il y a de rivières.
Les Cordillères del Hedio et celles de la côte, dépendances immédiates du système andin dans leurs propres latitudes, ne sont donc qu'une succession de groupés plus ou moins ramifiés qui suivent, en général^ dans leurs positions géographiques, la même direction N. S. que suit la grande chaîne. Nous verrons bientôt quelle a été leur influence sur le nivellement des plaines et sur la modification du cours précipité des rivières de la Cordillère.
Entre la rivière du Copiapô et celle du Huasco, la chaîne centrale est presque confondue avec les Andes. Entre celles du Uuasco et du Coquimbo il règne encore plus de confusion, et la vallée de la côte s'y trouve extrêmement rétrécie. Les deux grandes vallées, à partir de ce point, commencent à être assez bien
') Faite par ordre da Gouveriiemcnt sous la direefion du Dr. Fonclc et de M. F. Hess.
déterminées, quoique interrompues par les branches saillantes des Andes jusqu'à la latitude de la proYÎnce de Santiago, d^où elles prennent des formes pins régulières jusqu'au sud.
La chaîne de la côte commence à Mejillones et s'étend le long de la mer Pacifique, en s'eatr'ouvrant pour livrer passage aux rivières, jusqu'au canal de Chacao, où elle disparaît sous les eaux pour reparaître encore dans la grande tle de Chiloé et dans les autres îles, dont la position extérieure signale sa présence jusqu'aux terresv magellaniques.
La carte des hauteurs montre les élévations calculées jusqu'à présent sur cette dernière ligne de montagnes.
Voilà, en général, les parties les plus saillantes du sol chilien dans sa région occidentale; descendons à présent* au fond de ses vallées pour y jeter un coup d'oeil rapide.
Les deux vallées longitudinales qui se présentent d'abord à nos yeux, sont celle de la CoriUlIera et celle de la Costa; et comme nous devons considér^ la partie occidentale du Chili comme la continuation de la base des Andes jusqu'à la mer Pacifique, il s'ensuit que r élévation respective de chacune de ces vallées au-dessus du niveau de la mer se trouve en raison directe de leur proximité de l'axe de la chaîne. Par l'aplanissement de leur fond primitif, comblé par les alluvions dans le cours des siècles, il s'est formé deux vastes échelons qui caractérisent l'aspect général de la pente des Andes vers l'Océan. Le géographe Pissis, en parlant de leur formation, s*exprime ainsi: irLa situation de ces vallées entourées de montagnes, les matières dont elles sont composées et dams les*
quelles on reconnaît les débris des rochers qui les enviroiment^ ainsi que leur disposition par couches horizontales, font croire qu'elles n'étaient auparavant que des lacs au fond desquels ces matières se sont déposées." En effet, plus on examine ces vallées comprises entre les deux premières chaînes^ plus on est porté à adopter cette opinion. La position de la Cordillère du centre et ses prolongements à l'orient,' qui semblent couper la continuité des vallées en s'approehant des angles saillants de la base des Andes, donnent à chacune d'elles le caractère d'un' vallon sans issue. Nous n'avons jusqu'ici aucun indice qui nous mette à même de calculer l'épaisseur des couches alluviales des vallées; car les excavations faites à Santiago n*atteignent que la profondeur de 64 mètres. Le lit des rivières, beaucoup plus bas que le niveau
i tles plaines, s'appuie sur les mêmes couches alluviales, dont la base des montagnes qui livrent passage aux rivières paraît avoir été longtemps encombrée.
Le lac de Tahuatahua a été desséché par la main de l'borome; les autres lacs qui se sont transformés en vallées semblent l'avoir été par celle de la nature. La configuration des vallées depuis Isf province
I d'ÂcoDcahua vers le sud est assez régulière jusqu'au 39^ lat S., où la chaine du centre, sinclinant à l'ouest, va se confondre avec celle de la côte et donne aux plaines de Valdivia la largeur remarquable qu'elles conservent jusqu'au canal de Chacao et ali golfe de Reloncavi.
Chacune des deux vallées longitudinales se trouve,
! de même que les montagnes occidentales qui en dé-
I terminent la forme allongée, séparée en sections trans-
versales par les rivières et les basses prairies connues
»oas le nom de ?6gai, qui en bordent le cours jnsqn^à rOcéan. L'élévation respective de leur sol est très variable. Depuis Mejillones jusqu'au 33™<i ^ lat S., on peut dire qu'on n'a assez bien caractérisé que la vallée de la Costa, par où passe le cbemin principal
3ui parcourt le pays du nord au sud et aux bords uquel sont placées les villes capitales de ces con* trées montagneuses. Cette vallée, à Copiapô, est située, d*après Domeyko, à 396 mètres au-dessus du niveau de* la mer, vers laquelle elle s'incline en pente insensible le long de la petite rivière du même nom. A la ville de Ballenar, sur le bord du Huasco, elle n'atteint que 360 mètres, et à Ouillota 115, selon Campbell. Elle se trouve, à la capitale^ d'après Pis' sis^ à 559 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui lui donnerait une élévation de 319 mètres au-dessus de la plaine de la Costa, à Casablanca, selon le Erofesseur Domeyko, qui assigne à cette ville une auteur de 240 mètres. Le tableau suivant indique approximativement la décroissance graduelle de cette élévation à mesure que les plaines s'avancent vers la partie australe, quoique les hauteurs n'aient pas été calculées sur le même méridien.
HoM 4as Points obsorrés :
Avtoiités:
Santiago
id. . . »
id.
S. Bcrnardo
Rancahua
San Fernando
Talca, moitié de la vaUce
Chillan
Anjeles
Suilacakuin nîon
Niveau des eaux du Rio-
Bueno k IVuniag ')....
Niveau des eaux du MauUin
près de la 2^. cascade . .
PreraièrecRscado duMaullîn
33*^—' et 34^27'
34027/ pt 37039/
37® 80' et 41*30'
2Vt
3 Va
Pif sis.
Campbell.
Domeyko.
Pisfiis.
id.
Domeyko, id.
id.
Gay.
id.
1) Les marées montantes dépassent Trnmag.
Une progression descendante à peu près égale se manifeste dans les plaines de la côte à mesure qu'elles s'approchent du sud. Les vallons de la rivière de Valdivia sont presque toujours inondés, et l'effet des marées se fait sentir dans cette rivière et même sur son affluent le Cruces, près de la ville de San José, par 390 29^ lat S.
Le domaine des vallées du nord devient en grande partie au sud celui des eaux. Huit grands lacs, dont deux n'ont pas moins de 100 milles de circonférence, se succédant le long de la Cordillère, depuis Villarica jusqu'au golfe de Reloncavi, occupent la place qui leur est échue en partage par suite de la conBguration du terrain. Le golfe de Reloncavi parait être destiné par sa situation géographique à compléter, dans le cours des siècles, le neuvième lac de cette partie du continent, car ses bords et ses îles ont donné à plusieurs reprises des preuves incontestables du soulèvement du sol chilien au-dessus du niveau du Pacifique. Llmpérial était navigable du temps la conquête. Osorno, ville méditerranéenne, ne put atteindre le degré d*importance qu'elle acquit dans le seul espace de 40 années, avant sa destruction en 1603, sans que le Kio Bueno fut accessible à toute sorte d'embarcations. Le port de Valdivia a considérablement diminué en profondeur; et bientôt l'île de Mansera sera reliée au continent par 1* énorme banc de sable que la rivière a déposé entre elle et la ville de Corral. Dans mon humble opinion, l'archipel d*Âncud est destiné à être relié un jour au continent^ à moins que quelque accident contraire à la marche actuelle de la nature dans ces régions ne s'y oppose. Au fur et à. mesure que la vallée cen-
traie, dans sa presque totale submersion, avance vers le sud du golfe de Relooçavi^ ses accidents augmentent, et ils forment un vrai labyrinthe dlles par la multiplicité de leurs hauteurs. Quelquefois, la cdte est serrée de si près par l'Océan, qu'elle ne laisse à Torient qu*un rempart escarpé et inaccessible à la lame, qui vient s*y briser avec fracas; d^autres fois, elle s^éloigne en projetant vers la mer de belles vallées en pente douce qui vont se perdre dans les sables de Tembouchure des rivières. C^est généralement là que sont nos meilleurs ports.
Telles sont les faces principales qu^oifrent à l'observateur les inégalités du sol chilien dans toute Sa région occidentale. La carte des hauteurs, quoique très incomplète, donne déjà une idée des plus saillants reliefs. Elle a été disposée de manière que chaque accident de terrain digne de remarque, se trouve dans sa position géographique. J'ai tâché au^si d'y Biarquer la ligne des neiges perpétuelles et celle des hivers, en reliant entre eux les points observés depuis Âtacama jusqu'au cap de Horn. On y verra en outre les dépressions les plus notables de la ligne culminante des Andes — qui sont autant de passages et points de communication entre les Provinces Argentines et le Chili — l'élévation des villes les plus considérables au-dessus du niveau de TOcéan, celle de quelques mines, des solfatares, des eaux thermales, des sources et des rivières observées jusqu'à présent.