CHAPITRE II
Climat.
Pour pe« que Ton coDDaisse l'influence qa'exercent sur le climat â*an pays sa configuration, son orientation, son rapprochement des grandes mers, les vents régnants, le voisinage des montagnes et leur position, la hauteur et la forme des vallées, la présence ou Tabsence des forêts et des marécages, la transparence plus ou moins grande du ciel, l'action même de Tbomme civilisé, — on n'a qu'à regarder le territoire chilien pour reconnaître qu'il réunit tous les climats. En effet, la grande longueur de ses côtes, qui parcourent 1980 milles du nord au sud, son peu de largeur et la déclivité de son sol impriment au climat de ses différentes latitudes, dans. chaque point de leur parallélisme à l'équateur, un caractère qui leur est propre et une température qui admet ou repousse la croissance spontanée de certaines espèces de plantes. Il semble que le premier voyageur des temps modernes j le naturaliste philosophe Alexandre de Humboldt, ait voulu décrire le sol chilien, lorsqu'il fait la description poétique des contrées intertropicales. On ne voit pas au Chili, il est vrai, le ciel des deux hémisphères; mais, en échange, la voûte transparente
du ciel austral s*y étale avec toute sa splendeur. La diaphanéité de son atmosphère, 4|ai fait apparaître les astres comme détachés et les présente à Toeil dans une pureté étonnante, attire l'attention de tous les astronomes. C*est au Chili que les climats et les zones végétales qulls déterminent, descendent comme par étages jusqu'à l'Océan. C'est là aussi que les lois du décroissement de la chaleur se trouvent écrites en caractères ineffaçables sur les parois des rochers des montagnes.
Le climat du Chili, considéré dans son ensemble, est tempéré et variable, depuis ses plus basses jusqu'à ses plus hautes latitudes, tant l'action des causes qui modifient la forme des lignes isothermes tend, dans toute rétendue de son territoire, à modérer l'excès de la chaleur et du refroidissement de l^atmosphère pendant le cours des étés et des hivers.
Le vent d'est se trouve arrêté, dans toute la longueur du pays, par le rempart des Andes. Le refroidissement qu'il opère dans l'air se fait seulement sentir depuis minuit, époque de i^on apparition ^ jusqu'au lever du soleil, où il cesse de souffler. Ce vent, qu'on appelle Plielche dans les vallées intérieures, et Terrai dans celles de la côte, contribue, ainsi que le rayonnement de la terre, à tempérer la chaleur produite par les rayons que le soleil d'été darde à travers les couches d'une atmosphère transparente. Après 9 heures du matin, terme moyen, c'est le vent d'ouest, déviation du courant tropical, qui prend la place du puelche et rétablit léquilibre dans la -température. L'effet produit par ces courants diurnes de l'est et de l'ouest est encore modifié par les grands courants périodiques du nord et du sud qui traversent; en long
toat le pays. Le vent polaire du sud règne en été, et celui de la zone torride, le nord, souffle en hiver.
On conçoit facilement, d'après cet ordre constant des vents régnants, qu'aucune température extrême ne peut, en général, avoir son siège dans cette région. Aussi, le climat de Copiapô — malgré le rapprochement des tropiques, Taridifé du sol, l'absence de végétation et le voisinage d*un désert dont les sables brûlants donnent à l'atmosphère un degré si intense de chaleur — est beaucoup plus tempéré qu1l ne devrait l'être par l'action de ces puissants agents de la chaleur atmosphérique sur tout le territoire de ce département. Mais son ciel — brumeux et humide dans le premier tiers de la journée, pur et serein la nuit — brise et décompose les rayons solaires pendant la matinée, et facilite le rayonnement de la chaleur pendant la nuit.^ En été, les vents du sud, refoulant sur les tropiques l'atmosphère embrasée par la réverbération du désert, l'empêchent d'agir sur la température de cette contrée, tandis que, en hiver, les vents du nord y ramènent cet agent de la chaleur, déjà modéré par 1 éloignement du soleil.
Passons à l'extrémité méridionale de la République, et arrêtons -nous sur le détroit de Magellan. Là, aussi bien que sur quelques points des hautes latitudes européennes, on remarque les modifications que les nombreux agents de la chaleur impriment à la température que le rapprochement du pôle fait nattre.
Je connais peu de contrées dont le climat ait été aussi mal étudié que celui de Magellan. Quelques faits recueillis en passant, et répétés après par des voyageurs sans expérience, ont suffi pour faire qualifier d'extrêmes les hivers du détroit. On y vit tomber
de la neige au milieu de l'été; or, il n'en tombe jamais dans une pareille saison en Laponie: done^ les hivers doivent être époUTantablas au détroit. On voit, par cette conclusion, à quel point la climatologie était ignorée du temps de Cook. La couleur bleuâtre de la neige fit croire à Anson, et, après lui, à Bougainville, qu'elle devait être éternelle. ^) Heureusement, Cook releva cette erreur, de même que celle de la prétendue élévation prodigieuse ^) des pointes des montagnes de ces régions. J'insiste sur ces qualifications, parce que je leur attribue, en grande partie, l'abandon inconcevable qu'avaient fait la marine et le commerce du passage de Magellan, pour lui préférer, pendant si longtemps, les hasards et les périls du cap. Bougainville est presque le seul parmi les voyageurs qui se soit servi du thermomètre pour indiquer la température du détroit. Les autres ont calculé les degrés de llntensité du froid par Hmpression qulls en recevaient sur le corps. Bougainville, pourtant, se contente de dire que le thermomètre de Kéaumur, pendant deux jours du mois de décembre, descendit de 8 à 5^+0, et que pendant quelques autres jours il marqua ') 5^-8h-9h-12-+.0.
Mais je veux supposer pour un moment que nous n'ayons sur le climat de Magellan aucune observation expérimentale, et que pour Tapprécier il nous faille recourir aux principes admis par les grandes autorités, et aux causes qui peuvent modifier la forme des lignes
^) Anson (voyage), tome l«r, édition Smith. — Bougain?îlle
(voyage), tome l«r, édition Smith.
*) Anson (voyage), tome !«', p. 35 et 164.
») id. p. 167.
isothermes dans le sens de rabaissement de la température. On ne trouve pas, dans cette contrée, de grandes hauteurs au-dessus du niveau de la mer, comme il y en a dans les contrées du nord.^) Ses plateaux sont dXine étendue considérable au-delà des premières collines, qui servent de rempart à la mer du détroif Sa configuration n*est pas compacte; au contraire, il' y a peu de pays dont la configuration soit plus irréguliére, plus brisée, et qui offrent plus de canaux, de baies sinueuses et de presqu'îles. Aucune terre ne la rattache au pôle ni aux glaces éternelles, et les eaux du cap sont constamment libres et dégagées durant l'hiver. Or^ on sait combien Hnfluence de la mer, dont iâ température suit si lentement les variations atmophériques, sert à modérer la rigueur des hivers et la chaleur des étés, et quelle grande différence il existe entre le climat des îles et des terrains articulés et celui de Tintérieur d*une grande masse com« pacte de terres fermes. Aucune chaîne de montagnes n'empêche les vents d*ouest d*arriver à la région magellanique: ils y régnent dans toutes les saisons. 1/absence de pics isolés y est presque absolue. Les forêts, quoique vigoureuses et touffues, ne couvrent pas^ c^ beaucoup prés, tout son territoire. Les marécages y sont de peu d'étendue. La hauteur des montagnes n'y atteint point, en général, celle des neiges perpétuelles. ^) La pureté du ciel y
C'est un fait sur Iccjuel tous ]cs auteurs sont d^accord. L*habitude de confondre le mot de moatagne avec celui de colline^ a donné lieu a beaueoup d*erreurt* Dans les environs du détroit, il n'y a que le Sarmienio, le Darwin et le Bamey qui méritent le nom de mo&t.
Cook et plusieurs yoyageurs modernes ont relevé Terreur d'Anson, qui parle, page dô de son Voyage , de la pro-
G8t aussi rare en hiver qa*en été. Les vents froids da sud y prédominent en été, et les vents chauds du nord y soufflent en hiver. Si lintensité du froid est si extrême dans cette contrée, pourquoi le thermomètre centigrade n*y est-il jamais descendu à 7 ® audessous de zéro, depuis Tannée 1843 qu'on y a fait des observations? Pourquoi Ta-t-on vu arriver seulement trois fois, en douze années, à 5 degrés et demi, et indiquer en moins de 2 heures une température plus chaude? Comment expliquer l'existence aisée et vigoureuse des végétaux et des animaux qui, bien qu'appartenant à des latitudes tempérées, se plaisent spontanément dans ces régions? Que dire de la presque nudité des Indiens ^) et de llnsufBsance de leurs cabanes *)?
Le climat de Magellan est doux en hiver, et frais en été. S'il m'était permis de lui donner un nom, je rappellerais printanier: car il présente toutes les transitions atmosphériques du printemps, en s'appropriant simultanément la rigueur de la fin de Thiver et la chaleur du commencement de Tété. On y a vu le thermomètre de Fahrenheit monter jusqu'à 85 degrés, et descendre, 6 heures après, à 40. Quelquefois, le temps
dlgicnso ëlévatiun des pointes des montagnes de la Terre de Feu et de leurs neiges étemellas.
^3 L*unique habillement que nous leur ayons vu est à peine suffisant pour les défendre du froid dans Tétë de ce pays. Cook, Tome 2, Page 36. •.
*) Nous avions construit dans le bois une cabane de branchea d*arbres pour y passer la nuit moins à découvert. C6 SOlt
les palais des naturels de ce pays; mais il nous manquaîi
leur habitude d*y loger. Bougainville, Tome i^'f Page 267, Edition Smith.
calme et Tatmosphère échauffée par un soleil ardent^ qui transporte Timagination au climat des tropiques, font place, presque sans transition, à de violentes raffales de vent, à la neige et au froid, lesquels cèdent, à leur tour, à l'influence des causes qui rétablissent réquilibre dans la perturbation atmosphérique; la neige disparaît, et le soleil se montre de nouveau dans toute sa splendeur. C'est à Textrémité de l'Amérique Méridionale qu'on peut, mieux que dans toute autre partie du globe^ observer les phénomènes étonnants que produit la lutte constante de la latitude avec les nombreux agents qui tendent à en modifier l'influence sur le climat. Voilà pourquoi les voyageurs, dans leur court trajet à travers le détroit, ont trouvé quelquefois des neiges qui leur faisaient présager d'affreux hivers, et d'autres fois, toujours dans la même saison, des prés couverts de fleurs, qui ne sont inférieures à celles que l'on cultive dans les jardins européens, ni par la variété et l'éclat de leurs couleurs, •ni par le parfum qu'elles exhalent.^) La neige ne, séjourne jamais sur les plantes dans la section de Magellan. A peine s'y
') Les poivriers de Técorce de Winter sont ici très connus. Ces beaox arbres, malgré la rigueur du climat, sont encore embellid par la présence d^une foule innombrable de perroquets et d'autres oiseaux d'un magnifique plumage, • . La terre, en quelques endroits, était couverte de fleurs, qui n'étaient inférieures à celles qu*on cultive communément dans nos jardins, ni par la variété et Féclat de leurs couleurs, ni par le parfum qu'elles eihalaient. Je ne puis m*empêeber de croire que, sans Textrême rigueur des bivers, ce pays deviendrait, par la culture, une des plus belles contrées du monde. Byron, Tome l, Pag. 183 et suivantes.
est-elle amoncelée, qu'elle se'n dégage aux premièresapproches du soleil, et tonib een flocons sur le sol, qui la dissout; elle ne porte aucune atteinte meurtrière à la délicate Winteriana ni aux fleurs, et, aussitôt la bourrasque passée, on voit reparaître dans les airs Thirondelle, le perroquet et le tendre colibri.^)
J'ai devant moi les observations météorologiques faites à diverses époques, sur deux points différents du territoire magellanique, par ses gouverneurs La Rivera, Mui&os Gamero, Philippi et Schythe, ainsi que par les oflBciers de la marine chilienne, et celles que j'eus occasion de faire moi-même, pendant Thiver de 1846, dans les vallées occidentales des terres patagoniques.
Malheureusement, le manque de continuité dans ces observations et les limites de cet Essai m'imposent le devoir de me borner à l'indication de celle» qui ont été le plus longtemps suivies, surtout celles embrassant les mo'ls de juin, de juillet et d'août, qui correspondent à notre hiver, — mon but étant, pour à présent^ de détruire les idées fausses émises sur le climat du détroit pendant cette saison.
Les résultats obtenus dans l'observation des hivers 1846 et 1848, à San Felipe (Port Famine), par la Rivera et par les marins en station dans le passage, if offrent pas de différences remarquables, si on les compare entre eux; leur combinaison assigne à chaque mois observé la température suivante:
^) King^ Relation du dernier Voyage aa Détroit de BfâgeUan. Voyages et Mémoireft sur la Géographie de TExt rémité mé* ridionale de rAméric|ue du Sud.
IMM 1848. Baromètre, Thermom. loyenne. Moyenne
Hoyenne pahmheit pend, lldver
en posées angl.
Juin 29.08. 1^^^^' ^j... 32.50.
Juillet 20.38. Jîîf^' ?f}.. 30.66 A32.02.
(Min. 22.) (
Août 30.00. iîîf^' ^•L.33.00.
(Mm. «28.)
Les observations du gouverneur actuel de la colonie, M. Schythe, pendant les mois d'hiver de 1854, donnent à chacun de ces mois le degré moyen de froid qui suit:
Juin... .3.24 Centigr.i
Juillet. 2.15 n \ Moyenne des 3 mois: 2.80.
Août... 3. 01 f, \
Les observations auxquelles je me suis livré dans les plaines basses de la Patagonie, par le 52">e degré lat. S., à Test du méridien de Punta Arenas, pendant les trois mois d'hiver de Tannée 1846, quoique très imparfaites, peuvent donner quelque idée de la température de llntérieur de cette extrémité du continent. Elles présentent pour les mois de
Moyenne. "•'T*
pôir lliiver.
iMax. 40.) ^, ^^
Jmn .<„. ^ >. ..31.50.
(Min. 27.)
Juillet, jîîf^- f?i. ..30.38. W.76.
(Min. 21.) (
A *. i^ax. 43.) ^^ ,^
Le mois de juillet est donc le mois le plus froid en Magellan. Du temps de La Rivera, le thermomètre
atteignit deux fois le minimum de 22^ Fabr., à Port Famine, lors de Tobservation faite à 8 heures du matin; mais, une heure après, ii avait déjà monté jusqu'à 29^9 et à midi il atteignit 36® la première fois, et 89® la seconde. Du temps de Mufios Gamero, en 1851, le 16 du même mois^ le thermomètre descendit jusqu'à 19®, à 4 heures de l'après-midi; il remonta insensiblement, et arriva à 90®, le 17^ à 8 heures, et à 35®^ à midi. Dans mes observations, le thermomètre tomba, le 11 juillet, à 21 ®, à 4 heures du soir, et le 19, à 23®, à 8 heures du matin; le premier jour, il resta stationnaire jusqu'à 6 heures du soir, et il atteignit 30® le jour suivant^ à 8 heures du matin. Le second jour^ le même degré de froid se soutint jusqu'à 10 heures; à midi, le thermomètre marquait 29®.
On pourra apprécier, quoique d'une manière incomplète — à cause du petit nombre d'observations auxquelles on s'est livré — la température d'une ann%e entière observée par M. Schythe en 1853 et 1854. Voici ses propres mots:
r/Dans l'hiver qui vient de s'écouler, pendant les mois de juin, de juillet et d'août 1854, on n'a compté que 18 jours où le thermomètre centigrade ait descendu au-dessous de zéro.
Une fois seulement il est arrivé à 6® 75' dans la matinée; mais il est revenu à la chaleur dans le cours de la journée. Les autres fois il n'a pas dépassé 2®, excepté dans trois matinées où il a atteint 4®.^'
'^Pendant les mois d'été de 1854, c'est-àdire en décembre, janvier et février^ on a remarqué très souvent que le thermomètre mon:;; tait, à midi et à l'ombre, à 14 et à 15®, quel-
qnefois à 18 et même â 19, tandis qu'on ne le vit jamais descendre, dans les observations de 8 heures du matin, à moins de 6^./' rfLa température moyenne de chaque mois et celle des saisons se trouvent dans le tableau suivant:
Centigr..
1853, Septembre: 3. 48 \
Octobre: 8. ,54 > Printemps 7. 17.
Novembre: 9. 49 ;
Décembre: 11, 16
1854, Janvier: 11. 96 ^ Eté 11. 60.
Février: 11. 68
Mars: 9. 95
Avril: 7. 02 V Automne 7. 06.
Mai: 4. 21
Juin: 3. 24 \
Juillet: 2. 15 V Hiver 2. 80.
Août: 3. 01 ;
r,On peut déduire de toutes ces données, que ni les froids des hivers ni les hautes températures des étés né sont excessives en Magellan, quand même on admettrait les variations qui peuvent avoir lieu dans différentes années. ''
D'après le même auteur, les eaux météoriques, quelque abondantes qu'elles aient été dans Tannée observée, ne donnent pas lieu à signaler comme pluvieux le climat magellanique. Le terme moyen des jours pluvieux est de 10 à 11 par mois. La pluie est plus fréquente, mais moins abondante, au printemps et en été qu'en automne et en hiver. Voici un tableau de la quantité d'eau recueillie pendant Tannée observée par M. Schythe:
1S53 Joui te plEte lètres
on 4e Mige: d'eau tonbte
Septembre 12 0,0488
Octobre 11 0,0477 ^ Printemps: 0^557.
Novembre 13 0,0592
Décembre 13 0,U293
Janvier 8 0,0202 ^ ^'^ «'^^-
Février 15 0,0260
Mars.... ^......11 0,0423
Avril 10 0,0476 ^ Automne. . 0,1733.
Mai 6 0,0835
Juin 12 0,0873
Juillet 12 0,0979 > Hiver 0,2230.
Août 10 0,0378
Comme on le voit, les hivers en Magellan ne sont pas, à beaucoup près, tels qu'on Ta présumé en présence des phénomènes atmosphériques qu'on a observés au coeur de Tété. Mais si les hivers y sont doux, relativement à sa position géographique, les étés, par suite du manque de chaleur, y sont loin de se prêter à la culture des graminées qui ont besoin, comme le blé, dline température élevée pour mûrir. Cependant, hormis le blé, qui n'y parvient que quelquefois à sa parfaite maturité, il a été reconnu que Torge et l'avoine y viennent très bien, et que les pommes de terre, de même que les plantes légumineuses et crucifères, y réussissent presque aussi bien que dans le nord.
Il résulte de Tensemble de toutes les données météorologiques que j'ai pu recueillir dans les relations publiées depuis le temps de Figafeta jusqu'A
uos jours, qae le tempérament magellanique, le long du détroit, doit être classé dans la catégorie des tempéraments Tariables de Fouillet; qull y* neige dans toutes les saisons, mais peu, et que la neige Jie séjourné jamais sur le sol; que pendant Thiver il y neige moins qu'au printemps, et plus qu'en été et en automne; que les pluies y sont aussi courtes que fréquentes, mais qu1l tombe très peu d'eau chaque fois, car on a observé que les 77 pluies tombées à Punta Arenas, pendant les six mois de printemps et d'été de Tannée 1853, ont produit seulement 231 millimètres d'eau, tandis que la pluie du 16 avril 1854 en produisit 236 à Santiago.
Les vents régnants du détroit sont ceux de Toccident. Les vents du sud y sont les plus froids et les plus secs. Ceux du nord y amènent presque toujours la pluie.
En suivant le littoral de la mer Pacifique vers le nord, on remarque que la température devient plus chaude, mais que les pluies augmentent; les neiges ne sont visibles, au loin, que sur les sommets des Andes, jpav le 46™* ® lat. S., et lorsqu'on les voit tomber dans les plaines, c'est en forme de grêle menue ou de légers flocons qui stationnent momentanément sur le sol.
Nous n'avons encore sur le climat du Chiloé au-
cune donnée fondée sur des observations météorologiques. On pourra cependant l'apprécier approximativement par celles que, pendant tout le cours des années 1853 et 1854, j ai fait pratiquer à Puerto Alontt, cheflieu du territoire de Llanquihue, qui limite cette province au nord.
Puerto Montt est situé par 41 •* 30' lat. S., à dîsj lieues au nord de San Carlos, capitale du Chiloé,
Les observations y ont été faites à terre par les employés du Gouvernement, et à bord par les officiers de quart de' la marine nationale, six fois par jour, de 4 en 4 heures. Les instruments ont été placés à Tombre, à neuf pieds au-dessus du niveau de la mer dans les hautes marées, et c^est le thermomètre de Fahrenheit qui a servi pour déterminer la température.
La combinaison des calculs des deux années a donné le résultat consigné dans le tableau suivant.
MoU.
Max. ft HiB.
du bftronètre.
Max. « Min.
da thermomètre FalireBlieit.
Septbr. .
Octobre.
Novbr...
Priiitps. .
Dëcbr.. .
Janvier .
Février.
Eté
Mars . . .
Avril . . . Mai
Aatomno
Jatn ....
Jdillet. ..
Août
Hiver.
Max.
Min.
Max.
Min.
Max.
Min.
Max.
Min.
Max.
Min.
Min.
Max.
Min.
Max.
Min.
Max.
Min.
Min.
Max
Min.
Max.
Min.
Max. 49
Min. 32
Min. 36
Max. 70
Min. 55
Max. 75
Min. 51
Max. 80
Min. 49
Max. 72
Min. 40
Max. 76
Min. 37
Max. 56
Min. 30
Max. 50
Min. 39
Max. 52
Min. 32
Min. 32
Max. 54
Min. 22
SS
Moyenne de Tannée 51.14.
L'heure du maximum et du minimum de la température est très variable; cependant on pourrait dire qu'à Tordinaire la plus basse température se fait sentir vers huit heures du matin^ et la plus élevée, entre midi et trois heures.
La neige est inconnue au Llanquihue. Dans le cours des deux années d'observation, on a vu seulement tomber deux fois la grêle, dans les deux tempêtes qu^on éprouva le 25 août et le 30 septembre 1854; mais elle fut aussitôt tombée que dissoute. La grêle tombe dans toutes les latitudes du Chili on général; mais elle est très rare et très divisée, et elle ne cause jamais de dommage. Ce sont les orages qui l'apportent. Les grands mouvements atmosphériques accompagnés d^éclairs et de tonnerre, et lançant la foudre et la grêle destructives dans les plaines de Buenos Aires, perdent au Chili leur aspect imposant, et la foudre n'y tombe presque jamais.
Le thermomètre descendit à 22 ^ dans la matinée du 7 du mois d'août; mais à midi il en marquait 29, et 47 deux heures après. C'est le jour de la plus basse température des deux aimées observées. Celui de la plus haute iut le 11 janvier: elle atteignit 60 ^ à 10 heures, 80 ^ à midi, et 79 <> à 4 heures.
Voici la marche du thermomètre dans chacun de ces deux jours extrêmes :
MiMltt.
4 ha. m.
8 hs. D.
Udi.
4hs.s.
11 Janvier
7 Août
Décembre a été le mois de la plus haute tem*
pérature, moyenne 63.40.
Août a. été le mois de la plus basse^ moyenne 40.48.
Moyenne des trois mois d'été^ décembre, janvier,
février 60.38.
Moyenne des trois mois d'hiver, juin, juillet,
août 42.99.
La saison d^été est donc de 17 ® 39 ^ plus chaude que la saison d'hiver, et la moyenne correspondante à toute Tannée est 51 ^ 14 ^ Fahrenheit.
Les vents qui régnent dans le Llanquihue sont, dans les jours sereins de toutes les saisons, le vent du sud et celui de Test. Ce dernier se fait sentir dans la matinée^ depuis deux heures jusqu'à l'apparition du soleil; alors suit un moment de calme. Vers les 10 heures, celui du sud le remplace avec violence, et continue jusqu'au soir. Il perd généralement de sa force vers 5 heures, et commence à se calmer insensiblement, jusqu'à ce qu'il cesse tout-à-fait vers minuit. Dans les jours couverts ou pluvieux, ce sont toujours les vents du nord et du nord-ouest qui prédominent.
La fréquence des changements atmosphériques de cette région, où les vents du nord et du sud jouent un si grand rdle, empêche d'assigner à chacun d'eux des saisons bien marquées. Tous les vents cardinaux, à l'exception du vent d'ouest, qui y est très rare, s'y succèdent quelquefois dans une même journée. Le tableau suivant pourra donner une idée approximative de leur distribution capricieuse dans chaque mois de l'année :
Vents de Bmme et de Pluie.
') li.L H. H.O. 0.
Hombre de Jours:
jVentsseçs, qui apportent le beau Temps.
lombre de Jours.
Septembre. . .
Octobre
I>ioTembre . . .
Printemps .
Décembre. . .
Janvier . .
Février. . .
£té
Mars.
Avril Mai. .
Automne . . 1
Juin. .
Juillet AoAt .
lOè
Hiver ilT^ 47^
Comme on le voit, cbaque mois a quelques jours de ploie en partage. Cette circonstance a fait émettre, sur le climat de cette section, des idées qui ne sont
Quciqucf Tariations très lëgèrea, à Vtst et au sud-esl, n^ont pat été comprises dans ce tableau.
pas exactes: on le croit excessivement plovieox. Nous avons déjà indiqué qu'une seule plaie tombée en un jour, à Santiago, avait produit plus d*eau que les pluies répétées de six mois, dans le détroit de Magellan. Cependant, on peut dire que la région pluvieuse du Chili est entre 46^ et 39 <> lat. S.
Je ne connais aucune contrée où les ' courants atmosphériques du nord ou du sud exercent une influence plus immédiate sur la détermination de la pMe ou du temps clair. 11 est rare que les vents cadran N.O. n'apportent pas la pluie dans toutes les saisons; il est plus rare encore que ceux du sud ne fassent pas rayonner le soleil dans toute sa pureté. Dans les 168 jours et demi de temp^ clair de Tannée 1853-5t, six seulement correspondent aux vents du nord et du nord-ouest, et trois à ceux de Pest; les autres, au sad. Parmi les 196 jours \'^ couverts ou pluvieux, on n'en trouve pas, dans la même année, un seul qui corresponde au sud. L'année suivante, sur 207 jours de beau temps, il n'y en a pas un seul qui corresponde au nord, tandis que dans les 158 jours couverts ou pluvieux du reste de l'année, on ne voit figurer que quatre fois le sud dans son plus grand rapprochement de Touest.
C'est à l'agriculteur et au marin de déduire les précieux avantages que leur offre cette loi atmos' phérique. Les habitants de cette contrée savent en profiter. Aussi voit-on quelquefois avec étonnement — lorsque la tempête gronde encore, et que la mer, soulevée par le vent du nord^ se brise avec fracas sur les côtes des tles — le batelier chilote disposer les agrès de sa frêle embarcation, et se confier, en chantant, à un océan qui ferait frémir les marins les plus
conrageux, tandis que l'agriculteur s'empresse d'étaler' ses gerbes pour les faire sécher. C'est qu'ils ont senti le souffle du sud: ils savent qu'il doit apporter le calme dans les airs et sur la mer. D'autres fois, par un ciel pur et serein, on voit le premier se hdter de gagner la côte, et le second de mettre à couvert ses récoltes: ils sentent rapproche du vent du nord, et ils se dépèchent pour éviter la pluie et les bourrasques.
Il paraît que cette loi atmosphérique s'étend avec toute sa régularité . jusqu'à la latitude d'Osomo, par 40 ® 30 ' lat. S. ; car il résulte des observations de trois années consécutives, celles de 1851, 1852 et 1853, que sur 196 jours sereins qui reviennent à chaque année, le vent du nord ne figure que 5 fois, indécis et faible; les vents d'est et d'ouest ont soufflé 13 jours, tandis que Tinfluence du sud s'est fait sentir pendant les 180 autres. Dans les 167 jours pluvieux qui correspondent à chaque année, on en a remarqué deux où le vent du sud prédominait, et sept où il soufflait de l'est et de l'ouest] le reste appartenait purement au nord.
On peut dire qu1l n'y a point habituellement de temps couverts proprement dits dans toute la région comprise entre le 46™« et le 39"*«^ lat. S. Lorsque le soleil est intercepté pendant la matinée, c'est par des brouillards plus ou moins épap|pt traînants. Les vrais nuages ne tardent pas à se condenser en pluie.
Dans la ville de Valdivia, qui est située sur les bords de la rivière du même nom, à quatre lieues de son embouchure, M. Charles Anwandter s'est occupé avec constance, pendant quelques années, d^observations météorologiques pour connaître la température
'moyenne de cette contrëe. Ses observations embrassent trois années consécutives, depuis le l^^^* avril 1851 jusqu'à la fin de mars 1851, comme on peut le voir dans le tableau suivant:
Températnre qui correspcad à chaque mois des aiftées obserrées à Taldivia sur le thermomètre de Réaumnr.
1851. Moyenne. Minimum. Maximum.
Avril 10.40. 4-4. 17.
Mai 9.20. 4. 14.
Juin 8.50. 2.50. 12.
Juillet 6.10. 1. 11.
Août 8.50. 2.50. 13.50.
Septembre.. 8.30. 1. 16.50.
Octobre 9.60. 4. 20.
Novembre.. 10.80. 5. 25.50.
Décembre.. 11.90. 4. 25.50.
Janvier.... 14.20. 5. 28.
Février 13.80. 6. 24.
Mars 11.40. 2. 20.
AvrU 9.70. 1.50. 16.
Mai 8.40. 3. 12.
Juin 5.90, — 1.50. 12.
Juillet 5.30. — 1. 10.
Août 6.90. 4-1. 11.
Septembre*. 7.58. 0. 15.
Octobre.... 9.88. 2.50. 19.
Novembre.. 9.74. 3. 20.
Décembre.. 12.33. 5.. 24. '
Janvier 14.66. 7. 27.
Février 12.83. 3. 22.
Mars
Avril
Mai
Juin
Juiilet
Aofit
Septembre . .
Octobre ....
'Novembre. .
Décembre . .
Janvier
Février
Mars
De ces chiffres, dont l'exactitude ne saurait être contestée, il résulte que, dans le cours de ces trois années, la plus basse température se trouve au mois d'août 1853 — 3^
et la plus haute au mois de janvier 1852.. +28^; que juillet 1852, le mois le plus froid, présente une moyenne de 5 ^ 30'
et janvier 1853, le mois le plus chaud,
celle de U^ 66';
que tous les mois d'hiver réunis, juin, juillet
et août, donnent une moyenne de 6^ 85'
et tous les mois d'été réunis, décembre,
janvier et février, celle de 13® 27'^
que la différence entre la chaleur moyenne
d été et celle d'hiver est de 6 <^ 42 '
et la moyenne des trois années de 10 ® 5 '.
D'après le professeur A. Philippin qui a analysé une année entière des observations de M. Anwandter, depuis le l^^^"' avril 1851 jusqu'au dernier mars 1852, il paraît que le nombre des jours pluvieux ne dépasse pas à Yaldivia celui des jours pluvieux de la partie tempérée de TAUemagne. r^Des 156 jours de pluie, dit il, observés dans Tannée, 24 % appartiennent à la saison du p/intemps, 18 % à Tété, 6 % à Taiitomne, et 36 % à Thiver."
La neige tombe rarement à Valdivia. Aussi, dans le cours de Tannée d*observation on ne Ta vue tomber que deux ou trois fois en petites quantités, et eUe s'est tout de suite dissoute. Cepend(int elle stationne quelque temps en hiver sur les sommets de la chaîne de montagnes de la côte. La grêle aussi est rare à Valdivia et n'y produit jamais de mal. Les tempêtes ^) n'y sont pas non plus fréquentes. Dans toute Tannée on n'y en a compté que huit: deux en août, deux en octobre, et une dans chacun des mois de mal, juin, juillet et septembre.
Le climat de Valdivia, par suite des vents qui y dominent, appartiendrait, selon le Dr. Philippi. à ceux
qu'on appelle ClimaU Insulaires; voici ses propres paroles: r/En effet, il arrive déjà àla latitude de Valdivia f/que ce même courant d'air qui, en montant dans la f/zone torride vers les hautes régions de l'atmosphère, f/se dirige vers les pôles, descend, et touche la super- ^ficie du sol de cette province. Les vents d'ouest r/sont les plus fréquents, particulièrement pendant
') La tranquillité habituelle de ralmosphère fait donner le nom de tempête k des perturbations atmosphériques qui passeraient inaperçues en Europe.
^rété et Tautomne. Ils produisent, en été, une temwpérature trop basse par rapport à la latitude de Valdif/via, surtout si on compare la température de cette (yprovince avec celle des pays situés en Europe sous file même parallèle .... Les vents du nord et du sud wy sont les plas rares. >^
Je ne partage pas Topinion du sage professeur sar la cause du refroidissement de la température estivale de Valdivia. Peut-être a-t-il déjà rectifié cette opinion. Le vent d'ouest n'apporte la basse température à aucune région située à Torient de TOcéan Pacifique, à moins que quelques unes des causes nombreuses qui tendent à modifier la température, n'y 'viennent détruire Hnfluence des vents des tropiques sur son élévation. Le fait de la basse température des étés dans cette contrée existe; mais la cause qui la produit se trouve ailleurs que dans les vents d'ouest.
C'est précisément en été et en automne que les vents du sud soufflent avec violence sur la mer et sur la terre du Chili occidental. Ce grand courant est connu de tous les navigateurs; il pénètre par le golfe de Reloncavi dans la vallée centrale, traverse le pays dans toute sa longueur, longe aussi toute retendue de nos côtes et y apporte partout le refroidissement qui lui est propre. C'est ce courant qui, contrarié par la disposition des montagnes, apparaît à Valdivia sous un nom local et occasionne la basse température qu'on attribue au vent d'ouest Aussi, lorsqu'on se croit sous l'influence de ce vent dans la vallée de Valdivia, on voit les nuages chassés avec force vers le nord, et les navires qui vont au Chiloé le long des côtes luttent des semaines entières contre la violence du vent, du sud.
Les observations faites à Valdivia, ville sitaée dans une vallée irrégultëre environnée de montagnes d'une élévation considérable, ne peuvent pas fournir des données précises pour déterminer la direction magnétique des vents. Les déductions du professeur Philippi sont exactes; mais elles sont locales, et elles ne sauraient être appliquées à toute l'étendue de la province, où la loi générale de Tinduence du sud et du nord sur la pluie et sur le beau temps est la même, à quelque diiférence près, que dans le territoire de Llsinquihue et^ surtout, dans celui d*Osorno.
Nous n'avons pas d'observations sur la température delà province de Conception. Les seules indications que nous possédions sur cette partie de la République sont dues à M. Philippi; —je me permets de les reproduire ici.
M. Philippi, dans une lettre adressée au secrétaire de la Faculté des Sciences de Santiago, sur la température de la ville de Conception en 1849, s'exprhne ainsi: r/J*ai pris, le 29 novembre, dans 17 places rfdiiférentes, la température de Teau des puits sur les /f points où Teau était le plus rapprochée de la superffficie du sol, et j'ai noté qu^elle variait entre 10® 4^ r/ct 13® 2^ Réaumur. La température 10® 4^ est celle vd'un puits de neuf pieds de profondeur, et aussi celle V d'une petite source à la superficie de la terre. Le tfl décembre suivant, la température du puits se trouva //toujours la même; mais le 31 janvier elle était de ,,11® 2' et le 28 février de 11® 1', d'où Ion peut ,, conclure que la température moyenne de Conception r/doit se trouver entre 10® 4^ et 11®2^ Réaumur. ^Depuis le l^^^* septembre jusqu'à la fin de février, il f/n'y eut ni tempêtes, ni grêles, ni tremblements de „ terre. '<
Le professeur Domeyko s'est livré, sur le climat de Santiago; capitale du Chili, à des investigations très intéressantes, consignées dans les Annales de TAcadémie des Sciences du Chili de Tannée 1851; — cela me dispense de les reproduire ici, mon objet n'étant que de consacrer, dans cet Essai, au climat chilien une place relative aux indications nombreuses
que je me suis imposé la» tâche de donner.
Me bornant donc aux faits principaux, je dirai que la température de Santiago, qui correspond à celle du 42™<^ ^ lat. N. dans la zone tempérée de Thémisphère boréal, peut être désignée sous le nom de variable. Elle se trouve de 5^ plus élevée, en été, et de 6 à 7® moins froide, en hiver, que celle de Paris et de Londres, et, en outre, elle est de 2 à 3^ moins variable.
Les mois où règne la plus grande chaleur sont ceux de décembre, janvier^ février et mars. Ces quatre mois donnent une moyenne de 21® 6^ Réaumur.
Les mois les plus froids sont ceux de juin, juillet et aoât: leur température moyenne est de 9® 9^ n
La température de janvier, mois de la plus grande chaleur, est de . . 23® 2^ »
Celle du mois de juillet, qui est la plus froide, est de 9® 6^ r/
Le maximum therinométrique, à Nombre, atteint 33® 5' n
Le minipium 1® P »
La moy^ine de toute Tannée est de 15® 8' »
Un fait digne de remarque chez nous, dans la température de Santiago, c'est la grande différence qui existe presque toujours entre la température du jour et celle de la nuit. En été^ le thermomètre, qui monte quelquefois jusquà 50®, au soleil, à 2 ou 3 heures de Taprès-midi, descend avec une telle rapidité à rapproche de la nuit, qu'on l'a vu tomber jusqu'à 40® en moins de 4 heures. "
Le maximum de la pression atmosphérique est de 726.
Le minimum 701 .
La moyenne 714.
Le climat de Santiago n'est pas sujet aux fréquentes révolutions atmosphériques que nous avons signalées, en Valdivia et au LIanquihue, et qui parais* sent être particulières à toute la région du sud depuis Conception, où elles se montrent déjà beaucoup. On remarque à Santiago, comme dans tout le reste du pays, la m^me influence des vents du nord sur la détermination des pluies, et des vents du sud sur celle de la sérénité de l'atmosphère; cependant ils n'y exercent pas un effet aussi immédiat qu'au sad: les saisons y sont mieux caractérisées, etPépoque des pluies parait y être circonscrite aux mois d'hiver et de printemps, qui participent beaucoup du caractère général des étés de Valdivia, de LIanquihue et de Chiioé.
Au fur et à mesure qu'on avance de Santiago vers le nord, le climat change visiblement. La chaleur augmente par degré ; l'action des pluies et des violents changements atmosphériques des provinces du sud s'affaiblit en proportion de leur éloigneraent.- Le sol est plus sec, car il pleut rarement; il est plus à découvert, et il peut être plus facilement pénétré par les
rayons solaires. Les vents mêmes y perdent leur force, et, hors dans les étroits abaissements de la ligne culminante des montagnes , appelés PorteziielOS , et dans les vallées, qui semblent encaisser les vents et les pousser avec violence, on n'en trouve dans les plaines que sous la forme de brises quelquefois tempérées et plus souvent ardentes. La neige y est inconnue; elle ne séjourne q^e dans la partie la plus élevée des Cordillères limitrophes, et là même elle ne se présente pas^ comme au sud, en glaciers imposants. Mais si les pluies deviennent de plus en plus rares à mesure qu'on approche du désert d'Atacama, les rosées du soir sont^ en échange, plus abondantes. La pureté de l'atmosphère facilite la radiation de la chaleur pendant la nuit et tempère Teffet que produit le sol embrasé pendant le jour par Tardeur du soleil.
Le maximum de la chaleur observée à Coquimbo, en été, aumoisdefévrier, est de 27^00 Centigr.
Le minimum, en hiver, au mois d^août, est de 8,00 f,
La moyenne des mois les plus chauds, décembre, janvier et février, présente . . . 19,54 it
La moyenne des mois les pius froids, juin^et juillet, donne • 12,92 u
La température de toute l'année est de 16^90 v Quant à la pression atmosphérique moyenne, on peut dire que, tant à Coquimbo qu'à Santiago, Conception, Valdivia, Puerto Montt et San Carlos, elle est, en général, d'autant plus grande durant les mois pluvieux dliiver, que moindre durant les mois secs d'été, *
et que les plus grandes ascensions barométriques, dans chacune de ces villes,' s observent le plus
souvent entre 3 et 10 heures de la matinée, et les plus basses, de 3 à 4 heures de raprès-midi.
Nous n'avons pas encore assez de données pour pouvoir indiquer la loi de la décroissance de la chaleur par rapport aux degrés de latitude où se trouvent les points observés. D'après AL Domeyko, elle serait, entre Coquimbo et Santiago, à peu près d'un tiers de degré du thermomètre centigrade pour chaque degré de latitude, et, entre Santiago et Conception, d'un degré et un quart. Mais, comme il le dit lui-nfème, ses indications ne peuvent être qu'appoximatives, attendu la hauteur où se trouve Santiago au-dessus du niveau de la mer. En effet, Santiago est une ville située à 559* mètres d'élévation, tandis que les villes de Conception et de Coquimbo pourraient être considérées, à peu de différence près, comme étant au niveau de TOcéan. Dans l'Europe centrale, entre les parallèles 38 et 71, on a trouvé que la température décroît uniformément d'un demi-degré du thermomètre par chaque degré de latitude, et que la chaleur diminue d'un degré quand la hauteur augmente de 156 à 170 mètres. M. de Humboldt dit à ce sujet: >) //Les observations que j'ai faites jusqu'à 6000 mètres //de hauteur, dans la partie de la chaîne des Andes //comprise entre les tropiques, m'ont donné une dimi- //nution de 1^ de température par 187 mètres d'augr/mentation dans la hauteur. Trente ans plus tard, mon //ami Boussingault a trouvé en moyenne 175 mètres.'' Nous n'avons donc que trois points sur lesquels on puisse baser le calcul de la décroissance de la chaleur relativement aux degrés de latitude: Coquimbo,
^) Cosmos, l^r* partie, pag. 393,
Conception et Valdîvia. Puerto Montt, dans le golfe de Relôncavi, malgré sa situation au bord de la mer, et près de 2** au sud de Valdîvia, ne peut pas être pris en considération, à cause de la proximité des Cordillères, dont Tinfluence est si directe sur Taugmentation de la chaleur en été et sur sa diminution CD hiver. Un si petit nombre de faits observes ne suffît pas pour déterminer la loi du décroissement de la chaleur; il faudrait pour cela des observations plus rapprochées et continuées pendant un certain nombre d'années, afin de connaître la moyenne la plus exacte des points de référence. Il faudrait, en même temps, examiner Télévation de ces points au-dessus du niveau de la mer, leur distance des Cordillères, les raisons qui peuvent détruire l'influence de leur élévation sur rabaissement de la température, la position relative des montagnes, en un mot, toutes les causes qui influent directement ou indirectement sur les variations de la température que la latitude géographique assigne à chaque région.
Si l'on examine à présent la hauteur moyenne de la ligne inférieure des neiges perpétuelles, on trouve, en partant du nord, qu'elle se soutient à peine au Copiap6, par 28® lat. S., à 4,900 mètres; qu'elle apparaît au Coquimbo à 4,747, en Santiago à 3,000, en Talca à 2,180, en Cauquenes à 1,814, à la Conception à 1,728, au Llanquihue à 1,530, et par 51» 25' à 1,420: ce qui donnerait à peu près un abaissement de 3,480 mètres dans l'élévation pour les 23 ® 25 ' de latitude compris entre les deux extrémités observées.
Quelque imparfaits et peu nombreux que soient les faits climatologiques que je viens de décrire, les latitudes que la longueur du pays embrasse,
et la différence du niveau de ses vallées — échelonnées vers TOcéan depuis les hautes régions des Andes, tantôt régulières et espacées, tantdt capricieuses, et encaissées, par les branches nombreuses du système andin — suffisent, comme je Tai déjà indiqué, pour faire entrevoir tous les différents climats qui peuvent individualiser dans une même latitude le concours de tous ces agents réunis. On trouve à chaque pas au Chili ^ comme dans presque tous les pays montagneux, les exemples de la neutralisation de l'effet de la hauteur sur l'abaissement de la température. Aussi, celle de Valparaiso, situé au niveau de l'Océan, est plus basse que celle de Santiago, point qui est de 569 mètres plus élevé. Dans les vallées fertiles formées par la pente occidentale des montagnes de la côte, ^oranger, la vigne et le pécher n'atteignent pas leur parfaite maturité. Des efforts impuissants ont été faits à. Quintai, JO minutes au sud de la latitude de Valparaiso, pour acclimater la vigne, tandis que dans les vallées intérieures de la Conception, situées quatre degrés plus au sud de Quintai^ elle crott sans peine et produit les vins renommés de Penco ou de la Conception. Quillota, place qui est presque sur le même parallèle que Valparaiso, à 7 lieues de la mer, produit des vignes et les oranges les plus estimées du Chili, tandis que dans les vallées maritimes de Coquimbo, qui sont de 3^ plus au nord de Quillota, la vigne ne réussit pas. Pourtant, si on s'éloigne du bord de la mer dans cette dernière province, et qu'on monte les pentes des Andes, on y trouve la vigne et en même temps le climat et les productions des tropiques. L'expérience que j'ai acquise par mes voyages dans le Chili occi-
dental me porterait à diviser le climat de cet(e contrée en quatre zones longitudinales par rapport à leur influence sur la production végétale. La première serait la zone maritime^ qui s'étend tout le long du pays entre le sommet des montagnes de la Costa, dont j*ai déjà parlé, et TOcéan Pacifique. La seconde se trouverait dans la vallée de la Costa, située entre les montagnes du même nom et la chaîne centrale. La troisième, entre celle-ci et une ligne imaginaire tracée dans la pente occidentale des Andes, laquelle, partant de Mulaneco, province d^Atacama, à 2,370 mètres d'élévation au-dessus du niveau de la mer, passerait à 1,943 mètres au Coquimbo, à 1,581 en Rancahua, à l,4ô8 en Talca, à 1,400 en Chillan, et à 1,000 au Llanquihue. La dernière zone serait comprise entre cette ligne imaginaire et celle des neiges perpétuelles.
* Le climat de la première zone est si doux et si tempéré, et la différence du froid, en hiver, et de la chaleur, en été, y est si peu sensible comparativement avec les autres zones , qu'on ne saurait s'y livrer à la culture de la vigne et du pécher, ni, par conséquent, à celle de l'oranger. La culture du blé appartient à tout le pays, même aux contrées placées à 1,943 mètres au-dessus, du niveau de la mer. La deuxième zone est sans doute celle oiV l'on éprouve les plus grandes chaleurs au Chili; c^est aussi celle des palmiers, et l'on rencontre tous les climats de la terre dans plusieurs de ses vallées nombreuses et irréguliéres. La troisième zone, formée par la vallée andine, est, pour le climat et la température, un terme moyen entre la première et la deuxième*
La d^ière, celle des flancs et des vallées de l'intérieur de la Cordillère, appelées cajones (caisses), est la plus singulière de toutes. On peut dire que dans cette partie du territoire l'été et l'automne sont également inconnus; on n^y connaît que le printemps, dont la durée atteint quatre mois et demi, terme moyen, et l'hiver, qui occupe le reste de l'année. La saison des fleurs et de la verdure y commence quelques jours avant le mois de décembre, et finit quelques jours après le mois de mars pour faire place aux neiges des hivers. Aussi, lorsque, au mois de décembre, les chaleurs ont séché les pâturages naturels des autres zones; — lorsque les vents brisent les graminées et les dispersent au loin dans les plaines embrasées par le soleil, les cajones de la Cordillère, libres de la neige qui les encombrait, se couvrent de la plus luxueuse et brillante végétation. Une marche de six lieues, quelquefois de quatre, même de deux, suffit pour transporter le voyageur du milieu de Tété au commencement du printemps. Les propriétaires des terres tirent de cette circonstance un parti très avantageux pour Palimentation de leurs nombreux troupeaux; mais aux approches d'avril, lorsqu'on s'occupe encore de la vendange dans les plaines, la neige recommence à tomber, et ces vallées verdoyantes et fleuries, couvertes de bestiaux, se ferment à l'industrie agricole jusqu'au nouveau printemps.
Les transitions du climat chilien ne portent pas atteinte à sa salubrité. L'absence de mares croupissantes, l'élévation générale du sol et la situation géographique du pays l'ont, jusqu'ici, préservé des
maladies épidémtques du vieux continent, et on n'en connaît encore aucune qui lui soit endémique. Cet immense avantage, qui parait particulier au Chili seul dans toute l'Âioérique, ainsi que celui de Pabsence d'animaux venimeux, fait déjà sentir son influence sur Taugmentation de sa population étrangère et sur les progrès de son industrie.